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L*AGE d'or de l'apologétique CLASSIQUE
ses métaphores incohérentes dont on ne puisse tirer argument. (( L'éloquence du Saint-Esprit... emploie plusieurs images à la « fois, toutes différentes, parce qu'une seule est incapable d'expri- « mer tout. » (1).
Examinons maintenant la substance de la religion, le dedans après le dehors. La vérité du christianisme nous apparaîtra « par « la considération de sa nature et de ses propriétés ».
Cette analyse est la meilleure partie de l'œuvre d'Abbadie, chez qui la piété l'emportait sur l'érudition ou la critique. Il tire de lui-même ce témoignage que la conscience rend à la révélation de J.-C. et lui fait une bien plus grande place que ses successeurs. La 4' section de son traité est une magnifique revue en 11 tableaux de l'excellence du christianisme et de son accord avec les besoins
de l'âme.
L'amas des témoignages qui lui sont rendus doit faire impression sur les esprits sincères. Ont parlé en sa faveur : les prophètes, Jean-Baptiste, les apôtres, la Trinité elle-même, le Père au baptême du Christ, le Fils par ses miracles, le Saint-Esprit par ses dons ; la conscience des hommes à qui l'évangile donne paix et consolation ; les juifs, dont le Talmud reconnaît dans l'homme de douleurs le Messie ^t essaie de l'identifier avec des personnages tels qu'Ezéchias I les païens, Pline, Tibère (2), les empereurs qui admiraient la morale de J.-C. ; les événements : la ruine des 4 monarchies qui avaient affligé Israël et à la fin desquelles le royaume des cieux devait être établi, la désolation de la terre sainte et la fin de la république juive, l'établissement de l'église chrétienne, la révélation de Moïse et la religion naturelle.
L'opposition de la religion chrétienne avec toutes les autres fait apparaître aussi son excellence. Les autres n'ont pas ses avantages, elle n'a pas leurs défauts. Seule confirmée par d'anciens oracles, elle a suscité des martyrs éclairés et saints, alors que les martyrs des autres religions sont des superstitieux aveugles. D'autres se vantent de leurs succès comme d'une faveur divine ; la prospérité de Rome, des Arabes prouvait, disait-on, la vérité de leur religion. Mais chercher un critérium dans la prospérité temporelle, c'est vouloir « que les plus grands scélérats soient les favoris de la divinité » (3). Notre religion « n'est pas mondaine comme celle des juifs d'à présent qui ne soupirent qu'après une pompe charnelle » (4), ni monstrueuse comme celle
Preuves internes
2. Abbadie admet la légende d'après laquelle Tibère aurait proposé au Sénat de recevoir Jésus au nombre des dieux. (V. TertulUen : Apologétique, 5).
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des Samaritains, mélange de paganisme et de judaïsme, ni impie et cruelle comme celle des gnostiques, ni, comme la païenne, affectée de tous ces défauts ensemble.
Les autres religions varient, la nôtre est immuable. Les autres se couvrent de mystères, elle s'étale au grand jour, bien qu'elle prêche une folie paradoxale. On trouve ailleurs un antagonisme entre la religion du peuple et celle des savants. La chrétienne a a de divins rapports avec le cœur de tous ». Les autres conduisent rhomme de l'esprit aux sens, la chrétienne des sens à l'esprit. « Il est plus aisé de prendre le soleil pour Dieu que « d'être perpétuellement occupé à chercher un Dieu qui se <( cache ; de célébrer des jeux et des fêtes à son honneur que de « renoncer à soi-même pour l'amour de lui, plus facile de s'abste- « nir des aliments ordinaires que de renoncer aux vices, de chan- « ter des hymnes ou de saluer des statues que de pardonner à « ses ennemis. » (1).
Les autres abaissent Dieu, élèvent l'homme : le stoïcien se dresse en face de Vénus. Le christianisme, loin de faire Dieu à l'image de l'homme, veut que l'homme devienne à l'image de
Dieu.
Le paganisme favorise la corruption au détriment de la politique ; le mahométisme favorise la politique au détriment de la corruption. Le christianisme ne ménage ni l'une ni l'autre. La politique se plaint qu'il fasse des agneaux au lieu de soldats. La corruption se plaint d'être attaquée en ses derniers retranchements.
Les autres sont un produit extravagant des habiles, le christianisme est un produit sensé des ignorants. Il vient du cœur et marque le dessein de Dieu d'anéantir l'intelligence des sages.
