‹ De philosophie de l'histoireChapitre 20 sur 33 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

H n'y a pas eu chez les anciens de philosophie de l'histoire.

Une origine commune , une loi commune, une vocation commune , indistinctement pour tous les hommes , étaient des idées diamétralement opposées à tous les systèmes religieux et philosophiques des païens.

La tradition biblique, la seule où la vérité fût contenue , tant pour les dogmes que pour les faits historiques importants, tels que l'œuvre des six jours, la création et la chute de l'homme, la promesse d'un Rédempteur, et le jugement, n'était p oint en question devant le genre humain.

Au moment où l'Évangile vint confirmer cette iradilion et en commencer la promulgation uni-

lOS BIBIJOTHËQUB NOUVELLE.

venelle, ftacan peuple ne poisédait un corpi d'his^ Mire ni une richesse scientifique qur pût le nietb*e en état de prétendre à vérifier la Genèse de Melsua; De pl«St les doctrines religieuses et philosophiques du paganisme avaient placé Tesprit humain à un point de vue qui ne permettait ni de poser» ni par conséquent de discuter, dans leur vaste ensemble» sur le terrain de la science, les nouveautés chrétiennes. Faussée par les hérésies priniitlves, rin-^ telligence païenne ne pouvait que se soumettre ou nier.

Sous ce rapport les faits établissent , en premier lieu, que toutes les doctrines religieuses , dans le monde païen , avaient ceci de commun , savoir : qu'elles avaient paru avant les doctrines philoso* phiques , enseignant que la vérité était d*origine divine, et servant de principe, de fondement et de lien à toutes les nationalités ; ils établissent, en second lieu , que les systèmes philosophiques se rapportaient à leur tour en ceci , qu'ils avaient paru dans les nations après les systèmes religieux , enseignant que la vérité était d*origine humaine , et ' n'ayant jamais servi , du moins avec ce dernier caractère, ni de principe , ni de fondement , ni de lien à aucune nationalité ; ils établissent enfin que les philosophes acceptent toujours la question telle qu'elle est posée par les théologiens, et bornent

DE LA PBfLOSOratB M LlttSTOmE. IM lonte leur op{M»îtloii à la résoudre d'une manière plus ou moins contradictoire; Et parce que la manière dont une question est posée implique logi-^quement une solution donnée sur la nature et sut* la portée de la connaissance humaine , les ten^^ dances métaphysiques des révélations ^ Traies' oïl fausses ^ dominent nécessairement toutes les opinions philosophiques nées sur le terrain qu'elles ont exterminé.

Dans tous les temps qui ont précédé rÉvangUe* aucune philosophie ne s*est élevée dans le sein de la vraie révélation. La philosophie est née parmi les nations païennes dans Tfnde et en Grèce. Or^ ainsi que nous Tavons dit , toutes les religions en dehors de la tradition orthodoxe avaient placé Tes* prit humain à un faux point de vue , et il en devait résulter une fausse métaphysique générale.

Toutes les théologies païennes avaient posé et résolu la question ontologique , en prenant pour accordé queTesprit humain pouvait et devait con* nattre l'essence concrète des choses.

Quatre grands systèmes religieux se partageaient le monde païen : 1* la divinisation des forces de la nature, d'où sortit le polythéisme ; 2* le brahma^ nisme ; 3» le panthéisme ; 4<> le manichéisme.

Nous n'avons pas à rechercher ici comment ces systèmes s'engendrèrent et se succédèrent ; ii nous

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suffit , pour notre but particuKer, d^insister sur un seul point, savoir : que tous ces systèmes expliquaient dogmatiquement , non pas les phénomènes et leurs rapports, mais les essences concrètes et les substances. Pour tous, il s'agissait de connaître, indépendamment des phénomènes, la réalité intérieure que les phénomènes enveloppaient

Or, cette possibilité de percevoir ^ directement les substances et les essences , en opposition formelle avec la nature indirecte et relative de notre entendement , qui , comme nous le démontrerons dans notre troisième livre , ne sait de la réalité intime des choses que ce qu'il en apprend du témoignage des phénomènes qui la lui révèlent , cette possibilité est bien certainement supposée par toutes les théologies dont nous parlons.

Le polythéisme enseignait que les phénomènes de cet univers étaient les manifestations d'autant de divinités particulières ; que sous toutes les formes il y avait des dieux.

Les Hindous (Yédas), disaient que tous les êtres dont se composaient les globes de purification avaient pour essence des intelligences qui expiaient une faute , ou bien des dieux inférieurs et des démons, les premiers dirigeant et procurant l'expiation , les seconds luttant pour l'empêcher.

Les Hindous panthéistes (Yédanta) enseignaient

DE LA PHILOSOPHIE DE L*HISTOIRE. 105 qae tons les phénomènes de cet univers étaient des illusions (Maya) sous lesquelles il y avait une sob« stance unique , Dieu.

