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L AGE D OR DE L APOLOGÉTIQUE CLASSIQUE
La 4^ section s'ouvre par un chapitre « où Ton fait voir que la L'introducrévélation judaïque nous conduit à la divinité de la religion chré- tion à la tienne ». Elle annonçait en effet la conversion des païens, entre- révélation prise formidable qui ne peut venir que de Dieu, puisque la chrétienne» corruption formait la religion des païens et qu'ils exécraient tout ce qui venait des juifs. Cette preuve est capitale pour prouver le christianisme contre le judaïsme, et ces deux religions contre , l'incrédulité. Car la prophétie va se réalisant. Les juifs ont perdu leurs caractères d'élection qui étaient, en dehors de la connaissance du vrai Dieu devenue commune, la sacrifîcature, la royauté, les dons de prophétie. Les nations encore dans les ténèbres seront éclairées ; c'est le sens mystique qu'il faut donner aux prédictions annonçant que les païens se conformeront aux juifs, car ils ne peuvent pas monter tous matériellement à Jérusalem.
Et ici Abbadie développe l'idée de la révélation progressive que le sens de l'évolution a rendue familière aux modernes, mais que, sous la pression de la nécessité, l'orthodoxie avait acceptée et qu'elle défendait assez crânement.
Dieu devait traiter avec les hommes une alliance plus parfaite que la première, qui, trop étroite, embrassait un seul peuple. Cette alliance prédite par Jérémie et Ezéchiel devait abolir la religion païenne, qui ignore le vrai Dieu et la vraie vertu, et parfaire la judaïque qui n'offre à la vertu que des motifs humains et temporels, à commencer par la « Terre promise u) . La majesté de Dieu ne lui .permettant pas de se communiquer familièrement, un médiateur avait été nécessaire. Moïse. Le médiateur d'une alliance plus excellente doit être plus excellent : et « ainsi la raison ne nous éloigne point de la connaissance d'un Messie » (1). Dieu ne pouvait pas tolérer que cette grande révolution arrivât par un imposteur, aussi tout est-il prédit : le temps, le lieu de sa naissance, sa tribu, sa famille, ses vertus, ses souffrances, les circonstances de sa mort et les événements qui la suivront. Contrai- ' rement à l'opinion des juifs modernes, la venue du Messie n'est pas conditionnelle et retardée par leurs péchés. Leur état de misère n'est pas un obstacle, mais un châtiment. Et Abbadie passe en revue les prophéties, en défendant l'interprétation traditionnelle des moins défendables et en opposant aux juifs l'opinion des anciens rabbins. Voici les plus importantes :
Depuis Jésus les Juifs ont appliqué à divers personnages celle de Jacob mourant : à Moïse, mais c'est après lui seulement que Juda règne ; à Saiil, mais les rois qui lui succèdent sont de la
tribu de Juda ; à David, mais c'est sous lui que le sceptre de Juda jette l'éclat le plus grand ; à Nébucadnetsar, mais, pendant la captivité, Juda gouverné par ses propres juges n'avait pas perdu le sceptre. En fait, « l'autorité et le pouvoir de se gouverner par <i ses lois et d'avoir ses conducteurs sont toujours demeurés dans « la tribu de Juda jusqu'à la venue de J.-C. Après la mort de « J.-C. précisément, elle a perdu cette autorité et ce droit : donc « il faut que Jésus-Christ soit le Schilo » (1).
Aggée écrit (2, 3-10) : « J'émouvrai toutes les nations afin que « le désir des nations vienne... La gloire de cette dernière maison « ici sera plus grande que celle de la première et je mettrai la « paix en ce lieu ici. » (2). Les rabbins disent : c'est parce que le second Temple dura dix ans de plus que le premier et qu'il fut rebâti magnifiquement par Hérode. — Non, il lui manquait l'Urim et le Tummim, les prophéties et les miracles. C'est parce qu'il fut honoré de la présence de J.-C. Dieu ne mit pas sa paix dans son second Temple, puisque depuis sa construction la Judée fut beaucoup plus troublée qu'autrefois par les ravages des étrangers et les dissensions intestines. Il s'agit de la paix du cœur avec Dieu que J.-C. apporte. L'émotion de la terre et des cieux sera l'effet des miracles du Désiré. Enfin Aggée et Malachie proclament : Voici, il vient, encore un peu de temps et il viendra. Il serait bien ridicule qu'il ne fût pas encore venu. '
La prophétie de Daniel « est comme un flambeau qui répand « un tel jour sur les autres qu'on ne sait lequel on doit plus « admirer ou l'évidence de la vérité qu'on y trouve ou l'aveugle- « ment prodigieux de ceux qui n'aperçoivent pas cette évi-
(f dence » (3).
