‹ De Pascal à Chateaubriand [microform]. Les défenseurs français du christianisme de 1670 à 1802Chapitre 97 sur 390 · c. p, 99 sq., 419 sq · texte numérisé non relu

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4. Pensées diverses. O. t. III, 87. Cette afiflrmation d'un divorce entre la conviction et l'action a pu être inspirée à Bayle par l'expérience. Il aime à répéter « video meliora proboque détériora sequor », parce qu'il voit que « la vie humaine n'est pas autre chose qu'un combat continuel des passions avec la conscience, dans lequel celle-ci est presque toujours vaincue » (Dict., art. Hélène, t. III, p. 29) -^ ce qui lui fait dire que « cette proposition, l'homme est incomparablement plus porté au mal qu'au bien... est aussi certaine qu'aucun principe de métaphysique » (Nouv. let. crit. O. t. II, p. 248 b). Mais cela sent aussi furieusement son protestant qui a fréquenté saint Paul (Rom. 7, 15). On retrouverait, croyons-nous, dans le paradoxe préféré de Bayle, une trace de sa formation calviniste, tout mysticisme mis à part. Les incrédules s'empareront de ce paradoxe pour ôter à la religion le principal mérite auquel elle prétende, celui d appuyer la morale. Ils ne prendront pas garde que c'est

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dance est, à tout prendre, heureuse, car le Dieu chrétien auteur du mal ne saurait être proposé comme un modèle (1) ; le christianisme « à la mondaine » a inspiré des violences horribles (2), le christianisme selon le Christ ferait une société d'agneaux sans défense, tôt dévorés par leurs voisins (3). Ce paradoxe du christianisme antisocial fera couler des flots d'encre pendant cent ans (4).

2° — les passions, non les idées, sont le vrai mobile de la conduite des individus et des peuples. Sans invoquer aucun finalisme, Bayle constate que leur libre jeu suffit à faire surgir de rinstinct de conservation l'organisation sociale (5). C'est par l'amour des richesses, de la gloire, par la ruse diplomatique qu'une nation prospère. Comme la lance d'Achille, les passions guérissent les maux qu'elles font. Elles sont un levain utile. La réhabilitation des passions, condamnées et réprimées par le christianisme, sera une des grandes pensées du xviii^ siècle dans son eff'ort pour renouveler la morale, et un des sujets de conflit entre chrétiens et philosophes.

Voilà les points autour desquels va se livrer la bataille contre Bayle. Ce sont bien des points stratégiques. L'idée de la souverai- </ neté de la raison et de la conscience peut être considérée comme un des ferments les plus puissants de la pensée moderne. C'est par elle que notre auteur, qui n'est pas un philosophe de premier plan, restera pendant près d'un siècle un des directeurs de la conscience française. Il accentue le mouvement qui, au début du siècle de la Révolution, porte les penseurs à affirmer la valeur de l'individu dans le monde. Le progrès des sciences physiques, le ^ système cartésien, les méditations de Pascal ont élargi l'Univers. Le roseau pensant prend conscience de sa grandeur en face de la

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une arme à deux tranchants et que le principe de Bayle, dans sa généralité, vaudrait aussi contre les philosophes du xviii« siècle, si convaincus que leur philosophie ferait les hommes plus vertueux. Grâce à c«tte inadvertance, le paradoxe a pu réjouir quelque temps nos pères. En fait, il choque nos idées les plus enracinées. De loin en loin, des penseurs, généralement d'origine protestante, agacent notre intellectualisme par des paradoxes de même famille. Au siècle des lumières, Rousseau dira du savant au cœur corrompu : « Les sciences sont dans sa tête comme autant d'armes entre les mains d'un furieux (Gouvernement de Pologne, c. 4). Au siècle où V. Hugo croit expliquer le crime d'un assassin en s'écriant : il ne savait pas lire. Spencer soutient, dans son « Introduction à la science sociale », que la culture de l'intelligence n'a rien à voir avec l'éducation de la volonté ; — idée que Marion réfute avec soin dans ses « Leçons de psychologie » (Colin, 1884, 4e éd., p. 50 sq).

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