‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 171 sur 390 · Ib. art · texte numérisé non relu

Ib. art

7. La foi des chrétiens et des catholiques justifiée contre les déistes, les juifs, les mahométans, les sociniens et les autres hérétiques, ouvrage où l'on réduit la foi à ses véritables principes et où l'on montre qu'elle est toujours conforme à la raison. Paris 1714, 4 v. 12 (posthume) dédicace par le P. de Laubrussel, provincial de Champagne. L'auteur s'excuse de prendre la plume après Grotius, Abbadie et Bossuet, mais il sera court (sic), pas abstrait îni profane. Dez (1643-1712) fut recteur à Sedan, Strasboarg, puis provincial de Champagne et de Gallo-Belgique.

^iïh

1 fi t-i

l'i II.! i « Mil.' If

sible qu'il nous paraisse » (1). Mais pas plus que lui il ne leur suppose une force contraignante sans la grâce. Son originalité est dans rhabile disposition de sa matière. Il part de la considération du christianisme actuel, inexplicable si les premiers chrétiens n'ont pas vu ce qu'ils prétendent. Il montre ce qu'ont vu les apôtres : Jésus-Christ, — ce qu'a vu le monde converti : les apôtres, — ce que nous voyons : le monde converti. Un homme sage qui se place successivement devant ces 3 tableaux ne peut pas refuser de croire.

L'ouvrage, sans métaphysique ni érudition, est vicié par le manque de critique. Tous ces apologistes, qui en ont si peu, en supposent une fort aiguisée chez les contemporains et les successeurs de Jésus. Et cependant, quand on objecte à Dez l'incrédulité du grand nombre, il allègue que beaucoup n'ont pas examiné les m.iracles, qu'ils n'étaient pas tous sages (2), et il démontre imprudemment l'indifférence des hommes par l'exemple de ceux d'aujourd'hui. ,

Nous trouvons plus de sagacité chez Jean Denijse, professeur de philosophie au collège de Montaigu, qui, dans son cours de philosophie par ordre géométrique, insérait une bonne démonstration de la religion fondée uniquement sur les miracles (3). L'auteur déclare devoir le meilleur de son ouvrage à Abbadie. Sa géométrie est chimérique, ses principes et ses déductions n'ayant aucun caractère de nécessité (4). Denyse s'applique simplement, et c'est déjà beaucoup, à raisonner serré. Voici quelques-unes des vérités psychologiques qu'il prend pour axiomes : tout fourbe a dessein de persuader ce qu'il dit, — donc un homme ne publierait pas aujourd'hui que tandis qu'on pendait un homme connu de tout Paris le soleil s'est éclipsé pendant 3 heures, ou encore que sous Louis XIII « il vint de l'Afrique des savants lesquels demandèrent ft où était le roi des Français nouvellement né... que le roi fit « assembler le Clergé de France et s'informa du lieu où devait « naître ce roi » (5). Une troupe ne peut pas être trompée à la fois sur une foule innombrable de faits.

C'est le développement inévitable sur les apôtres ni trompés ni trompeurs, mais Denyse entrevoit comme possible que les évan-

3. La vérité de la religion chrétienne démontrée pur ordre géométrique.

Paris 1717, 8<».

4. « Il n'y a dans cet ouvrage rien de nouveau que la méthode. » « La démonstration d'un fait quoique procédant géométriquement est toujours une démonstration morale parce qu'elle n'est fondée que sur le calcul des vraisemblances. » Europe savante, [60], avr. 171», p. 274 et 258.

DE BAYLE A VOLTAIRE

giles aient été écrits par les disciples ou les secrétaires des auteurs nommés. Pour les apparitions du Ressuscité il envisage en face l'hypothèse de l'hallucination. « On dira peut-être qu'il y a beau- « coup d'apparitions, que les apôtres et les disciples avaient tant « d'amour pour J.-C. et pouvaient en avoir l'imagination si frappée « qu'ils se sont imaginés le voir dans leurs songes et que l'im- « pression leur en est restée si forte qu'ils n'ont pu s'en dissuader, « même après être éveillés ; ou bien même que cet amour aveugle « a pu leur déranger si fort le cerveau qu'ils s'imaginaient à tous n moments le voir, surtout par l'attente de sa résurrection, sur les « belles promesses qu'il leur en avait faites pendant sa vie » (1). A quoi l'auteur répond qu'il apparut à plusieurs ensemble, à des voyageurs, des pêcheurs « bien éveillés, occupés à des actions sérieuses », que le récit des apparitions est circonstancié, que l'envoi du St-Esprit aux apôtres atteste la survie du Christ.

