‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 243 sur 390 · Chant V. v · texte numérisé non relu

Chant V. v

2. Il serait injuste de s*arrêter au tableau de la digestion :

« Au sortir d'un repas, dans votre sein paisible

Quel ordre renouvelle un combat invisible.

Et quel heureux vainqueur a pu si promptement

Chercher, saisir, dompter, broyer cet aliment ? » (Ch. V, v. 144).

3. René de Bonneval est. d»après Barbier. Fauteur de Réflexions sur l'anonyme et ses conseils à M. Racine au sujet de son pohme de la Religion, (an.) 1742. 8«, 7 p. Il déclare qu'il ne faut pas traiter de religion en Fvers. La Correspondance de Raynal parle dédaigne|usement du « poème plus connu qu'estimé de M. Racine » I, 265. Mentionnons outre la l'e édition (1742) celles de 1747 et 1752 (Œuvres complètes) et la réimpression de Migne, Dém. év. t. 8.

4. Chez Garnier 2 v. 12. Vernet remercie l'éditeur dans l'Introduction du t. 8.

apologie du siècle

«rDE PASCAL A CHATEAUBRIAND

au-dessus des étroitesses d'école ou d'église, enseignaient dans la petite Genève, déjà grand carrefour d'idées.

TuRRETTiN, descendant de persécutés italiens, avait visité la Hollande, l'Angleterre et la France, où il avait vu les hommes les plus cultivés. Recteur de l'Académie, de 1701 à 1737 date de sa mort, il fut nommé en 1705 professeur de dogmatique et travailla à alléger le joug des formules qu'on imposait aux professeurs et aux pasteurs. C'est ainsi qu'il fit abolir la confession de foi obligatoire. Il essaya aussi de rapprocher luthériens et réformés (1).

Vernet, fils de réfugiés provençaux (1698-1780) fut un des disciples préférés de Leclerc et de Turrettin. Il se destina au pastoral, en voyant une agonisante consolée par une prière du vieux Bénédict Pictet (2). Il voyagea en France, en Italie, en Allemagne et en Angleterre, fit, à 30 ans, la connaissance de Montesquieu à Rome et publia l'Esprit des lois à Genève en 1748. En 1756 il fut nommé professeur de théologie. On connaît ses relations avec Rousseau dont il combat avec modération le déisme dans son Traité, sa liaison puis ses démêlés avec Voltaire (3). Sa notoriété le fit consulter par Malesherbes, préoccupé d'améliorer la condition des protestants français. Vernet préconisa non une tolérance précaire mais le retour au droit commun.

Ces deux auteurs étaient aptes à comprendre les plus nobles aspirations de leur siècle. D'autre part leur science et leur piété les avaient bien armés pour la défense de leur foi.

La première partie du Traité, œuvre de Turrettin, est un exposé de composition très classique. Le besoin d'une révélation est établi par l'aveu de plusieurs philosophes anciens (4). Tous les nova-

tn

1 On peut juger de sa hauteur d'esprit par sa Harangue sur la liaison qu'il V a entre les sciences et la religion, (De eruditionis et pietatis nexu oratio acadomica, Genève 1706, 4o). Au moment où Bayle identifiait la religion à la superstition, il les distingue nettement et montre quel secours la religion reçoit des sciences. Elles délivrent l'esprit des superstitions contraires à la piété : la crovance aux présages, comètes, éclipses, aux esprits et à la magie. Les siècles d'ignorance ont corrompu toute religion. Le xvi" siècle a vu simultanément la renaissance scientifique et la renaissance religieuse. « Enfin les véritables scien- « ces rendent les hommes équitables, doux, modérés. Il ne faut pas s étonner « que les enthousiastes, les fanatiques et autres visionnaires de nos jours décla- « ment tant contre les sciences ; leurs visions ne sauraieni subsister en présence « des lumières dont elles brillent toujours ».

2. « Les exhortations du pasteur et surtout sa prière boiuleversèrent mon âme. La figure angoissée de la malade, qui reprenait peu à peu le calme et une expression d'espérance, me causèrent une émotion profonde et je résolus de me vouer à ces fonctions dont les bienfaits paraissaient visibles auprès des êtres souffrants » c. p. Encycl. Lichienberger [30], t. XII. 322.

3. V. Desnoireterres, t. V et VIL Sur le libéralisme de nos deux auteurs, cf P. M. Masson [166] I. 198 sq. et les références qu'il indique.

4. « Il ne reste presqu'aucune trace de la lumière primitive ». Tusculanes

DES LETTRES PHILOSOPHIQUES A l'eNCWLOPÉDIE 349

teurs, y compris Socrate, donnent leur doctrine comme venant du ciel. « Cette conduite des législateurs ne découvre-t-elle pas évi- « demment la pensée où ils étaient que sans une inspiration vraie « ou supposée on ne doit pas présumer de donner une assiette « stable à la religion ? » (1). Les philosophes modernes se croient plus habiles que les anciens, mais, comme le dit Locke, c'est l'éducation chrétienne qui fait leur force. « Celui qui voyage « présentement par de grands chemins s'applaudit sur la vigueur « de ses jambes et attribue sa diligence à la force de son tempé- « rament » (2).

Les caractères de la révélation sont les suivants : elle doit être universelle c'est-à-dire propre à être portée en tous lieux et à sanctifier tous les hommes, évidente en ce sens qu'elle ne doit pas choquer la raison restreinte aux axiomes (3), en accord avec e]^emême, plus riche que la lumière naturelle, accompagnée de signes.

La vérité du judaïsme se prouve par les lois de Moïse, l'historicité du Pentateuque, les prophéties de l'A. T. (4). Il est miraculeux de voir ce peuple sans lettres, sortant de l'Egypte idolâtre, entouré d'idolâtres, posséder la science par excellence.

La vérité du christianisme ressort de deux sortes de preuves : les unes internes et de sentiment, les autres externes ou de* fait. Ici Vernet intervient et trace dans la préface du Tome II le plan le plus net des devoirs de l'apologète :

« Les premières se tirent de la beauté même de la religion, de son accord « avec la droite raison et avec la conscience, du rapport qu'elle a avec « notre état et nos besoins, de son utilité et des consolations qu'elle nous « fournit. — Le second genre de preuves se tire des marques extérieures « dont une religion est revêtue, comme sont les miracles, les prophéties, les « témoignages non suspects, le succès qu'elle a eu, les effets qu'elle a « produits.

« Ces deux sortes de preuves ont chacune leur valeur et on ne doit les « négliger ni l'une ni l'autre. La première fait d'abord impression sur des « personnes raisonnables, selon ce que dit J.-G. : « si quelqu un est bien « intentionné pour faire la volonté de Dieu, il reconnaîtra si ma doctrine « vient de Dieu ou si je parle de mon chef » (Jean 7, 17). Mais quand l'esprit « n'a pas ce goût naturel de la vérité et de la vertu, quand il s'agit de mon- « trer la révélation par des endroits plus frappants et palpables pour tout le

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