Corresp. t. II
3. « trouvée depuis peu par un saint religieux an calvaire de N. S. à 2 lieues de Paris ». ITHl, Duval et Fère approbateurs. Bibl. Nat. D 7170.
4. Nancy 8«. La Guille (16r>8-1742) dirigea plusieurs collèges et fut élu 3 fois provincial.
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damentales de la religion pour l'instruction des officiers et gens de mer (1), ouvrage clair et populaire qui h'a que le tort d'être long. L'abbé Monnet, dans ses Lettres d'une mère à son fils (2) réfuta Spinoza et Pope, déjà anciens, mais surtout la « Philosophie de l'histoire » de Voltaire et « l'Emile » de Rousseau. Chez Voltaire il relève la malignité du dénigrement systématique des juifs et des chrétiens, sa caricature des prophètes ; il utilise l'érudition contemporaine touchant l'antiquité des Chinois et des Egyptiens. Déconcerté par Rousseau, comme tous les orthodoxes, il combat sa solution si profonde et si religieuse du problème du mal ; mais son ouvrage, inspiré souvent de Pascal, est plein d'un sentiment pénétrant qui explique, croyons-nous, son succès. La religion éclaire d'une part ce que la philosophie laisse inexpliqué, d'autre part elle fortifie la volonté et donne la paix à l'âme, ce que la philosophie ne fait pas.
Les Lettres de Monnet, rééditées et complétées en 1758, parurent encore en 1767, en 1768, en 1776(3).
On accueillit aussi avec faveur les Preuves de la religion de J-C. contre les spinosistes et les déistes, par Laurent François (4). Mais l'auteur abaisse un peu trop le débat pour se mettre à la portée de la jeunesse. Il est trop facile de réfuter Spinoza par un appel au gros bon sens, en prenant tous les mots dans leur acception vulgaire.
Si l'on ajoute que le Parlement s'est réveillé, qu'il a condamné Le
les Lettres anglaises, les Princesses malabares, l'Histoire naturelle Parlement de l ame, les Pensées philosophiques, la Lettre sur les aveugles, ^^^^i^
1. Lyon 2 v. 12 ; ~ 2« édition complétée par des Entretiens sur les vérités pratiques de la religion, ib, 1751, 4 v. 18.
2. « pour lui prouver la vérité de la religion chrétienne », .Paris 1747 12 • 2* éd. augm. ih. 1758, 3 v. 12. ' '
3. Nous comprenons moins bien le succès moderne fait à une autre apologie populaire, œuvre d'un jeune homme encore sans grande lecture "e gra^f
gion chrétienne, ouvrage destiné à l'éducation de la jeunesse Paris 1747 12 réimpr. » fois au xix- siècle. Migne, l>ém. év. I9J t A? 1174 ' '
titrt L^^nV^'^'f f ^' .^^' '^' ^ ^'""'"'^ ^^^"^^^ P^^^^"t '^n 1755 sous le titre de Défense de la religion chrétienne contre les difficultés des incrédules ^
les 4 premiers furent réimprimés en 1752 et 1754. ib. François (T698-?782)' ancien prêtre de la Mission, ne publia pas moins de 5 ouvrages apo ogétigues •' 2 autres restèrent en manuscrit. Celui-ci, qui est le premier, n'est ^asSnal' .< L'auteur s'est fait un devoir de parler d'après les plus grands maître i s approprie sans scrupules leurs pensées et leurs raisonnements, il emploie ieurs expressions » p VIIL II ne mérite cependant pas Fépithète de « pauvre imïé! t îl"28fir t' T^'' Vo//a,>. dans une lettre à d'AIembert (c. p. Pérennès met. t. II, 286). Le Journal de Trévoux, qui loue beaucoup cette défense, la trouve pourtant « un peu longue et un peu chargée de métaphysique ». 1755 p. 1786.
Progrès des idées
de tolérance
les Mœurs (1), on reconnaîtra qu'un effort de résistance aussi général et aussi énergique prouve le progrès des idées nouvelles.
Nous en avons une autre preuve : la tolérance fait dans cette période un pas décisif. Si les ouvrages philosophiques relâchent la morale, ils fortifient l'humanité. Ne nous arrêtons pas à Pré^ montval qui renvoie dos à dos les chrétiens intolérants et les intolérants philosophes (2). Ceux-ci n'avaient pas le moyen d'embastiller les gens et l'on ne peut assurer que leur intolérance verbale eût jamais passé à l'action (3). Croyons-en le P. Toiirnemine qui voit dans la philosophie une école de tolérance (4), et voyons surtout ce qu'elle a fait d'un abbé, un de ses élèves.
