‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 62 sur 390 · C. 9. Mat. 24, Marc 13, Luc · texte numérisé non relu

C. 9. Mat. 24, Marc 13, Luc

ont laissé passer le temps, nettement fixé par Jacob et Daniel. Les anciens juifs ne s'y étaient pas trompés. Lorsqu'ils virent « la . tyrannie du premier Hérode et le changement de la république judaïque qui arriva de son temps » (1), le sanhédrin dépouillé de son pouvoir de vie et de mort, ils ne doutèrent pas que le Messie ne fût proche. La Samaritaine traduit cette attente (2). Tacite et Suétone la montrent générale. Alors que personne n'avait cherché le Messie parmi les Macchabées parce que les temps n'étaient pas venus, maintenant on le voit partout : dans Jean- Baptiste, dans Hérode, dans Dosithée, dans Simon le magicien, dans Ménandre. Josèphe le trouve dans Vespasien.

Sous les Antonins, les juifs disent : il est venu, mais il se cache, attendant Elie qui doit le sacrer.

Depuis ils sont déconcertés. Ils ont fait un article de foi de cette parole du Talmud : « Tous les termes qui étaient marqués pour la venue du Messie sont passés. » Et ils ont décrété : « Maudits soient ceux qui supputeront le temps du Messie » (3). Sa venue, disent-ils, est retardée par leurs péchés. Mais il reste l'obstacle invincible des prophéties : le Messie doit venir avant la chute de Jérusalem (4). La succession des pontifes, perpétuelle depuis Aaron, a cessé à ce moment. De même la distinction des familles, nécessaire jusque-là, puisque Lévi devait fournir les lévites, Aaron les pontifes et Juda le Christ.

Passons au deuxième signe : la conversion des Gentils. Bossuet fait un commentaire grandiose du début de la première épître aux Corinthiens. L'homme n'ayant point reconnu Dieu dans l'organisation du monde parfaitement intelligible à son esprit, « un autre ouvrage lui est présenté... où tout lui paraît folie : « c'est la croix de Jésus-Christ. Ce n'est point en raisonnant « qu'on entend ce mystère, c'est en captivant son intelligence « sous l'obéissance de la foi » (5). Car ce qui n'était pas entré dans l'homme par le raisonnement, — l'idolâtrie, l'amour de soi, . — ne devait pas être ôté par le raisonnement, mais par le dépouillement de la volonté. Que d'obstacles pourtant l'idolâtrie élève ! Les sens tiennent le cupide Félix, impatient quand il entend Paul parler de continence (6), Vintérêt les* orfèvres éphésiens marchands d'idoles (7). L'ignorance croit le christianisme nuisi-

Page 1