Les Manichéens ( Égî'pte primitive, Perse, etc. ) pensaient que sous tous les phénomènes il y avait le principe du bien et le principe du mal.

Les philosophes parurent air milieu des temps, et acceptèrent la question telle qu*elle était posée par les théologiens. 11 s'agissait aussi pour eux de savoir ce qu*il y avait sous les phénomènes. Us différèrent des théologiens en ce que la vérité était à leurs yeux d*origine humaine , mais ils produisirent conune eux une solution du problème des essences concrètes.

Ainsi, pour ne parler que de la philosophie grecque , la seule sur laquelle nous possédions des renseignements suffisants. Thaïes (école ionienne) enseigna que sous les phénomènes il y avait des âmes ; encore formula-t-il d*une manière timide sa protestation contre le polythéisme , car on a conservé de lui cette maxime : « Tout est rempli de dieux». Or, c'était là justement la solution poly* théiste à Tégard du problème des essences. Les continuateurs de Thaïes ne <:hangèrcnt rien à la question ; seulement ils la résolurent chacun à sa manière , et tous dans un sens matérialiste , parla

iOf BIBLIOTHÈQUE NOUVELLE.

raison qu'ils parlaient uniquement des données de rexpérience sensible.

Pythagore (école italique), après s'être fait comme Thaïes le disciple des sanctuaires de l'Orient , se mit ensuite à philosopher sur l'essence des choses , et enseigna que les nombres étaient la cause efficiente et substantielle de tout.

Xénophane de Colôphon (école éléatique ) produisit sur le même problème une solution panthéistique. Ses élèves pensèrent comme lui qu'il y avait unité de substance sous les phénomènes de fcet univers; seulement les uns (Parménide) exagérèrent le panthéisme idéaliste du maître, en dé-, niant toute valeur réelle au multiple , tandis que les autres ( école atomistique) admettaient comme élément unique de la réalité une matière diverse qui remplissait l'espace.

Le mouvement philosophique dont iSocrate fat le chef ne modiûa nullement la question. Platon formula un système complet des essences d'un point de vue spiritualiste ( la doctrine des idées } ; Aristotc en fit autant d'un point de vue matérialiste* Selon ce dernier, il y avait sous les phénomènes cinq éléments : la terre, l'eau , l'air, le feo et l'élément sidéral.

Les néoplatoniciens agitèrent le même problème, et ils méconnurent en cela les vraies tendances mé-

taphysiques du cbrlstlanismc , qu'ils avaieut d'ail* leurs la prétention d'absorber dans leurs syncrétismes ou dans leurs écleclismes.

M. Riambourg a démontré que les phikso* phes païens échouèrent en voulant constituer la science humaine en dehors des tradUioBS. Noos ajoutons qu'ils subirent, en matière importante, riofluencedes traditions hétérodoxesqui les avaient nourris, car ils ne sortirent point du terrain méta« physique déterminé par elles. Et parce que ce ter^ rain posait faussement l'intelligence humaine , elle devait nécessairement s'y égarer à la poursuite de questions insolubles.

Aussi les philosophes païens ont ils méconnu dans l'bistoire , aussi bien que dans la psychologie, l'unité de la nature humaine , son imperfection , sa création , la nécessité pour elle d'une révélation et d'une rédemption , Timpuissance de la vu* loaté,ctc. , etc.

A leurs yeux la nature du maître élait esseU'r ticUement différente de la nature de l'esclave ; k nature de l'homme essentiellement diiléreule de la nature de la femme. Ils ne comprirent rien à l'unité du genre humain. Il y eut, pour eux, deux espèces d'unités sociales : l'une , où tout intérêt individuel est sacrifié à la cilé ♦ absorption affreuse Où une déttominaiion vide , une pm^c et vaine abs-

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traction d^*vore et engloutit tout : unité qui , en 1793, servit de modèle aux Jacobins ; l'autre , où le chef de la famille est le seul élément social qu ait le droit , en sorte que la cité est une confédération entre des individualités qui en absorbent trois autres, celle de la femme , celle de Tenfant , celle de Fesclave.

L'Évangile a changé la question et placé Tesprit humain 5 son vrai point de vue. 11 n*a pas dit aux hommes : Connaissez les substances , connaissez les essences concrètes; il leur a dit : connaissez les phénomènes et leurs rapports ; connaissez-vous dans une origine commune, — ])ieu est votre père ; dans une loi commune, — la charité ; dans une fin commune , — la récompense ou le châtiment , selon vos œuvres. Il a réservé les essences concrètes sous le nom de mystères. De la question ainsi posée et ac4:eptée, sont nés des systèmes hétérodoxes , des hérésies et des philosophies qui n'avaient point de place dans le monde païen : de ce nombre est la philosophie de Thistoire. Les païens ne s'occupèrent que de la science politique.

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