L'excellence de la religion chrétienne éclate en troisième lieu dans l'excellence de ses effets et de sa fin, puisqu'elle vise à rétablir la pureté primitive. Elle anéantit les passions et Tégoïsme qui troublent la « société de la nature », elle confirme la « société de la politique » par l'ordre de rendre à César ce qui lui est dû, elle crée dans la « société de la religion » une famille de saints unis à travers le temps et l'espace. C'est dans celle-ci surtout qu'il faut chercher les fruits du christianisme : la cessation des oracles, des sacrifices humains, de l'amour grec, une connaissance de Dieu plus parfaite que celle des anciens savants répandue parmi les humbles, l'humilité et la charité, dont le nom même était inconnu, mises au rang des vertus essentielles.
l'âge d'or de l'apologétique classique
Elle éclate surtout dans sa proportion avec les besoins de l homme. Nous trouvons en nous bassesse et corruption. Le christianisme nous relève. Avant lui nous étions impuissants à nous guérir : éducation, lois civiles, bienséance, respect de soi, raison exemple d'autrui, honneur du monde, philosophie, vertus humaines qui sont masques de l'amour-propre, tous ces remèdes « sont de nouvelles maladies » (1). Seule la religion chrétienne « purifie le fond de la conscience » et la racine de toutes mes actions, sous 1 œil de Dieu qui voit dans le secret. Alors que les animaux vivent tranquilles et heureux, l'homme est « le centre de la misère ». « C'est la plus grande de toutes les merveilles que de « rendre l'homme heureux en l'obligeant à se connaître et à « guérir sa misère en guérissant son ignorance. » (2). La religion accomplit ce chef-d'œuvre de nous faire souffrir patiemment les maladies et la mort, en nous en découvrant le principe et la fin Mais 11 y a aussi dans notre âme des germes de grandeur. « Or « c'est la religion chrétienne qui non seulement nous fait connaîc( tre cette grandeur de l'homme, mais c'est elle seulement qui la « produit en soumettant la plus basse partie de nous-même à la « plus noble. » (3). Seule elle ne laisse point de vide dans le cœur, car en nous sanctifiant elle nous satisfait.
Ses rapports avec la gloire de Dieu montrent aussi sa divine origine. Seule elle découvre distinctement l'infinité des vertus de Dieu, notamment les miracles de sa bonté. Elle nous enseigne d autre part à le glorifier par le sacrifice de nous-mêmes.
Sa morale conduit à la même conviction. Il existe, on le sait un commerce d'erreur et d'illusion entre le cœur et Pesprit • « La « science qui éclaire l'esprit corrompt le cœur et la débauche qui « satisfait le cœur corrompt l'esprit. » Les erreurs des épicuriens et des stoïciens s'expliquent ainsi. Or le christianisme « satisfait « le cœur sans corrompre l'esprit et étend les lumières de l'esprit « sans corrompre le cœur » (4).
Cette morale est « le paradoxe des sens, du cœur, de l'esprit et de la nature » (5). Porter sa croix, se réjouir dans l'affliction, mortifier 1 amour-propre, paraît un défi au sens commun. Mais la preuve qu elle est vraie, c'est qu'elle conduit au bonheur ; et non seulement l'individu, mais la société qui, par la charité, devient une grande famille. On dit qu'elle propose un idéal inaccessible.
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Mais J.-C. et les premiers apôtres Tont réalisé, et, contrairement aux morales philosophiques qui sont de simples spéculations, elle enferme en elle-même des forces qui élèvent l'homme, Tespoir et la crainte d'une éternité heureuse ou malheureuse.
La divinité du christianisme éclate enfin dans ses mystères. Ils ont un côté obscur et un côté lumineux. Par celui-ci les mystères de la création, de la rédemption, de la résurrection sont sublimes et dignes de Dieu. Leur obscurité, qui en fait des objets de foi, vient d'abord de ce que l'âme appesantie par le corps ne peut prétendre à une lumière parfaite. Ensuite elle est le seul moyen de guérir l'orgueil, ce vice de l'esprit. L'esprit est humilié par le renoncement comme l'est notre cœur par l'affliction. « Si les a objets de la révélation n'étaient revêtus de quelques ténèbres, « il n'y aurait ni effort, ni difficulté, ni sacrifice de la raison à e croire. » (1). Nos esprits s'endormiraient même, s'ils n'étaient pas piqués par ces épines.
Il faut toutefois distinguer « les ténèbres de Dieu et les ténèbres des hommes ». Les préjugés des sens et de l'imagination nous font dire : je le croirais si je le voyais. L'éducation nous accoutume à n'admettre que les choses d'une expérience courante. Même parmi les croyants, les uns ont voulu faire « une religion de plain pied » sans mystères, les autres, non contents de savoir les choses, veulent en sonder le comment. De là les questions de théologie, « un des plus grands obstacles à la foi véritable » (2). « Ce ne sont que distinctions barbares à l'écriture de grâce anté- « cédente, grâce conséquente, grâce suffisante, grâce efficace. » (3). Disons tout simplement que nous ignorons comment Dieu agit. La foi a deux sortes d'ennemis : ceux qui nient tout et ceux qui veulent connaître tout. Ceux qui ont voulu éclaircir la Trinité et l'Incarnation sont tombés dans des excès téméraires.
La superstition, qui cherche dans les pratiques extérieures un prétexte pour éviter la repentance et qui « confond ses imaginations les plus monstrueuses avec les plus sacrés mystères, sert aux incrédules pour attaquer la religion » (4). La philosophie se propose de satisfaire la curiosité alors que la religion la mortifie. Elle raille dans l'Ecriture de simples images accommodées aux idées du vulgaire, comme le feu de l'enfer, les trompettes qui accompagneront la venue de J.-C. au dernier jour, la droite et la
3. P. 371. « Les chrétiens ayant ensuite étudié la philosophie de Platon t't celle d*Arîstote, ont cru que la connaissance du salut était une science comme les autres. » 394.
