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CHAPITRE IV

Causes finales. — La fonction. — La fîxilédeB es^èctB,

Tout être dans cet univers a nne forme déterminée et appropriée h nne fin déterminée aussi. Il est nnpossiMe de méconnaître le principe des causes finales, tant dans l'ordre naturel qne dans Tordre buroain.

Le poisson est organisé pour vivre dans l'ean , l'oiseau pour voler, le serpent pour ramper, les carnassiers pour vivre de chair, les herbivores pour broyer des giaines et brouter Therbe.

L'bomme ne crée pas des formes vivantes ; il tonstruittles formes mécaniques. Tontes sont con-

a2 BIiyLIOTHÈQlIfi NODVBLLE.

çucs et exécutées ^31 vue d*ttQofio, d'un but iat*teindre.

Des êtres peuvent être groupés de manière à composer un ensemble qui ait aussi une forme déterminée et appropriée à un but. Le système planétaire» Tunivers, une montre, un atelier ^ une armée, une organi^tion politique quelconque sont des formes de ce genre,

La forme est-elle quelque chose d*lndépcndant et d'absolu? Évidemment non; caria forme est logiquement calculée pour une fin. Olez la On, et la forme devient inconcevable.

Comment procèdent les hommes dans leurs in* ven tiens mécaniques? Ils se proposent d'atteindre un but. Le but est donc antérieur au moyeu ; l'idée de l'un précède et engendre nécessairement celle de l'autre.

L'auteur de cet univers a voulu atteindre autant de buts particuliers qu'il a créé d'êtres divers ; il a mis ces êtres en système pour les faire concourir à des buts généraux, et le but suprême de son œuvre a été de se manifesler et de se communiquer à sa créature intelligente.

Le principe des causes finales , l'idée de la finalité des êtres est quelque chose de si simple et de tellement évident que l'on a peine à comprendre comment les honmics la peuvent nier. Cuvleraeu

DE LA PHILOSOPHIE DB L*HISTOm£. 5$ h gknre de tirer de ce (K'iocipe la méthode sden*tifiqne qui éclaire «es immortels travaux, et donsne pour toujours , grâce à lui, Tbiatoire oatareUe.

iVNir Cnvier, toute ferme «limate à sa raison d'être dans un ensemble de fonction, dont l'unité s*expriffl« par deux lois : la corrélation et la subordination des organes. Dans son analyse des tra^ Taux de son mattre, M. Flourens expose ainsi la première de ces lois.

« Une corrâation nécessaire lie toutes les fonc« ttons les unes aux autres.

» La respiration , quand elle se fait dans un organe respiratoire circonscrit , ne peut se passer de la circulation, car il faut que le sang arrive dans Torgane respiratoire , dans Torgane qui reçoit Tair , et c'est la circulation qui l'y porte; la circulation ne peut se passer de l'irriubilité , car c'est l'irritabilité qui détermine les contractions du cœur, et par suite les mouvements du sang; Tirritabilité musculaire ne peut pas se passer à son tour de Tac* tion nerveuse.

» Et si l'une de ces choses change, il faut que toutes les autres changent

» Si la circulation manque , la respiration ne peut plus être circonscrite; il faut qu'elle devienne gtoérale; comme dans les insectes : le sang n'al*^

3h BIBLIOTIteQdË MOUVËLLE»

laflt ptod ebercbeif r«ir, Il ImC q«e l'air «ilte àm*

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qui s*«ppcNeiit; Il y en a qoi a'esduefit. Une t

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rend unëcftrculatton pcihÉonaire itaiittle et l^eneki:.

« 7Mt $è règle et aë déteroHM par des rap* ports nécessaires. La force des mcovementa est dans ttne dépendance instante de Téteiidaë de te respiration , car c'est la respiration qm rend à k fibre muscniaire son irritabilité épotsée.

» L*oiseau respire par les ponnaons et p^t UnéI son corps $ le mammifère a une respiration simple, mais complêfte ; le reptile et le poisson ofit une respiration incomplèle ; de II quatre espèces de mouTéments qui correspondent à ces quatre de^ grés de respiration : Le vol de Toii^an qui répond h h respiration double ; la marche, h saut» la cotfrsé des mamitrifères , qui répondent k la reapt-* ration complète , mais simple ; le mouvement dti reptile, mouvement par lequel ranîmd ne fait i^ que se traîner à terre ; et le nagenaent dn pois** soft, moutement pour lequel ranimai a besoin d*étre soutenu dans un liquide dont la pesanveur ^cfflqne est presque égale à la fktm^

