T. II, 1. 1, c
h II
peser les miracles de Jésus ou de ses disciples, en faire des informations exactes et se convertir en connaissance de cause, telle est la représentation que se fait Houteville des contemporains de
Jésus (1).
L'idée qu'un fait est la suite nécessaire d'un autre indique aussi une solide méconnaissance de la vie. L'audace des disciples après l'abattement de Golgotha peut avoir d'autres causes que la résurrection matérielle du Christ, la conversion des païens peut avoir d'autres causes que les miracles (2).
Au défaut de sens historique il faut joindre l'insuffisance des arguments par lesquels Houteville prouve l'authenticité et l'ancienneté des évangiles. De cette démonstration tout le reste dépend. Or elle est caduque.
Mais ces faiblesses si sensibles pour nous Tétaient moins pour les incrédules de 1730, aussi peu historiens que l'apologiste et moins érudits.
Ce livre Voici, à leurs yeux, le principal défaut de la cuirasse de la marque démonstration par les faits. Diderot y poussera sa pointe dans les une défaite Pensées philosophiques.
Bayle a dit que la révélation était un fait vrai ou faux. Historiquement constaté il emporte tous les obstacles. Les chrétiens, confiants, l'établissent. Or, à l'expérience, il se trouve que les disciples de Bayle n'acceptent pas les faits qu'on leur allègue en preuve, — ou, s'ils en admettent la réalité, ils leur dénient toute valeur probante.
Car les faits invoqués sont des miracles. Or l'incrédule, après avoir exigé une démonstration par les faits, déclare : les faits ne peuvent rien contre le raisonnement. Fussent-ils cent fois plus avérés qu'ils ne sont, nous ne les croirions pas car ils sont a priori impossibles. Si je voyais un miracle, je m'estimerais fou plutôt que de l'admettre, car rien n'est hors de la nature, c'est-à-dire en dehors de l'ordre (3). Houteville sent bien que là est le réduit de
1. « Quel incrédule osera nier tous ces faits évidents qui se sont passés dans un coin à la face de toute la terre ? » Voltaire, Dict. phil., art. Secte, Houteville y est ridiculisé.