‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 261 sur 390 · Ib. 158. Décision» des cas de conscience · texte numérisé non relu

Ib. 158. Décision» des cas de conscience

6. T. II.' 352. Lignac reprend l'argument du pari et montre que l'amour de soi doit opter pour le moindre risque.

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DE L ENCYCLOPÉDIE A l'ÉMILE

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de thèse devant VAcadémie des philosophes. Une jeune fille de 18 ans fait l'apologie des obscénités d'Helvétius sur la nudité, la pudeur et les vertus de préjugé. C'est d'une ironie un peu grosse qui ne pouvait guère faire rire que des ecclésiastiques, mais l'ensemble est plaisant, jusqu'au ton protecteur avec lequel l'abbé signale à Helvétius-Jourdain ses âneries, comme à un homme qui veut faire de la philosophie sans savoir (1).

Après Lignac, un abbé d'Avignon, Du Four, dirige contre l'Esprit un de ces traités antimatérialistes qui foisonnent à ce moment (2). Campés dans le cartésianisme, leurs auteurs ressassent l'incompatibilité des attributs des deux substances. Spinoza redevient l'ennemi comme au début du siècle, soit qu'on voie en lui le père du matérialisme moderne, soit qu'on connaisse mieux un adversaire devenu classique et qu'on s'inspire volontiers des réfutations déjà faites.

En effet, sans parler de dissertations innombrables où le spiritualisme est rétabli par les arguments classiques, l'abbé Pluquet publie, à la veille de « l'Esprit », un Examen du fatalisme (3) où il découvre enfin la vraie source du mal moderne. Le développement des sciences physiques et naturelles a fortifié le déterminisme, réduit de l'incrédulité. Les défenseurs de la religion doivent commencer par renverser l'écueil où se brise toute apologétique.

Il réduit nettement toutes les formes du déterminisme au spinozisme et à l'atomisme, expose avec impartialité les systèmes en supposant toujours l'adversaire de bonne foi. Malheureusement sa défense est faible. On ne combat pas Spinoza. On accepte ou l'on rejette ses défmitions de la substance et de la cause ; tout le reste s'ensuit. Les arguments tirés de l'intuition ne touchent pas les spinozistes.

L'antimatérialisme

1. V. Keim [97] 417. Lignac et d'autres paraissent avoir pris au sérieux 1 humilité gémissante de sa rétractation.

2. « L'Ame ou le système des matérialistes soumis aux seules lumières de la raison «, par M. l'abbé ***, Avignon 1759, 12. « C'est un recueil de raisonnements plats et ennuyeux contre la philosophie ». Grimm IV, 178. Mentionnons Asfruc : « Dissertations sur l'immatérialité et l'immortalité de l'Ame », Paris 1755, 12 ; Hayer : « La spiritualité et l'immortalité de VAme avec le sentiment de l'antiquité tant sacrée que profane par rapport à l'une et à l'autre », Paris 1757 3 V. 12. L'auteur avait proposé de dédier cet ouvrage à l'Assemblée dtt clergé de 1755 qui nomma des commissaires pour l'examiner. Formey : « Les preuves de l'existence de Dieu ramenées aux notions communes », 1758, 8«.

3. Paris 1757, 3 v. 12. L'auteur (1716-90) fut assez longtemps précepteur. Il était lié avec Fontenelle, Montesquieu, Helvetius ,< de là sans doute la courtoisie du ton sur lequel il parle des philosophes. De 1776 à 1782 il enseigna la philosophie morale au Collège de France. Il n'est plus connu aujourd'hui que par son Dictionnaire des hérésies, 1762, 2 v. 8®.

Dans sa seconde partie, Pluquet montre bien comment les sciences naturelles infirment Thypothèse d'un Dieu créateur (1) ; il le conçoit moins bien pour les sciences physiques, les connaissant mal. Il rie voit pas quel vertige d'espoirs illimités la découverte de la plus grande loi connue, l'attraction, a jeté dans les esprits. Là où il faudrait une réfutation documentée, il répond par le providentialisme le plus usé, à la Derham(2). Il en résulte une impression de défaite, sauf dans la partie proprement philosophique, la démonstration de la liberté par exemple, où depuis St-Thomas l'échafaudage des arguments est complet dans l'école.

Le récollet Hayer qui, aidé d'une « Société de gens de lettres » publia de 1757 à 1763 vingt et un volumes de lettres antiphilosophiques (3), croit condamner l'Interprétation de la nature en rattachant la chaîne des êtres imaginée par Diderot à la fatalité stoïcienne. Le cours constant de la nature dément l'hypothèse d'une transformation (4). Que devient la preuve de Dieu par l'ordre du monde dans ce panthéisme modernisé ?

Il s'élève avec plus de succès contre le matérialisme de Montesquieu exagérant l'influence du climat sur la religion. UEsprit des lois suppose que la religion chrétienne choquait trop le climat de son pays d'origine pour s'y maintenir. Elle s'y est conservée 10 siècles cependant et c'est la violence qui l'en a chassée. D'ailleurs l'église grecque y subsiste, et Montesquieu reconnaît luimême que l'église éthiopienne « a porté au milieu de l'Afrique les mœurs de l'Europe et ses lois ». Les peuples du nord sont protestants, dit-on, parce qu'ils aiment la liberté. Pourquoi furent-ils longtemps catholiques, ont-ils des rois et se déclarent-ils prêts à subir la monarchie du Christ si on leur prouve qu'elle existe ? « Pour ce qui est de la France, dites-moi je vous prie, où le pro- « testantisme a-t-il fait des progrès plus rapides, où se soutient-il « avec plus d'opiniâtreté que dans nos provinces méridionales, ce c'est-à-dire les plus voisines de l'Espagne et de l'Italie ? » (5).

1. Notre planète a passé par différents états ; ses éléments s'entredétrulsent. .c Peut-on attribuer à une puissance intelligente, sage et toute puissante ces « vicissitudes, ces contradictions ? n'est-il pas bien plus raisonnable de les u regarder comm« l'efTet d'un mouvement aveugle ? » t. III, 350.

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