Fin du l*^»" point
5. « Virgo concipiet », dit la traduction latine, seule accessible à Ycfltaire, Is. 7. 14. V. supra p. 270.
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Enfin, le troisième point rassemble les scandales du Nouveau Testament, notamment la double généalogie du Christ, les cochons noyés, le figuier séché. Nos évangiles ont été choisis parmi 49, tous contradictoires, et c^est par des falsifications progressives que les chrétiens ont constitué le christianisme. La Reforme n'a pas achevé l'œuvre d'épuration, mais nous assistons au progrès de la religion naturelle et du culte en esprit et en vérité.
En 1763, c'est la tragédie de Saûl qui s'en prend surtout à David, en 1764, le Catéchisme de V honnête homme et le Dictionnaire 'philosophique dont le « Sermon » est un sommaire ; en 1765, la Philosophie de l'histoire, le Discours de Julien contre les chrétiens, les « Questions sur les miracles ». Les miracles sont invraisemblables, étant irrationnels ou indignes de Dieu. Celui des noces de Cana « semble encore plus indigne de la majesté d'un « Dieu que convenable à la profession d'un cabaretier » (1). Les apologistes, qui s'appuient sur les prodiges, supposent ce qu'on examine, ainsi Abbadie prouvant les prodiges de Moïse alors que l'existence même de Moïse est en question (2). Jésus a promis aux hommes de foi qu'ils déplaceraient les montagnes, or, ils ne déplacent rien du tout (3).
En 1767, c'est le Dîner du comte de Boulainvilliers (4), et VExamen important de Milord Bolingbroke. qui va des origines judaïques et chrétiennes jusqu'aux excès modernes de l'église romaine. Il débute par ce mot, qui explique la faible sympathie de Voltaire pour les Hébreux : « Le christianisme est fondé sur le judaïsme : « voyons donc si le judaïsme est l'ouvrage de Dieu ». En 1768, la Profession de foi des théistes. En 1769, V Evangile du jour, et
1. Questions. Ch. « des Miracles après le temps des apôtres », 1" lettre. La
fucétie est de Woolston.
2 « Les incrédules ne disent pas : Moïse a trompé 630.000 soldats qui ont cru voir ce qu'ils n'avaient pas v,u ; ils disent : il est impossible que Moïse ait eu 630.000 soldats ». — Evidence des miracles de VA. T. 2« lettre.
3. La Comtesse dit au proposant son chapelain : « Nous avons ici près une « montagne qui nous cache la plus belle vue du monde, vous avez de la foi plus « qu'il n»y en a dans toute la moutarde de Dijon ; j'ai beaucoup de foi aussi ; « disons un mot à la montagne «t sûrement nous aurons le plaisir de la voir « se promener par les airs ». L'expérience échoue. « Il se pourrait faire, me « dit-€lle, qu'on dût entendre, selon vos principes, le contraire de ce qu on lit « dans le texte ; il est dit qu'avec un peu de moutarde de foi on transportera « une montagne ; cela signifie peut-être qu'avec une montagne de foi on trans- « portera un peu de moutarde. Elle ordonna sur le champ à son maître d hôtel « d'en faire venir un pot. Pour moi la moutarde me montait au rtez ». (12» let.). Voltaire se connaissait mal. Il écrivait ceci l'année même où sa foi dans la Vérité, la Justice et autres réalités invisibles a soulevé la montagnte d,u fanatisme et la montagne de l'orgueil parienwntaire. — Pélion sur Ossa, — sous lesquelles
l'ancien régime tenait écrasé Calas. „ . , , a.».«.-.-„i
4. V. dans le Journal de Collé [72] avr. 1768, le bruit d'après lequel Choiseul aurait prié Voltaire de ne point faire imprimer cet ouvrage.
une Collection d'anciens évangiles pour montrer dans quel fatras de légendes ineptes les nôtres étaient d*abord noyés.
En 1770, les « Questions sur V Encyclopédie » parfont cette œuvre de Voltaire. Un petit nombre d'images nettes restent profondément gravées dans Tesprit du lecteur : « la sainte horde » des juifs, pouilleux, pillards, féroces, auteurs de sacrifices humains, cannibales à l'occasion, superstitieux, incultes, dans un pays stérile et semi désert ;
les prophètes, déments malpropres ;
Jésus, grossier paysan de Galilée, un peu plus doué que les autres et prêchant par moments une assez bonne morale, fait du vin pour des gens ivres, cherche du fruit sur un figuier en mars (1), noie 2.000 cochons démoniaques, est arrêté pour avoir insulté bassement les honnêtes gens et les magistrats de son peuple, est fessé et pendu à une potence. Ses disciples le disent ressuscité. Il disparait par une ascension verticale, — pourquoi pas en rasant l'horizon ? — après avoir prédit son retour imminent.
