‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 77 sur 390 · ib., p · texte numérisé non relu

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l'agë d'or de l'apologétique classique

l'apostrophe à sa mère : « femme qu'y a-t-il entre toi et moi », son angoisse à Gethsémané.

Ces hommes incapables de fraude n'ont pas été trompés euxmêmes. Si J.-C. n'a pas fait de miracles, d'où vient le repentir de Pierre et le désespoir de Judas ? Comment avancer les phénomènes effrayants qui accompagnent la mort de Jésus, si personne ne les a notés ? Comment expliquer le rapport des soldats sur l'enlèvement du corps, et le rapport de Pilate à Tibère ?(1).

Ce que les évangélistes disent du caractère de J.-C. n'a pu être inventé. Les héros païens rapportent tout à l'Etat ou à leur orgueil, Jésus rapporte tout à la gloire de Dieu. Les sages antiques étaient des modèles de justice. Jésus donne l'exemple de la charité, plus divine puisqu'elle « fait du bien sans devoir rien à personne » (2). Il n'y a pas trace de vice en lui. Si le fils de Dieu est venu au monde, il a dû vivre comme lui. L'inventeur d'un tel portrait serait aussi miraculeux que l'original (3). Jésus prophétise la ruine de Jérusalem. Cette prophétie n'a pas été interpolée, car elle est différente dans les trois évangiles qui la rapportent, et elle paraît confondre la ruine de Jérusalem et la fin du monde. Un interpolateur aurait fait disparaître ces ombres.

Les Actes renferment trois faits : l'ascension du Christ, la descente du Saint-Esprit, l'établissement des églises. Tous les « actes » des apôtres supposent l'effusion du Saint-Esprit ; c'est sur elle qu'ils fondent leur vocation, tout dans leurs lettres s'y rapporte. Le succès de la prédication de ces chétifs ne peut s'expliquer que s'ils ont été les témoins oculaires des merveilles qu'ils annoncent. Les épîtres de Paul renferment à leur tour des caractères divins. Sans insister sur la piété et l'humilité de cet homme, sa préférence pour la charité qu'il met au-dessus des dons miraculeux est dans l'esprit de la vraie religion. Son désintéressement, qui le pousse à tout affronter pour courir à la conversion des hommes, sa joie plus que stoïcienne au sein de l'affliction ne peuvent pas être d'un imposteur. Ses continuelles allusions à la mort, à la résurrection, à l'ascension de J.-C. peuvent remplacer l'évangile. Celles qu'il fait sans cesse aux dons du Saint-Esprit embarrassent fort les incrédules, car il faut admettre la réalité de ces dons ou tenir Paul pour u» dément.

1. Le fait qu'Abbadie admet l'authenticité des Actes de PUate prouve que sa critique est inférieure à celle de plusieurs érudits chrétiens de son temps. V. Dupin, supra 59.

3. C'est l'argument repris par Rousseau : « L'inventeur en serait plus étonnant que le héros ». Emile, 1. 4. Ed. Mussay-Pathay, Paris, 1826, t. IX, p. 102. Sur les emprunts de Rousseau à Abbadie, V. Masson, o. c, t. I, p. 109, n. 1.

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Aussi ne connaissons-nous pas de livre aussi excellent que le Nouveau Teintent, mille fois plus exempt des f"»>'«--^;,-"f'nes que les plus sages livres des païens, très supérieur a tous les Uvrerpieux'écrits depuis, y compris les «-^ /^ ^f ^^^.^^ miracles qu'il contient passent la puissance de 1 Enfer, sa doctrine sainte prouve l'inspiration divine.

JisÏhris'tToit tout ce qu'il a de bon à la secte des Ês.énien, dont 1 «ait. - Affirmation gratuite, puisqu'il a de simples pécheurs, non des esséniens à sa suite et qu'il n'a en horreur m

le mariage ni les villes. . ,.,

— Il doit ses lumières à son éducation. — Non. puisqu il grandit chez un charpentier, et on le lui reproche.

Sa haine des pharisiens l'engagea à inventer une religion contraire à la leur. - Mais qu'aurait-il pu prétendre ? le fils de Marie n'a aucune concurrence avec les sacrificateurs et es lévites.

