II. — Etat de l'apologétique en 1670 c
Au moment où Pascal préparait son apologie, les libertins français n'avaient encore attaqué le christianisme par aucun ouvrage à la fois systématique, direct et fort. Le Montaigne de 1695 était pour eux une école de scepticisme et d'épicurisme ; « la Sagesse » de Charron, manuel de morale laïque, apparaissait de plus en plus impie (1), mais ces œuvres ne sont pas des machines de guerre expressément dressées contre la foi. L'incrédulité n'est encore ni scientifique, ni érudite. L'exégèse libre est à naître, la philosophie à la mode est le spiritualisme cartésien. Au libertin débauché à la Des Barreaux a succédé le libertin « honnête homme » dont Méré(2), St-Evremond, Ninon {3), offrent des variétés intéressantes. Ces mondains radicalement incrédules et, qui pis est, indifférents, n'ont pas le mauvais goût de faire du scandale, ils sont bien trop amis de leur repos. Ils croient qu'on peut sans religion bien vivre, c'est-à-dire honnête et heureux, et quelques-uns d'entre eux le prouvent. C'est eux que Pascal veut inquiéter et détromper.
Le siècle a déjà vu paraître plus d'une apologie. Sans parler de celle de Vanini (4), ouvrage intéressé qui vise une prébende. Garasse (5) a déchaîné contre les esprits forts de la régence sa
1. V. Strowski : « De Montaigne à Pascal », Pion, 1907, p. 161 sq.