La petite secte de ses disciples, gens de la lie du peuple, finit par répandre ses croyances, grâce à un amalgame platonicien, grâce surtout aux violences des empereurs chrétiens. Depuis, des fleuves de sang répandu ont justifié une seule des prophéties du Christ : je suis venu apporter non la paix, mais l'épée.
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L'attaque était rude. La défense visa surtout le Dictionnaire phi- La Défense losophique et la Philosophie de l'histoire. Chose curieuse, une des réfutations qui eurent le plus de succès, est une des plus faibles : le Dictionnaire antiphilosophique (2) de Dom Chaudon. un bénédictin de Cluny. On y goûtait probablement la forme alphabétique, la brièveté des articles, un ton de bonne humeur. Les atrabilaires ne se font lire en France que s'ils ont du génie, surtout au siècle d'Arouet. L'auteur fut félicité par Clément XIII et par Pie VL
Trois autres réfutations parues la même année : celles de Clé-
1. Quand Voltaire est particulièrement en verve, il recule jusqu'à fin février.
2. « pour servir de commentaire et de correctif au Dictionnaire philosophique », Avignon 1767, 8», rééd. 1769, 71, 74, 75, 80. On l'a aussi attribué à Coger. recteur de l'Université de Paris, et à Nonnotte. « Je ne sais, dit Grimm, jquel est le cuistre à qui nous devons le Dictionnaire », VII 506. La science de Chaudon est de seconde main. On peut juger par l'article Abraham de la médiocrité de son ouvrage. Abraham ne vient pas de Brama. Sichem est stérile aujourd'hui parce que, d'après BuflFon, toutes les parties de la terre végétale se volatilisent à la longue, excepté le sable et le sel fixe. Sara était encore séduisante à 65 ans, comparée aux égyptiennes basanées. Elite était à la fleur de l'âge, devant vivre 127 ans ; elle n'avait pas eu d'enfant et bénéfloiait enfin d'une providence particulière.
mence (1), Larcher (2), Yiret (3), et la première de toutes attribuée à du Bos (4), pèchent grandement par le ton. Ils ne savent pas, comme le demandait Bonnet, « mettre aussi le contre poison dans de « petites boîtes bien dorées » (5).
Du Bos est faible sur les points désespérés : les massacres exécutés par les Hébreux, l'institution tardive du baptême des enfants, reloge du Christ attribué à Josèphe, mais il s'allège des difficultés proprement catholiques et il lui arrive de faire à Voltaire une réponse judicieuse : ainsi exiger que Dieu donnât d'abord une révélation définitive, c'est lui interdire la préparation et le progrès (6). De même Clémence montre bien qu'Esdras n'a pu fabriquer la loi de Moïse, mais il échoue piteusement quand il veut rajeunir le monde, trouver chez les anciens juifs le dogme de l'unité de Dieu ou celui de la vie future. Larcher, qui est un érudit, connaît assez souvent les sources de Voltaire et n'a pas de peine à prouver que sa documentation est de seconde main. Mais, prise d'auteurs sûrs, elle reste, somme toute, exceptionnellement
contestable.
La seule critique efficace de Voltaire était, nous l'avons dit, de le démontrer tendancieux. C'est ce que fait Viret : « On est « révolté d'entendre un particulier parler d'une nation qui a « fait du bruit dans le monde, qui a eu tant de grands hommes « distingués par leur vertu, leur courage,... comme on parlerait « de la bande de Cartouche ou de la troupe de Mandrin » (7).
Soit défaut de bienveillance, soit inintelligence historique, Voltaire lit la Bible, comme Lamothe Houdar lisait Homère : pour-
1. Défense des livres de VA. T. contre fécrit intitulé : La philosophie de Vhisitoire, Amst. 1767, S». L'auteur, chanoine de Rouen, a aussi réfuté la Bible enfin expliquée (V. 1782). .
2. Supplément à la Philosophie de Vhistoire de feu M. Vabbé Bazin, nécessaire à ceux qui veulent lire cet ouvrage avec fruit. Amst. 1767, 8°. Larcher (1726- 1812) est un hellénisant qui fit des traductions de Xénophon et d'Hérodote. Il fut nommé en 1778 membre de l'Académie des InscripUons. Grimm le dit « bête À faire plaisir » (VII, 295. 316) ; cfe n'est pas l'impression qu'il laisse.
3. Réponse à la Philosophie de Vhistoire, lettres à M, le marquis de C*** par le P. Louis Viret, cordelier conventuel, Lyon 1767, 12.
4. Remarques sur un livre intitulé : Dictionnaire philosophique portatif, par un membre de Villustre société d'Angleterre pour l'avancement et la propagation de la doctrine chrétienne, Lausanne 1765. S».