page du Discours
-.. Ib.
'H>1 II riiiiiii. i
T"""-» ' ' i* "■'■» ''ii>i*i'», ■■)■■;. ¥wiw\ii' ' .ii.r.i iiii......
'J'IIIR.! Ji||»lipUy» n»,i;.!ii|ii .1 » — „5-—
LAGE d'OH de i/aPOLOGÉTIQUE CLASSIQUE
conservé avec une fidélité inviolable malgré des intérêts contraires. Cet homme n'est pas un imposteur ; le mensonge s'accorderait mal avec sa sagesse et sa vertu, et il serait étrange qu'un fourbe eût seul rencontré une juste idée de Dieu. Comment d'ailleurs persuader à tout un peuple sain d'esprit qu'il a passé U» Mer Rouge et vu des miracles énormes ? Un imposteur n'affirme pas communément que ses prodiges ont eu 600.000 témoins. D'autant plus que Moïse malmène les juifs. Pourquoi ne protestent-ils pas ? Moïse s'attribuant des victoires chimériques sur les Egyptiens, qu'auraient dit ces derniers et les autres peuples présentés comme des vaincus ? Enfin l'époque attribuée à ces miracles est trop voisine.
Reste l'objection : Moïse n'est pas l'auteur du Pentateuque, ou du moins les miracles y ont été ajoutés après lui. — Le Pentateuque lui a toujours été attribué, il n'y a pas d'autre preuve d'authenticité pour les livres profanes. Ce livre était trop important pour qu'on ne s'assurât pas de l'auteur ; on ne peut pas en dire autant des ouvrages profanes.
Les cérémonies et les lois des juifs sont une seconde histoire de Moïse qui confirme la première. Comment justifier, par exemple, la conservation parmi les Israélites d'une urne de manne et de la verge d'Aaron ? Deux hypothèses sont possibles : ou bien ces lois ont été établies bien après la publication des livres, mais il est inadmissible que le peuple ait cru les avoir toujours observées et que toutes les tribus aient souffert la prérogative de Lévy ; ou bien la loi fut donnée oralement par Moïse et les livres ont été ajustés après coup aux cérémonies en usage, avec addition de prodiges pour justifier ces cérémonies et ces lois. Mais il est étrange que les juifs aient reçu un joug si pesant d'un homme qui n'aurait rien fait d'extraordinaire. De plus, puisque Dieu lui prescrit à tout instant d'écrire, il connaissait l'écriture ; pourquoi n'en eût-il pas usé ? — L'obligation que Moïse impose de lire la Loi entière au peuple tous les 7 ans empêchait la falsification. Cette loi défend le mensonge. Qu'auraient dit les voisins des juifs s'ils l'avaient falsifiée ?
Serait-ce par vanité qu'ils ont inventé des miracles ? Le miracle, c'est que de pareilles histoires soient parvenues jusqu'à nous. Elles sont souvent humiliantes pour les hébreux qu'elles montrent dignes de mépris. Sans parler du veau d'or, des oignons d'Egypte que ce peuple matériel préfère à des destinées divines, les malédictions de Moïse lui promettant ruine et captivité sont des prophéties offensantes, et les descendants de Coré ont marqué de la modestie en conservant le récit de sa révolte.
Enfin le caractère général d'un livre « où l'homme parait si
peu » explique la vénération commune que juifs et chrétiens ont pour lui (1).
Cette démonstration rentrait sans doute dans celles que vante l'opuscule publié à la suite des Pensées de Pascal : « Qu'il y a des démonstrations d'une autre espèce et aussi certaines que celles de la géométrie. » Elle vise à fonder la certitude sur des preuves qui, séparées, ne sont pas infaillibles, mais qui réunies font une conviction inébranlable. Malheureusement presque toutes sont caduques et ce premier essai d'une nouvelle méthode, excellente dans son principe, nous fait mal augurer des résultats qu'elle donnera, même maniée par les maîtres (2).
Un autre admirateur de Pascal, le P. Mauduit, de l'Oratoire, Mauduit et essaie lui aussi de sortir des sentier battus (3) ; il exploite jusqu'à l'argument l'absurde un argument nouveau de l'auteur des Pensées, l'argu- du pari ment du pari. Mieux que les apologistes dialecticiens, en effet, il connaît l'esprit des impies, leurs besoins et la vanité des armes traditionnelles.
