Malgré le mal présent espérons le mieux. Ib
doutes sur la liberté (1), son souci grandissant de Faction (2), tout cela est du positivisme qui le rapproche de plus en plus de 1 école
encyclopédiste.
S41 devient plus audacieux, c'est que la vie Va rendu moins content et que Pope n'est plus son homme. Il a perdu Cirey et sa maîtresse, est revenu de Berlin par Francfort sans pouvoir rentrer à Paris. Sa longue enquête sur l'histoire générale pleine de tyrans et de fanatiques a nourri son pessimisme, et les hardis négateurs de Potsdam ont bien un peu déteint sur lui. Cinq ans d'exil errant étaient faits pour l'aigrir, et, maintenant qu'il est en surete, il va se venger de sa contrainte passée et de ses petites lâchetés inutiles Le plaisir de braver l'Infâme sans risques est si doux. A peine installé aux Délices (1755) le désastre de Lisbonne bouleverse ses nerfs ; à peine installé à Ferney (1758) la persécution dirigée contre les philosophes l'exaspère.
On a dit enfin que, chef par l'âge et les services rendus, il ne voulait pas être dépassé par la troupe des jeunes. Si sa pensée est moins hardie que la leur, il semble toujours le plus audacieux par l'impertinence souveraine de la forme, la cruauté de l'attaque, la maîtrise du talent aux yeux d'un public qui apprécie surtout la crânerie de l'attitude. Et puis il cultivera une spécialité bien a lui, la critique biblique et historique, tandis que les Encyclopédistes se tournent plus volontiers vers la politique et les sciences.
Circonstan- Par quels événements cette poussée vigoureuse de la philosophie
ces a-t-elle été rendue possible? . , j.*
favorables Une guerre intestine divise les puissances préposées a la défense
aux philo- de la foi. ^ ^ ,,
sophes Nous avons vu les jansénistes et les jésuites se rendre mutuelle-
ment responsables des progrès de l'impiété. Ces récriminations entre compagnons d'armes sont le prélude de la défaite. Le Parhment est janséniste. Au moment même où l'assaut décisif de la philosophie commence, il se fait exiler (1753-54) (3). Les jésuites
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1 « La destinée se joue des hommes qui ne sont que des atomes en mou- « vemlnt soum"s à la loi générale qui les éparpille dans le grand choc des : i:rnTments du monde qu'ils ne peuvent ni prévoir, ni prévenir, ni compren-
^^^2.'*« Je suis à peu près aussi savant sur ce qui regarde notre être que Je rétais en nourrice : j'aime mieux planter, semer, bâtir «... Ib. 17. , „. .
3. Pour avoir interdit de refuser les sacrements à ceux qui repoussaient la Bulle (5 mai 1752). L'archevêque de Paris prescrivait ce refus aux prêtres de son diocèse. La .plupart des évêques soutinrent avec lui <I"«/EgUsc seule a le droit de disposer des sacrements. « Quel triomphe, pour les libertins... qui « toujours prêts à secouer le joug de la religion, profitent avec ««^P^^^^"^^"* « des moindres occasions pour décrier, pour avilir l'autorité de ses ministres ! »
DE l'encyclopédie A l'ÉMILE
régnent à la cour sur la reine et sur le dauphin ; Tarchevèque de Paris, Christophe de Beaumont, leur donne ^ les mains pour la défense de la Bulle. Le roi est indécis et subit tour à tour des influences opposées (1). La Pompadour est favorable aux philosophes, les ministres varient ; le chancelier Lamoignon révoque le privilège de l'Encyclopédie que soutient son fils Malesherbes ; le secrétaire d'Etat de la maison du roi, St-Florentin, empêche, sur les instances de Choiseuly qu^Helvétius soit nommément censuré par le Parlement (2).
La Sorbonne, citadelle de l'orthodoxie au-dessus des partis extrêmes, était encore avant de Prades une puissance morale. Elle est minée par le ridicule.
Profitant de ce désarroi, la libre pensée s'enhardit. « Quand les pédants se battent, écrit Voltaire, les philosophes triomphent » (3)^ La force acquise les emporte et le public accepte des audaces plus téméraires à mesure que le respect s'en va.
Il s'en va avec l'esprit de soumission parce qu'au dehors grandit la honte, au-dedans la misère.
En 1757 c'est Rosbach, en 1758 Crevelt, la capitulation de Louisbourg qui nous fait perdre le Canada. En 1756 Louis XV a de nouveau brimé, par un lit de justice, le Parlement qui a l'opinion pour lui. La misère du peuple est grande. Pour nous en tenir à celle que deux philosophes campagnards ont sous les yeux, la pauvreté des gens de Rémalard et de Ferney incite Helvétius et Voltaire à créer des industries qui les font considérer, dans le Perche et au pays de Gex, comme des bienfaiteurs publics (4).
Ce malaise matériel et moral explique pourquoi désormais l'esprit critique s'attaque plus résolument aux institutions, pourquoi toutes les sciences qui concourent au bonheur de l'espèce humaine passent au premier plan. L'économie politique, la législation, l'éducation tiennent autant de place dans les écrits des philosophes que la critique religieuse. Celle-ci se fait moins théologique, moins exégétîque, moins philosophique souvent. Elle en
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Représentai, des évêques au roi à l'occasion de l'arrêté du Parlement du 5 mai 1752. Le 11 juin 1752. — Fonds Joly de Fleury n« 1683 pièce 9. — On connaît l'épigramme de Piron. Un jésuite dit à « un grivois » :... « Mais si vous êtes janséniste — Point de confession. — i Mais je ne le suis pas. — Djeu soit béni ! vous êtes donc des nôtres ? — Non, je suis du parti qui se f... des deux autres ». Raynal I, 188.