Son ambition de passer pour prophète lui fait mal entendre certains oracles, et c'est de bonne foi qu'il se croit le Messie -- Sa morale et ses enseignements excluent l'ignorance et sa sainteté

rimposture. ,

— Mahomet cependant fut victime d'une erreur analogue

— Ce parallèle ne tient pas. Mahomet ne prétend pas établir sa religion par des miracles, il ne fait pas de prophéties réalisées sous nos yeux, il n'était pas prédit, il s'établit par la violence sans changer les cœurs corrompus ; il n'est pas ressuscite ; ses lois n'ont qu'une valeur régionale ; il tient de J.-C. sa connaissance du vrai Dieu. . , ^

— Les doutes les plus sérieux s'élèvent sur les miracles de J -C II a pu guérir deux ou trois fois par hasard ou par la vertu des causes secondes, de là sa réputation de prophète. - Non, ses miracles sont nombreux et variés et sa résurrection ne peut être

l'effet des causes secondes.

— Il avait peut-être des témoins apostés pour attester des miracles fabuleux. — Mais il n'a ni argent ni crédit. — Il n'opérait ses prodiges qu'en présence de trois disciples. — La résurrection du fils de la veuve de Naïn, celle de Lazare eurent lieu devant une

foule. •* . .

Pourquoi ont-ils fait si peu d'impression? Quel émoi si un mort revenait aujourd'hui I — La plupart de ceux qui apprirent la résurrection de Lazare n'y crurent pas, d'autres l'attribuèrent à Béelzébuth, ou à la connivence de Lazare. Tout est possible avec des gens à préjugés. Mais on en revient toujours là : il n'est pas d'homme qui veuille mourir pour soutenir une imposture.

l'âge d'or de l'apologétique classique

Pourquoi Josèphe ne parle-t-il pas de Jésus ? (1). — Il était

pharisien. Ayant par courtisanerie appliqué à Vespasien les oracles de l'A. T. il se tait par politique, non par ignorance puisqu'il mentionne les plus petits agitateurs.

// est très commun de voir des gens accréditer de prétendus

miracles, Vespasien par exemple. — Je crois vrais les miracles qui ont ces 10 caractères : 1. qui sont prédits ; 2. nombreux, divers et sensibles ; 3. opérés par des simples qui n'ont ni assez de lumières pour pouvoir tromper ni assez de malice pour vouloir ; 4. éprouvés par des habiles qui, ne pouvant les nier, les expliquent bizarrement ; 5. attestés par des martyrs ; 6. tendant à sanctifier les hommes ; 7. annoncés par des personnes qui croient le salut incompatible avec l'imposture ; 8. reproduits par ceux qui s'en font les hérauts ; 9. impossibles à nier sans tomber dans des contradictions, sans admettre par exemple que les plus sages des hommes sont des fous et les plus constants des fourbes ; 10. étroitement liés ensemble et couronnés par la résurrection de leur

auteur.

— Viennent ensuite les doutes sur les apôtres. — Pourquoi furent-ils si peu ? — Jésus en envoya 70, et 500 frères furent témoins de sa résurrection.

Pourquoi étaient-ils pauvres et ignorants ? — Pour que la puissance de Dieu éclatât mieux dans leur faiblesse.

Pourquoi Jésus admet-il dans sa suite des péagers et des courtisanes ? — Pour mieux manifester son action régénératrice.

Pourquoi croire les disciples attestant la résurrection, plutôt que les envoyés de la synagogue attestant le contraire ? — Parce que les uns ont vu, les autres non. La rétractation de Juda et de Saul prouve la force de la vérité.

— Et le scandale de la croix ? « Qui croira que la condamnation et l'infamie puissent être les caractères du Fils de Dieu ? » (2). — Nous y voyons une marque de divinité, car ces soufl*rances ont été prévues par Jésus et voulues par Dieu pour notre salut. Cette mort est « comme un miroir qui nous représente toutes les vertus de l'homme et tous les attributs de Dieu » (3), sa haine pour le péché, son amour pour ses créatures.

