T. II, 1. 1, c
3. Nous sommes au fond de Tin^passe où les affirmations s'affrontent sans issue. « Ce n'est pas parce qu'il m'a été préalablement démontré que les « évangélistes ne méritent pas une créance absolue que je rejette les miracles « qu'ils racontent. C'est parce qu'ils racontent des miracles que je dis : « les « évangiles sont des légendes. » Renan : « Vie de Jésus », préf. de la 13* éd. — D'après Langlois et Seignobos : « Introduction aux études historiques », p. 177 sq., pour qu'un fait soit prouvé il ne suffît pas qu'il soit attesté conformément aux bonnes règles, il ne doit pas choquer une loi scientifique, car la méthode historique qui est indirecte ne vaudra jamais les méthodes directes
DE BAYLE A VOLTAIRE
la défense adverse, il s'y heurte à plusieurs reprises : « dès qu'on « voit un fait de ses regards ou par les yeux de toute la terre et « de tous les siècles, quel paradoxe d'aimer mieux en croire à un « raisonnement spéculatif qu'à une existence sensible et palce pable » (1).
Houteville se méprend légèrement : l'incrédule croira, à la rigueur, à cette existence sensible, mais il ne croira pas qu'elle soit extra ou sur-naturelle. S'il voit un mort ressuscité il ne contestera pas qu'il soit en vie, mais il attribuera sa résurrection à l'action de lois inconnues. Il dira qu'il n'y a aucun moyen de discerner derrière ce fait une intervention divine. Le fait peut être vérifié, le miracle est invérifiable (2). Et ainsi la méthode a posteriori, sur laquelle l'apologiste comptait pour convaincre les ennemis de la foi, n'a pas plus de prise sur eux que l'ancienne méthode a priori. Malebranche établissait les faits sur la nécessité des dogmes, Houteville établit les dogmes sur la réalité des faits. Or ces faits, même solidement munis de tous les caractères des faits historiques, — ce qui n'est pas, — ne révèlent pas invinciblement la main de Dieu. Ils ne sont pas miracles au sens orthodoxe du mot.
L'ouvrage d'Houteville servit ainsi à préciser le point de conflit. Il a plus nettement posé certains problèmes, s'il ne les a pas toujours résolus à l'avantage du christianisme.
L'accueil que lui fit le Journal de Trévoux fut enthousiaste. Il louait non seulement le fond mais la forme. « A chaque pas le « lecteur marche sur des fleurs de toute espèce ; en un mot dans « un ouvrage de religion jamais le dogme et la raison ne s'étaient « montrés dans un appareil plus somptueux » (3). C'était « un ouvrage achevé ». Molinistes et jansénistes y cherchèrent les uns
des sciences d'observation. — A quoi H. Monnier répond : « On n'a pas le droit de contester des faits établis par de suffisants témoignages au nom du « cours ordinaire des choses », et si on le fait on cesse d'être historien, on fait de la philosophie. » R. chréU, 1 nov. 1911, ,p. 920.