CHAPITRE VIL
De l'Embryogénie.
Parmi toutes les choses que l'esprit humain a dites, faites ou imaginées pour bannir du monde l'idée de Dieu et se passer de cette hypothèse, comme parlait si cavalièrement le marquis de La*^ pkice, il n'en est assurément aucune de (dus hoQ-> teose et de plus humiliante que les explications matérialistes ou panthéistes de Torigiae des ôtres organisés.
Qui pourrait aujourd'hui raconter sérieusement les aventures a de la matière verte, » de la « mo^
M BIBLIOTHÈQUE NOUVELLB.
lécole organique, » et le roman pitoyable de leurs transformations? Et ce n*est pas, tant s*en liant, un idiot ou un songe-creux qui a mis en avant ces belles inventions. C'est an contraire un des plus grands esprits, un homme de génie, le fameux Lamarck. C'est sur le front même d*un des pre« miers naturalistes de notre âge qu'a été imprinié de la façon la plus ignominieuse le châtiment réservé à la raison humaine lorsque, de propos dé-* libéré, elle tourne le dos à Dieu. Au nombre de ceux qui pour ne pas avoir voulu comprendre ont vérifié en eux-mêmes ce mot de l'Écriture : « Fae^ tus est sicut equus et mulus quitus non est tntelfeetus^ » en est-il un qui soit descendu plus bas que Lamarck? qu'on en juge.
La molécule organique étant donnée (par qui?
par le hasard sans doute), les circonstances font tout.
Les circonstances engendrent les besoins, qui engendrent les désirs, qui engendrent les facultés, qui engendrent les organes. Un organe que l'on a l'habitude d'exercer se développe ; faute d'exercice l'organe s'atrophie de plus en plus et finalement il disparaît Exemples :
Les circonstances conduisent une molécule organique (par quel chemin? sotte question!) à prendre place dans la famille des oiseaux. Cet oi-
DE LA PHILOSOPHIE DE ^HISTOIRE. 07 seau pourrait devenir n'importe quoi, une poule, un perroquet, une autruche; ks circonstances en décident Celui qu'elles conduisent k Teau tout en lui faisant éprouver le double besoin de se nourrir de poisson et de ne pas mouiller ses plumes, s'escrime si Uen pour satisfaire à cette situation qu'il y gagne les jambes, le cou et le bec d'un échassîer ; il se fait lui-même, sous la conduite des circonstances, grue, flamand ou héron. Ainsi des autres.
La taupe vit sous terre. Elle n^a point besoin d'yeux ; elle a Gni par les perdre, ou peu s'en faut Certains quadrupèdes que les circonstances avaient conduits d*abord à mâcher leur nourriture, et mis par conséquent dans la nécessité de se faire un ratdier, ont perdu les dents un beau matin. Pourquoi cela? pourquoi y a-t-ildes6i/enté$P parce que les circonstances se sont retournées et ont conduit l'animal à avaler sa nourriture sans h mâcher. Les dents leur étant inutiles, ils ne les ont plus exercées, et le défaut d'exercice les a supprimées. Yoilà ce qui fait qu'il y a des édentés. Mais citons textuellement :
« Les serpents ayant pris l'habitude de ramper » sur la terre et de se cacher dans les herbes, leur j» corps, par suite d'efforts toujours répétés pour * s'allonger, afin de passer dans des espaces étroits,
êd ËtfiLtOTHÈQl]« KOdVËLLI?*
» a acquis une loDgneiir considérable et nullement
• propertiomiée à sa gmssettr» — Les poissons ont » en général les yeux placés sur les côtés dis la tétei » parce qu'ils ont besoin de voir latéralement ; mais > chez ceux que leurs habitudes mettent dans h » nécessité de s'approcher sans cesse dos rivi^es » et de liager sur leurs faces aplaties, les yeux ont » été forcés de subir un espèce de déplacement » qui fait qu'ils ne sont plus symétriques, ooinme » dans les soles et les turbots, ou qu'ils sont ^« » métriques en sens inverse, quand l'aplatisse- » ment du corps a eu lieu tout-à-fait horizontale* » ment, ainsi qu'on le voit dans les raies. ^^ La D giraffe, habitant un pays dont le sol est aride et » sans herbage, se trouve obligée de brouter les V feuilles des arbres; de cette habitude sontenire »\iepiiis longtemps dans tous les indivtdtïs de sa 1» race, fl «st résulté que les jambes de devant ont )» acquis plus de longueur que celles de derrière « » et que le cou s*cst prodigieusement albngéi — « » L'Iiabitude de Consommer chaque jour de gros » totomes de matières alimentaires a donné aux » quadrupèdes qui broutent Therbe un corps qui » a prîs beaucoup de masse et de lourdeur; celle
