V. supra, p
6. Duguei (1649-1733), une des plus belles âmes du jansénisme, quitta l'Oratoire en 1685 pour partager l'exil d'Arnauld. Rentré à Paris en 1690, il vécut dans la retraite, écrivant d'admirables lettres de direction spirituelle. St-Simon, qui l'a beaucoup connu, remarquait que « tout lui fournissait matière de quoi dire et instruire >.. L'opposition qu'il fit à la « Bulle » le remit en vue quelque temps. V. abbé Goujet : « Vie de Duguet », 1740. Ste-Beuve : « Port Royal », t. VL
DE BAYLE A VOLTAIRE
parut en 1736 avec un avertissement du P. Lenet, génovéfain. Ce dernier précise la méthode de Tauteur, qui est bien celle des Régis et des Houteville : « il suffit de s'informer si Dieu a parlé pour « s'aveugler sur ce qu'il a dit, et, après les preuves de la révéla- « tion, il n'en faut plus attendre des choses révélées » (1). Ces preuves sont des faits historiques surnaturels, qui sont possibles puisqu'ils furent.
Duguet expose d'abord les motifs qui engagent à étudier sérieusement les principes de la foi chrétienne ; le plus puissant de tous est le désir du bonheur : « elle ne commande à l'homme que d'être heureux et ne lui défend que d'être misérable » (2). La nécessité d'une révélation résulte de l'impuissance de la raison humaine à sonder les volontés libres de Dieu. Un seul peuple prétend la posséder (3), dans le livre le plus ancien. Une preuve suffit à la garantir : les prophéties, dont l'auteur fait l'étude la plus minutieuse que l'on ait vue depuis Huet.
Avec sa foi d'enfant, il tombe malheureusement dans la démence allégorique et joint au petit nombre des prophéties frappantes les figures les plus arbitraires. Moïse priant les mains étendues et donnant la victoire figure J.-C. (4). Joseph vendu, mis au tombeau, grand en Egypte, adoré par ses frères, est un type du Rédempteur, tué par son peuple, grand chez les païens, adoré un jour par les juifs. Isaac, longtemps à l'avance, annonce la mort de Jésus. « Qui ne voit que les hommes dans le sacrifice de J.-C. n'ont été que les ministres et les exécuteurs d'un conseil éternel » ? Voltaire exploitera cet imprudent aveu.
Quand nous passons au Nouveau Testament, la vérité du christianisme est déjà démontrée. Je poursuis uniquement, dit Duguet, « pour me montrer à moi-même les richesses dont je suis en possession » (5). Est-ce parce qu'il tient la victoire qu'il semble fléchir désormais ? Les grandes objections le trouvent démuni. Pourquoi la résurrection ne fut-elle pas publique, la croix l'ayant été ? — Parce que J.-C. aurait dû se montrer à chaque concours de peuple, sans quoi les absents auraient toujours douté. Parce que nous aurions eu des rapports contradictoires d'amis et d'ennemis, d'où la vérité se fût mal dégagée ; parce que le mélange de lumière et d'obscurité exerce la foi et discerne les incrédules (6). Duguet