Dans la troisième section notre auteur fait encore un eff'ort pour « pousser les preuves de fait et de sentiment jusqu'au degré de la démonstration ».

1. Abbadie, plus prudent ici que pour les Actes de Pilate, admet les réserves des savants.

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Les préjugés des disciples élevaient un mur entre Jésus et eux. Ils attendaient un Messie qui rétablirait le royaume d'Israël, ils croyaient la Loi éternelle, ils jugeaient les païens exécrables et impurs. Il faut qu'ils aient trouvé dans J.-C. de quoi récompenser leur attente trompée. Comment expliquer sans cela que, déjà vieux, ils renoncent aux pratiques juives ? C'est qu'ils ont été frappés par ses miracles, surtout par sa résurrection.

La résurrection est étroitement liée aux miracles : si elle est vraie, les miracles le sont aussi et réciproquement. Jésus-Christ la prédit en instituant un mémorial de sa mort. Les précautions des juifs pour qu'on n'en dise rien, le rapport des gardes, le langage assuré des apôtres qui la proclament dans leurs premiers discours, la conversion d'un grand nombre d'auditeurs sont autant de preuves^ de ce grand fait. Pourquoi les juifs ne poursuivent-ils pas, ne torturent-ils pas les disciples, s'ils croient vraiment que les disciples ont enlevé le corps ? Ils ne les en accusent même pas ; c'est ultérieurement qu'ils répandront ce bruit. L'impossibilité d'une imposture concertée entre les apôtres et jamais démentie éclate, « vu surtout qu'à mentir on ne gagne que des prisons, les tour- « ments et la mort, et qu'à dire la vérité on peut se concilier du « crédit, de l'appui et acquérir du bien en plaisant à ceux qui « sont les maîtres des richesses et des charges de l'état » (1).

Le récit de Vascension renferme les preuves de la résurrection. A supposer que les apparitions de Jésus soient une vision des disciples, ils ont eu en 40 jours le temps de se ressaisir. « Ils ne « se peut qu'après avoir vu un fantôme, ils conversent avec lui « pendant 40 jours : que ce fantôme se fasse manier, qu'il leur « donne des préceptes, leur fasse des promesses et qu'ensuite il « soit enlevé dans le ciel, eux le voyant, le regardant, l'adorant i< comme il monte au ciel... » Spinoza dit que si nous connaissions toutes les circonstances de ces événements extraordinaires nous n'y trouverions rien que de naturel. Mais les récits évangéliques sont suffisamment circonstanciés. « Et quel moyen de « s'imaginer qu'il soit naturel et selon le cours réglé des causes « secondes de voir un homme qui a été crucifié et mis dans un « tombeau avec des gardes pour le garder, se relever de ce tom- « beau, apparaître vivant à des hommes qui le touchent et le « manient et puis monter dans le ciel à leurs yeux ? » (2). L'ascension coupe court à l'hypothèse d'une mort apparente qui aurait abusé les disciples : c'est « un fait sensible sur lequel ils

n'ont pu souffrir d'illusion » (1). D'autre part, on peut bien enlever secrètement un corps, mais non pas l'élever sur les nuées. L'invention d'un tel prodige serait inutile, car une fiction pure ne trouve pas d'adeptes ; inhumaine, puisque l'annoncer serait s'attirer des coups par plaisir.

Ueffusion du Saint-Esprit sur les disciples se prouve par ses effets. Ils disent : Jésus-Christ a fait des miracles, nous en faisons aussi, nous communiquons le pouvoir d'en faire. C'est un fait capital, car leur promesse de communiquer ce pouvoir prouve qu'ils croient vraiment le posséder, et l'épreuve en est bien facile. Nous sommes ici au cœur de l'apologétique. « Toute la démonstra- (( tion de la vérité de la religion chrétienne roule sur cet argu- « ment. Les apôtres et les disciples de J.-C. ont cru de bonne foi ({ les miracles, la résurrection, l'ascension de J.-C. et l'effusion « des dons de son esprit ; donc tous ces faits sont véritables. » (2). Car ces faits, au moins un, les dons surnaturels des apôtres, n'étaient pas susceptibles d'illusion, et, comme ils sont étroitement liés entre eux, en établir un c'est les établir tous (3).