* de rester debout sur lesquatic pîeds a ftît naître » une corne éptvisse qui enveloppe l'extrémité des » doîgfs, lesquels étant demeurés sans mouvement
DE LA PHILOSOPHIE DE L*HtStOlHË. 59
* àe sont raccourcis et même effafcés. Qu'un anl- 1» Itial, pour satisfaire à ses besoins, fasse des efforts » répétés pour allonger la langue, lellô actiiierra » une longueur considérable, comme dans le four-
* milier et le pic- vert ; qu'il ait besoin de loisir « quelque chose avec le même brgane, alors sa
* langue se divisera et deviendra fourchue. Chez » certains herbivores, dans leurs accès de colère, n qtki sont fréquents , leur sentiment inlérieur « » par ses effoits , dirige plus fortement les fluides % versie sommet de la tête , où 11 se fait ainsi » une sécrétion de matière cornée ou osseuse qui » produit les bois et les cornes. » {Philos, zvclogique.)
On raconte qu'un jour Lamarck développait celte théorie à Cuvier qui lira son mouchoik* et s'en Iservit en disant : « Oui, oui ; c'est eu se mouchant que l'homme a fait son nez. »
Si la molécule organique est une chimère , il n'en est pas de même du germe organisé. L'homme et les animaux proviennent d'un œuf. Les Végétaux émanent d'une vésicule, d'une utrîcute, ou d^uniB cellule. Tous les œufs sont des œufs, c'està-dire que leurs apparences simulent ndentîté. De plus, Tœuf lui-même n'est qu'une cellule plus iSà moins complexe, en sorte qu'en rapprochant, par leurs analogies extérieures et générales , Tteuf
humain de celui des mammifères , de celui des ovipares et de la cellule des végétaux , la science moderne a pu consacrer le vieil adage : omne vivum ex ovo.
Ici deux questions capitales se présentent :
i*" une question d*origine ; 2° une question d'identité. D'où vient l'œuf? De la poule. Et la poule? De l'œuf. Ainsi parle le scepticisme vulgaire. Le panthéisme et le matérialisme savants, toutes ]es formules qui expriment l'unité de composition ne sont que des variantes plus ou moins relevées du dicton à quoi se résume toute la philosophie des carrefours. A celle*ci et à celle-là on pourrait se contenter de répondre, en précisant les termes » par le témoignage uniforme et universel de l'expérience : la poule vient de l'œuf fécondé ; l'ceuf fécondé vient du coq et de la poule, et par de là ce couple nécessairement antérieur à tout œuf fécondé, il n'y a que de ces deux choses l'une : ou le néant, ou Dieu.
Cuvier a dit : « La vie en général suppose l'or- » ganisation en général, et la vie propre de chaque » être suppose l'organisation propre de cet être, » comme la marche de l'horloge suppose l'horloge; » aussi ne voyons- nous la vie que dans les êtres » tout organisés et faits pour en jouir; et tous les » efforts des physiciens n'ont pu encore nous mon-
» trer la matière s'organisant , soit d'elle-même» » soit par une cause extérieure quelcouqde. Eu » effet, la vie exerçant sur les éléments qui font à » chaque instant partie du corps vivant et sur ceux » qu'elle y attire une action contraire à ce que A produiraient sans elle les affinités chimiques or- » dinaires , il répugne qu'elle puisse être elle- » même produite par ces affinités , et cependant j» Ton ne connaît dans la nature aucune .force » capable de réunir des molécules auparavant se- » parées.
