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CHAPITRE VII

Doctrine de M. Buohez,

La doctrine de M. Bûchez se résume en cinq idées fondamentales, qui sont : 1<» La morale considérée comme critérium de la certitude; 2*^ la loi du progrès ; 3"* la fonction que l'humanité accomplit sous Tempire de cette loi; ^° Taccord parfait de ces trois premières idées avec les enseignements de Téglise catholique ; S^^Topinion que le principe qui fait de la morale le critérium de la certitude, est « le complément du catholicisme dans Tordre » philosophique et scientifique, et de nature à éten- » drela souveraineté du christianisme à toutes les » espèces de questions. » {Essai d'un traité complet de philosophie ^ du point de vue ducatholi* cisme et du progrès , par P.-J.-B. Bûchez, t. 2, p. 28. )

Nous, qui entreprenons d'examiner ici la doctrine de M. Bûchez, nous Tentendioies , pour la première fois, vers la fin de 1830, quelque temps après sa rupture avec les saints-simoniens. Gatbo* lique de conviction, et n'ayant jamais été autre chose, nous accueillîmes avec plaisir des.idéesdoDt. le système nous paraissait reposer sur ce point, à savoir que TÉvangile, catholiquement interprété, était Tunique source où il fallait chercher des solutions pour tous les problèmes de philosophie, d'organisation sociale, d'art et d'industrie, qui agitaient alors la France.

Matérialiste dans sa jeunesse, M. Bûchez, à l'époque où nous l'avons connu, professait le spiritualisme le plus pur; il avait horreur du panthéisme, ses intentions étaient droites. En adoptant les idées de Saint-Simon, dans les termes où il les a résumées (voir plus haut, p. 152], M. Bûchez avait été conduit au spiritualisme chrétien, par ses méditations sur la loi du progrès étudiée à la lumière de la morale du devoir, et de la méthode des causes finales de l'école de Guvier, à laquelle il s'était rallié. Il avait une foi pleine et entière dans les for* mules qui lui avaient fait faire ce grand pas, et il pensait qu'elles trouveraient une rigoureuse vérification dans les dogmes catholiques. Là est le principe des erreurs où JVL Bûchez est tombé, suivant

DE Là PHILOSOPHIE DE L'HISTOIRE. i97 nous, à mesure qu*il*en est venu à systématiser et à appliquer sa doctrine. Entreprendre d'expliquer le catholicisme au point de vue d'une théorie générale, destinée, croyait-on, à le compléter, c'était 8*expoBer à d'inévitables illusions. M. Bûchez n'était pas tiiéol(^en ; comment, dès lors, pouvait-il juger de l'accord vrai ou faux de ses formules avec l'eusei^ement de l'Église? Ses essais, à cet égard, devaient nécessairement mal aboutir, car,, indépendamment de la préoccupation toute naturelle où le tenaient des principes qu'il regardait comme absolument vrais, il y avait aussi pour lui cette autre grande cause d'erreur, savoir, une connaissance très imparfaite du terrain sur lequel il voulait asseoir ses hypothèses. Les mêmes inconvénients dominent ses travaux purement philosophiques et historiques , que distinguent d'ailleurs , parmi une multitude d'assertions inexactes, beaucoup d'aperçus ingénieux et féconds. En précipitant ses conclusions avec une témérité trop souvent malheureuses, M. Bûchez était fermement convaincu d'obéir à un devoir de conscience. Il s'en explique ainsi lui-même, et c'est là son excuse: « Nul de » nous ne sait, dit -il, quand son heure arrivera ; • nul ne sait si l'idée qu'il porte ne périra pas avec 9 lui. Dans cette incertitude, il n'est qu'un parti k » choisir, c*est de nous hâter, afm ([ue lorsque le

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» soir viendra, il trouve notre ouvrage terminé. » C'est cette réflexion qui m'a toujours giïidémoi- » même; c'est elle qui m*a toujours fait préférer » le travail rapidement productif au travail qui » arrive, par de lents efforts, à un mérite dç forme » qui ajoute peu à Futilité de Vœuvre, mais qui » tourne surtout au profit de la vanité de Técri- » vain. » ( Introduct. à la science de rhistoire. Préface.)

Pour nous, qui n'avions qu'une confiance très secondaire dans le critérium moral, dans la loi du progrès, dans la fonction de l'humanité, c'était surtout au catholicisme et à la métaphysique consacrée par ses docteurs que nous demandions des lumières. Aussi, dès avant 1837, y avait-il entre M. Bûchez et nous de nombreuses dissidences sur les points fondamentaux de la religion et delà philosophie. Dix ans plus tard, nous partagions encore quelques-unes de ses vues historiques et politiques. L'expérience des deux années qui viennent de s'écouler n'a rien laissé debout dans notre esprit des formules de son école.

Tout faux qu'il est, à notre avis, le système de M. Bûchez n'en est pas moins pour nous l'œuvre d'un penseur éminent, d'un cœur généreux, d'une âme pleine de droiture. Ajoutons que de tous les hommes qui ont écrit sur la philosophie de l'his-

DE LÀ PHlLOâOPHIE M L*ttfêTOIRE. iàl tôire, et leutéla grande aventarede rexpiîcatioo uniferselle, nul, peut-être, n'y a déployé plus que lui les ressources d*une forte et vaste intelligence.

Dans Texamen qui va suivre, et par lequel nouB terminerons notre revue des doctrines historiques, nous signalerons quelques-unes des principales erreurs- de M. Bûchez. Nous discuterons pour cela ses opinions sur la nature des mystères, sur les attributs de Dieu, sur le but de U création, sur la morale^ considérée comme critérium de la certitude*

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