Elle ne peut pas s'appliquer à Antiochus Vlllustre qui profana le temple, car 70 semaines de jours finiraient bien avant lui, et 70 semaines d'années bien après. Pas davantage à Néhémie, conducteur du peuple qui n'a pas fait cesser le sacrifice et l'oblation. Les « ailes abominables » qui causeront la désolation sont celles des aigles romaines. La prédiction concerne donc bien le Messie.
1. p. 413. L'application de cette prophétie à J.-C, qu'Abbadie défend si allègrement, est en réalité si laborieuse qu'elle ne convaincra jamais un incrédule. La tribu de Juda n'existait plus à proprement parler au temps de J.-C. Si l'on élargit le sens du mot jusqu'à l'appliquer aux Juifs soumis à Hérode le tétrarque, il est dim«ile de représenter cet Iduméen comme un flls de Juda, et d'autre part les magistrats religieux de Jérusalem n'avaient plus le sceptre puisqu'ils n'avaient pas les prérogatives du pouvoir souverain : juridiction civile, droit de condamner à mort, etc..
LAGE DOR DE L APOLOGETIQUE CLASSIQUE
Mais est-il venu ? Il était annoncé pour le temps où les 4 monarchies subsisteraient encore, ou tout au moins aussitôt après leur ruine et avant la consomption de Jérusalem. C'est bien la place de Jésus. Le christianisme s'établit sur les ruines des quatre monarchies qui avaient fait la guerre à Dieu : Syrie, Egypte, Grèce, Perse. La pierre détachée de la montagne, qui brise la statue aux pieds d'argile (1), ce sont les humbles pécheurs galiléens. Le royaume éternel prédit est celui de J.-C. L'auteur n'entrera pas dans la supputation des 70 semaines. « Plusieurs grands « hommes l'ont déjà fait et on n'a en particulier qu'à lire le <i Discours sur l'histoire universelle que M. de Condom a donné <v depuis peu au public (2). Pour nous qui nous arrêtons aux preu- « ves de la religion les plus sensibles et les plus proportionnées « à toutes sortes de personnes, nous aimons mieux raisonner par « le gros de la prophétie que nous dissiper en contestations « chronologiques. » (3). Sans doute, la lumière n'est pas parfaite sur ce point, mais notre foi ne doit pas en dépendre. Jésus-Christ est le seul dont on puisse dire qu'il a expié l'iniquité, amené la justice des siècles, été retranché de la terre, mais non pour soi. C'est 40 ans après lui que les Romains ont désolé Jérusalem. C'est lui qui par son sacrifice fait cesser les sacrifices rituels. Cela est imprévisible par des conjectures.
Enfin le Chapitre 53 d'Esaïe, quelquefois appelé le 5® évangile, dépeint le messie souffrant en termes tels qu'on ne peut méconnaître J.-C.
L'homme de douleur dont parlé le prophète ne peut pas être Jérémie qui n'a pas porté les péchés dés hommes, ni le peuple juif dans son état actuel, car en quoi ses meurtrissures donnent-elles la guérison aux gentils ? Il n'est d'ailleurs pas comme un agneau sans fraude puisque les rabbins le disent pécheur. Il n*a enfin aucune envie de donner sa vie pour nos transgressions. Si bien que certains rabbins, appliquant la prophétie au Messie, en ont imaginé deux, l'un souffrant, l'autre triomphant. Mais dans Esaïe, c'est le même qui est relevé après avoir été abaissé. Dix caractéristiques du personnage s'appliquent à Jésus ; la terre desséchée dont il sort c'est sa basse origine et la croix, il souffre pour le peuple avec la patience d'un agneau, — destiné à partager la sépulture des malfaiteurs (les brigands) il s'est néanmoins « trouvé avec le ri<:he en sa mort » (4) (dans le tombeau de Joseph d'Ari-