» La naissance des êtres organisés est donc le « plus grand mystère de l'économie organique et » de toule la nature ; jusqu'à présent nous les » voyons se développer, mais jamais se former ; il » y a plus : tous ceux à l'origine desquels on a pu » remonter, ont tenu d'abord à un corps de la » même forme qu'eux, mais développé avant eux ; » en un mot, à un parent. Tant que le petit n'a » point de vie propre, mais participe à celle de son » parent, il s'appelle un germe.
» Le lieu où le germe est attaché, la cause occa* » sionnelle qui le détache et lui donne une vie » isolée varient, mais cette adhérence primitive à » un être semblable est une règle sans exception. » (Règne animal^ t. i, p. 14.)
Le germe tient à un parent Là s'arrêtent les
éî BIBLIOTflÊQUE NOUVELLE.
sciences nâtnrelles et commence rinTcsligation métaphysique. Le parent est donné, il existe ; il est donné sous la raison d'nn commencement et d'une fin; il est donc contingent; il a donc pou^ èâUse Têtre qui n*a point de cause, Têtt-e nécessaire qui a fait passer tous les contingents de la nonexistence à Inexistence. Là question d*origine n*admet point une autre solution.
Passons à la question d'identité. Se fondant sur quelques analogies extérieures, les partisans de Tunité de composition, en Allemagne et en France, soutiennent que les œufs des animaux, Toeuf humain et les vésicules végétales ne se distinguent que par des différences accidentelles , et qu'au fond toutes les formes se résolvent en Tunité et fidenlité de germe. Interrogeons là-dessns la Science qui s'occupe des germes et de leur évolution.
L'embryogénie est née sous les yeux de Cuvier, par ses conseils et par ses encouragements. Les découvertes qui en ont fait une science appartiennent surtout à un de ses élèves qui, jeune encore, s*est mis par ses travaux au premier rang des naturalistes contemporains. Suppléant de M. de Biàinville au Jardin des plantes, dans la chaire d'anatomie comparée, en 1836 et 1837, M. Coste tûérlta d'être Appelé, en 1841, au collège de
DE LA PHJLQSOP{qE DE L'HISTOIRE. ^
France, dan« une chaire d'embryogénie cr^ppqr lui, et qu'il occupe si bien depuis»
C'est principalement contre Féoûle de Tunité de composition que M. (loste a lutté. On pons^Q bien que cette école, ^i facile à voir partout des analogies, et si prompte à conclure, n'a pu manquer, en apportant cette disposition k l'étude de la vie iiœtale, d'y trouver des arguments en faveur ^e sa tbèse.
L'anatomie comparée d'abord, l'embryogénie ensuite, ont conduit l'école de Guvier à résoudre ainsi le problème de l'échelle ou série anin^ale : U y a unité de plan dans la série, ç'est-à-dire que les tenues y sont rangés dans un ordre progressif dont la loi veut que tout être prédestiué par (a valeur de son germe à atteindre le second, 1^ troisième, ou même le plus haut degré dç l'échelle, s'y élève en partant du premier et en parcourant tous les degrés intermédiaires.
Le développement embryonaire de l'anin^^^ supérieur, considéré dans son ensemble, présente donc des analogies successives avec les principaux types de la série. Il y a un moment, dit M, Goste, où son organisation se réduit \ I9 simplicité de la cellule. « L'œuf, ajoute-t-il , nous of- » fre l'image transitoire de cette simplicité , car il 9 a tous les caractères de la cellule et se développe
H BIBLÎOTHÈQUE NOUVELLE.
» comme elle. Il est constitué, de même que cette » dernière, par une membrane enveloppante et » par un contenu cellulaire; mais ce contenu , au • lieu de subir le sort qui lui est réservé dans les » cellules communes, tend à marcher incessam- , » ment vers le but de sa haute destination. L*ana- » logie est donc ici dans la forme seulement ou » dans rapparenccy et la différence dans la na- » ture de la force qui anime oette forme et en » coordonne les matériaux. » {Hist. génér. etpar* tic. du développement des corps organisés^ t. I, p. 17).
