V. sur la question de la grâce, t. I, p
4. V. Fabriciiis : « Delectus », p. 479 ; HouteviUe, o. c. Discours préliminaire, éd. 1749, t. I, 268.
5. Paris, 1683, 4«. L'auteur fut d'abord précepteur de Thomas du Fossé, amd des solitaires. Il mourut chanoine d'Avranches.
Diroys
r-rrr
l'âge d'or de l'apologétique CLASSIQUE
que la raison peut nous enseigner, puis la nécessité d'une révélation. Les caractères de la révélation divine sont : le crédit personnel du messager et les signes surnaturels. Il les cherche impitoyablement chez tous ceux qui, depuis Adam, se sont donnés comme envoyés de Dieu. Il les trouve éminents dans Moïse et surtout en Jésus-Christ.
Mais sa modération éclate quand il admet que les livres mosaïques ne soient pas de Moïse lui-même et aient souffert des additions, que la Bible est faite pour enseigner la religion, non la physique ; quand il donne de la Trinité une idée rationnelle en comparant le Fils et l'Esprit à la pensée et à Tamour de Dieu, sans parler des trois personnes, quand il atténue enfin l'horreur des peines éternelles (1). Il avance un principe intéressant: la conformité de renseignement du christianisme avec renseignement de la raison, mais sa pensée n*est pas assez vigoureuse pour le pousser bien loin. Il mentionne en passant la preuve pragma- . tique, mais n'en voit pas la fécondité ; elle lui apparaît, comme il est naturel à un intellectualiste, par le côté objectif : la religion est source d'ordre et de vertu. — Son livre prolixe et médiocre dans le bon sens du mot est l'œuvre d'un esprit honnête et assez éclairé, qui a lu Pascal et Bossuet sans bien pénétrer le premier, d'une âme généreuse et pieuse.
Ghoisy V\us séduisant encore et mieux proportionné aux lecteurs fri-
et Dangeau voles est l'ouvrage anonyme que composèrent deux académiciens
de condition : l'aimable François Timoléon de Choisy et l'abbé
DE Dangeau (2). Ce sont 4 Dialogues sur l'immortalité de l'Ame,
l'existence de Dieu, la Providence et la religion (1684).
Les trois premiers objets sont démontrés par les sens et leurs merveilleux usages, car avec les peuples que les missionnaires évangélisent.(mais nous pouvons entendre : avec un public mondain et cartésien qui glisse au rationalisme), « il faut employer « des raisons qui soient tirées de la connaissance de nous-mêmes, a qui ne dépendent d'aucune autorité et qui ne présupposent « aucune instruction précédente » (3). Le fond est sans valeur,
1. La peine sera proportionnée à la- malice et peut-être beaucoup moindre,
p. 350 sq.
2. De Choisy, né et mort à Paris (1644-1724),- fut doyen de la cathédrale de Bayeux. Après des erreurs de jeunesse un peu fortes, il se fit ordonner prêtre aux Indes, où l'avait mené une ambassade auprès du roi de Siam (1685). Il resta enjoué et superficiel. Il est surtout connu par son Histoire de Téglise, 11 V. 4». — Dangeau (1643-1723), frère du courtisan modèle, fut converti au! catholicisme par Bossuet. Il est l'auteur du l" dialogue ; le second fut fait en collaboration. « C'est un ouvrage clair, solide et parfaitement écrit... il doit être recherché avec le plus vif empressement », dira le journal de Trévoux en 1769, à l'occasion d'une réimpression (p. 552). V. N. r. /. 1684, t. II, 53,
3. Préface. Chauflfez votre main, sentez une fleur. Vous préférez l'un à
mais la « présentation » de l'ouvrage est exquise. Timoléon déclare que ces Dialogues avec Théophile, qui y a la meilleure part, l'ont converti dans une grave maladie. Une vignette représente Théophile homme de cour debout devant un bon feu, causant avec un homme en robe assis. Par la fenêtre on aperçoit le Palais de Versailles. Au second dialogue, le personnage à longue robe est couché sur un lit de repos, son ami en long manteau et rabat est assis à côté. Au troisième, les deux amis se promènent sur le bord d'une rivière, au quatrième dans un parterre à la française. L'apologétique illustrée fait pendant à l'astronomie galante de Fontenelle. Les deux partis commencent à se disputer l'esprit des gens du monde, symptôme avant-coureur de la lutte décisive où Bayle l'emportera sur les Abbadie, les Bossuet, les Malebranche (1).
ni. — Malebranche
Voici l'effort le plus original de la pensée française pour accorder la raison et la foi.
