‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 294 sur 390 · Amst · texte numérisé non relu

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Le Chrétien mauvais citoyen? Rousseau n'a pu le soutenir qu'en se plaçant au point de vue étroit et haineux des cites anciennes Cest un mauvais calcul patriotique que d'abdiquer l'humanité. « En général, il est vrai de dire des états comme des . particuliers que. qui n'aime que lui. n'est aime de per- . sonne » (1). Toute cette réfutation est excellente. Roustan pénétré de l'esprit chrétien et de l'esprit le plus généreux^ de son siècle, trouve sans effort les formules du patriotisme moderne et iaisse loin derrière lui Rousseau, tout occupé des souvenirs du nationalisme antique. Mais il faiblit quand il s'agit de démontrer que le christianisme ne favorise pas la tyrannie et n éteint pas les vertus guerrières, car il est malaisé de tourner le précepte evangélique de non résistance au méchant, même pour faire du chrétien le soldat du droit.

Nous retrouvons le malentendu qui séparait Baijle et ses premiers adversaires. La question qui se pose est au fond celle-ci : quel est le vrai christianisme ? le littéral et théorique ou celui adapté à la vie et aux faits ? Faut-il avec Bayle, Rousseau, Tolstoï prendre à la lettre les enseignements de Jésus, ou avec l'Occident 0 chrétien » en retenir l'esprit ? Rousseau et Roustan ont raison selon la solution choisie. L'un déduit a priori de la chante la faiblesse, l'autre regarde le monde et voit les peuples chrétiens forts. Leurs coups ne portent pas, car si l'un parle moine, l'autre

lui répond chevalier (2).

La discussion paraissait donc à bout de course quand Vernes la relança en prenant l'offensive avec un argument propre « à faire de la peine » aux philosophes : la religion naturelle qui inspire l'amour des hommes est, dans cette mesure, elle aussi, contraire

1 P 54. « Le chrétien ne quitte point son pays pour aller chasser les autres du leur ». 83. Grimm donne un échantillon de son équité en attribuant à l intelligent auteur de cet ouvrage généreux « autant de chaleur que de sottise » VI. 55 Rousseau insiste surtout sur la malfaisance politique du christianisme dans les « relations extérieures » d'un peuple {Contrat social III. i- Lef de la Mont. III) Il admet sa bienfaisance sociale à l'intérieur d'un état. (Prof, de foi, éd. Masson, Hachette 1914. S» p. 461) V. Masson [166] III. 183 sq.

2. Lefranc de Pompignan consacra une bonne partie de son Instruction pastorale sur la prétendue philosophie des incrédules modernes (Le Puy 1763, 4 et 1764 2 pet 12 ; -. V. Grimm V. 400) à réfuter le « paradoxe de Rousseau >.. Alors que d'autres étaient frappés par le cosmopolitisme des P^jJ^^P^f ' \"^ remarque leur patriotisme qui les rend ennemis de ce qui affaiblirait le pays îcélibat monacal, richesses du clergé etc.). De Bauclair « citoyen du monde j. dans son Anti-Contrat social La Haye 1765. 12. n'admet pas que le chr»st;«";^";« favorise la tyrannie, car il prépare la pure démocratie. « Une société de chre- «tiens, queue qu'elle fût. serait "- vraie démocratie, (^r s d'un côté 1^^^ « membres inférieurs du corps politique étaient soumis et dévoues à f» voî«nte « du chef, de l'autre cette même volonté du chef serait subordonnée a celle du « peuple et n'aurait jamais d'autre objet que le bien public ». 20/.

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J.-J. ROUSSEAU

au patriotisme. C'était ennuyer les déistes que les réduire à déclarer leur religion moins humaine que la chrétienne (1). Rousseau aigri, persécuté, plein de la plus injuste haine pour Vernes, son ancien ami, ne répondit rien aux critiques. « Ne m'envoyez (f plus de tous ces beaux livres », écrivait-il à d'Ivernois à propos de l'ouvrage de Claparède, « car je vous avoue qu'ils m'en- « nuient à la mort et que je n'aime pas à m'ennuyer » (20 juillet 1765).

Un raisonnement analogue à celui de Vernes fait le fond de la Bergier. meilleure réfutation française du « Vicaire », celle de l'abbé Sa réponse Bergier. C'était le premier ouvrage apologétique d'un prêtre lor- est la moins rain aussi pieux que modeste, qui restera le moins indigne indigne défenseur du christianisme dans le dernier tiers du siècle.

Né à Darney, dans les Vosges, en 1718, Bergier se fit connaître en remportant deux fois le prix d'éloquence à l'Académie de Besançon. Il était principal du collège de cette ville, où il avait succédé aux jésuites, quand il commença à combattre les incrédules. Il s'en prit successivement à Rousseau, à Levesque de Burigny, à d'Holbach, à Voltaire par occasion (2). En 1780, il résuma ses travaux dans un grand Traité historique et dogmatique de la vraie religion en 12 volumes. Deux ans avant sa mort, survenue à Paris en 1790, il publiait encore un Dictionnaire théologique faisant partie de VEncyclopédie méthodique, « l'arche du Seigneur dans le temple des Philistins », disait l'abbé Barruel (3). On le força d'accepter une pension de 2.000 livres, un canonicat à Notre-Dame et les fonctions de confesseur des tantes du roi (4). Voltaire qui le railla n'osa point le vilipender. Il a décoré le catholicisme français de la fin du siècle de son érudition, de son talent honorable et de ses vertus.

Un de ses procédés favoris dans la controverse était la rétorsion. C'est elle qu'il emploie contre Rousseau, Le Déisme réfuté

1. Examen de ce qui concerne le christianisme, la réformation évangélique et les ministres de Genève dans les 2 premières Lettres de M. J.-J. Rousseau écrites de la montagne, Genève 1765 8«. Il y a dans cet ouvrage beaucoup de sophismes.

2. V. infra c. X, § 2, 4, 5. V. Bachaumont {70] , 15 juil. 1768 ; 30 déc. 1769 ; 28 févr., 22 juin. 29 juil. 1770 ; 15, 16 janv., 1 avr. 1771. — Gerbet : « Coup d'oeil sur la controverse chrétienne » Paris 1831. 8o. — ' Lanfrey^ : « L'Eglise et les philosophes au xviii* siècle ». Paris 1855. 16 ; éd. Charpentier 1879 p. 233. — Annales franc-comtoises, Resançon 1864 et 1892.

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