Le premier progrès appréciable, dans révolution de Tœuf humain, consiste à former ce que l'on appelle le blastoderme, c'est-à-dire l'enveloppe générale , la peau du nouvel être. Ce rudiment lui donne une certaine analogie avec les animaux inférieurs, tels que les médusaires et les hydres» chez lesquels l'enveloppe générale remplit toutes les fonctions et constitue l'oi^anisme adulte tout entier. Mais, dit M. Costè, « dans un point de la » paroi blastodermique , il se manifeste de bonne » heure une ligne primitive ou vertébrale dont les » animaux inférieurs ne présentent jamais aucune » trace ; et c'est là précisément ce qui fait que ces » ressemblances ne peuvent jamais avoir le carac- » tèrc de l'identité, et que, tout en exprimant
DE Là PHILOSOPHIE DE L*HISTOmE. 65 » l*idée évidente d*ua plan général commun à tous » les êtres, elle exclut h possibilité d'une transfi- » guration sous Tinfluence des agents extérieurs. » {lbid.,p. 18.)
Suivant ainsi pas à pas toutes les nuances du développement embryonaire , M. Goste y montre successivement des analogies avec le polype» le ver , le mollusque , le poisson , le reptile , Toiseau , le mammifère , analogies restreintes et limitées par des différences caractéristiques et dominantes. Cette discussion anaiomique, si lumineuse et si concluante , suffisait assurément à détruire les inductions à Taide desquelles Lamarck , Geoffroy- Saint-Hilaire , Goethe, Oken et Carus tirent de quelques ressemblances imparfaites et transitoires, ridentité des germes et Tunité de composition. M. Coste a fait plus; il a tranché la question par un exemple décisif qui renverse et ruine à jamais celte hypothèse.
- « Je vais montrer maintenant, dit M. Coste, » que , même dans le cas où la concordance des » formes matérielles est assez rigoureuse pour re- » vêtir les formes de Fidentité, il existe encore » alors, sous ces apparences, une différence fon- » damcntale qui exclut la possibilité d'une trans- » figuration. Nous en trouverons une preuve écla- » tante dars la manière dont l'organisation carac-
ao BIBUOTHÈQ^Ë NOUYËLLI^
n térjstique de obaque sexe se dégage d*une ibroie » primitive commune , et nous verrons que sous le » voile de l'identité la plus absolue, chacun des » sexes conserve cependant le type qui lui est pro- » pre et que les circonstances qui peuvent modi- » fier le développement de Tun, n*ont pas la plus » légère influence sur l'autre; ce qui prouve d'une » manière manifeste, qu'il n'y a^ dans leur iden- » tité apparente , qu'une simple forme phénomé- » pale, et non point une réalité essentielle. » {Ibid. , page 2U.)
Il y aurait plus d'un inconvénient pour nous i cuivre dans cette dissertation , le si habile et si judicieux anatomiste. Nous nous bot-nerons à en présenter les généralités. A l'orjgine , les sexes paraissent parfaitement semblables, telle est l'opinion commune dans la science. On a donc été conduit à penser que primitivement il n'y avait qu'un sexe , et même , à cause d'une circonstance mal appréciée , que ce sexe était femelle, et que, par conséquent , le sexe mâle n'était qu'un développement prolongé de la femelle. M. Goste prouve que de tous les faits observés , il résulte qu'originairement les deux sexes sont matériellement toutàrfait semblables, et qu'il serait tout aussi inexact de leur assigner une constitution femelle que de leur attribuer une constitution mâle. L'état pri-
DE LA pmt'OSOPHiË m l4*|UST0IRE. $|7 mitif est up état neatre ; à ce moment il a*y a pas encore 4^ sexç visiblemeot déterminé, et cet état qeutre est le point de départ commun d'où le m|le et la femelle marchent en divergeant , par une modification, toute aussi profonde pour l'un que pour l'^ulre, vers leur état définitif.
Après avoir établi la vérité de ces conclusions sur les hases de l'analyse anatomique, M. Coste expose une observation des plus curieuses , et qui a tous les caractères d'une démonstration expérimentale. Rien» ne s'oppose à ce que nous transcrivions textuellement ce passage. Nous terminerons par là tout ce que nous avons «i dire , au poiut de vue des sciences naturelles, contre l'hypothèse de Tunité de composition.
