‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 350 sur 390 · T. III, 239, art. Meslier · texte numérisé non relu

T. III, 239, art. Meslier

6. Nougaret : « Contrait social des républiques et Essai sur les abus religieux, politiques» civils etc. parmi toutes les nations et principalement en France ». Paris an VIII, 12 (début du 1" chap. « De la religion »).

C'est l'opinion de tous les fils des philosophes. Ils attaquent dans le christianisme un institut d'oppression. Aussi n'avons-nous pas à suivre en détail un combat dont toutes les ripostes nous

sont déjà connues.

. Les Ruines, de Volneyd), ne suscitèrent pas de réfutation particulière. Il avançait pourtant la thèse de Dupuis qui allait renouveler le débat.

D'analogies entre la mythologie biblique, les mystères chrétiens et les mystères de Mithra, d'Isis et d'Osiris, Dupuis conclut non à l'influence des uns sur les autres mais à une identité. Et comme ces mythes païens sont des mythes solaires, le mythe du Christ en est un. Les dogmes de la création, de la chute, de la rédemption sont une mauvaise copie de la cosmogonie de Zoroastre, qui symbolise les phénomènes annuels de la nature (2). — La réalité historique du Christ dépend de la vérité des trois premiers chapitres de la Genèse. Or ceux-ci sont un amas d'allégories et de fictions astrologiques. Le Christ est un symbole solaire ; ses vicissitudes symbolisent sa course à travers les différents signes du zodiaque. — Le christianisme traditionnel est absurde et révoltant, surtout dans sa morale (3) ; il faut l'abattre.

Le P. Lambert qui partageait son zèle entre la critique de la Constitution civile et la défense de la foi, fit à Dupuis une réponse anonyme : La vérité et la sainteté du christianisme vengées contre les blasphèmes et les folles erreurs d'un livre intitulé : Origine de tous les cultes (4). Dupuis est injurieux, Lambert est insultant : « Le délire de la tourbe philosophique est aujourd'hui à son « comble... Le seul régime qui leur convienne est celui de ces « asiles où la compassion publique rassemble les êtres infortunés « dont le cerveau en ébullition... » (5). Il n'a pas de peine à montrer le mal fondé de la thèse générale et qu'il n'y a aucun lien logique entre l'inauthenticité de la Chute et l'inexistence de J.-C. Pour expliquer l'analogie des mythes, tantôt il les rapporte à une

1. Parues en 1791. V. Masson [166], III, 279. L'abbé Lefranc l'aUaque en même temps que Dupuis et Bonneville (v. infra p. 497).

2. Ainsi le mal introduit par le serpent est l'hiver, ouvrage du mauvais principe.

3. L'humilité rétrécit le génie ; il est atroce de se couper un membre pour entrer dans le royaume de Dieu etc..

4. Paris 1796, S». L'auteur, dominicain né à Salernes (Var), en 1738, s'était rendu suspect par son jansénisme. De Beawmont le souflFrait dans un couvent de Paris, à condition qu'il n'écrivît que contre les incrédules. Il a publié une trentaine de livres ou brochures. V. Annales de la religion [56-], III, 505.

5. P. 3. Parlant des fêtes infâmes du paganisme il dit qu' « au moyen de quelques misérables Actions, Dupuis se flatte d'avoir trouvé à ces viles saloperies une origine pure ». 510,

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origine commune, tantôt il en revient à la thèse de Huet (1), mais il affirme plus qu'il ne prouve. Chez aucun des deux adversaires la critique n'est suffisante ni la science assez avancée. Pour établir l'existence du Christ, Lambert tire quelques bons arguments des épîtres de Paul, qui a dû mourir vers l'an 66, et du texte où Tacite parle de Chrestus(2). Mais la meilleure réfutation de Dupuis reste à écrire ; c'est celle où l'on retrouvera un mythe solaire dans la merveilleuse épopée de Napoléon-Apollon (3).

Après Dupuis, le seul antichrétien notoire fut Sylvain Maréchal, qui donna en 1797 son Code d'une société d'hommes sans Dieu et, en 1800, son Dictionnaire des athées.

