C. La valeur économique propre du Couloir
En ce qui concerne les Pays tchèques, je rappellerai que mon excellent ami M. Edouard Benes a fait de nombreuses et très intéressantes conférences sur leur puissance économique, conférences très nourries de faits et de chiffres, auxquelles on peut se référer en toute sûreté. Je me bornerai seulement à remettre
en mémoire que M. Benes a tracé un tableau très complet de la vie économique de la Bohême avant la guerre.
Etant donné la fertilité du sol, la richesse des gisements de charbon et de fer, la multiplicité des cours d'eau, l'industrie devait trouver, dans les Pays tchèques des éléments de premier ordre pour un large développement. M. Benes nous a montré que, malgré la fertilité incontestable de son sol, if n'y a qu'un tiers de la population qui se livre à l'agriculture; la Bohême actuelle est, avant tout, un pays industriel et minier. L'agriculture elle-même s'est industrialisée par une large production de la betterave et du houblon, qui a donné naissance à l'industrie du sucre, de la bière et de l'alcool. Enfin, les progrès faits par la technique agricole et les industries agricoles ellesmêmes ont déterminé une influence prépondérante sur l'industrie technique des machines.
La principale richesse est incontestablement le charbon et le fer qui alimentent une industrie métallurgique de premier ordre. Puis viennent la verrerie, l'industrie du bois, du cuir, les industries textiles, chimiques et électro-chimiques. Et M. Benes nous a vanté, avec raison, la perfection de l'outillage et la capacité technique des ingénieurs et des ouvriers.
Toutes ces industries sont soutenues, encouragées et alimentées par des établissements de crédit possédant un capital entièrement tchèque de plus de
cinq milliards. Cela dénote un commerce très important et une richesse nationale bien assise; la chose est doutant plus admirable, qu'il y a quarante ans à peine, les finances tchèques n'existaient pas. Il faut donc s'attendre à un développement intense, d'autant plus que nos amis tchèques n'ont pas l'habitude de s'endormir sur leurs succès. Ils sont doués d'une activité inlassable, et chaque progrès obtenu est un stimulant pour en faire naître d'autres.
Quels sont les éléments de ce développement. Le plus important est, incontestablement, l'existence des voies de communication nombreuses, faciles et à bon marché.
Examinons donc quelles sont les voies de communication, d'une part entre la Tchécoslovaquie et ses voisins immédiats, d'autre part avec ses frères de Yougoslavie; et enfin dans quelles conditions elles peuvent atteindre la mer.
La situation géographique des pays tchèques est analogue à celle de la Suisse. Placé au centre de l'Europe, comme un nœud de routes, relié à tous les pays par de nombreuses voies ferrées, l'Etat tchèque est dans une situation géographique essentiellement favorable à un grand développement commercial. Comme la Suisse, il est une sorte de plaque tournante des chemins de fer européens.
Et cependant, malgré tous ces avantages, l'Etat tchèque sera dans une position très délicate, à cause même de sa situation centrale et surtout de son mauvais voisinage. En effet, sauf au nord-est, où ils sont voisins des Polonais, les Tchèques sont entourés, de tous les autres côtés, par des peuples ennemis et qui le resteront longtemps. Au nord et à l'ouest, ce sont les Etats barbaresques germaniques : la Saxe et la Bavière; au sud l'Autriche et la Hongrie. De telle sorte que la constitution d'un Etat tchèque indépendant, créé par le morcellement de l'Autriche, n'améliorera pas sa situation géographique et économique vis-à-vis d'un voisinage germano-magyar avec lequel les rapports de toutes sortes seront forcément tendus et surtout incertains. Le commerce vit de confiance et de crédit. La confiance et le crédit ne peuvent naître et se développer que par la confiance mutuelle qui mettra des années à venir et, plus encore, à s'imposer.
