CHAPITRE VIIL
Chronologie. — Philologie. — Monuments.-* Filiation des peuples.
Chronologie. La critique a depuis longtemps fait justice des systèmes par lesquels les incrédules du dernier siècle induisaient des mythologies païennes une durée historique hors de toute pro* portion par son ancienneté avec la chronologie des livres saints.
Les calculs chronologiques qui ont pour but de fixer Tépoque de la création sont en grand nom* bre. Riccioli en donne une table où figurent soixante-dix opinions. Il est bon d'observer qu'elles se réduisent toutes à deux principales : celle qui s*appuîe sur la Vulgale , et celle qui prend pour
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base l<îs Septanlc. De la création du monde à la naissance de Noire-Seigneur, la Vulgate compte 4184 ans; les Septante, 5634. Les évaluations particulières, qu*im grand nombre de savants ont tirées de celte double donnée, varient entre deux limiles, dont le chiffre supérieur est 7,000 ans, et le chiffre inférieur 3700. Ces variantes s'expliquent par la diversité des méthodes dont elles sont le produit. Quant à celle qui existe entre la Vulgate et les Septante, sans entrer ici dans un débat qui n'intéresse en rien la philosophie de l'histoire, nous nous contenterons de dire que la Vulgate, qui s'accorde d'ailleurs avec le texte hébreu, a clé canonisée par le concile de Trente. L'objet spécial qui nous occupe , nous permet de négliger complètement ces différences, et de dire, avec saint Augustin : « Qu'elles sont faites pour avertir le »*lecteur de diriger principalement son aïten lion » vers le sens spirituel. » {Traité de la doctrine chrétienne. Liv. 4, chap. 7. )
Philologie. De toutes les questions qui appartiennent à cette science , deux seulement se rattachent à notre sujet : celle de l'origine, et celle de l'unité des langues.
'. Le langage est-il d'origine divine ou d'origine humaine ? en d'autres termes Dieu a-t-il créé le langage, et pur là nous entendons une syntaxe et
BE LA PBlLOSOraiË DE L'HISTOIRE. 95 uae uomcnclature particulière, ou bieu 1*1kmiiiii« €^-il iaveoteur de la parole ardoulée?
L'hypothèse rationaliste de riuvention humaine de la parole a ce vice radical qn*eUe est en dehors de toute vériûcation possible. J^ philologie histo-* rique et expérimentale ne peut point assister à la foimation des langues-, pas plus que Tanatomiç comparée n'assiste à la formation des germes^ Comme cette dernière elle étudie un développe* ment» et comme elle , tout ce qu'elle peut faire c'est de remonter à un germe qui tient à un pa* rent, c'es]t-à-dire à une racine primitive d^ns une langue donnée. Cette langue d'où vient-elle ? La idiilologie historique pose la question; la philologie rationnelle doit la résoudre, (i'est donc ici une thèse psychologique à la fois et métaphysique; nous la trouverons et nous la traiterons plus bas.
Pbilologiquemeut , le problème de l'unité des langues n'offre pas plus de difficultés que celui de leur origine. Les travaux de Deguignes, de William Jones, de Klaproth et d'Ëichoff, le dernier de tous, concourent à établir cette opinion que les langues sémitiques et indo-germaniques se rattachent à trois langues : le celle , le zeud , le sanscrit, lesquelles ont des racines communes dans une langue antérieure, l'arabe primitif. De nombreux idiomes échappent cependant à cette filiation ; le basque^
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par exemple, et la plupart des langues aniéricài<> nés. Il est donc constaté , dans l'état actuel de la science , qu*il y a plnsieui*» langues mères. D'un autre côté, il est démontré également que les langués qui ne se laissent point ramener h l'arabe primitif y ont néanmoins quelques racines. Il résulte de là que la philologie historique dit, comme la Bible : < La terre fut d'abord d'une seule lèvre. » Plus tard celte langue unique se décomposa en dialectes, en même temps que d'autres langues parurent Elle ajoute, en se combinant avec lesau* très monuments de la migration des peuples , que celte multiplication des langues commença à Babel « C'est une chose positive , et qu'il faut ad- » mettre, dit un savant archéologue, peu suspect » d'ailleurs de partialité en faveur des livres saints, n que cette confusion des langues , ou le com- » mencement des dialectes prend sa source dans » les plaines de laChaldéc. » ( Filiation et migrations des peuples; par de Bretonne, t. ii, p. 335.)
Monuments. Toutes les indications historiques, plus ou moins vagues , plus ou moins incomplètes, que l'on réussit à dégager des mythes et des symboles des traditions hétérodoxes confirment à leur manière la tradition orthodoxe. Ce n'est même qu'à la lumière des faits nettement précisés dans
ceUe-d que l'on peat donner quelque transparence aux voiles mytboh^ques des légendaires païens. Ce rapprochement permet seul d*y aper* oevoir, notaUemeot défigurée par des systèmes hérétiques ou même simj^ement rationalistes, Thistoire du péché originel , du déluge, des enfants de Noé , de la filiation et des migrations des peuples. Noos nous occuperons ailleurs des doctrines que renfermât les traditions primitives du paganisme, et nous prouven»is qu'elles ne sont autre chose que des hérésies formelles, nées sur le terrain du dogme de la chute , ou des explications philosophiques de ce dogme , dans lesquelles dominent le panthéisme et le manichéisme.
Les diflerentes formes de l'architecture religieuse chez les païens concordent avec les faits et les idées qu'expriment les allégories de leurs légendaires. Le type que l'on rencontre d'abord , c'est l'autel du sacrifice. Noé construisit le premier au sortir de Tarche ; orthodoxes ou hétéro« doxes , ses enfants en édifièrent partout où les conduisit la migration. Le second type est celui des temples à enceintes successives de l'Inde et de l'Egypte. Ils sont la figuration symbolique de grandes hérésies sur le dogme de la chute et de l'expiation , que nous ferons connaître sommairement en leur lieu. £n dehors de ces deux types
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prfndpatix et des formes qui en dérivent , il n*y a qoe les temples dn panthéisme et dn manichéisme» lesquels se bornent pour la plupart à une enceinte ronde couronnée par un dôme. La tradition orthodoxe comprend trois types : Tanlel de Noé ; le tabernacle de Moïse , qui servit de modèle au tempie de Salomon , et qui était la figure dogmatique de l'état du monde moral , par suite dn péché originel ; enfin le temple catholique , expression architecturale du dogme de la rédemption dés hommes.
Filiatian des peuples. Toute Tbistoire démontre Tunité de l'espèce humaine et son origine unique. La diversité des races ne porte que sur des choses secondaires, dont les causes se ramènent à deux : la valeur relative des croyances religieuses et morales, et l'influence des climats. D'accord en cela avec rhistoh*e générale , les sciences naturelles prouvent , contre les partisans de la spécificité originelle des races, qu'elles se comportent toutes eomme si elles émanaient d'un seul couple , puisqu'elles sont toutes susceptibles de contracter entre elles des mariages indéfiniment féconds , ce qui est le caractère distinct de l'unité et de la fixité des espèces , ainsi que nous l'avons déjà vu.