Il avait sous l'ancien régime souffert pour sa foi (4) ; il se revanchait maintenant avec délices. Un écrivain, qui n'est pas autrement connu, Léonard Aléa, le réfuta dans un ouvrage bien accueilli : V Antidote de l'athéisme (5). Il y contestait l'athéisme imi^uté aux philosophes anciens et à plusieurs modernes : Bacon, d'Alembert, Bonaparte. Maréchal tirait à lui Necker lui-même, pour quelqu'aveu d'ignorance philosophique ! Féliciter l'Institut de contenir 20 athées et vouloir faire « l'expérience d'une république sans Dieu » (6), c'était insulter la nation qui, par la voix de la Constituante, avait proclamé son attachement à la religion catholique.

Jusqu'à la Terreur, les apologistes sont peu nombreux. Des « Observations » posthumes du P. Berthier, l'ancien rédacteur du journal de Trévoux, « sur le Contrat social de J.-J. Rous-

1. Les peuples païens ont reçu des infiltrations hébraïques, ou bi^n les livres qui relatent leurs croyances, ceux d'Hermès Trismégiste, par «xemple, sont postérieurs au christianisme.

2. C. 10. On peut citer aussi cette réflexion ingénieuse sur l'entrée du mal dans le monde symbolisant l'hiver : ce système ne serait valable que pour les pays du nord ; on trouve sous la zone torride les mêmes idées sur un état primitif d'innocence dont un mauvais génie nous aurait fait déchoir (c. 17).

3. C'est la brochure de J. B. Pérès, bibliothécaire à Agen (1817). — On connaît, de Dupuis à Drews, l'extraordinaire fortune des doutes touchant l'existence du Christ. Alfred Jeremias, privât docent à Leipzig, passe en revue les successeurs de notre philosophe dans sa brochure « Hat J. C. aelebt ^ » Deichert 1911. y • a

4. En 1784, son Livre échappé au Déluge, où il parodiait le style des prophètes, lui avait fait perdre sa place de sous-bibliothécaire du Collège Mazarin ; en 1788, un Almanach des honnêtes, gens, où des hommes célèbres remplaçaient les saints, le faisait enfermer dans une maison de correction.

5. Paris 1800, 8° ; rééd. 1802, 2 v. 8° sous ce titre : La religion triomphante des attentats de l'impiété.

6. P. 9. Quand elle serait établie, nos athées « iraient, n'en doutez pas, le fer et la flamme à la main, parcourir les diverses contrées pour y opérer la dévastation et la mort jusqu'à ce que tous les peuples eussent embrassé l'athéisme ». P. 10.

seau » (1), le Philoèophe chrétien (2) de l'abbé Pey, ne firent pas grand tapage, mais l'activité religieuse se manifeste par la publication d'ouvrages d'enseignement. Les Lettres à mon "«"««(3) de Lemoine, les Leçons métaphysiques à un milord incrédule (4) du P Aubry, les Catholiques du Jura (5), le Chemin du bonheur tracé aux jeunes gens (6) prolongent l'effort tenté pour maintenir l'instruction chrétienne. Tous ces ouvrages ont un caractère pratique.

11^ __ Avant la Terreur. — Fermentation antirationaliste

En France, comme dans le reste de l'Europe, une sourde fermentation antirationaliste commence à gagner une partie des classes cultivées. Suivant une loi connue, le terrain perdu par la foi n'est pas entièrement gagné par le rationalisme : les superstitions effrénées envahissent les esprits avides de mystère. Cagliostro après Mesmer fait accepter à une société incroyante et crédule non seulement « l'élixir vital » que les plus philosophes demandent, — quand ils souffrent, — aux charlatans de tout habit, non seulement le « fluide vital » qui gardait un faux air d'explication scientifique, mais l'astrologie et la divination, le spiritisme et la

théurgie.

D'autre part, le mysticisme renaît. La réaction inévitable contre l'intellectualisme rationaliste et théologique du siècle, la revanche naturelle du sentiment prennent une forme religieuse parfois théosophique.

Le Diable, si laborieusement chassé de l'imagination et de la conscience humaines, le Diable rentre en scène.

A l'époque même où Voltaire fouaille avec délectation les 2.000 pourceaux démoniaques de l'Evangile, pour la joie d'un très grand public (7), tel Français cultivé « exconjure » entre quatre murs Satan, Belzébuth, Baron et « les êtres formidables, êtres d'iniquité, de confusion et d'abomination » qui les accompagnent (8).

1. Complétées et publiées par l'abbé Bourdier-Delpuits, ex-jésuite, Paris 1789, 12.

2. « considérant les grandeurs de Dieu dans ses attributs et dans les mystères de la religion », Louvain 1793, 8».

3. « Sur les vérités de la foi et de la morale chrétienne », Paris 1790, 8*».

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