Mais, me dira-t-on, les Tchèques commerçaient, avant la guerre, avec les Allemands et les Hongrois; la situation sera évidemment plus difficile après la guerre qu'avant; mais les communications ne pourront pas être supprimées. C'est évident. Toutefois, alors même que les transactions commerciales ne seront pas interdites, rien ne dit que des difficultés douanières et des tarifs prohibitifs ne seront pas imposés au transit des marchandises tchèques sur les chemins de fer germano-hongrois. Il faut même s'y attendre. Nous ferons de même sur nos chemins de fer et à
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nos frontières, répondent nos amis Tchèques. J'en demeure d'accord. Mais comme la distance kilométrique parcourue par les marchandises tchèques pour se rendre à l'étranger sera plus grande que la distance kilométrique des marchandises étrangères sur le territoire tchèque, ces prohibitions seront, en fin de compte, moins avantageuses pour les Tchèques que pour les étrangers. Or, j'ai rappelé tout à l'heure que les pays Tchèques sont et seront absolument encerclés par des nations ennemies et qu'ils ne seront nulle part maîtres d'aucun débouché. Comment pourront-ils poursuivre et augmenter leurs relations commerciales avec les nations slaves ainsi qu'avec les nations balkaniques et la Russie comme ils en avaient l'habitude autrefois?
Allons-nous obliger le commerce tchèque à regretter les facilités du passé tant du côté de l'Autriche que du côté de l'Allemagne? On sait, en effet, que l'Allemagne a tout fait pour attirer à elle le transport des marchandises tchèques, soit en se raccordant par des voies ferrées nombreuses et à grand débit, au système ferroviaire de la Bohême, soit en aménageant des canaux et en améliorant chaque jour davantage la navigation sur l'Elbe et sur l'Oder. Allons-nous lui laisser le bénéfice de cette politique?
Avec les Yougoslaves, les Tchécoslovaques ne pourront communiquer qu'à travers la Hongrie ou la nouvelle Autriche allemande et là, certainement,
les difficultés seront grandes, sous tous les rapports. Les Allemands et les Hongrois voudront, sans aucun doute, se réserver le marché yougoslave. Ils ne permettront pas aux marchandises de traverser leurs territoires sans les grever de lourdes perceptions et de longs délais de transit, afin de les décourager.
Au point de vue de l'expansion maritime, la situation sera donc incontestablement plus difficile pour le commerce tchèque après la guerre qu'avant, alors que les marchandises tchèques atteignaient Trieste et Rieka sans quitter le réseau ferré impérial. Après la guerre, il faudra traverser les territoires autrichiens ou hongrois et payer le passage.. La Liberté est une maîtresse qui fait payer cher ses faveurs; l'indépendance ne s'achète qu'au prix de douloureux sacrifices. Mais comme la Liberté et l'Indépendance valent tous les sacrifices possibles, il ne faut rien regretter. Cherchons seulement à ajouter, à la liberté et à la sécurité politique, la liberté et la sécurité commerciale.
Le commerce maritime tchèque est important, et nous en avons la preuve dans cette circonstance que les banques tchèques sont florissantes à Trieste. Il me suffira de citer les succursales des deux grands instituts tchèques de crédit : la Zivnostenska et la Ustredn. Malheureusement, il n'y a pas de statistique capable de nous en donner la valeur exacte. Toutes les statistiques austro-hongroises, en effet, tant pour Trieste que pour Rieka, ne distinguent pas l'origine
des marchandises. Tout le commerce est porté ait compte général de l'Empire.
La situation est également mauvaise pour le commerce yougoslave qui ne pourra pas s'approvisionner de machines agricoles, de charbon et de produits de toutes les industries tchèques dont il est dépourvu et dont il aura tant besoin, sans passer sous les fourches caudines des tarifs et des douanes austro-hongroises.
La Yougoslavie aura évidemment toute facilité pour commercer, par mer, avec l'Italie, la France, l'Angleterre et les autres Alliés. Mais les produits tchèques qui pourraient lui parvenir facilement et à bon compte lui seront, en quelque sorte, interdits.
Un coup d'œil jeté sur la carte générale des chemins de fer austro-hongrois montre qu'on a surtout songé à relier par de nombreuses lignes Vienne et Budapest et que les communications directes entre les Tchèques et les Yougoslaves ont été réduites au minimum.
Si le Corridor existait, on pourrait utiliser les voies ferrées qui le traversent et en faire des lignes libératrices, qui seraient des portes de secours, lorsque l'intérêt ou la malveillance austro-hongroise menaceraient de rendre les autres impraticables.