Athées matérialistes, déistes, douteurs en suspens, n'admettent pour principes que la raison et le témoignage des sens. Ils rejettent l'Ecriture et la tradition d'où la religion tire ce qu'elle a de plus fort, et par là ils la désarment ; ils rejettent l'histoire sacrée à cause des miracles et les preuves philosophiques tirées de l'arrangement du monde, en invoquant la Nature ou le hasard. Que faire? Leur demander de douter aussi de leurs dogmes, l'éternité du monde et la mortalité de l'âme, pour tenir la balance égale. Maintenant, puisque la religion offre de plus grands biens que l'impiété, choisissez-la par un effort de volonté. La position de Mauduit est nette, la hardiesse du maître semble d'abord l'avoir gagné ; il est sans illusion sur les difficultés de la lutte et la force de l'ennemi. Mais il ne reste pas beau joueur' jusqu'au bout. Il va, par une double action, tenter de détruire la liberté d'indifférence
1. Les négateurs sont aveuglés par les passions, conclut l'ami de Pascal. S Ils lisent TEcriture avec application et bonne volonté, les preuves de sentiment surgiront en foule. Elles sont les meilleures, car en persuadant la vérité, elles la font aimer.
2. Filleau et ses imitateurs tombent souvent dans une pétition de principe dont Voltaire fera justice : ils tirent du Pentateuque des preuves de Moïse, nlors que 1 autorité du Pentateuque est précisément en question. On dira que Moïse est bien informé de l'histoire d'Adam parce qu'il n'y a que 4 générations a Adam à lui. Mais nous ne le savons que par lui-même.
3. Michel Mauduit, né à Vire en 1G44. mort à Paris en *1709, fut professeur cl humanités dans sa congrégation, puis prédicateur missionnaire. Il traduisit les psaumes de David en vers médiocres. C'était un esprit ouvert à la critique comme le prouvent les dissertations jointes à ses « Analyses » des livres du'
. . o "i ?^'''"''*' ''^ religion, 1677. 3 v. 12 fut jugé assez fort pour être réimprime 3 fois, en 1678, 1698, 1699. p t: enu
fî'i
Jim
l'âge d*or de l'apologétique classique
Ferrand et les 70 semaines
Il <
du sceptique, en réduisant la félicité de l'incrédule, puis Tincertitude du christianisme. Il exténue le bonheur du libertin par le tableau des disgrâces qui empoisonnent la vie terrestre. Il fallait, comme Pascal, faire la part belle à l'adversaire et dire : vous risquez de gagner un bien fini, mais de perdre un bien infini. Le marchandage de Mauduit met en défiance.
Surtout sa démonstration n'échappe pas plus que celle de Pascal à cette objection : vous représentez comme une nécessité absolue une nécessité conditionnelle. Je suis obligé de croire pour échapper à l'enfer, si l'enfer existe, mais donnez de son existence un commencement de preuve. Mauduit est amené à entreprendre cette preuve et il ne peut l'administrer que par les arguments
classiques.
Ainsi l'oratorien rentre dans les sentiers battus de l'apologétique. Il a voulu faire un sort privilégié à l'argument utilitaire qui devait rendre simplement les libertins attentifs à la gravité de la grande énigme. Il l'a tourné et retourné sans augmenter sa force ; mais l'exemple est donné d'utiliser les nouveautés pascaliennes. Les successeurs de Mauduit reviendront à celle-ci avec plus de lumières ou d'habileté.
Deux ans plus tard, Louis Ferrand, avocat au Parlement de Paris, publiait ses Réflexions sur la religion chrétienne, qui allaient donner l'appui d'une érudition minutieuse à deux prophéties capitales : celles de Jacob et de Daniel.
On sait qu'au 49" chapitre de la Genèse (v. 10) Jacob mourant dit : « Le sceptre ne sortira pas de Juda jusqu'à ce que Siloh (celui qui doit venir), vienne, et à lui appartient l'assemblée des peuples. » L'interprétation traditionnelle appliquait à J.-C. cette promesse, un des premiers anneaux de la chaîne d'oracles qui, d'Adam à Malachie, ont entretenu dans les âmes fidèles l'attente
du Libérateur.
