CHAPITRE IIL
Essais de philosophie de l'histoire- — Michiavel
Examinons maintenant les essais de philosophie
DE LA PHILOSOPHIE DE LHISTOIRE. i09 de rhistoirc qui ont paru dans les temps modernes.
Un système scientiûque quelconque, pourvu qu'il soit d'accord avec lui-même, se compose esseuiicUement d*une certaine formule générale et d*un ceitain nombre de détails coordonnés en elle. Tout ce qui , dans un syslème, est contradictoire avec la formule, y est déplacé nu dernier point, et ne prouve qu'une chose, savoir que Tautour du système est un mauvais logicien. Il suit de là, pour le dire en passant, que Téclectisme est une formule fausse, car Téclcctisme se ramène à celte prétention unique, qu'il y a erreur et vérité dans tout système, ce qui est évidemment faux , car tout syslème étant une pensée une, il est évident que dans une telle pensée il n*y a pas à la ibis erreur et vérité, mais simplement ou erreur, ou vérité.
Puisqu'il y a unité dans tout système, unité métaphysique dans la formule , et unité logique dans les détails, on peut se placer indifféremment, pour l'examen critique d'un syslème, à l'un ou à l'autre point de vue. C'est ce que nous ferons, nous contentant le plus souvent de discuter les formules des systèmes historiques dont nous entreprenons la revue, et n'entrant dans les détails qu'autant qu'ils nous offriront quelque importance et quelque gravité.
110 BIBUOTfiÊQUE NOUVELLE.
Le moyen âge ne s'est point occupé de science de l'histoire. Il a été un vaste et puissant essai d'unité sociale universelle , tant dans l'ordre temporel que dans l'ordre spirituel, sur le terrain de l'autorité religieuse, et de la un particulière des individus. Après les luttes qui ont eu pour conséquence la ruine de cet essai, on est entré sur le terrain philosophique, afin d'y chercher des solu'** lions pour le même objet. Le premier que nous y rencontrons est le fameux auteur du Prince et des Discours sur Tite-Live.
N. Machiavel ne vit dans l'histoire que ce que les anciens y avaient vu, et, comme eux, il n'en tira pour les nations que la formule d'un mouvement fatal et circulaire. Le secrétaire de la république de Florence n'étudia la nature humaine, ni à la lumière des dogmes chrétiens, ni à celle des faits de conscience ; il ne l'étudia que dans les événements qui agitèrent l'Italie sous ses yeux, et auxquels il prit lui-même une si grande part.
Il refléta puissamment sur les pages de Tite- Live les couleurs et les figures du milieu où il vivait Romulus, pour lui, c'est un Borgia qui tue son frère en vertn du principe qu'il faut être seul à fonder un État. Numa est un Savonarole hypocrite; Brulus» le modèle primitif des conspirateurs detoutes les époques; César, le type du prince.
DE LA raiLOSOPfiîE DE L*HISfDmË. 441 Avant celte géoération molle et énervée sur la* ^pieUe il travaillait , et qui s'était abrutie sous le triple esclavage du [daisir , du crime et de la tyrannie, il y en avait eu une autre dont le souve^ nir était eneore récent, celle qui, forte de ses (Toyances et de ses mœurs, sema l'Italie du moyen âge d'austères et vigoureuses républiques.
Ces deux époques , Tune honnête et républi- .caâne, l'autre corrompue et Touée à la tyrannie, Machiavel en "fit la clef de l'histoire universelle. On débute par un sage monarque (monarchie), dont les successeurs ne tardent pas à devenir des tyrans (despotisme) ; ils sont renversés par une aristocratie qui, dégénérant elle-même en tyrannie (aristocratie-oligarchie), est vaincue et remplacée par la démocratie. Celle-ci décline à son tour, et n'est bientôt plus qu'un pouvoir aveugle et sans frein aux mains de la multitude (démocratie-ochlocratie] ; alors le cercle recommence. Avons-nous besoin de dire que la formule de Machiavel est absolument la même que celle des anciens , et qo'elle tombe par conséquent devant les mêmes (éjections?
Cet empirisme fataliste prouve que dans les choses d'observation, il est de la dernière conséquence de déterminer, préalablement à toute recberdiei le terrain que Ton veut explorer et le
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point de vue qui le montre sous son vrai jour. Sans celte précaution l'Iiomme ne trouve d*ordiiiairc que ce qu'il cherche. Comme Machiavel, il porte partout, il voit partout ses préjugés, ses préoccupations, les choses qu*il aime, et aussi les choses qu*il hait.
Nous n'avons pas à nous occuper ici de Fimmoralité proverbiale d'un système dont le nom est une cruelle injure. Qu'il nous suffise à cet égard d*y avoir signalé le fatalisme ; cela explique tout Disons toutefois qu'il est encore , sous bien des rapports, le manuel des hommes politiques, et que le principe de ia raison d'État inauguré par lui n'est pas près de passer.