‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 55 sur 390 · Rois · texte numérisé non relu

Rois

ties de Daniel sont antiques et authentiques (1). Un canon unique des livres saints paraît avoir été mis au jour avant notre ère, composé par Esdras et approuvé par la grande synagogue.

Il rejette deux opinions larges de Grotius sur les prophéties, la première d'après laquelle toutes les prophéties touchant le Christ renferment un double sens : un sens historique et un sens symbolique applicable au Messie, la seconde d'après laquelle les prophéties n'ont pas force d'argument. Huet les répartit en trois catégories : celles qui regardent purement le Christ, celles qui regardent le Christ selon la lettre et un autre objet par figure, — celles qui concernent le Christ figurément et un autre objet selon la lettre. Du parallélisme des deux Testaments il ressort que toutes les prophéties messianiques de l'Ancien conviennent à J.-C. seul. « Et comme Dieu seul, écrit Leibniz, peut dire des parties cularités sur l'avenir qui passent les anges mêmes, Huet en « conclut que les livres des deux Testaments sont divins. Ce rai- « sonnement est bon... » (2).

Sa démonstration de la divinité de J.-C. est une revue complète de tous les passages de l'Ancien Testament qu'on peut, avec un peu de bonne volonté, rapporter à Jésus. Elle écrase par sa masse. Il assène, comme autant de coups de marteau sur l'idée à faire pénétrer dans l'esprit de l'incrédule, 170 chapitres dont voici quelques sujets: Jésus-Christ lumière, Jésus-Christ feu, Jésus-Christ soleil, Jésus-Christ étoile, Jésus-Christ germe ou aurore, racine, fleur, tige, Jésus-Christ chef, Jésus-Christ porte, Jésus-Christ chemin.

Que reste-t-il de ce monument ? Tous les exégètes, à très peu près, sont d'accord aujourd'hui pour reconnaître que les livres essentiels de la Bible n'ont pas été écrits au temps prétendu ni par les auteurs indiqués. Quant aux prophéties expresses, elles se réduisent à un petit nombre dès qu'on élimine les sens figurés arbitraires, et l'interprétation orthodoxe de ce petit nombre ne s'impose pas plus que telle interprétation juive ou rationaliste. C'est dire qu'il reste bien peu du riche travail dont l'auteur méritait mieux que d'autres le nom de « père des conjectures » (3).

1. Pour les 70 semaines, Huet adopte dans l'ensemble l'interprétation de Julius Africanus renouvelée par Ferrand. V. supra p. 70.

2. Lettre 5 à Thomas Burnet. Opéra omnia, Genève de Tournes, 1768,

6 V. 40, t. VI, 244. , ^ .

3 Une des plus cavalières est celle qui lui fait remplacer Cyrenius ou Quirinius, ce gouverneur de Syrie si gênant au début de l'évangile de Luc (2, 2) par Quintilius (Varus) qui aurait achevé le recensement. Cette correction lui parait autorisée par la similitude des noms et la ressemblance des leUres. La difficulté vient, on le sait, de ce que le recensement donné comme contemporain de la naissance de Jésus, eut lieu après la déposiUon d'Archelaos,

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Il fut pourtant estimé de ses contemporains, surtout à Tétranger(l). En France, les spécialistes se documenteront souvent dans son recueil. Il se félicite dans sa préface de leur avoir fourni un plan, des arguments, des citations d'auteurs anciens.

Son grand mérite à nos yeux est d'avoir, par ses écrits théoriques, fait une brèche dans l'apologétique intellectualiste, mais cet aspect de son œuvre n'arrêtera guère l'attention de ses compilateurs (2).

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