Deux objections se dressent : Comment les ennemis de Véuangile ont-ils pu étouffer la connaissance de tant de miracles capables de convertir le genre humain ? — En les attribuant à la magie, — par les tourments, — en appelant à la rescousse les préjugés et les passions que ces miracles menaçaient.

Pourquoi les historiens païens n'en font-ils aucune mention? — Cette objection prouve trop. Si les écrits de ces historiens sont la mesure de la vérité, faut-il conclure d'un passage de Suétone que Jésus s'appelait Chrestus(4), qu'il n'y a point eu d'églises chrétiennes, fondées à Ephèse, à Corinthe, puisque les écrivains profanes n'en disent mot ? Très ignorants des choses juives, ils ne s'accordent pas mieux avec Josèphe qu'avec l'évangile. Ils parlent peu de la religion judéo-chrétienne parce qu'ils la regardent comme une superstition détestable.

On dit encore : pourquoi les apôtres n'ont-ils pas ressuscité tous les morts de Judée ? Alors une lumière éclatante préviendrait toute discussion. — « C'est que Dieu ne veut pas être connu malgré nous )>, répond Abbadie, avec tous les apologistes. Il veut nous conduire par la foi, non par la vue, car la foi a une valeur morale, impliquant un effort de volonté et d'amour, un sacrifice et un acte de confiance envers notre Père. Un Père ne sait pas de gré

3. Les apôtres affirment, par exemple, n'avoir reçu ces dons qu*à partir de l'Ascension de J.-C

4. « Judapos impulsore Chresto assidue tumultuantes. » Vie de Claude, 25.

à son fils de croire que le soleil brille ; il lui sait gré de croire

en lui et en sa parole.

Ce genre d'objections théoriques est d'ailleurs oiseux : « On « doit régler des opinions spéculatives par des preuves de faits (( et non pas régler les preuves de fait par des opinions spécula- « tives » (1). Les antipodes et l'aimant soulèvent bien des difficultés.

Ayant ainsi concentré la démonstration en un point dont le fort ou le faible fera la vérité ou la fausseté du christianisme, Abbadie relève en détail divers endroits du N. T. propres à établir que les apôtres ont vraiment enseigné les faits miraculeux et qu'ils n'étaient ni trompeurs, ni trompés (2).

L'évangéliste n'aurait pas inventé des épisodes gênants, tels que Jésus entre les mains du diable, la prédiction de son retour prochain non encore accomplie, sa défaillance à Gethsémané. Il n'aurait pas mis dans la bouche d'un homme qui dispose de dix ou douze misérables pêcheurs des paroles outrecuidantes : je vous fcu-ai pêcheurs d'hommes, je suis venu apporter l'épée, le royaume de Dieu sera donné à une autre nation. Lui aurait-il prêté des idées inouïes comme « Dieu est esprit » (3), ce qu'aucun homme ne savait pleinement, ou bien « personne n'est monté au ciel si ce n'est celui qui est descendu du ciel » (4), langage extravagant si la sainteté de Jésus ne le prouvait divin ; ou encore cette pensée profonde : « Si quelqu'un veut faire... il connaîtra » (5). « Tous « les hommes avaient ignoré cette vérité si grande et si relevée ; « ils ont fait de la religion une science qui n'est que pour les « docteurs,... pour la science du salut on ne l'obtient que par « l'humilité et la sanctification... Plus nous vivons bien, moins u nous avons de doute. Plus nous aimons Dieu et plus nous voyons « les merveilles de sa loi » (6).

Dans les Actes, dans les Epîtres, la prédication de la nouvelle naissance et de la vie en Christ est entièrement nouvelle. « Exa- « minez-vous, dit Saint Paul, pour voir si Jésus-Christ est en « vous. » (7). A-t-on jamais dit : César est en nous ? « C'est que « nous n'avons jamais reçu l'esprit de César et que les disciples « avaient reçu l'esprit de Jésus-Christ » (8). 11 n'est pas jusqu'à

2* « Car ces trois principes forment la démonstration de la vérité du

christianisme », 242.

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