Weiss, o. c, t. I
5. Traité de l'Eucharistie. Migne : « Démonstrations évangéliques », t. III,
LAGE DOR DE L APOLOGETIQUE CLASSIQUE
le traité d'Abbadie reçut en naissant » et du « cours universel dont il jouit encore » (1), le journaliste Desfontaines trouve le moyen de s'indigner : « Vous le louez, il est vrai, mais que vos « louanges sont froides et négligées en comparaison de celles « que vous donnez à M. Bossuet, à M. de Fénelon et surtout à « M. Pascal, dont l'ouvrage posthume, faible ébauche de celui « qu'il méditait, est à la vérité digne de nos éloges, mais est fort « inférieur à celui d'Abbadie, car peut-on comparer des pensées « détachées, des réflexions solides mais peu naturelles, des spé- « culations abstraites, des raisonnements métaphysiques à un « corps d'ouvrage complet, nourri d'un style éloquent et où c l'érudition . et le raisonnement ne laissent rien à souhaiter. « Aussi ce livre admirable efface aux yeux de l'univers tout ce « qui s*est publié avant lui pour la défense dii christianisme. <i Quelles conversions n'a-t-il pas opérées ? Que d'esprits forts « n'a-t-il pas soumis ? » (2).
En effet, dit l'abbé Gauchat 36 ans plus tard, « Abbadie a mis « les preuves de la religion sous une profondeur de réflexions u morales et de sentiments si vive, si juste, si lumineuse et si « intime, qu'il n'est pas possible à un esprit droit et à un cœur « qui cherche, qui aime le vrai, de s'y refuser » (3).
Quel est donc cet ouvrage, qui répondait si bien aux vœux des chrétiens qu'on osât le préférer aux Pensées et en tirer peut-être plus de fruit ? C'est le chef-d'œuvre apologétique d'un des « moments » historiques du christianisme. Le christianisme français du xvii" siècle, intellectualiste et raisonneur, y trouvait sa justification la plus systématique. En même temps, la foi s'y nourrissait. Car la piété de ces générations formées par François de Sales, par Pascal et les jansénistes, par les jésuites, eux aussi, n'est pas uniquement une piété de tête. Chez ses meilleurs représentants elle répond, par un merveilleux équilibre, aux exigences de la pensée et aux besoins profonds du cœur. Il faut, pour en douter, n'avoir pas fréquenté ces roides logiciens que sont à première vue Arnauld et Bossuet. Or Abbadie, chrétien ratiocinant et scolastique, comme la plupart des protestants de son temps, a gardé de la Réforme quelque fraîcheur de sentiment et cette vie religieuse intime et personnelle qu'avait desséchée dans le protestantisme du xvir siècle l'atmosphère d'autorité.
Chez lui aussi l'esprit et le cœur se font harmonieusement