‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 65 sur 390 · IP part., c · texte numérisé non relu

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2. Grotius, Pascal, Abbadie, voilà les trois noms qui reviennent le plus souvent sous la plume des a,pologistes, quand ils veulent rappeler leurs grands devanciers. Dans les 73 bibliothèques laïques de la fin du xviii* siècle que nous avons dépouillées, le Discours se trouve 12 fois, les Pensées 29, le Traité d'Abbadie 30. V. Appendice.

3. Docteur en théologie à 17 ans, Abbadie commença à 22 son grand ou-

Son succès

Les deux premiers volumes du Traité de la vérité de la religion chrétienne parurent à Rotterdam en 1684, le troisième volume : Traité de la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ, en 1689. I/ouvrage n*a cessé d'être réimprimé. Il fut traduit en anglais et en allemand. La dernière édition date de 1864. Ce fut avec les V Pensées l'apologie moderne la plus lue. Sur elle ont pullulé tous les menus apologistes du xviir siècle. Protestants et catholiques l'admiraient d'une seule voix : « Il y a fort longtemps, dit Bayley qu'on n'a fait un livre où il y ait plus de force et plus d'étendue d'esprit, plus de grands raisonnements et plus d'éloquence » (1).

Quand Bussy écrivait à Mme de Sévigné : « Nous le lisons à présent et nous trouvons qu'il n'y a que ce livre-là à lire au monde » (2), sa cousine lui répondait : « C'est le plus divin de tous les livres ; cette estime est générale. Je ne crois pas qu'on ait jamais parlé de la religion comme cet homme-là » (3). « La seule chose qui me chagrine, dit Montausier à l'ambassadeur de Prusse, c'est que l'auteur de ce livre soit à Berlin et non à Paris » (4). Et Pélisson le convertisseur le considérait déjà comme à moitié converti, quand il s'écriait : « Seigneur, ce n'es! pas sans vous qu'on combat pour vous avec tant de force ; daignez l'éclairer de plus en plus » (5). En 1722, quand l'abbé Houteville, apologiste lui-même, parle des « éloges presque sans exemple que

vrage. Bien avant la Révocation de TEdit de Nantes, il se laissa persuader par Tambassadeur de Frédéric Guillaume, qui l'attirait à Berlin. Il y devint chapelain de la colonie française, et ses su<ccès oratoires le firent nommer en 1680 prédicateur ordinaire du prince. A la mort de ce dernier, Abbadie suivit le maréchal de Schomberg à Londres ; il fut nommé en 1689 pasteur de l'église française de Londres et mourut titulaire d'un bénéfice en Irlande. Outre ses ouvrages d'apologétique chrétienne, il avait écrit des sermons et des oraisons funèbres, des traités dogmatiques et des ouvrages d'apologétique protestante : « La Vérité de la religion chrétienne réformée », Rotterd., 1718, 2 V. 8°, — « Le Triomphe de la providence et de la religion », Amst., 1721, 2 V. 8». On peut lire encore avec intérêt son Art de se connaître soi-même ou recherche sur les sources de la morale. Rot., 1692, 8«, et sa Défense de la nation britannique (id.) contre « l'Avis important » de Bayle, — où il soutenait le droit des peuples à l'insurrection. V. Sayous, o. c, t. II, 152 sq. ; Ch. Weiss, o. c, t. I. 346 sq. C'était un homme droit, bon et d'une piété profonde sans exaltation.

1. Nouv. rép. let.. 1684, t. II, 309. « Le style de cet ouvrage répond fort bien à la grandeur des pensées. On n'y a point oublié la métaphysique, et il ne fallait pas aussi l'Qublier. » Car si elle est inutile pour les croyants, « il n'en va pas de même avec les esprits forts, ils veulent qu'on les paye de démonstrations... et on ne gagne rien avec eux si on ne les pousse Jusqu'aux derniers retranchements avec de plus fortes armes que ne sont les moralités et les probabilités ». Ib. 408.

2. Let. du 5 juil. 1688. Et ailleurs : « C'est un livre divin, je ne à^s pas seulement pour la matière, mais encore pour la forme. » 15 août 1688.

3. 13 août 1688. V. les nombreuses références de l'index Monmerqué au mot Abbadie : Lettres de Mme de Sévigné, Haehctte, 1862, 14 v. gr. 8".

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