» Il en est de la gestion comme des mouvez mêiits ; plua ta reqpiraticm est 6teittd«i^ , plât h ii«

DE LA IWiQWWfi nVVPiSTOIRË. 36 mHh d* l'oueiM» la plus (eptu psi oejte 4a mutila;

1» jtptihrnnfi ^tQoaeiMir k k)B|iiefiEde âeiJQ^lftep.

n Tcn^ 4»n« ToiMMi «fit fait noQr 1q vol U M fdl|it: «oe aile 4*uim» graode «luf^ace povr frapper llair 9 -M faUatt h cette aile de grande i<u]$cle$ pour la «ont car ; il faibjità e«B musclei^ des os u èa langea pour leur servir de point d'iusertioD ; et ToiaiÇfm • «a stflfMHtt qui ser dé«ek)i]f)e ea lames «ailluiUcs, «a crtl»» il a çtt muscle pectoral énorme >elc. %

Aprte avoir moatré les manies appropriations daiia les organes respiratoîr.es et dans le s^stèm^ nen'eux , le savant disciple de Cuvicr (»)tre daqs ^^Iquaa détails sw la digt^iott eu ^imal :

« €ea*est paano» piiu , dit^-il, uuis ctosc arbîr Iriûre que le régtane d'im animal ; ce n'est paspai* haaaid que des dents traocbanbes c^ufàcideqt ^\^ .vm eatonaac simple; des dents plates avec un estomac nauilijpk} des dents pta(es , w estonidjC multipfe 9 avec un régime herhiviiire , etc. ; une )^«(e 4e ces choses suppose néçessair«<neiit tOMl^^i^ ii^s •Btraa» m les e«dat toutiss* Un animal à ipt^tins hiigs, k esuwiac nuiUiple, i^ dents pbtç^» ^ nécessaireoMal herbivore ; un animal Carnivore a Bécsssaireme&t des deois tranchantes » m esUm^c ^ , des intestins courts ^ il a de phi» » et ti»|it

86 ËmUOUfÈQUG NODVËLLti.

aussi nécessMrement , des doigte di^iâé» , mobiles» pour saisir sa proie » il a jusque dans k co^veau un ÎDStinct particulier qui le pousse h se Bouirir de chair. Jamais un pareil instinct, jamais une dent tranchante , et faite pour découper la chair, ne coexistent dans un même animal , avec un pted enveloppé de corne ; car ces choses sont incompa*tibles et se contredisent , car Tanimal qui les offrirait ne pourrait subsister.

• Toutes les parties, toutes' les fonctions, toutes les modifications de parties et de fonctions sont donc faites les unes pour les autres » et toutes pour un but donné. » (Liv. cité, p. i52-15d« Passim.)

Telle est a loi des corrélations organiques. Celle de la subordination des organes vient après et soumet partout certains organes à d'autres ; les oignes de la locomotion à ceux de la digestion , les oi^anes de la circulation à eeux de la respiration , toutes les fonctions , tous les organes au système nerveux ; c'est l'importance relative des organes qui décide de leur subordination. Quand l'impor^ tance relative des organes n'est point connue, on se dirige à posteriori par leur constance. « L'organe le plus constant est regardé comme le plus - important Ainsi , par exem{de , tous les animaux ruminants ont le pied fourchu ; tous les animaux

DE LÀ PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE. 87 qui ont des cornes ruminent , etc. Voilà des rapports constants ; mais quelle est la raison de cette ' constance ? on Tignore , et cependant puisque ces rapports sont constants , on peut les employer avec conGance dans la méthode. » ( Ibid. , p. 125. )

Voilà les procédés simples et féconds à Taide desquels Guviera restitué le monde fossile , et distribué le règne animal en quatre types incommunicables : le type vertébré , le type articulé, le type de masse ou mollusque , le type rayonné ou d'étoile. Cette classification est fondée sur le double principe de la corrélation et de la subordination des organes.

Chaque type est déterminé par une forme particulière du système nerveux. « Les animaux vertébrés ont un tronc de chaque côlé duquel se rangent symétriquement toutes leurs parties ; c*est que leur système nerveux forme un cône médullaire central de chaque côté duquel viennent se ren« dre 9 en ordre symétrique , les nerfs de toutes ces parties. Les mollusques ont un corps en masse ; c*est que leur système nerveux n*a qu'une disposition confuse ; le corps des articulés reprend plus de symétrie , mais c'est que leur système nerveux en a déjà repris ; ce corps est articulé à l'extérieur, c'est que le système nerveux l'est à l'intérieur ; enfin et jusque dans les animaux rayonni^s , les der-

niera vestiges du système nerveux qu'on distingue encore dans quelques-uns , ont cette même forme êloîlée qu'affecte leur corps entier, » [Ibid. , p. 87.)

