‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 128 sur 390 · Des Esprits forts >, vers la fin · texte numérisé non relu

Des Esprits forts >, vers la fin

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« Vous demandez peut-être si nous sommes les seuls dans l'Univers que « Dieu ait si bien traités ? S'il n'y a point dans la lune ou d'autres hommes « ou d'autres créatures que Dieu ait aussi favorisés ? Vaine curiosité, frivole « demande ! La terre, Lucile, est habitée, nous l'habitons et nous savons « que nous l'habitons. - Vous avez observé la lune, vous avez reconnu ses « taches, ses abîmes... tous les astronomes n'ont pas été plus loin. Imaginez « de nouveaux instruments, observez-la avec plus d'exactitude : voyez-vous « qu'elle soit peuplée, et de quels animaux? ressemblent-ils aux hommes / « Sont-ce des hommes ? Laissez-moi voir après vous ; et si nous sommes « convaincus l'un et l'autre que des hommes habitent la lune, examinons « alors s'ils sont chrétiens, et si Dieu a partagé ses faveurs entre eux et « nous (1). »

Ce n'est donc pas cette petite infraction à la sévère méthode des savants qui est redoutable, c'est la méthode elle-même, appliquée rigoureusement : ne rien avancer qui ne soit démontré, prouvé par le raisonnement ou constaté par l'expérience.

C'est aussi l'immense orgueil dont les premières découvertes scientifiques (2) remplissent le cœur de l'homme. On va répétant que l'élargissement du ciel laissait l'homme humilié sur son grain de poussière. Nous sommes plus frappé de l'exaltation de sa dignité, que les chrétiens eux-mêmes ressentirent. Poussière, soit, mais qui embrasse le monde. Pascal redresse le roseau pensant avec un frémissement de fierté. La Bruyère cesse de dénigrer, quand il paçle du « petit animal relégué en un coin » qui « s'est « )ait une méthode infaillible de prédire à quel point de leur « course tous ces astres se trouvent d'aujourd'hui en 2, en 4, en « 20.000 ans » (3). L'abaissement de l'homme « relégué » est compensé par la conviction qu'il possède les clés de la connaissance et de la puissance. L'observation armée du verre grossissant, le calcul — perfectionné depuis par Descartes — ont d'abord conduit l'homme, pénétré de l'enchaînement nécessaire des choses,

1. Esprits forts, 45. On ne peut mieux dire. N'ayant aucunei répugnance à admettre tous les hommes ou êtres supérieurs que l'on voudra dans toutes les planètes que l'on voudra, nous sommes un peu surpris q'ue l'on traite sérieusement la suggestion puérile et extra scientifique de Fontenelle. Quand il dit : « toutes les preuves qu'on peut souhaiter d'une pareille chose,' vous les avez ; « la ressemblance entière des planètes avec la Terre qui est habitée», l'impossi- « bilité d'imaginer aucun autre usage pour lequel elles eussent éité faites, la « fécondité et la magnificence de la nature, de certains égards qu'elle, paraît « avoir eus pour les besoins de leurs habitants, comme! d'avoir donné des lunes « aux planètes éloignées du soleil et plus de lunes aux plus éloignées » (G* soir), il raisonne sur de grossières analogies, comme si l'homme ne pouvait pas èXto une « réussite » exceptionnelle, réalisée dans un petit coin de l'univers où s'offrent les complexes et très étroites conditions nécessaires, — à notre connaissance, — à la vie d'un être pensant, et pas ailleurs. N'insistons pas- /;« Bruyère dit bien : observons, nous verrou» ensuite. — Le discours à Lucile date

de 1G92 (7" éd.). . ^ , .

2. On en trouvera le relevé dans Baudisson : « Essai sur l'union du christianisme avec la philosophie », Paris 1787, 12.

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