C. 12 (V. trad. Saisset, Paris, 1872, 16, t. II
SPINOZA
sance plus avancée de sa perfection nous montrerait dans ses (f décrets » des vérités éternelles. Les prophètes n'ont et n'apportent aucune connaissance extraordinaire. Mais, doués d'une imagination vive, ils croient voir ou entendre Dieu, et c'est cette imagination, dont ils se servent pour manifester la volonté divine, qu'on appelait l'esprit de Dieu. Chacun a écrit avec son tempérament, Esaïe le courtisan avec élégance, le berger Amos avec rusticité. Les cérémonies et les ordonnances mosaïques données comme voulues de Dieu n'étaient pas essentielles. Réglant toutes les démarches de la vie, elles avaient pour but d'empêcher un peuple stupide de rien faire de lui-même. Les histoires de la Bible sont destinées à rendre sensibles au vulgaire les vérités qu'il est incapable de comprendre par le pur entendement : l'existence de Dieu, la Providence, les rétributions. Les doctes peuvent se passer de la foi aux histoires. Les miracles sont une illusion des simples qui imaginent deux puissances distinctes, la Nature et Dieu. Mais le cours de la nature est immuable et sa fixité fait bien mieux comprendre l'existence, l'essence et la Providence de Dieu. Dire que Dieu peut quelque chose contre la nature serait dire qu'il peut quelque chose contre sa nature, ce qui est impossible. Sa volonté et son entendement se confondent. Or, son entendement a connu de toute éternité, sa volonté a donc voulu de toute éternité. Tout ce qui est contre la nature est contre la raison, et ce qui est contre la raison est absurde et par conséquent indigne de notre créance (1). .
Il faut donc interpréter les miracles de l'Ecriture. On les voit presque toujours accompagnés de circontances physiques, qui ne seraient pas nécessaires si ces prodiges étaient un simple effet de la volonté de Dieu : les sauterelles ont été amenées en Egypte par le vent, le vent a aussi ouvert la mer Rouge. Si certains miracles sont présentés comme immédiats, c'est par une hardiesse poétique ou pour mieux frapper l'imagination. Il faut, pour les interpréter, bien connaître le tempérament, les préjugés, l'intérêt du narrateur, les façons de parler du peuple pour lequel l'auteur écrit. Ainsi l'Ecriture a mis sous la forme du miracle de Josué le simple fait que le jour fut plus long, parce que les Juifs avaient intérêt à prouver aux païens adorateurs du soleil qu'il y avait un Dieu maître du soleil (2). Pour des esprits grossiers ce miracle appuyait cette doctrine. Mais au regard des sages une doctrine