Louis Racine
Cette apologie par l'appel à rexpérience intime est portée dans la chaire par le P. Pénissault S. J. En un temps où les prédicateurs n'ont pas encore, semble-t-il, conçu l'impérieuse obligation de défendre le christianisme, ce jésuite prêche sur la convenance de la foi avec les aspirations de l'âme, et ceci est un fait assez nouveau pour mériter d'être signalé (1).
Malgré tout, les apologies de cette période laisseraient une impression de grande faiblesse si deux d'entr'elles n'avaient, pour des raisons différentes, retenu l'attention du public.
Le poème de la Heligion, de Louis Racine, combine le plan de Pascal avec celui de Bossuet. La religion se prouve par son adaptation aux besoins de l'homme et parce qu'elle donne la clé de l'histoire ; elle seule explique l'énigme du monde et du cœur humain (2). Après une démonstration obligée de l'existence de Dieu, l'auteur pose l'énigme, en cherche la solution, la trouve dans l'histoire du Libérateur qui éclaire l'histoire universelle. Les mystères chrétiens me donnent plus de lumière que la philosophie, ils ne peuvent être une invention humaine. Dans l'impuissance de la morale naturelle, la morale chrétienne « a changé l'Univers parce qu'elle est fondée sur l'amour qui rend tous les
préceptes faciles » (3).
Ce poème est aimable parce qu'il respire l'amour des hommes. Il blâme la cruauté des Croisés, parle avec douceur des héréti-
use sans la ranger parmi ses 8 arguments capita.ux. « Il est bien fâcheux, dit-il, qu'on ne connaisse pas dans le monde les consolations et les douceurs dont le Seigneur récompense dès cette vie ceux qui le servent ». — L'Incrédule détrompe e* le chrétien affenmi dans la foi, Paris 1752. 8» p. 512. V. Tréu. juini 1752. p 1268 — Formey lui consacre 10 de ses sermons : Le Philosophe chrétien, Leyde 1750. 8«> et 1752-65. 6 v. 12. En voici les thèmes : Ce que peut le chrétien qui met sa confiance en Dieu, t. II. 16 ; — la paix de Dieu, ib. 21 : « La manière dont Dieu agit sur l'âme fidèle pour la rendre heureuse, les secours qu il lui accorde, les consolations qu'il lui dispense, la joie dont il la remplit sont autant de faits incontestables et inexpUcables ». p. 296 ; — les fruits de l Esprit, ib 22 et 23 ; — la source du vrai bien, ib, 24 ; — l'excellence de la loi divine, III 2 • elle produit « ces joies inénarijables, cette lumière salutaire ». p. 35 ;
— les secours de l'esprit divin, IV. 14, ; — la source du vrai bonheur, ib. 16 ;
— la sagesse et le bonheur du vrai chrétien, t. V. 5 ; — savourez et voyez combien l'Eternel est bon, ib. 11. , - ,
1. Sermons choisis, Lyon 1758. 2 v. 12 ; Migne t. 51. — 1« serm. sur la foi. ire partw ; — Serm. sur les dernSers sacrements. V. Bernard : « Le Sermon au xviii* siècle ». p. 124 sq. On verra dans cet ouvrage que les prédicateurs ne se sont guère émus des progrès de la philosophie qu'après 1750. Pérussault (1679- 1754) fut confesseur du dauphin puis du roi. Son éloquence est du plus pur
V style jésuite ». . x x •♦
2. « En suivant ces 2 grands maîtres, j'ai suivi les 2 hommes qui ont écrit sur la religion, de la manière la plus convaincante, la plus noble et la plus digne d'elle ». Préf.