‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 177 sur 390 · O. c. préf · texte numérisé non relu

O. c. préf

DE BAYLE A VOLTAIRE

Pour le moment la vie profonde (1) se cache en quelques âmes catholiques ou protestantes, chez les Duguet, les Ostervald, Leurs œuvres ne peuvent pas trouver d'écho dans le grand public ; c'est dire qu'aucun plaidoyer en faveur du christianisme ne le touche :

les preuves externes sont usées, les preuves internes prématurées.

Aussi la preuve pragmatique dévie-t-elle insensiblement, pour s'adapter à l'esprit du siècle préoccupé d'intérêts matériels et d'intérêt social. Si au lieu de dire : la religion me rend heureux, on dit comme Leclerc : la religion est faite pour rendre les hommes heureux (2), et si l'on montre ses bienfaits sociaux, l'on exploite toujours la preuve par les fruits ou par les effets, mais ces effets sont visibles du dehors.

Il y a là l'élément objectif et mesurable qui fait la preuve. Malgré Bayle et contre lui, les apologistes montreront de plus en plus l'utilité sociale de la religion. Le xvir siècle finissant a tressailli aux pleurs de joie de l'auteur des Pensées, le xviir siècle à son déclin goûtera les raisonnables considérations de M. de Necker sur l'Importance des opinions religieuses,

Jacques Bernard entre résolument dans les voies du siècle et, dans son Traité de l'excellence de la religion {3), parle à son temps le langage qu'il aime. « Quand les apôtres... n'auraient « point fait de miracles, la religion qu'ils enseignaient n'en eût « pas moins été véritable et divine » (4). En effet, « l'homme a « été créé avec un désir ardent d'être heureux. Il ne lui est pas « possible d'éteindre ou de réprimer ce mouvement naturel. Dès « qu'on exigera de lui qu'il y renonce ou qu'il agisse sans avoir « en vue sa félicité, on n'en obtiendra rien du tout » (5).

Or, — c'est l'idée centrale du livre, — la religion a été faite

L'argument

tiré

des fruits

spirituels

de la foi

devient

la preuve

par l'utilité

sociale du christianisme

Jacques Bernard

1. Les romans révèlent bien, au moins chez quelques femmes, une vie sentimentale assez riche et qui s'analyse, mais exclusivement alimentée par l'amour. V. Lanson, R. des cours 1909-10, n» 1 sq.

Page 1