L'auteur du livre de Daniel donne, au chapitre 9, la prophétie dite des 70 semaines. Elle annonce un Oint, qui, au bout de 62 semaines, « sera retranché et non pas pour soi. Puis le peuple du conducteur qui viendra détruira la ville et le sanctuaire » et, au milieu de la 70" semaine, « fera cesser le sacrifice et l'oblation » (1). Supplice de Jésus, destruction du Temple par les Romains, abolition des sacrifices mosaïques, les chrétiens voyaient
1. Vers. 26. 27. On admet généralement que ce livre a été écrit peu avant la mort dWntiochus Epiphane, survenue en KM av. J.-C. L'Oint mis à mort est peut-être le grand prêtre Onias. traîtretisement assassiné en 1>0. Le Dévastateur qui supprime les sacrifices rituels serait Anliochus lui-même, qui profana le Temple en 166. Pour le compte des semaines, V. Die Religion m Gesohichte und Geyenwart, Tûbingen, 1909, t. I, p. 1964.
tout cela avec évidence dans le texte sibyllin. Les érudits se divisaient seulement sur la supputation des semaines.
Or, les juifs repoussaient l'explication chrétienne de la prophétie de Jacob et un auteur anglais, Marsham (1) fondé sur l'histoire profane, contestait l'application traditionnelle de la prophétie de Daniel. Au lieu d'y chercher des semaines d'années, il fallait la prendre à la lettre : dans 49 ans Cyrus mettra fin à la Captivité. Ferrand constate que, parmi les apologistes, certains n'ont rien dit de ces deux oracles, d'autres n'ont pas entièrement utilisé les œuvres des rabbins, l'histoire profane, la chronologie. Il les utilisera contre les « savants orgueilleux » et son livre «contient « des choses dont la plupart n'ont jamais été traitées en notre ft langue, et dont quelques-unes ne se trouvent dans aucun auteur, « ou du moins dans pas un de ceux qui sont venus à sa connais- « sance ». (Dédicace).
Touchant la première prophétie, il explique le terme Siloh {qui mittendus est) selon les Hébreux et les Pères grecs et latins, et réfute tous les sens cherchés que les rabbins ont donnés successivement à tous les mots du texte, pour échapper au sens qui les condamne. Mais voici deux grandes difficultés : le sceptre est sorti de Juda lorsque le Roi Sédécias fut emmené captif à Babylone. Le Messie a dû venir à ce moment ou il n'est pas venu du tout. — Ferrand se tire d'affaire par une distinction : dans la première partie de la prophétie, Juda désigne seulement la tribu de ce nom, mais à partir de « le sceptre ne sortira pas », il désigne la nation judaïque. On peut dire ainsi par antonomase que l'empire romain dure encore, puisque l'empire d'Allemagne est debout.
L'autre objection, de Scaliger, est celle-ci : on dit communément que Siloh, le Messie, a dû venir au temps d'Hérode, parce qu'avec Hérode l'Iduméen le sceptre est sorti de la nation juive. Mais les Iduméens avait embrassé le judaïsme, Hérode était donc juif. — Pardon, répond notre avocat : sa mère était arabe et païenne. Or, chez les Hébreux comme chez les romains : « partus ventrem sequitur ».
Si la prophétie de Daniel n'a pas convaincu tout le monde, cela tient à la fertilité de l'esprit humain en opinions. Varron dit, en eff"et, qu'on en peut former 288 sur une même question.
1. Chronologistc anglais (1602-85), étudia à Oxford, voyagea en France, en Italie, en Allemagne, fut secrétaire de la Chancellerie en 1638, membre d!u Parlement en 1660. Dans sa Diatriba chronologica, Lond., 1649, 4«>, il étudie les problèmes chronologiques de l'A. T. Dans son « Chronicus canon segyptlacus, hebraicus, graecus, ib., 1672, fol., rééd. Leipzig, 1676, et Franeker, 1690, i'; il réduit l'antiquité des Egyptiens par l'hypothèse des dynasties simultanées et attribue une origine égyptienne aux rites mosaïques.
ri
•<mtm
««Kl ■■■
^^.y Jl*^'»"'' J-"; ' ' ^'"l j'uHIJLJWtl
"'■ .M"Mi.|F
WWÇ^
Ferrand commence par nous donner un aperçu de l'histoire des Assyriens, des Mèdes, des Babyloniens et des Perses. Pour expliquer les contradictions désespérées entre l'histoire profane et l'Ecriture touchant les rois de ces peuples, il pose en principe que : l'' l'histoire profane n'a rien de bien assuré avant les Olympiades, 2" elle donne des nomi> différents à un même prince ; il n'est pas surprenant que l'Ecriture en donne de particuliers. Il dresse un catalogue de ces rois d'après les diverses sources, en essayant de les identifier.