Actuellement, le Corridor est sillonné par de nombreux chemins de fer d'intérêt local et traversé par quatre importantes lignes: il faut noter tout d'abord
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la ligne de Vienne à Pecuj (Pécs), en passant par Wiener-Neustadt, Sopron, Szombathely, Nagy-Kanizsa où elle rencontre la grande ligne Budapest à Trieste, par Pragarjé (Pragerhof), Celje (Cilli) et Ljubljana (Laibach), puis Mura-Keresztûr, et enfin Gyekényes, où a lieu l'embranchement de la ligne de Budapest à Rieka (Fiume) par Zagreb (Agram).
Pour assurer une communication indépendante entre les Pays tchèques et yougoslaves, il suffira donc d'utiliser la ligne locale existante : Presbourg à Szombathely, passant par Parndorf, Vulka et Sopron. De cette façon, Presbourg sera en communication directe avec Zagreb et avec le port de Rieka. Les produits tchèques pourront donc atteindre librement les Balkans, la Yougoslavie et l'Adriatique, et, par là, l'Orient et l'Occident. Il faut signaler ensuite trois grandes lignes transversales est-ouest, la première allant de Budapest h Vienne en passant par Komârom, Gyôr (Eaab), et entrant dans le Couloir y par Csorna, passant par Eszterhâza et Sopron, pour arriver à Wiener-Neustadt et de là à Vienne.
Les deux autres, sont au sud du Corridor :
1° La ligne Budapest-Trieste, qui dessert Székesfehérvâr, suit de très près la rive méridionale du lac Balaton, arrive à Balaton-Szentgyorgy à l'extrémité sud du lac, et entre dans \e Couloir, à Nagy-Kanizsa (point de jonction de la ligne Szombathely (Steinamanger), puis à Mura-Keresztûr, sur la Mur, qui se
Carte n° 2.
Photographie d'une Carte officielle des chemins de fer de
la région et des abords de la Marche Slave.
jette dans la Drave, à quelques kilomètres plus bas (point de jonction de la ligne Budapest-Trieste avec la ligne Budapest-Rieka à Gyékényes). La ligne franchit la Mur et atteint, à l'ouest, par la Murinsel ou Murakôz, la plaine fertile qui s'étend entre la Mur et la Drave et sort du Corridor par Csakathurn ou Csâktornya. La ligne suit par Pettau, Pragerhof, Steinbrûck, Laibach et Trieste.
2° La ligne Budapest-Riéka par Ûjdombôvâr, Kaposvâr, Gyékényes sur la Drave (point de jonction de la ligne de Pécs). Puis, la ligne franchit la Drave, qui marque la frontière actuelle entre la Hongrie et la Croatie-Slavonie et la limite méridionale du Corridor. La ligne suit par Zagreb, Ogulin et Riéka.
Voyons maintenant les lignes intérieures du Couloir.
Le Couloir est, tout d'abord, traversé par deux lignes importantes, l'une orientée Ouest-Est, qui va de Vienne à Budapest, aborde le Corridor par la station de Bruck sur la Leitha, passe à Parndorf, Hegyeshalom, et gagne ainsi Gyôr, Komârom et Budapest. L'autre ligne, transversale nord-ouest-sud-est, part de Wiener-Neustadt, passe à Mattersdorf ou Nagymarton, puis à Sopron, Lôvô (Schiitzen), Szombathély, Nagy-Kanizsa et gagne ainsi Barcs et Pécs (Funfkirchen).
De Vienne, par Wiener-Neustadt, partent également deux autres lignes concentriques.
POINT DE VUE ÉCONOMIQUE 5j
La première passe par Sopron, Lôvô, Szombathély, Kôrmend, Fehring, Gleisdorf, Graz, et atteint, à Bruck-sur-Mur, la grande ligne Vienne-Trieste.
La deuxième ligne part de Vienne, passe à Grammat-Neusiedl, entre dans le Corridor à Bruck-sur-la- Leitha, passe à Parndorf, Hegyeshalom, Gyôr, revient vers TOuest en passant à Papa, Czelldômôlk, Szombathély, remonte à Sopron et revient à Vienne, en passant par Wiener-Neustadt.
En dehors de ces lignes principales desservies par les trains express, il y a encore un important réseau de chemin de fer d'intérêt local qui relie entre eux de petits centres et qui vont se raccorder avec les grandes lignes dont j'ai déjà parlé.
