e Tableau de la religion chrétienne
« plus nous connaissons la religion, en sentant sa divine efficace « par notre propre expérience et la reconnaissant pour ce qu'elle « est aux impressions qu'elle laisse dans nos cœurs. » (1). Notons ce rôle donné à la preuve interne, qu*Abbadie a tirée de sa propre piété et que Pascal lui apprend à mettre dans son jour. Nous la trouverons rarement, même chez les plus habiles. Comme Pascal, plus homme de foi que théologien, il a une expérience intime de h\ vie religieuse et des rapports de la pensée et de la volonté. Il n*est pas jusqu'à la doctrine hardie de la corruption de la raison par le péché, où l'on ne retrouve l'action de l'auteur des Provinciales sur un esprit ailleurs cartésien.
Dans l'antipathie qu'il éprouve pour les problèmes vainement curieux de la métaphysique chrétienne, je ne sais s'il faut voir l'influence des Pensées, le vieil esprit de la Réforme qui abolit la scolastique et simplifia la théologie, ou simplement l'instinct de sa piété. Toujours est-il que ce champion de l'orthodoxie est par là en avance sur un temps où les chrétiens sont aussi préoccupés de penser leur foi que de la vivre, et où la troupe des croyants suit encore sans défaillance les querelles de ses docteurs. Il adapte par anticipation l'apologie à l'esprit du public qui, au siècle suivant, rejettera toute dissertation sur l'incompréhensible ; il parle çà et là comme Locke ou Leclerc, apologistes d'avantgarde. Bien plus, quand il assigne pour but unique à la révélation la sanctification de l'homme, on croirait lire un Spinoza sans arrière-pensée.
Ainsi, méthodique et complet, essentiellement intellectualiste et convaincu que le christianisme est démontrable, Abbadie est bien dans la ligne de ses contemporains immédiats ; disciple de Pascal, tout pénétré de vie chrétienne, il fait une place assez large aux preuves psychologiques et trouve par là un puissant écho dans les âmes pieuses ; médiocrement théologien et peut-être frappé du grand nombre de points vulnérables de la théologie, il en fait volontiers bon marché, et cela est d'une bonne tactique dans la lutte contre le doute. Par tous ces caractères s'explique son succès et l'action qu'il dut avoir, sinon sur les incrédules au moins sur les indécis et les chancelants.
Ses points Voici ses points faibles et ses défauts :
faibles H pèche gravement contre l'histoire, contre les sciences, contre
la philosophie.
Ce serait une banalité de dire que le manque de sens historique,