L'abbé Yvon, l'ami des Encyclopédistes, veut laver le catholicisme du reproche d'intolérance essentielle (5).
Il n'admet pas la tolérance ecclésiastique qui serait la négation de l'Eglise, mais il réclame la tolérance civile et souhaite que Louis XV l'accorde aux protestants. Pas de communion avec les hérétiques, mais pas de persécution matérielle, tel est son programme. Ces idées généreuses sont, cela va sans dire, enveloppées du ton méprisant et des insultes qui étaient toujours « de style » en parlant des frères égarés (6) ; même sous cet uniforme l'intolérance d'Etat les acceptait avec peine. La même année, Turgot sou-
1. En 1734, 1746 et 1748. V. Picot : « Mém. pour servir à Vhist eccl. du xviii'^ siècle » Paris 1815, 4 v. 8», t. II aux dates indiquées.
2 C'est un chrétien rationaliste et pacifique, auteur d'un recueil de pensées intitulé Le Diogène de d'Alembert, Berlin 1754, in-24, et 1755. (D'Alembert dans son Essai sur les gens de lettres appelait de ses vœux un Diogène qui dirait a chacun ses vérités sans indécence). — « Quoi, s'écrie Prémoivtval, « je ne pourit rai parler de Dieu, de religion, de morale sans être accusé de cagotisme, parce « que je n'en parle qu'avec respect ; je ne pourrai proposer des doutes en gémis- « sant et implorer des lumières supérieures aux miennes sans être accusé de ne « tendre à rien qu'à tout détruire ! » éd. 1755 p. 167 sq.
3. Sans doute Voltaire a fait de son mieux pour embastiller La Beaumelle (V. Desnoireterres IV. 431). mais quoi, c'est un nerveux qui fait souffrir autrui par rancune, non par principe.
4. Trév. janv. 1736 p. 98. « De la liberté de penser sur la religion ».
5. Yvon (1714-91) docteur de Sorbonne. fut soupçonné d'avoir collaboré à la thèse de Prades et se retira en Hollande jusqu'en 1762. Il avait fourni à l'Encyclopédie les articles Ame, Athée, Dieu. A son retour il écrivit contre Rousseau et reçut de l'archevêque de Paris une pension bientôt supprimée. L'évêque de Coutances lui donna un canonicat. Les écrivains ecclésiastiques ont noirci à plaisir cet abbé philosophe. Il présente « les idées de la tolérance civile » « sous une forme catholique ». car « les erreurs que les protestants ont mêlées « avec cette vérité lui ont fait du tort dans l'esprit des catholiques qui... 1 ont « traitée ainsi que nos juges traitent up honnête homme qui se trouve engage •( par accident dans une troupe de coquins y>. — La liberté de conscience resserrée dans des bornes légitimes (an,) Lond. 1754. 12. p. I.
6. Même sous la plume d'un Turgot : « Le Conciliateur », lettre d'un ecclésiastique à un magistrat sur les affaires présentes. 1754 ; ou d'un Malesherbes : • Mémoires sur le mariage des protestants ». 1784-85.
DES LETTRES PHILOSOPHIQUES A I/ENCYCLOPÉDIE
tenait la même thèse, mais il faut noter qu'avant Rippert de Monclaril) un ecclésiastique, touché par l'esprit du siècle, osait faire le premier pas vers la justice. Il osait avancer que l'intolérance nuit au christianisme en lui faisant perdre un de ses avantages sur le mahométisme : elle lui ferme les cœurs des infidèles, rend vaines les plaintes des premiers chrétiens contre les persécutions; la vérité ne peut avoir le droit de persécuter l'erreur qu'aussitôt l'erreur ne s'attribue le droit contraire ; la vérité ne se persuade point par la force, mais seulement par la raison.
Les apologistes affirmaient à tort que la philosophie n'accumulait que des ruines.
1. Procureur général au Parlement d»Aix, réclama le mariage civil dans un Mémoire théologique et politique au sujet des mariages clandestins des protestants de France (1755, 8») qui fit beaucoup de bruit. V. Grimm lll, 111. « Tout le monde, dit Grimm, connaît les maux que la Révocation de l'Edit de Nantes causa à la France ; il serait tjemps d^e mettre du baume sur une plaie aussi profonde ». V. une liste de brochures qui combattent la thèse de Rippert, ib. p. 192 et 210.