« Les circonstances extérieures, dit M. Coste, » peuvent bien amoindrir l'action des causes qui » président au développement, mais elles n'ont jao mais le pouvoir de les détourner de leur direc- » tion priiqordiale. On peut bien, suivant que Ton » soumet des œufs jcmelles de certaines espèces, » des abeilles par exemple, à des influences plus » on moins favorables, en faire sortir des femelles » stériles ou fécondes, mais on ne réussit jamais k » iaire passer un sexe dans un autre, et, sous ce » rapport, les hyménoptères fournissent des obser- » valions tellement concluantes, qu'il suffira de les
» présenter sous leur Téritable jour pour donner an » problème, dont nous cherchons la solution, tous » les caractères d*une démonstration expérimentale. 9 Depuis la belle découverte de Schirack, con- » firmée par Huber, l'on sait que les abeilles ou- » vrières sont dos femelles infécondes dont les » ovaires, à défaut de circonstances extérieures » suffisantes, n*ont pas subi tout leur développe- » ment, et qui, privées de la faculté de produire » des œufe, consacrent toute leur activité à soi- » gner ceux de la reine-mère, à étever les larves » qui en sortent et travaillent ainsi au profit de la » communauté. Mais ces abeilles ouvrières, qui » dans quelques cas exceptionnels, peuvent deve- » nir fertiles, n'auraient eu besoin, comme Tex- » périence le démontre, pour être préservées de » la stérilité, que d'être nées dans les cellules » royales, et d'y avoir été nourries avec la gelée » qu'elles prodiguent aux larves privilégiées qui » se développent dans ces mêmes "cellules, et » qu'elles préparent au trône, en leur fournissant » toutes les circonstances propres à les convertir D en femelles fécondes. Aussi les reines-mères » sont-elles douées d'un instinct qui leur permet » de pressentirde quelle sorte sont les œufs qu*elles » vont pondre et de les déposer dans les cellules » qui leur conviennent.
DE LA PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE. 69 » Il est certain, d'après les faits observés par » Hubcr et Réaumur, que, dans l'état normal, la » reine ne se tronape jamais sur le choix des ccl- » laies et qu'elle pond toujours les œufs des oo- » vrières dans les petites, et les œufis des mâles » dans les grandes. Les ouvrières elles-mêmes » paraissent avoir la prévision de ce qui doit arrî- » ver, car, Ijorsque les œufs sont déposés, on les » voit fermer les cellules d'une manière différente» » suivant que les larves qu'elles sont destinées à » protéger, doivent se transformer en abeOles com- » munes ou en faux-bourdons, et expriment ainsi > au dehors, au moyen d'une architecture par* » ticuL'ère, ce qui se passe dans l'intérieur des » alvéoles.
» Quoiqu'il en soit d'une prévision qui indique » manifestement que les œufs sont marqués d*a- » vanced'un caractère sexuel qui précède Ieurdé« » veloppement extérieur et, par conséquent, l'influence des circonstances postérieures à la con* » ception, toujours est-il bien avéré que ceux qui» B dans une cellule d'ouvrière, produisent néces- » sairement une abeille commune, stérile ou » neutre, n'auraient eu besoin, pour se convertir » en reines-mères, que d'être éclos dans une » cellule royale et au milieu de circonstances plus V favorables. Or, si, comme ou l'admet dans la
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» théorie la plus accréditée, les individus rnUes» «.avant d*aoquérir leur caractère masculin défi- » nltif, avaient d'abord subi une constitution fé- » ininine originelle, il devrait sufGre, pour les » empêcher d'atteindre leur constitution mascu- » line et les contraindre à persévérer dans leur » nature première, de prendre les œufs doQt ils » proviennent au moment où le germe qu'ils renn ferment n'a point encore subi la transformalioa » sexuelle, et de les forcer à se développer ddus les » mêmes circonstances qui convertissent les œub » d'ouvrières en reines-mères. Si, malgré ces :> circonstances, leur destination n'était point chau- « gée, il resterait démontré, par voie expérimeu- » taie, que les œufs mâles ont en eux quelque » chose dont les oufs femelles sont privés et qui » les rend inaccessibles aux influences que ces » derniers ne peuvent subir sans en être modi- » fiés. De là il résulterait que les deux sexes » n'existeraient pas originellement confondus dans A l'identité absolue d'un type féminin, dont on » suppose, à tort, que le sexe mâle sortirait par la » seule puissance des agents extérieurs ; mciis que » le germe, au contraire, cacherait son originalité » sexuelle, qu'on me permette cette expression, » sous une apparence d'identité, ou plutôt sous » une forme nçutre. Les abeilles vont nous four-
DE LA PmLOSOPlttE DE L'HISTOIRE, 1i » nir ici l'occasion de soumettre la question à cette » épreuve décisive.