L'œuvre de Malebranche est une apologie grandiose, non pas, à la façon des autres, un plaidoyer souvent laborieux pour justifier les dogmes chrétiens ou les faire accepter sur titres, mais une démonstration sereine et souveraine de leur vérité nécessaire. Par là, la « Recherche de la vérité » (1674-75) répondait, semble-t-il, mieux que « les Pensées » aux besoins d'une société intellectua-
l'autre. II suflU : un être commun reçoit les deux sensations et juge, car votre nez ne peut pas juger la chaleur de la main, ni votre main le parfum que le nez respire. Voilà le ton. ....
1. Au même temps, on imprimait à plusieurs reprises la Vente de la religion chrétienne du marquis de Pianesse, premier ministre de Savoie, trad. de l'italien par le P. Bouhours. Le succès de ceft ouvrage est certalnemient dû à son ton laïque et au fait que l'élément irrationnel du christianisme reste au second plan. — Pour comprendre le progrès réalisé par les apologistes dont nous nous occupons, il suffit de lire l'ouvrage du P. Petiot. S. J. : Démonstrations théologiques (1674). C'est bien le défi maximum porté à la raison des incrédules. L'érudition de cet homme fait penser à celle de Pline ou des compilateurs du xvi« siècle. Il ignore le cartésianisme et ne trouve donc pas de difficulté à la transubstantiation, car la propriété d'occuper un lieu est une qualité des corps comme les auti-«s. Elle peut être suspendue. — Les païens ont bien cru Vénus née de l'écume, on ne peut donc pas s'insurger contre la naissance miraculeuse de Jésus. — Sa démonstration de Dieu par la disposition des 4 éléments est la plus grandiose que nous connaissions. Dieu se déclare « par les dispositions qu'il a mises dans l'air pour nous servir de rafraîchissement lorsque nous respirons, d'espace et de milieu lorsque nous nous mouvons, d'instrument pour articuler nos paroles, de miroir pour rapporter à nos veux les images et les couleurs des objets, de cassolette pour répandre les odeurs » (p. 145). La paille « conserve la neige qui est froide, et cependant elle fait mûrir les pommes sauvages qui ont besoin de chaleur » (197). Cet ouvrage est moins digne d'un jésuite que d'un capucin.
•^•^«•^«WWBWi
l'âge d'or de l'apologétique classique
liste et raisonnante. « Ce n'était point par des preuves métaphy- « siques et abstraites que M. Pascal voulait conduire les hommes « à la parfaite conviction... Il voulait aller à l'esprit par le cœur « et prouver Dieu en le faisant sentir, ce qui est la meilleure ma- « nière de le connaître. La foi parfaite, disait-il, c'est Dieu sen- « sible au cœur. Et dans la vérité, quoique les cieux et tout « l'univers racontent sans cesse la gloire de leur créateur, ils n'en « parlent pourtant pas si bien à l'homme ni si efficacement que « cette voix secrète qui l'interroge et qui lui répond au milieu « de lui-même » (1). Or, nous l'avons noté, Pascal devançait son temps qui le comprit mal. Ecoutez, en effet, les plaintes du mystique Poiret, obligé de démontrer sa foi par « les spéculations et la méthode de la science humaine » : « Le monde est présentement si façonné à ne recevoir aucune connaissance que par une voie approchante du raisonnement et de la science que c'est peine perdue que de leur parler d'acquérir la lumière de la vérité par la voie de la véritable foi, sans consulter la raison, ses idées, ni ses actes de discourir mentalement. On ne sait presque plus ce que cela veut dire... Encore s'il n'y avait que des opiniâtres et de méchants résolus qui fussent dans cette disposition-là... mais il y a plusieurs bonnes âmes et plusieurs personnes dociles qui sont atteintes de cette espèce de maladie » (2). .
Malebranche est bien le maître qu'il faut pour rasséréner les bonnes âmes, puisqu'il veut « faire servir la métaphysique à la « religion et répandre sur les vérités de la foi cette lumière qui « sert à rassurer l'esprit et à le mettre bien d'accord avec le « cœur » (3). Sera-t-il aussi puissant sur l'esprit des libertins, surtout dans le siècle qui vient, si défiant de la métaphysique ? On peut d'abord en douter.
Le grand oratorien est un penseur et une âme pieuse, d'une piété profonde aux accents mystiques plus d'une fois. Quand il parle de la vie en Dieu, de la communion avec Dieu, sa voix n'exprime pas seulement l'ivresse de l'entendement qui s'est placé au centre de la pensée divine et voit se dérouler le plan de la Création et du Salut, mais aussi ce ravissement de l'âme aimante
1. IlouleuUle : « Discours historique et critique sur la méthode des principaux auteurs qui ont écrit pour et contrd le christianisme depuis son origine «. En tête de la « Vérité de la religion chrétienne prouvée par les faits », éd. de 1749, p. 217.