Amst., 1704, fol
3. O. c., 2" part., c. 6. On sait avec quelle verve Voltaire est revenu sur ^'^n^^Jf.; ^'"**''" « fo»"* bien étudié cette adaptation des idées religieuses à « 1 utilitarisme eudémonique » d^ xvme siècle. [166], t. 1.241 sa.
DE BAYLE A VOLTAIRE
Fontenelle
nistes du bonhomme, le cartésianisme radical qui lui fait assigner aux passions une cause toute physique : l'acide ferment du chyle influe sur les cinq sens et se les asservit. Nos tempéraments venant de rhérédité et des astres, nous ne sommes pas responsables du fond de notre caractère, aussi cessons de disputer sur les grâces de Dieu. Il méprise fort les miracles. Utiles jadis pour établir la religion parmi les petits esprits, ils ne sont plus aujourd'hui nécessaires. « Dieu se fait en quelque façon mieux connaître par Tordre de la nature. » (1).
Cet ordre de la nature était alors bien plus sensible dans la science de Kepler que dans l'art informe des chimistes. C'est l'astronomie, la première, la plus simple et la plus mathématique des sciences qui a fait l'éducation déterministe de l'humanité.
Tout a été dit sur le rôle joué par Fontenelle dans l'initiation scientifique de nos Français (2). Les Entretiens sur la Pluralité des mondes en vulgarisant le système de Copernic chassaient la Terre et l'Homme du centre du monde, sapaient la Genèse et rendaient suspecte la Rédemption. Mais ils avaient, à notre point de vue, un effet bien plus essentiel : ils donnaient à des esprits novices en ces matières le sens de la loi. Ils tiraient de la science /où les nombres régnent en maîtres un type des rapports nécessaires des choses. Et par delà Genèse et Rédemption cela heurtait l'idée d'un Dieu libre, dont au même moment Bayle niait la providence. Ayant imprimé ce modèle dans les esprits, Fontenelle pouvait désormais par VHistoire de V Académie poursuivre la vulgarisation de l'espérance cartésienne : la possibilité de réduire un jour toutes les sciences à la forme mathématique, forme parfaite de la connaissance (3). M. Maigron a excellemment relevé comment l'auteur des Eloges des Académiciens fit sentir à ses contemporains la solidarité des sciences et comment, grâce à la
1. La foi dévoilée par la raison dans la connaissance de Dieu, de ses mustères et de la nature. Paris, chez l'auteur, 8«, p. 238.
2 V Maigron : « Fontenelle », Pion, 1906, 8», passim et notamment 287 SCI 'Lanson : « La formation de l'esprit philosophique ». R. des cours, 26 nov , 3 déc. 1908. Ce dernier a établi que « le mouvement scientifique est antérieur à Fontenelle et le dépasse » (26 nov., p. 117). Nous ne pouvons que renvover à cette démonstration magistrale. On trouvera aussi un excellent chapitre sur l'éducation scientifique de l'esprit public dans Dufourcq : . L'Avenir dui christianisme », Bloud, 1904, 8o, L III. c. 9, p. 713 sq., et des vues claires et justes dans l'œuvre trop oubliée de Portalis : « De l'usage et de l'abus de l'esprit philosophique durant le xviii*^ siècle. » Pans 1820. 2 V. 8o. V. 3« éd. ib., 1834, t. II, 173 sq. « L'Esprit philosophique doiit beaucoup aux sciences exactes. » . . ^ .
3. V. le Discours sur l'utilité des mathématiques et de la physique, en tête de 1' « Histoire de l'Académie ». Cf. Maigron, 331 sq., 393 sq.
communication constante qu'il maintenait entre les divers spécialistes ses collègues et ceux-ci et le grand public, la réorganisation de 1 Académie opérée en 1699 porta tous ses fruits.
La gratitude de ceux qui savouraient par lui les doux fruits de la science sans connaître l'amertume de l'étude est à peine concevable. Vauvenargues appelle ce vulgarisateur « un des plus grands philosophes de la terre ». un homme qui a « donné de nouvelles lumières au genre humain » (1).
Contrairement à ce que les modernes pourraient croire, eux qui voient un million d'impiétés dans la Pluralité des Mondes cet opuscule n'excita pas d'emblée l'inquiétude des hommes de'
aXn''v- •''" '" r"''"* '" ^'"'"- ^^ ^^"S^»- "'ét«» pas autant qu on 1 imagine dans l'élargissement de l'Univers. Aussi bien
1 ascal La Bruyère, Euler en ont tiré des motifs d'adoration. « Si
« un homme était situé dans une étoile, notre soleil, notre terre
« et les trente millions de lieues qui les séparent, lui paraîtraient
lin" TT i"""' '■■ '^'^ "'* démontré. >, Et La Bruyère s'émerveille de 1 ordre précis et constant qui régit ces grands corps dans « cet espace immense ». Peut-on douter d'un Organisateur? « Lucile. SI c est par hasard qu'ils observent des règles si inva- « riab es. qu'est-ce que l'ordre ? qu'est-ce que la règle ? „ Système de Ptolemee, système de Copernic, qu'importe ? ce (îernier « -Vie diminue rien du merveilleux » (2).
Le pasteur Martin, auteur d'un honnête Traité de la reliaion naturelle^,, cite même Fontenelle pour exciter ses lecteurs •" piete. Celui-ci n enseigne-t-il pas, dans l'Histoire de l'Académie de
iViT n"' TP'^. *'"="" ''^ *°'^" «^t "27 fois plus grande que la Terre. Qui n admirerait après cela l'étendue de la création ?(4) Aussi 1 hypothèse des habitants des planètes, suggérée par la Pluralité des mondes, n'émeut-elle pas autrement le bon chrétien quest La Bruyère. L'homme de lettres ramène froidement l'homme de science a la considération du connaissable et aux données positives, dont le Flammarion du xvir siècle s'était, avec quelaues précautions de forme, écarté. C'est une assez jolie leçon de méthode adressée au conteur de « la dent d'or ». '