‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 159 sur 390 · IV · texte numérisé non relu

IV

ne séduisent que peu de temps peu de personnes. Ils sont faits en secret et mal circonstanciés (1).

Mais voici une objection plus forte : la vérité des faits de l'évangile est moins évidente que l'absurdité des dogmes qu'il propose : la Trinité, la mort d'un Dieu. « Les faits, quelque certains « qu'on les suppose, n'arriveront jamais à un degré de certitude « qui égale et qui balance la contradiction palpable des mystè- « res... Les faits n'ont qu'une évidence historique et le faux des « mystères est d'une évidence métaphysique. Loin donc que les « faits démontrent la vérité des dogmes, il est manifeste au con- « traire que l'absurdité visible des dogmes démontre la fausseté « des faits sur lesquels on veut appuyer les dogmes » (2). Les faits n'ont qu'une certitude morale étrangère et indirecte, les mystères enferment une fausseté logique, interne et immédiate. Dans le doute il faut préférer ce qui est le plus évident.

— Ce raisonnement, dit Houteville, repose sur des sophismes. Il n'y a pas de degrés dans l'évidence, une chose est évidente ou ne l'est pas. Il m'est également évident que le tout est plus grand que la partie et que j'existais il y a vingt ans. Tout ce qu'on peut dire, c'est que la proposition spéculative contient une vérité nécessaire et la proposition de fait une vérité contingente. Si nous accumulons tant de preuves du fait, ce n'est pas pour augmenter la certitude, qui est entière avec la première démonstration, c'est parce que les esprits ne sont pas tous frappés par les mêmes arguments (3). Les mystères sont obscurs mais non absurdes. On ne peut affirmer l'absurdité d'une proposition que si l'on a une connaissance parfaite des idées qu'elle enferme. Sinon l'on n'est pas sûr que ces idées s'excluent (4). Vous ne niez pas Dieu sous prétexte que son infinité est incompréhensible. Notre impuissance à

1. Suivent quelques objections classiques auxquelles Houteville oppose les réponses classiques : Selon J. G. les miracles sont des signes incertains (Marc 13, 22). — La supériorité des miracles divins éclate toujours sur les autres et la doctrine quMls appuient sert à les discerner. (Noire auteur se débat ici dans le cercle vicieux : les miracles autorisent la doctrine qui autorise elle-même les miracles. Nous retrouverons cette controverse définitivement éclaircie et close par Rousseau). Seul le christianisme a eu des martyrs. — Si l'on en veut trouver ailleurs, c'étaient des honuncs qui mouraient pour une doctrine, les chrétiens seuls mouraient pour attester des faits. {Houteville nie froidement que les chrétiens aient jamais fait souffrir personne, en un siècle qui revit les dragonnades, enlèvements d'enfants, massacres d'assemblées, profanation des cadavres, condamn.i lions à mort ou aux galères pour fait de religion).

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