IV. — Ouvrages généraux
Décadence C'est surtout dans les ouvrages généraux que se marque la marquée décadence au moins momentanée de l'apologétique (3). Leur de rapolo- banalité tient en partie au fait qu'ils démontrent le spiritualisme gétique et que cette démonstration est close depuis Descartes. Si l'apologie philosophique est épuisée, la démonstration par les faits n'a rien de neuf à dire jusqu'au jour où le progrès des sciences historiques et philologiques pourra la renouveler. Nos auteurs marquent le pas.
Il y a les rétrogrades, comme l'abbé Maleville qui repousse toutes les concessions déjà presqu'acquises aux yeux des chrétiens
1. Les plus im,portantes sont : de Caylus : « Observations théologiques ed morales sur le livre du PI Berruyer (2* partie) » s. 1. 1755, 2 v. 12 ; Projet d'Instruction pastorale sur les erreurs du livre intitulé : Histoire du peuple de Dieu (2e part.) s. 1. n. d. (1755) 12 ; Anonyind : « Exposition de la doctrine du P. Berruyer sur la divinité de J.-C. et sur la nécessité de sa médiation », Amst. 1755, 12 (cet ouvrage publié après un mandement de Caylus incite Farchevêque de Paris à sévir à son tour) ; le P. Maille, de l'Oratoire : Le P. Berruyer, jésuite, convaincu d'arianisme, de pélagianisme , de nestorianisme eta... La Haye
1755, 12 (réfutation érudite d'un théologien) ; abbé Gaultier : « Lettres théologiques dans lesquelles l'Ecriture sainte, la tradition et la foi de l'Eglise sont vengées contre le système impie et socinien des PP. Berruyer et Hardouin »
1756, 3 V. 12 ; Maran : « Les grandeurs de J.-C. et la défense de sa divinité contre les PP. Hardouin et Berruyer » en France 1756, 12 (an.) ; Duhamel : a La vérité catholique sur le mystère du Fils de Dieu incarné, ou Défense du projet d'Instruction pastorale » s. 1. 1756, 12 (an.), controverse purement théologique ; Fitzjames : « Mandement et Ins>truction pastorale de Mgr l'évéque de Soissoas », Paris 1760, 4® (c'est de beaucoup l'ouvrage le plus net et le mieux fait) ; Jugement doctrinal de la Faculté de théologie de Paris sur un livre qui a pour titre... s. 1. 1762, 3 v. 12, Anonyme : « Examen du nouvel ouvrage du P. Berruyer imtitulé « Réflexions sur la foi » s. 1. 1762, 12.
2. « adressées à M. l'archevêque de Paris ». Trévoux 1760. 12 ; mises à l'index en 1764.
3. On est surpris de voir une brochure du Pi. de Menonx, le jésuite ennemi de Voltaire à la cour de Stanislas, Défl général à l'incrédulité (1757) atteindre rapidement 8 éditions et obtenir de Fréron des éloges -démesurés, car c'est la platitude même. (V. Pérennès qui la rapporte par erreur à 1738 ; [29] t. II, 479).
DE L ENCYCLOPEDIE A L EMILE
éclairés (1), et ne veut pas qu'on tire argument, de l'impression que fait l'Ecriture sur l'âme (2) ; Lefranc qui compile encore les prophéties (3) ; — le P. de Lamare S. J. qui restaure la vieille distinction du contenant et du contenu, établit le premier par la méthode d'Houteville et se noie dans le discernement des miracles (4).
Il y a les médiocres comme Chaumeix, Gauchat, qui intercale dans ses Lettres critiques une étude sur la Certitude où pas une ligne n'est originale (5), Millot qui brandit l'évangile quand on attaque Rome (6), — Salchli, professeur à Lausanne (7) qui passe une revue assez intéressante des déistes anglais, combat Locke et s'égaie de ce que les incrédules à la d'Argens doutent de la conversion de Clovis pour accepter aveuglément la mythologie chinoise, mais qui ne dit rien de lui-même, — le bon roi Stanislas qui demande, si l'âme est une matière fine, comment elle ne s'évapore pas « au premier choc » (8).
D'autres sont plus ingénieux. Un jeune hongrois Teleky de Szek nie que le miracle soit une violation de l'ordre. Bien au contraire, Dieu n'en fait que pour rétablir l'ordre troublé par
1. La religion naturelle et la révélée établies sur les principes de la vraie ihilosophie et sur la divinité des Ecritures (an.) Paris 1756-58. 6 pet. in-12. Il nous ramène à l'inspiration verbale, nie l'action des eaux sur la surface terrestre, maintient le nombre des martyrs, repousse toute allégorie dans le récit de la Genèse : le serpent devait être « un de ces serpents brillants et ailés qui naissent en Arabie et en Egypte ; ils sont d'une couleur jaune »... V. 332. Maleville n'est pas plus choquant que l'abbé Le Brun, précepteur des pages de la reine, qui monte un laborieux mécanisme de 3 océans pour expliquer aussi naturellement que possible le Déluge (/. eccll, [55] nov. et déc. 1762).
2. Guyon la fit valoir dans la Suite de l'oracle (1760), tout heureux de se rencontrer sur ce point avec Rousseau contre Diderot.
3. L'incrédulité convaincue par les prophéties. Paris 1759, 3 pet. 12." L'auteur copie Huet, Baltus, Limborch et Warburton.
4. La foi justifiée de touit reproche de contradiction avec la raison et l'incrédulité convaincue d'être en contradiction avec la raison... Paris 1762, 12 ; souvent néimpr. comme ouvrage didactique, 1766. 69, 73, 1817 et dans Migne (Dém. év.) [9]. L'Année littéraire traite l'auteur de « respectable athlète » et, par une métaphore hardie, trouve dans son « excellent ouvrage » des « preuves ren^plies de profondeur et de solidité ». [53] 1762 t. I, p. 200, 193, 195. De Lamare (1700-70) était breton.
5. Let. 88 à 108. Il réfute après Houteville l'anglais Craig qui fixait la limite extrême de la probabilité des faits évangéliques à 3.550 ans. Il développa encore le sophisme : ces faits sont avoués puisqu'ils ne furent pas contestés.
6. C'est le jésuite qui remplaça Gresset à l'Académie en 1777. Discours sur les préjugés contre la religion Lyon et Paris 1759, 8°. V. /. encycf. [66] 1759 t. rV, 3^ part. p. 3-20 et VI, p. 287-377. Cette équivoque annule beaucoup d'apologies ; elle consiste, quand l'adversaire dit : l'Eglise est riche, intolérante etc.à répondre : calomnie ! Jésus était /pauvre et doux.