O. t. II
l'intolérance universelle menant à rentr'égorgement ; ensuite et surtout parce que « la conscience par rapport à chaque homme est la voix et la loi de Dieu » (1). Une conscience hérétique convaincue est identique à une conscience orthodoxe convaincue. La persuasion où chacune est de posséder la vérité leur impose le même devoir, celui de suivre la lumière qui les éclaire. Bayle substitue aux droits de la vérité les droits de la persuasion. Il fonde ainsi les « droits de la conscience errante », qu'il étaie d'arguments tirés de la relativité de l'évidence, et de l'innocence de l'erreur. L'erreur n'est pas un crime imputable à la volonté mauvaise, comme le croient facilement les théologiens, mais un acte fatal de l'esprit (2).
Enfin, dans l'autonomie de la conscience Bayle entrevoit le fondement d'une morale indépendante. Comme l'a montré M. DelvolvéiS), ses conceptions sur ce point n'ont pas pris une forme arrêtée. Tantôt, à voir la rigueur et l'universalité qu'il attribue aux lois de la raison pratique il parait s'orienter vers Kant, tantôt, à considérer le contenu positif de la conscience morale qu'il détermine empiriquement par l'observation de l'homme et des sociétés, il annonce les morales scientifiques de notre temps. Quoi qu'il en soit, deux idées nouvelles surnagent, que ses adversaires retiendront pour les critiquer sans en saisir toute la portée : 1" — la morale est indépendante de tout credo religieux et de toute spéculation métaphysique. La pratique et la théorie sont radicalement séparées, comme le prouve l'expérience : un croyant n'est pas plus vertueux qu'un athée. Sa croyance en Dieu, en des rétributions futures, n'a aucune influence sur sa conduite. Car « l'homme ne se détermine pas à une certaine action plutôt qu'à i- une autre par les connaissances générales qu'il a de ce qu'il « doit faire, mais par le jugement particulier qu'il porte de cha- « que chose, lorsqu'il est sur le point d'agir » (4). Cette indépen-