Enfin Denyse fait preuve de quelque indépendance quand il passe sous silence le témoignage de Josèphe, admet que les martyrologes renferment beaucoup de faux martyrs, écarte les miracles attribués aux reliques. Mais ces quelques lueurs ne tirent pas de pair son ouvrage, vicié, comme les précédents, par la thèse du tout ou rien : les faits sont vrais ou les témoins menteurs. L'incroyant passera un jour entre les cornes du dilemme.

Un autre jésuite eut une idée intéressante qui témoigne d'un effort d'adaptation aux besoins du temps. La moindre ligne d'un historien profane faisant bien mieux l'affaire des douteurs que tous les in-folio chrétiens, le P. Dominique de Colonia rassembla les témoignages des païens qui confirment directement ou indirectement les récits évangéliques (2). Sa critique est malheureusement bien courte car, s'il élimine Sénèque et les Sibylles, il conserve Josèphe, les Actes de Pilate, Thallus(3), d'autres encore.

Un protestant, Plantier, disciple de Turrettin, fait aussi porter son effort sur un point particulier. Dans ses Réflexions sur l'histoire des juifs (4), il utilise Basnage pour réfuter Collins et spécia-

^ il

lâ

2. La religion (Chrétienne autorisée par le témoignage des anciens audeurs

païens. Lyon 1718, 2 v. 12.

3. Auteur des Histoires syriennes connues par quelques citations dans Justin martyr, Tertullien, etc.. Il parlait des ténèbres survenues à la mort du Christ.

4. « 1 — sur la ruine de leur république et sur le Messie ; 2 — sur Vincrédulité de ce peuple ; 3 — sur les incrédules en général, pour servir de preuves à la vérité de la religion chrétienne. » Genève 1721, 2 v. 12. Plantier est un laïc A en juger par sa préface, la propagande irréligieuse était pMs avancée dans les pays protestants qu'en France. Depuis peu, dit-il, les incrédules font paraître un grand zèle pour propager l'incrédulité. Il semble, dit

DE BAYLE A VOLTAIRE

lement pour répondre à l'objection toujours brûlante : s'il y avait tant de preuves de la messianité du Christ, pourquoi les juifs Vont-ils repoussé ? Il en cherche les raisons dans leur histoire.

Après avoir prouvé cette messianité par les prophéties et par la ruine de Jérusalem rebelle, il aborde la « difficulté terrible ». Elle est de celles dont il dit dans sa préface « qu'il est peut-être impossible de les résoudre entièrement » (1). Les juifs sont incrédules malgré 8 raisons de croire en Jésus, savoir : sa doctrine, sa vie, ses miracles, le temps et le lieu où il a paru, ,sa tribu, sa famille et sa mère. Leur résistance s'explique en général par les passions et les préjugés, en particulier par l'exclusivisme des sectes qui se partageaient le peuple élu. Chacune avait une raison de repousser Jésus : les esséniens l'orgueil, les gaulonites le principe du refus de l'impôt, les hérodiens l'attente d'un Messie temporel, les thérapeutes le goût du mysticisme allégorique, les sadducéens leurs erreurs capitales notamment sur la vie future, les pharisiens leur dévotion superstitieuse. Ces derniers étaient l'obstacle le plus fort, à cause de la confiance que le peuple avait en eux. — Un autre obstacle fut la conduite du sanhédrin, qui ne pouvait se condamner lui-même et avouer une erreur judiciaire. Enfin l'abrogation de la loi cérémonielle achevait et continue d'aveugler les juifs, car ils sont convaincus qu'elle doit toujours durer.

Plantier répond, en finissant, aux difiicultés générales. Pourquoi, dit-on, blâmer les juifs simples instruments de Dieu ? — Dieu n'est jamais auteur du mal, il ne peut que le permettre comme un médecin permet un poison-remède. D'ailleurs la raison veut qu'on cherche l'évidence des preuves, non pas celle des choses prouvées (2). Collins mène grand bruit autour des divisions des théologiens. Elles tiennent à la diversité des tempéraments, à l'entêtement, aux intérêts, aux passions, aux disputes de mots. Un avocat corrompu ou ignorant ne fait pas qu'une bonne cause soit mauvaise.

Le meilleur préservatif contre l'incrédulité est l'intérêt que nous avons à rechercher les biens que la religion oft*re et à parier pour elle, dussions-nous être déçus (3).

Steele, que le salut du genre humain en dépende. « Ils harassent continuellement leurs amis pour les entraîner dans leur parU. » (Steele, t. 2, dise. 55i). Epître à Turrettin.

Page 1