Après ces préliminaires, il passe la revue des interprétations qu'on a données de la prophétie de Daniel (1). Mais la plupart sont viciées par l'application qu'on fait du nom de Christ aux pontifes juifs.
Voici son opinion, très importante, parce que Bossuet l'adoptera et lui donnera le prestige de son autorité : les semaines commencent à l'édit d'Artaxerxe permettant de rebâtir Jérusalem. Ceux de Cyrus et Darius qui prescrivaient seulement la reconstruction du Temple avaient eu peu d'effet et les juifs étaient encore molestés. Cet édit est de la 20** année du règne d'Artaxerxe, en commençant ce règne, suivant l'usage perse, l'année où le prince fut élevé au trône, du vivant de son père. Les 69 semaines d'années finissent au baptême de J.-C. et non à sa naissance, car « usque ad Christum ducem » désigne VOint et le Conducteur, qualités qu'il tient du baptême. — Les 69 semaines et demie finissent à la mort de J.-C, dont on fixe la date en cherchant une année où la pleine lune de mars tombe un vendredi, pour la Pâque, et où se place cette éclipse de soleil signalée par Phlégon, qu'Origène et Eusèbe identifient avec les ténèbres de la Passion. On obtient le 3 avril de l'an 33. Et ainsi, avec une exactitude merveilleuse, les 69 semaines d'années qui font 483 ans finissent à la 15* année de Tibère et les 69 et demie qui font 486 ans et demi prennent fin à la 19'" année.
Ferrand suppute ensuite les semaines d'une manière plus populaire en additionnant les années des rois perses, des Ptolémées, des consuls romains, d'Artaxerxe à J.-C. Il conclut que, quel que soit le calcul adopté, le Messie est déjà venu.
1. En voici quelques-unes. Pour Rabbi Selomoh larchi, le « Christ « désigne Agrippa. Mais personne ne dit qu'Agrippa ait été tué à la prise de Jérusalem. — Pour Scaliger, qui ne cherche pas une supputation exacte, les semaines commencent la 2« année de Darius Nothus et finissent à la 12" dl0 Néron. La demi-semaine supplémentaire s'étend jusqu'à la ruine de Jérusalem. — Eusèbe les place entre la 1« année de Cyrus et la prise de Jérusalem par Pompée, ou encore de la 2« année de Darius à la 15* d'Auguste, où Hircan, dernier souverain pontife légitime des Juifs, fut tué par Hérode.
Le tome II contient quatre dissertations également apologétiques (1), et une défense de la réponse de Josèphe à Apion, toujours contre Marsham qui voyait dans cette réponse un tissu de rêveries. Ici encore Ferrand va étayer de son érudition un des principaux arguments de l'apologétique traditionnelle, tiré de l'antiquité du peuple juif, de sa langue, de sa théologie et de ses lois. Le peuple élu de Dieu et dépositaire de sa révélation a été l'instituteur des autres peuples ; tout ce que leur cosmogonie, leur philosophie ou leur religion renferme de sain est un souvenir plus ou moins fidèle de l'enseignement de Moïse. Rendre les païens indépendants, dire que Pythagore et Platon se sont élevés par les seules forces de leur raison à la notion du vrai Dieu, pis encore, renverser l'ordre comme les impies l'oseront bientôt, faire des élèves les maîtres et soutenir que les juifs ont été instruits par les païens, c'est saper la Révélation.
