‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 82 sur 390 · Jean · texte numérisé non relu

Jean

4. Schmalz (1572-1622), célèbre unitaire, prédicateur et professeur à Rakow, auteur de 52 ouvrages, dont le plus célèbre traite de la divinité du Christ.

Le fort du Traité

exaltation. Avant sa résurrection c'est le Fils de Thomme, après c'est le Fils de Dieu.

— Paul dit aux Corinthiens (1 Cor. 8, 6) « nous n'avons qu'un seul Dieu père ». — Abbadie remarque justement que Paul veut ici distinguer Dieu des faux dieux et des anges et des magistrats, mais il se débat pour préciser que le mot seul ne doit point être pris « dans toute la force dont sa signification naturelle le rend capable » (1). Il fait une pétition de principe en affirmant que Dieu et Jésus-Christ sont tellement unis dans l'Ecriture que ce qu'elle dit de l'un elle le dit de l'autre.

— Nos adversaires « nous citent avec empressement les en- « droits de l'Ecriture qui disent que J.-C. ne fait rien de par « lui-même ou qu'il ne fait que les œuvres que le Père lui a donné « à faire ; que le Fils ne sait point l'heure du dernier jugement ; « que le Père est plus grand que lui ; qu'il doit remettre le « royaume à son Père après la fin des siècles » (2). — Mais il y a dans l'Ecriture des passages qui établissent le contraire. L'hypothèse de Socin ne les concilie pas. La nôtre les concilie par la distinction des deux natures. En tant qu'homme J.-C. est soumis à Dieu.

Si le mystère des objets finis est insondable, à plus forte raison celui d'un objet infini. Dans la théologie comme dans toutes les sciences, il y a une connaissance pratique et une connaissance de curiosité. Pratiquement il suffît que je sache que J.-C. est Dieu pour mettre en lui ma confiance. Je n'ai pas besoin de sonder les secrets de l'union hypostatique. Toutes les difficultés consistent en spéculations ou en passages de l'Ecriture artificiellement isolés, « au lieu que nos preuves consistent dans les passages de l'Ecriture clairs, exprès, répétés, liés les uns aux autres » (3).

L'œuvre d'Abbadie est achevée ; à Dieu d'agir. Il termine par une prière : « O Dieu pardonne-moi mon bégaiement et mes fai- « blesses et établis toi-même par ton esprit les saintes et éternelles « vérités de ton évangile, afin que, comme tu as voulu te ma- « nifester en chair, toute chair aussi reconnaisse ta gloire. « Amen. » (4).

Ainsi finit l'apologie la plus complète que l'orthodoxie ait produite dans l'âge classique. Quelle en était la valeur à la fin du xvii^ siècle, d'où venait sa prise sur les esprits, quelles étaient ses lacunes ?

LAGE DOR DE l'aPOLOGÉTIQUE CLASSIQUE

Sa conception intellectualiste de la foi est bien celle du temps : « La foi consiste en ce que nous recevons sur le témoignage de « Dieu des vérités contraires à nos préjugés. » (1). Abbadie ne dit pas comme les modernes : la foi se fait connaître dès qu'elle se fait sentir, mais l'inverse. La primauté reste à l'intelligence, r D'ailleurs, par « sentiment » il faut entendre aussi souvent conscience que sensibilité. Intelligence et volonté voilà ce qui est au fond du christianisme moyen au xvii" siècle, chez les catholiques à la Bossuet, chez les jansénistes, chez les protestants (2). Mme Guyon et Fénelon ne sont pas représentatifs de la masse chrétienne.

Mais, protestant nourri de Pascal, Abbadie est l'héritier le plus authentique de l'auteur des Pensées parmi les apologistes du siècle finissant. Il dit au début de son livre : « comme la religion chré- « tienne a une lumière qui éclaire et une force qui sanctifie, il y a « aussi deux sortes de preuves qui en font connaître la vérité ; « les unes qu'on peut appeler les preuves de l'esprit et les autres ^ < qu'on peut nommer les démonstrations de la conscience. Les « premières consistent en connaissance et les autres en senti- (i ment ». Celles-ci « se font sentir par la proportion qu'elles ont « avec le cœur comme la lumière se fait connaître par la propor- « tion qu'elle a avec nos yeux ». Les incrédules « n'ayant jamais senti l'efficace de la religion » la déprisent. Abbadie veut « tâcher de les disposer à sentir les divins rapports qui sont entre la religion chrétienne et la conscience » (3).

Il fait toucher à l'homme sa misère, et sa grandeur qui éclate dans ses défauts mêmes, dans son insatiabilité. L'expérience prouve que la religion nous retire de notre détresse et guérit notre corruption (4). « Plus nous descendons dans la pratique, i/

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1. P. 139. Parlant de la scolastique protestante du xvue siècle, Frommel écrit : « Les dogmes eux-mêmes, violemment séparés de l'histoire qui les fonde, y retrouvaient à peine leurs attaches et formaient un code .abstrait, dont une dialectique judiciaire était à la fois le principe d'unité, d'interprétation et d'application. A la base de cet édifice, qui avait pour faite... le salut individuel obtenu par satisfaction juridique et par expiation vicaire, se trouvait l'autorité souveraine de l'Ecriture... Une autorité morale et spirituelle, sans doute, mais non pas d'abord ni en première instance, puisqu'on la prouvait à coups de miracles, c'est-à-dire de témoignages sensibles, et qu'on l'établissait à la façon d'un théorème, c'est-à-dire par enchaînement syllogistique. >» — Etudes lUtéraires et morales, Saint-Biaise, 1907, in-16. p. 133.

2. Les protestants n'en sont jamais venus à la conception strictement juridique de la religion, telle qu'elle apparaît dans la définition suivante : « La religion n'est autre chose que le code des volontés légales de Dieu ou de ce qu'il veut que nous fassions pour l'honorer et lui plaire. » Œuvres du R. P. La Berthonye, t. II, 401, Paris, Desaint, 1777.

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