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gauche de Dieu. La variété même de ces images pour exprimer un même fait devrait interdire de les presser : la venue de l'époux le berger, le père de famille, l'ivraie, sont autant de symboles dii jugement dernier. Un autre danger de la philosophie est qu'elle fournit à l'incrédulité des conjectures, dont celle-ci s'empare comme de vérités pour battre en brèche la religion : l'existence d'autres globes habités, la formation des mondes par un concours d'atomes, l'inviolabilité des lois de la nature. — Elle habitue l'espnt a exiger des démonstrations géométriques.
« La politique est encore plus véritablement ennemie de la reigion que la philosophie >,, car elle prétend lui être supérieure. Elle maintient entre les hommes les inégalités que la religion abo ht ; elle « agit, comme si la vie des hommes n'était point de « plus grande considération que celle des bêtes », alors que la religion enseigne la valeur infinie des âmes. La rhétorique est contraire a la religion qu'elle revêt de faux ornements. De même l^ grammaire d'où les incrédules tirent des pointilleries contré 1 Ecriture. Mais dans les ordonnances d'un roi puissant on ne s arrête pas aux fautes d'orthographe.
Voilà les « instruments dont nos passions se servent pour anéantir la soumission que notre foi doit à Dieu » (1) Cependant on n'attend pas pour manger de connaître le comment de la nutrition. Il faut croire les mystères de même. C'est un miracle propre à la religion chrétienne « de nous rendre clair- « voyants en nous faisant sacrifier les lumières de notre rai-
'^'\l^^\' ." ^' J'^ *"'* ''^"^ *=®"^ disposition d'humilité, toutes les « difTicultes perdront leur force. » (3). La convenance de la foi et de la raison à l'égard des mystères est analogue à la convenance de la raison et des sens à l'égard de la nature. Les sens nous monrent le flux et le reflux. La raison ne le comprend pas, mais ne le me pas. Pourquoi, si nous sommes raisonnables dans la nature le sommes-nous si peu dans la religion ? « C'est que dans la « nature notre esprit agit naturellement et que dans la religion « Il est trompé par ses passions qui ne cherchent que matière de « doute. » (4). « Le théologien examinera seulement s'il y a une « grâce, une prédestination, un péché originel. » (5). Nous disons
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Divinité de Jésus- Christ
que Dieu nous nourrit, et cependant nous nous nourrissons nousmêmes. Mais personne n'est assez fou pour dire : si Dieu me nourrit, comment suis-je obligé de manger ? « On ne fait point toutes ces différences dans la nature, on les fait dans la religion. »
La proportion de la religion chrétienne avec la judaïque confirme encore sa vérité. La religion juive était grande, certes, mais matérielle par sa localisation de Dieu et ses rites. Elle était destinée à représenter le ministère du Messie dans un tableau anticipé, pour qu'il fût impossible aux âmes élues de ne pas le reconnaître, li y a une préparation d'événements dans ce choix du peuple saint, de la tribu de Juda, de la famille de David ; une préparation de cérémonies figuratives mais pesantes, pour que les juifs soupirent après l'affranchissement, une préparation d'oracles, de préceptes, de dogmes.
Enfin la proportion du christianisme avec la religion naturelle est une dernière marque de divinité. Il rétablit la religion naturelle altérée par la corruption, fournit à la vertu les motifs « qui seuls peuvent balancer le poids des objets sensibles » (1). Sa fin est la fin même de l'homme : se donner à Dieu en renonçant à soi-même, puisque seul Dieu satisfait « l'infinie curiosité de nos esprits » et « l'insatiable avidité de nos cœurs ».
Le dernier volume d'Abbadie, qui démontre la divinité de J.-C, est superbe de rigueur et d'assurance orthodoxe. Le ton, jusqu'alors didactique, s'anime jusqu'au défi. C'est un audacieux raisonnement par l'absurde : si J.-C. n'est pas consubstantiel avec Dieu la religion chrétienne est une idolâtrie, et, comme elle est révélée. Dieu a trompé les hommes.
Les vérités essentielles de la religion s'enchaînent étroitement. La vérité du christianisme nous conduit à la divinité du Christ. « On n'aura point recours à des spéculations humaines pour (( montrer comment la chose est, mais on montrera qu'elle est « effectivement par des preuves prises de la révélation. En tant « que c'est une vérité révélée elle est clairement et distinctement « contenue dans l'Ecriture. » (2).
Abbadie va pourtant fonder le mystère en droit avant de l'établir en fait.
« Si Jésus-Christ n'est pas vrai Dieu d'une même essence avec
« comprise dans ces deux propositions : Dieu prévoit le péché et la misère « des hommes et il en destine quelques-uns au salut, selon cette maxlime de « l'apôtre : Ceux qu'il a connus, il les a prédestinés », etc.. « Et qu'y a-t-il de plus raisonnable que ces deux principes ? « 400.