Apion ayant nié l'ancienneté de la nation juive, puisque les Grecs n'en ont pas parlé, Josèphe lui répond que les philosophes grecs ont puisé dans Moïse une partie de leur doctrine. Manéthon parle des Hébreux sous le nom d'Hicsos ; ils sont donc sortis d'Egypte mille ans avant la guerre de Troie. Ferrand vient au secours de Josèphe et montre que les Grecs tiennent leurs lettres des Hébreux. La langue assyrienne, dont l'hébraïque fut une fille, est en effet aussi vieille que le monde. Les trois inscriptions du, temple d'Apollon Isménien, qui sont le plus ancien monument de la Grèce, prouvent que les Grecs avaient adopté l'alphabet phénicien. Or, les Phéniciens ont tiré toute leur littérature des Hébreux, comme le prouve la théologie de Sanchoniaton, toute proche de celle de Moïse. Les Grecs tiennent des Juifs leurs idées spiritualistes, plusieurs histoires touchant Adam et Eve, le Déluge, Babel, Sodome, Abraham. La Pythonisse a donné naissance à l'Apollon Pythien. Aristobule, juif péripatéticien du temps de Ptolémée Philadelphe, dit que Pythagore, Platon, Aristote ont emprunté à Moïse. Justin, Clément, Eusèbe le disent aussi. Lactance, qui le nie et dont Marsham tire parti, est seul de son avis. Porphyre assure même que Pythagore alla en Judée.
Marsham exploite encore un passage des Actes (8, 22) où il est dit que « Moïse connut toute la science des Egyptiens », pour
1. Un discours sur le Sénat de Judée montre que les Juifs perdiSfent la souveraineté vers le temps d'Auguste. Or, Jacob fait coïncider la venue du Messie avec cette perte. Le discours sur les Prosélytes fait voir qu'Hérode était étranger. Celui sur les Paraphrases nous apprend que la paraphrase la plus estimée des Juifs, celle d'Onkelos, explique le terme Siloh par le Messie. Celui sur les années des Juifs établit qu'au temps de Daniel l'année juive étatt aussi longue que la julienne. Or, 486 années juliennes nous mènent exactement à la mort de J.-C.
''fi
affirmer que les sciences viennent d'Egypte. Mais les sciences dont parlent les Actes sont les sciences profanes, non la religion et la vertu.
L'ensemble de ces démonstrations laisse une impression de faiblesse. La prophétie de Jacob étirée sur le lit de Procuste pour s'appliquer à un Messie venu six siècles après le dernier roi de .luda, après que la nation juive elle-même avait perdu sa souveraineté, ne pouvait convaincre un juif, moins encore un incrédule. La prophétie de Daniel aurait pu faire impression si les interprètes s'étaient accordés au lieu d'étaler leurs incertitudes, mais l'explication si simple de Marsham gardant au mot semaine son sens naturel devait faire réfléchir un lecteur déjà mal content. La controverse avec Apion-Marsham ne pouvait guère à cette époque être tranchée que par passion et préjugé. On manquait de documents décisifs et, quand Marsham déclare que les plus anciennes lettres sont les hiéroglyphes, si Ferrand ne trouve à lui répondre rien de solide ni de clair, il n'a lui-même, et pour cause, rien de définitif à proposer.
Cependant l'ouvrage de notre auteur parut assez fort pour que les apologistes de haut vol s'en inspirassent, jusqu'au jour où l'antiquité des Chinois devint évidente et jusqu'au terrible « Examen des apologistes », de Lévesque de Burigny. Il fut réimprimé , en 1701 et Houteville le cite encore avec éloge en 1749, dans son « Discours historique et critique », en tête de « La Vérité de la religion chrétienne prouvée par les faits » (1). Son calcul des semaines semble avoir fixé pour longtemps l'opinion orthodoxe.
L'apologé- Pendant que les spécialistes perfectionnent ainsi les arguments
tique prend anciens ou en essaient de nouveaux, trois hommes pieux trouvent
le ton des \c ton sur lequel il convient de les présenter au public et font un
effort heureux pour rendre l'apologétique aimable et populaire.
Cet effort marque bien les progrès de l'impiété dans la société
mondaine ; la théologie quitte la robe de l'école pour Thabit des
honnêtes gens.
honnêtes gens
Choyseul
C'est d'abord Tévêque de Tournay, Gilbert de Choyseul du Plessy-Praslain (2) qui publie en 1680 trois volumes de Mémoires touchant ta religion. Le premier mémoire est contre les incrédules, les autres contre les protestants. L'auteur passe en revue