‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 46 sur 390 · L'Economie divine, Anist., 1687, 7 v. 8». Préf · texte numérisé non relu

L'Economie divine, Anist., 1687, 7 v. 8». Préf

3. Entretiens sur la métaphysique et la religion, 1688, 2 v. 12 ; éd. J. Simon, 1« série, p. 333. Ed. de Genoude et de Lourdoueix, Paris, de Sapia, 1837, 2 gr. 4«, t. II, 112.

où la reconnaissance domine. Sa philosophie procède de Descartes et d'Augustin, sans doute, mais elle est aussi sa piété pensée. Si elle se réduit à la démonstration cent fois reprise de la présence de Dieu dans l'âme et dans le monde (1), c'est qu'il éprouve cette présence en lui. Comme presque tous ceux qui ont passé par ce que les modernes appellent l'expérience religieuse, il est porté à grandir l'action divine et à amoindrir l'homme devant le Toutpuissant ; et s'il tire, malgré lui, le cartésianisme vers le spinozisme, c'est peut-être bien qu'il cède à la poussée panthéiste de tout mysticisme (2) autant qu'au besoin intellectuel de rendre le système du maître plus logique.

Nous pourrions donc nous attendre à trouver dans son apologie deux sortes de preuves, celles qui s'adressent à la raison et ces preuves morales qui font sentir Dieu au cœur. Mais pour un cartésien les premières seules comptent. Ce sont des idées claires. Quand il ajoutera aux arguments abstraits quelques-unes de ces preuves tirées de la vie intérieure, ce sera pour se proportionner à la faiblesse de lecteurs sans métaphysique. N'importe, ce psychologue sans égal, chez qui la piété a encore afliné la science de l'âme, trouvera dans les expériences du cœur un des meilleurs éléments de son apologétique.

Cette apologétique éparse dans tous ses ouvrages est condensée dans les Conversations chrétiennes (1677), le seul qui soit expressément destiné à « justifier la vérité de la religion et de la morale de Jésus-Christ ». Ce traité, composé pour le grand public en 1676 à la demande du duc de Chevreuse (3), offre la mise en scène et le ton familier que nous avons relevés dans Choisy. Le principal interlocuteur a seulement du génie. C'est Théodore, sorte de Socrate moins malicieux, qui accouche l'esprit d'Eraste de toutes les vérités malebranchiennes, à commencer par la vision en Dieu. Eraste est le jeune homme non préoccupé, être aussi fictif que la table rase. A côté de lui, Aristarque, homme du monde voyageur et douleur qui juge « cavalièrement » des choses, apparaît, lui, préoccupé par la lecture des anciens, ces premiers maîtres de pensée libre.

Cinq entretiens sont une apologie métaphysique par le système Les

de Malebranche. C'est la Recherche de la Vérité mise en menue preuves monnaie. Dès le début l'auteur pose nettement sa conception in- philosophiques

1. V. Ollé-Laprune : « La philosophie de Malebranche », t. I, 4.

2. V. Delacroix : « Etudes d'histoire et de psychologie du mysticisme », Alcan, 1908, 8», p. 368.

3. Dans cet ouvrage de vulgarisation, l'auteur se tient aux positions strictement orthodoxes. V. Henry Joly : « Malebranche », Alcan, 1901, 8», p. 26.

tellectualiste. Aristarque croit en Dieu par la foi, non par la raison. — Ni par Tune ni par l'autre, répond Théodore. Car il faut être convaincu par raison que Dieu existe pour croire par foi ce qu'il enseigne. Le premier Entretien établit « qu'il y a un « Dieu et qu'il n'y a que lui qui agisse véritablement en nous et « qui puisse nous rendre heureux ou malheureux )>. Le deuxième réfute les objections d'Aristarque dont la plus forte est celle-ci : faire de Dieu, cause unique, l'auteur du plaisir sensible, c'est le faire auteur de la concupiscence. — Mais la chute intervient. Dans l'institution primitive, ce plaisir, nécessaire à la conservation du corps, n'avait aucun mauvais effet, car l'esprit s'appliquait à sa véritable fin. Après la chute, l'attrait du plaisir a continué. Dieu ne pouvant pas changer les lois une fois établies, ce qui aurait été une imperfection, car « l'inconstance de la volonté est une marque de petitesse d'intelligence et Dieu est incapable de repentir » (1), mais l'homme avait perdu la maîtrise de son corps. En attendant les rétributions, le fonctionnement des lois naturelles du plaisir donne aux débpuchés une espèce de récompense, mais « une récompense trompeuse, une récompense de péché, « qui engraisse la victime pour le sacrifice, et qui prépare les « pécheurs pour le jour terrible de la vengeance du Seigneur » (2). Arrêtons-nous sur ces paroles sévères. Elles vont faire surgir Bayle, et toute la suite de la démonstration contribuera à lui fournir ses armes les plus cruelles. L'auteur aborde, en effet, le problème du mal, qui est la grande pierre d'achoppement des incrédules. La solution chrétienne qui contentait Pascal ne fait, à leur avis, qu'augmenter le scandale. Dans les Entretiens intitulés « De l'ordre de la nature dans la création de V homme », — « Du désordre de la nature causé par le péché originel », — « De la réparation de la nature par Jésus-Christ », l'apologie de Malebranche va justement à contrefin. Son système a pour effet d'aggraver les difficultés des doctrines traditionnelles sur le péché qi l'incarnation. Que répond-il à la question que Bayle tournera et retournera comme le poignard dans la plaie : « Pourquoi Dieu a-t-il fait l'hofnme, prévoyant sa chute » ? Au lieu de s'en tenir aux défenses classiques, qu'il n'omet pas : j'ignore les desseins de Dieu, une difficulté ne doit pas nous faire renoncer à une vérité évidente. Dieu a fait l'homme libre parce qu'il veut être aimé par raison, d'un amour de choix, méritoire, digne de lui et de nous, — il tire de sa philosophie l'idée que les défauts du monde viennent de la simplicité des moyens employés pour le produire, Ten-

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