‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 184 sur 390 · Jull. 1730. p · texte numérisé non relu

Jull. 1730. p

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aux Pères platoniciens, d'être frappé des rapports de la pensée gréco-latine avec la pensée juive ou judéo-chrétienne, et d accuser ces ressemblances afin d'identifier, si l'on peut dire, les deux obiets de sa ferveur. Le système de Huet lui offrait une vo.e commode et rassurante. Il l'adopta, et. de 1681 à 1693 il publia une Méthode d'étudier et d'enseigner chrétiennement et soMeme" les lettres humaines par rapport aux lettres dwines et aux Ecrtures (1). qui devait harmoniser dans les collèges les deux cultuës hétérogènes juxtaposées depuis la Renaissance. Ce collègue de Malebranche rétablissait à sa manière l'accord de la raison

* Nous^ n'avons à considérer ici que sa méthode d'étudier la

philosophie. . ■ ■ ■

Or Thomassin reprend la thèse de Huet sous une forme inquiétante. Ce n'est plus Moïse qui est la source de toute la sagesse humaine. « C'est une conjecture fort apparente et fort juste que « tout ce qu'il y avait de bon dans la sagesse des Chaldeens, des « Assyriens et des Perses était sorti de Noé et de ses enfants >. (2). Ceci posé, il relève à loisir « le rapport et l'alliance de la philo- « Sophie en général, et en particulier de la logique, de la physi- « que et de la morale des anciens philosophes avec la religion ». « On trouve partout à peu près les mêmes sentiments de Dieu, « des anges, de nos âmes, du monde, de l'immortalité bienheu- « reuse ou malheureuse, des bonnes mœurs, de la sage politique. « parce qu'on trouve ce que les âmes formées de la main de Dieu « ont clairement aperçu dans elles-mêmes quand • elles y sont « rentrées, et ce que les sectes diverses des philosophes ont em- « prunté médiatement ou immédiatement de nos divines Ecri- « tures. écrites du même doigt de Dieu qui a écrit les principes «' de ce qu'il a voulu que nous sussions dans le fond de nos

« âmes » (3). , », . . i,.

Il reporte ainsi la révélation de Moïse à Noe puis de Noe a 1 ame de chaque homme. C'est la révélation naturelle. Mieux vaut un adroit ennemi (4).

1. Méthode d'étudier les poètes, Paris 1681-82, 2 v. 8" ; la philosophie ib. ICSS, 8» ; les historiens profanes, ib. 1693, 2 v. 8».

4' Cette idée que la conformité des doctrines viendrait moins d'une imitation que de la participation de tous les hommes à la lumière "«*"-"- J^«"paîLî? aussi chez le pasteur réfugié Bompart, auteur de P^rallelasac^ etpro ^Zsive nom in Genesim, Am.t. 1689. 4^, où il met en P«r«^^^^;, ?« f "^;^' nr"se verset par verset, avec les écrivains profanes, selon le procède de Huet. Moïi a rendu à la lumière primitive tout son éclat, mais elle n eta.t qu obscurcTe chez les païens. « Hiic tôt documenta philosophorum. qui sine Scnp-

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La thèse de Huet, involontairement minée par Thomassin, est attaquée discrètement par Fontenelle quand, dans l'Histoire des oracles, il insinue que les chrétiens ont emprunté aux platoniciens leurs idées sur les démons. Elle est ouvertement menacée par l'ouvrage de Souverain dont le titre ne laisse pas soupçonner Paudace : le Platonisme dévoilé (1).

Chez cet auteur, Havet du xvir siècle, la thèse traditionnelle est retournée : c'est le christianisme qui s'est inspiré de la philosophie païenne. Unitaire déclaré. Souverain veut combattre la confusion du Verbe de St-Jean avec le Logos de Platon, et démasquer les Pères qui, comme Origène et Augustin, ont brouillé la doctrine des apôtres avec leurs rêveries platoniciennes. Quelle est l'origine de la Trinité des anciens Pères ? « Dieu s'étant révélé « à sa créature par voie de manifestation au dehors et de com- « munication au-dedans, on a fait de ces deux dispensations « autant de personnes divines distinctes de Dieu le Père » (2).

Quelle est l'origine de la Trinité des philosophes ? La contemplation des ouvrages de Dieu leur a découvert son infinie Bonté, sa Sagesse et sa Puissance. Platon comprenant que le monde n'était pas éternel, mais que Dieu poussé par sa bonté l'avait engendré par sa sagesse et rempli de sa vertu, appela ces 3 principes : le Bon, la Raison, l'Ame du monde.

Comment s'opéra la fusion des deux conceptions ?

(( Comme plusieurs des disciples de Platon embrassèrent le christianisme, « ils ne manquèrent pas d'attribuer à J.-C. tout ce que cette philosophie « attribuait au second Dieu et particulièrement la création du monde, soute- « nant... que ce Verbe était apparu depuis aux patriarches comme le minis- « tre du souverain Dieu et qu'enfin ayant pris un corps dans le sein de « Marie il avait prêché l'évangile aux hommes. Ils ont cru par là relever « infiniment l'honneur du Messie et éblouir les platoniciens pour les attirer « plus facilement à la religion chrétienne ; joint qu'il leur aurait été fâcheux « qu'après avoir fait de si longues études et une si belle figure dans l'école « de Platon il fût dit qu'ils avaient étudié en vain. » (3).

Cette assimilation se fit en deux étapes. Les premiers Pères ont « théologisé » J.-C, non comme les Pères platoniciens qui sont venus ensuite, mais seulement par rapport à sa naissance miraculeuse et à son exaltation. Dans ces premiers temps c'était une hérésie de le dire Dieu souverain. Mais bientôt on eut recours

tura duce non pauca Scripturse ad amussim respondentia prot,ulerunt. Vestigia namque in homine quœdam et scintillas remanserunt pristinœ lucis »... Préf., p. 5.