Impénétrables les uns aux autres, ces types ne peuVent être tiiiis par des formes mitoyennes , car ces formes sont démontrées absurdes par l'impossibilité de certaines coexistences d'organes contradictoires en elles-mêtnes et qui entraîneraient aussi un système nerveux contradictoire. Indépendamment des hiatus qui rompent la ligne quant aux types généraux, il y a aussi dans chaque type des groupes distingués par des différences spécifiques tout-à-fait incommunicables elles-mêmes, et c'est à quoi Ton a donné le nom de fixité des (*spêces.

La fixité des espèces était un des dogmes de Buf« fort. Pour la démontrer, Cuvier commence par poser les limites de ce qu'on appelle variété oU race , dans une espèce proprement dite. Il remarque d*un côté que les causes déterminantes des variétés d'une espèce sont toutes accidentelles , car elles se bornent aux influences de la chaleur, de la lumière , du climat , de la nourriture , de la domesticité; de l'autre , il voit que ces causes accidentelles agissent seulement sur les caractères les plus superficiels , la couleur, l'abondance du poil > la taille de Fanimal, etc.

DE LA PHILOSOPHIE DE L^HISTOIllE. ât) « Le loup et le renard habitent , dil-il , depuis » Ift 2one torridé jusqu'à là zone glaciale , et , dans » cet immense intervalle , ils n'éprouvent d^aùtre 9 variété qa*un peu plus ou uil peu moins de beauté n dans leur fourrure. Une crinière plus fournie » fait seule la différence entre Thyène de Perse et » celle de Maroc. Que Ton prenne, ajoûte-t-îl, » les éléphants les plus dissemblables , et que Ton * voie s'il y a )a moindre différence dans le nombre B où dans les articulations des os , dans la struc- » lure des dents, etc. »

Quoique ptus grandes dans les animaux domestiques , les variations sont toujours superficielles. Cêlleis du mouton portent principalement sur la laine , celles du bœuf sur la taille , sur ses cornes plus ou moins longues ou qui manquent , etc. Le chien est Tanimal domestique sur lequel la main de l^omme a le plus appuyé; mais il n'y a rien que de secondaire dans le maximum des différences qu'il présente , lesquelles n'altèrent point , en effet , le caractère fondamental de l'espèce qui est Tunion féconde des sexes pour tous tes individus dont l'espèce se compose et pour tous les produits qui en peuvent résulter.

Répondant à l'opinion de quelques naturalistes , qui se rejettent sur l'effet du temps pour changer le type des espèces , Cuvicr établit que non-seule-

meut cette opinion est sans preuves , mais encore qu'elle a contre elle des preuves formelles et décisives.

« L'Egypte , dit-il , nous a conservé , dans ses » catacombes , des chats , des chiens , des singes , »des têtes de bœuf» des ibis, des oiseaux de » proie, des crocodiles, etc., et certainement on 9 n*aperçoit pas plus de diiïcrence entre ces êtres » et ceux que nous voyons, qu'entre les momies » humaines et les squelettes d'hommes d'aujour- «d'hui. »

M. Flourens, dont nous suivons toujours le travail, corrobore encore cette démonstration par d*intéressants détails, et conclut ainsi : « De quelque côté que Ton envisage la question des espèces, leur immutabilité est donc le grand fait , le fait qui ressort de tout »

La méthode de Guvier et les découvertes qu'il en a tirées ont ruiné, dans les idées et dans les iaits, rhypothèse delà continuité non interrompue des êtres , celle de l'unité de composition qui en est la conséquence , ainsi que tous les systèmes matérialistes ou panthéistes qui viennent de cette source. Il a laissé deux œuvres colossales , sa Zoologie et son Anatomie comparée. Il a démontré l'unité de l'espèce humaine, et vérifié scientifiquement la tradition qui la rattache à un seul couple. En con-

DE LA PHILOSOPHIE DE L*HISTOIR& 41 Armant par des prenyes irrécasables la récente apparition de l*honinie sur le globe, il a renversé les syncbronismes fabuleux que l'on opposait à la chronologie des li?res saints. Il a jeté une yIvo lumière sur la géologie et sur l'embryogénie , et pourvu de méthodes sûres, d'aperçus vrais , de données exeellentes , tous les esprits qui ont cultivé depuis avec quelques succès les sciences naturelles et i'his* tdre générale.

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