» Nous venons de dire que, dans Tétat toonnal, » les abeilles semblaient avoir la prévision du » sexe des individus qui devaient sortir des œufs » qui allaient êti-e pondus ou dont la ponte venait • d'être effectuée. Mais il est des circonsianceà » dans lesquelles celte prévision semble les aban- » donner et ces circonstances coïncident avec le » temps où la reine-mère n'a plus la faculté de » produire des œufs femelles et n'est plus suscep- » lible de pondre que des œufs de faux-bourdons. » n est même une époque, et c'est la première pé- » riode de son existence, où elle pond indislinclc- » ment des œufs d'ouvrières et de mâles ; mais » Vers le onzième mois environ elle ne peut plus t» produire que des œufs de faux-bourdons, et en » si grand nombre, que dans l'espace de deux » mois on a pu en oompter jusqu'à trois ou quatre » mille. On peut même, à l'aide d'un artifice bien » simple, empêcher une reine de pondie jamais » des œufs femelles et la condamner à produire » toute sa vie des mâles. Il sufût pour cela, lors- » qu'elle vient de naître, de l'empêcher de sortir » de la ruche jusqu'au vingt-cinquième jour après » son éclosion ; car alors la fécondation, qui ne «peut fi*opércr qu*à une assez gnmde hauteur
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« dans les airs, se trouve retardée, et, par le fait . » même de ce retard, la reine en est réduite pen- » dant toute sa vie à ne procréer que des mâles. » Elle dépose alors indistinctement ses œufs dans » toutes les alvéoles, et Ton Toit les ouvrières don- » ner aux larves qui naissent dans, les cellules n royales la même éducation qu*à celles que, j> dans l'état normal, elles destinent au trône. • Mais leurs espérances sont trompées et leurs » soins inutiles ; car, malgré tous leurs efforts» n elles ne peuvent réussir à changer le type » sexuel des œufis et ce sont toujours des faux- » bourdons que Téducation royale n*a pu détour- » ner de leur nature originellement mascu- » line.
» Or, s*il était vrai que la rigoureuse similitude » des formes extérieures des deux sexes fût un » témoignage réel de Tidentité de leur essence pri- » mordiale, n'est-il pas évident que des influences 9 essentiellement identiques devraient toujours » produire, sur l'un comme sur l'autre, des effets » identiques? et que tout ce qui aurait le pouvoir j> de modifier l'un devrait nécessairement modi- » fier l'autre? Cependant, ces influences dont » nous pouvons disposer à notre gré , ou que la » nature met en jeu sans y être provoquée , ces » expériences qu'elle exécute devant nous » sont
DE LA PttîLÔâÔPttllî DE L*H!âTOIRE. 7.1 Il trop positives pour qu*il soit possible de résister v> à l'évidence de l'enseignement qu'elles renfer- ^ ment Elles démontrent que les agents extérieurs ^ peuvent bien, comme je l'ai déjà dit, ralentir ou •» arrêter le progrès du développement d'un or- ^ gane ou d'un individu ; mais qu'ils n'ont pas la « puissance d'en détourner la direction, d'en ctian- ^ ger le but, ni de lui faire dépasser les limites » que la nature assigne à chaque espèce.» {Ibid,^