1. « ou Essai touchant le Verbe platonicien », Cologne 1700. 8«.

if

à une fraude pieuse, pour compenser l'ignominie de sa naissance obscure et de sa mort par sa préexistence, sur laquelle on préférait insister que sur son exaltation, trop proche des apothéoses. On usa de « l'économie >>, de sens mythologiques analogues a ces symboles par lesquels les païens sauvaient leurs fables ridicules, et les Pères platoniciens se mirent à théologiser dans les

idées de Platon. , - ,

« Théologiser, c'est parler de quelqu'un sur le même ton quon « parle d'un Dieu; s'il naît miraculeusement dire qu'il est des- (( cendu du ciel, s'il réforme les hommes, dire qu'il a crée le « monde, si Dieu l'élève à quelqu'extraordinaire dignité, dire que c( Dieu l'a engendré » (1). Jean leur en donnait l'exemple dans son « évangile contemplatif » : « personne n'est monte au ciel sinon celui qui est descendu du ciel ». Fort bien, si l'on prend cela dans un sens métaphorique ; mais le malheur est qu on la

pris au pied de la lettre. . ^ j *

La véritable économie est celle des unitaires qui entendent avec les anciens hérétiques par « Verbe préexistant » la raison éternelle de Dieu, qui est Dieu même, — avec les juifs par « la Sagesse » (2) non une sagesse personnelle, mais « la sagesse en général telle qu'elle est en Dieu ou qu'il Ta communiquée aux

hommes » (3). ^ , , . •

Leclerc au 3« tome de VArs critica (1706) dénonce, lui aussi, l'infiltration platonicienne et le rôle joué par Philon. Simon, examinant dans la Bibliothèque critique (1708-10) divers ouvrages modernes où il est traité de la Trinité (4) et parlant des livres apocryphes cités par les Pères, affirme les emprunts faits par les juifs hellénistes aux Platoniciens (5).

Dans les Origines judaïcœ (1709) Toland pousse une charge a fond contre Huet : presque toutes les citations d'auteurs païens où Huet croit saisir un écho de Moïse sont détournées de leur vrai sens. Par exemple il applique au Dieu du christianisme des vers de Manilius célébrant le Dieu panthéiste. Il cite un passage de Diodore d'après lequel Moïse a donné le premier des lois aux Egyptiens, mais le texte porte Mneven et non Moysen que Justin

2 Dont il est Question notamment dans Proverbes ».

l ïre p c 15. V. aussi cw 22, p. 282 : « Le pèi^ et le fils ne sont qu'un en vertu de VéconoZle qui met dans les mains du flls le droit de disposer des biens du père et d'en exercer toute l'autorité ». ^ ^ ^ /* Ttrv

T Maldonat (t I), Faydit (t. II et III), un professeur de Sorbonne (L TO. 5 « Il me paraît quMne bonne partie de ces ouvrages... ont été composés par les uifs hellénist^es ou par ces premiers demi chrétiens ^^"^ «— J^J prunté beaucoup de choses de ces juifs et des philosophes platomciens »

t. III. 41.

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martyr et Cyrille ont lu pour les besoins de leur cause. Dans un passage capital dont personne encore n'a tiré parti, Strabon donne des origines et de la religion judaïques et de Moïse luimême une idée tout autre que le Pentateuque. Moïse était prêtre égyptien et gouverneur de province. Le peuple qu'il emmena dans la Judée stérile (1) et auquel il donna une religion nouvelle était égyptien et de sang mêlé, mais nullement la pure race d'Abraham. Comme les autres législateurs, il usa de la fiction qui consiste à rapporter à Dieu les lois qu'on institue. Toutes les rencontres avec Dieu dont parle le Pentateuque, comme tant d'autres livres anciens, sont des songes, et l'on sait, depuis Cicéron, s'il faut les prendre au sérieux. Moïse était panthéiste et ami d'un culte spirituel.

Toland a le plus fait, au début du xviii* siècle, pour assimiler le judéo-christianisme aux religions anciennes. Notre Révélation n'a rien de spécifique ; elle n'est point leur mère mais leur fille ou leur sœur. Elle est le produit de la faculté superstitieuse toujours en action dans le monde ; elle n'est pas plus fondée ni respectable que ces cérémonies de purification, ces oracles, ces croyances bizarres dont on rit chez les anciens, et auxquelles les choses chrétiennes ressemblent d'une façon si inquiétante (2).

En 1715, à l'extrême droite de l'armée théologienne, un orthodoxe sort enfin des rangs pour combattre à son tour Huet. C'est l'abbé LoiseleuriS) qui comprend le danger d'une thèse ridicule.

« Dans un ouvrage intitulé Démonstration, rien de faible n'y « doit entrer. Les simples apparences, les faibles présomptions, « les vraisemblances en doivent être bannies, ou du moins elles « y doivent être si rares qu'elles n'y fassent pas une partie du c( capital... Il faudrait être juif ou chrétien très prévenus pour « reconnaître Moïse, son pays, sa naissance, son éducation, ses « qualités personnelles... dans Mercure, Adonis, Bacchus, Atis et « dans les dieux et les héros de l'ancien paganisme, la plupart « fabuleux » (4).

Si les païens ont copié Moïse qui est suspect aux libertins, la suspicion s'étend aux païens. Or ce qui est beau et probant, c'est de voir l'accord des philosophes inspirés par la raison naturelle avec Moïse qui la prolonge et l'enrichit. De plus, on frôle l'écueil

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