‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 215 sur 390 · Strasbourg 8« s. d. (1751) an. ; rééd · texte numérisé non relu

Strasbourg 8« s. d. (1751) an. ; rééd

5. Le Large, abbé de Lignac (1710-62) resta fidèle à Descartes, au temps ou le sensualisme triomphait. Il a écrit une Métaphysique tirée de l'expérience, Paris 1752, 12, un Examen sérieux et comique des discours sur « l'Esprit .»* Amst 1759, 2 v. 8«. contre Helvéiius, et Le témoignage du sens intime et de l'expérience opposé à la foi profane et ridicule des fatalistes modernes Auxerre 1760 3 V 12, contre les Encyclopédistes et contre le déterminisme en gênerai. C'est un esprit de valeur, digne de l'Oratoire, qu'il quitta pour des raisons inconnues. V. Ollé-Laprune : « Malebranche » t. II, 209. Le Goff, : Thèse, Pans 1865.

6. Lettres à un amériquain sur l'histoire naturelle générale et particulière de M. de Buffon, Hambourg 1751, 3 v. 16 (an.). Sur ces controverses pseudo-scientiflques, v. Mornet : « Les sciences de la na^ture en France au xviii» siècle », Colin 1911, in-16.

DES LETTRES PHILOSOPHIQUES A L'ENCYCLOPÉDIE

Dans ce conflit deux méthodes se heurtent : celle d'observation, celle d'autorité (1) ; et deux philosophies, le naturalisme et le supranaturalisme, s'affrontent sans issue. Lignac voit nettement les tendances a-religieuses de la science nouvelle : ne faire intervenir aucune cause hors de la nature, c'est-à-dire omettre l'hypothèse Dieu, observer simplement les faits sans se préoccuper des autorités antérieures, exténuer les différences entre les êtres, pour montrer le passage de l'un à l'autre par des gradations insensibles, fortifier le matérialisme en expliquant généralement le supérieur par l'inférieur, notamment en favorisant l'hypothèse de la génération spontanée (2).

La lutte essentielle se livre autour du Déluge. Les observations de Buffon l'ont conduit à penser qu'il fallut des milliers d'années pour constituer les terrains ; l'amalgame de débris d'animaux avec les roches ne peut être l'œuvre d'une inondation passagère ; l'origine et la disparition de cette masse d'eau serait d'ailleurs inexplicable. Tous les terrains à fossiles, y compris les terrains montagneux, ont été déposés par la mer. Leurs inégalités proviennent de l'action des vents et des marées. La mer, rongeant ses bords et son fond, a lentement mêlé des éléments minéraux avec des déchets organiques. C'est parce qu'elle creuse son lit qu'elle a découvert les montagnes. Son travail d'érosion est bien visible sur les côtes : un trou de 16 pieds dans la falaise du Tréport est effacé en 30 ans. La force des courants qui la traversent est telle que nous trouvons dans notre sol des fougères apportées des Indes.

A cet essai, encore bien boiteux, d'une explication naturelle, de Lignac oppose l'hypothèse d'une dilution générale de la surface terrestre par le Déluge, balayant tout ce qui a vie. Avec ces matériaux de l'ancien monde Dieu en reconstruit un nouveau, auquel il donne des aspérités pour marquer que c'est une terre de châtiment (3).

1. Le temps énorme que demande le système de Buffon sur la formation du monde prouve sa fausseté. Buffon ne doit pas se donner cent mille ans de plus. « Qui vous le défend ? la révélation ; ce que Dieu vous déclare lui-même dans « ses livres saints, que les poissons n'ont point existé avant que la terre fût « hors des eaux et qu'elle fût revêtue d'arbres et de plantes ». 20.

2. Buffon ne vise pas à renverser le christianisme, mais « les matérialistes regardent son énorme préface comme l'anti-Polignac et comme le rétablissement de l'épicurisme. Ils ont tort assurément ». 5. Le hasard d'Epicure était renv placé par l'attraction. ^

3. I^oublions pas que jusqu'aux temps du romantisme la montagne, qui est pour wmià source de joie et de beauté, ne laisse à Mps Crtinyiic qii'une impression de terreur. Dans la vallée, — car ils ne montent pas sur les sommets, — ils ont littéralement peur de voir les rocs « pendants » leur tomber sur la tète. Voir à ce sujet la curieuse inscription en vers gravée par deux foncUonnaires

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