‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 172 sur 390 · part., c · texte numérisé non relu

part., c

3. Ib. c. 4. On (peut mentionner encore pour mémoire : un indigeste traité posthume de Ferrand : « De la connaissance de Dieu » (1706). C'est une compilation des Pères dont la seule particularité est d'avoir été provoquée par la lecture du Theophrastus redivivus, ouvrage manuscrit sur lequel on trouvera des renseignements dans Lanson, R. h. /.. janv.-mars 1912 ; — une apologie

On le voit, les apologistes de ce groupe essaient de se mettre à la portée de leurs contemporains, soit en concentrant la lumière sur un petit nombre de points, soit en éliminant l'érudition, soit par une disposition attrayante de la matière. Surtout ils croient rendre la foi plus acceptable en l'enfermant comme un parfum précieux en un vase scellé. Un certificat d'origine nous en garantit la nature et la valeur. Depuis que Bayle a montré le contenu de la foi irrationnel, ils renoncent à le justifier aux yeux de la raison, refusent le combat sur le terrain des dogmes et se replient sur la seconde ligne de défense. La raison répugne aux mystères, soit ; elle sera bien obligée d'accepter des livres et des faits, démontrés authentiques par ses méthodes à elle, par des moyens humains. Et il faut avouer qu'une telle tactique plaît tout d'abord par sa simplicité.

Que valait-elle aux yeux de l'incrédule ?

A vrai dire, l'idée de prouver le contenant par la raison et d'admettre le contenu inintelligible reposait sur une méconnaissance psychologique de l'acceptation de la vérité. On peut dire : j'ignore le contenu de ce flacon, mais je l'accepte parce qu'il m'a été remis par un ami ou un médecin sûr qui ne peut me tromper. Mais en matière de vérité le contenu n'est pas acceptable s'il n'est pas assimilable ; et il n'est pas assimilable s'il n'est pas conforme aux lois qui m'ont fait accepter le contenant. Il reste comme un corps étranger en mon esprit. Je repousse le contenu en vertu des mêmes principes qui me feraient accepter le contenant.

« On ne fait pas à la raison sa part. Dès qu'elle se pose elle « s'impose, ne reconnaissant aucun tribunal au-dessus d'elle. « Prouver qu'une doctrine quelconque est vraie par des arguments « rationnels c'est faire d'elle une vérité rationnelle. Le rationa-

générale, populaire et agréable à lire, par la Touche-Boesnier : « Préservatif contre l'irréligion », 1707. L'auteur est un réfugié intolérant qui propose au roi d'Angleterre un plan d'inquisition contre les incrédules ; — une vulgarisation édifiante des ouvrages d'apologétique contemporains : Réflexions de M. Hervé, ancien évêque de Gap sur différentes matières de religion. 1717 ; — le Discours apologétique de Saurin, en tête de ses Discours historiques, criU, théol. et moraux sur les événements les plus mémorables du V. et du N. T., qui eurent grand succès, 1720 ; — une apologie inspirée de Bossuet : L'évidence de la religion, par C. D. P. prêtre, 1726 ; — 2 recueils de thèses latines soutenues à Genève sous la présidence de /. Alph. Turrettini, professeur de dogmatique (1711-23 et 1724-33). Ce sont des exercices scolaires bien faits. On y voit les positions traditionnelles défendues par les arguments classiques mais dans un esprit large, tolérant et modéré sur tous les points. Nous en retrouverons la substance dans l'Apologie de Vernet V. chap. suivant III § 5. Le 2« volume renferme une démonstration de l'existence de Dieu, par Turrettin lui-même.

La distinction du contenant et du

contenu ne satisfait

point le rationaliste

« lisme de l'argument implique et amène nécessairement le ratio- « nalisme de la conclusion » (1).

Dans la seconde moitié du siècle nous verrons les apologistes obligés de répondre à cette objection : nous ne pouvons pas croire une absurdité, même prouvée révélée, car, obligés de croire que la raison se trompe en jugeant le contenu, nous poumons croire aussi Qu-elle nous trompe en jugeant de la vérité du contenant (2).. Aussi, malgré le « noli me tangere .. que les apologistes par les faits inscrivent au fronton du temple, en est-il peu qui résistent sans faiblir à la tentation de justifier ce « contenu ».

Il n'est pas tout à fait inintelligible ; on en conçoit assez, disent-ils, pour affirmer qu'il n'est pas contre la raison. Les imprudents oublient que leurs adversaires ont toujours sous la main ies divers sens du mot raison pour les brandir successivement contre les divers dogmes. Contre la Trinité ils invoquent la raison principes rationnels ; contre la Résurrection, la raison expérience commune, les lois naturelles ; contre l'Incarnation la raison notions métaphysiques, l'infini incommensurable avec le fini.

Ceux' des apologistes qui ont conservé la confiance hardie de l'âge précédent déclarent ne trouver dans les mystères rien de contraire à la raison, mais c'est toujours en prenant le mot raison dans une acception « à côté ». Ils allèguent ainsi que la résurrection n'est pas contradictoire, que la transubstantiation ne dépasse pas la toute puissance de Dieu.

D'autres invoquent les mystères auxquels on croit sans hésiter . notre existence (3). ou celle du brin d'herbe. - Ils ne considèrent pas que j'ignore, il est vrai, le pourquoi et le comment de ces existences, mais je vois l'herbe et je sens mon existence par une intuition immédiate. Par conséquent peu m'importe de comprendre : je ne doute pas. Ces existences n'ont rien de contraire aux principes rationnels, rien non plus de contraire à mon expérience puisque mon expérience me les représente continuellement. Tandis que les mystères contredisent l'expérience des sens : la résurrection ; ou la raison : la Trinité ; ou la raison et l'expérience : la

transubstantiation. . .

C'est un sophisme que d'assimiler l'ignorance a une impossibilité physique ou logique.

1 Aug. Sabatier : « Les religions d-antoTtlé et la religion de Vesprit. •

""'T^Tre^Z- t.^lflrl^onye pour la défense de la rH.g.on cM.ienne,

""' ! Ls' hommVj''se™','ent injuste de demander à comprendre les mystères eux qui ne seTomprennent pas eux-mêmes et qui ne doutent point neanmoms de le'ur "xistenee. - Filleaù de la Chaise : . Discours sur les preuves de Moïse. »

DE BAYLE A VOLTAIRE

Page 1