A. Deux lignes partent de Prespurk, traversent le Corridor; l'une, à l'est, va directement à Papa, en passant par Hegyeshalom et Csorna; l'autre, à l'ouest, va à Vulka-Pordany et laisse à sa gauche une bifurcation. Elle passe d'abord à Parndorf et à Nezsider; de là part un nouvel embranchement pour Czelldômôlk, en passant par Eszterhâza et Repczelak. De Vulka partent deux embranchements, l'un sur Ebenfurth, à l'ouest, l'autre sur Sopron à Test.
B. De Sopron partent cinq lignes : 1° pour Wiener-Neustadt; 2° pour N. Kanizsa; j'ai déjà signalé ces deux lignes; 3° pour Ebenfurth par Vulka-Pordany; 4° pour Eszterhâza, Csorna et Gyôr; 5° pour Szombathély par Kôszeg (Gtins).
C. De Szombathély partent sept lignes : 1° pour Kôrmend et Fehring; 2° pour N. Kanizsa; 3° pour Czelldômôlk et Gyor, j'ai déjà signalé ces trois lignes; 4° pour Rum; 5° pour Sopron par Kôszeg; 6° pour Sopron par Lôvô; 7° pour Pinkafo, par Felsô- Eôr.
D. De Kôrmend partent deux petites lignes : Tune sur Nemetujvar, l'autre sur Muraszombat.
E. Enfin de Csorna partent cinq embranchements: 1° pour Gyôr; 2° pour Hegyeshalom; 3° pour Eszterhâza; 4° pour Porpâcz par Repczelak; 5° pour Papa.
On voit donc que le Corridor est parfaitement desservi par les chemins de fer et que le trafic sera largement et facilement assuré entre les Tchécoslovaques et les Yougoslaves.
Au point de vue économique, je dois mentionner la très substantielle conférence faite par Sir Arthur Evans, à la Société de Géographie de Londres, en janvier 1916, sur Les Slaves de V Adriatique et la route continentale de Constantinople. Sir A. Evans a parcouru à pied tous les Pays yougoslaves, pendant des années, pour des études archéologiques, historiques et ethnographiques qui ont contribué à établir sa grande réputation scientifique. Il a montré, notamment, que les Allemands et les Austro-Hongrois ont détourné, à leur profit, les routes directes pour l'Orient. Ils nous ont imposé un trajet plus long qui a
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pour but de fournir du transit à leurs lignes de chemins de fer et, en même temps, de desservir leurs capitales: Munich, Vienne, Budapest, ce qui allonge considérablement le trajet kilométrique de l'Express- Orient. Sir Arthur Evans propose d'abréger cette route en suivant le parcours : Paris, Milan, par le Simplon, Mestre- Venise; Ljubljana, Zagreb, Sisak, Brod, Mitrovitza et Belgrade. Actuellement, cette ligne n'existe pas en totalité; mais il suffirait de construire quelques petits tronçons pour posséder ce rail plus court de quelques centaines de kilomètres, évitant les chemins de fer allemands et austro-hongrois. Ge serait la grande ligne de communication des Yougoslaves avec Paris et Londres. Ce trajet aurait, non seulement l'avantage d'être plus court, et, par conséquent, plus économique, mais il aurait, par-dessus tout, pour but de placer, entre des mains amies> les routes continentales futures vers l'Orient. Ce serait, à coup sûr, un bénéfice très important pour tous les Alliés au point de vue politique et commercial. Nous aurions des débouchés faciles et indépendants dans les vallées de la Drava et de la Sava, qui seraient utiles aussi bien aux Slaves qu'aux Alliés.
Il n'est pas inutile de rappeler les projets de canaux destinés à joindre Trieste à Vienne et Riëka à Belgrade. A différentes reprises, on a mis en avant la construction d'un canal permettant de détourner vers l'Adriatique les marchandises lourdes des Pays tchèques qui étaient attirées vers Hambourg.
En 1900, le ministre du commerce autrichien avait chargé l'ingénieur Wagenfuhrer de l'étude technique pour l'exécution d'un canal partant de Kaiser- Ebersdorf sur le Danube, et se dirigeant sur Wiener- Neustadt. A partir de ce point, deux tracés étaient proposés. Le premier contournant les montagnes du Semmering passerait par Graz, Laibach, Vipava et -Gorica pour aboutir à Monfalcone d'où il atteindrait le golfe de Trieste. Le second passant par Brûck-sur- Mur, Celovec et Gorica, atteignait également la mer par Monfalcone.
D'autre part, je mentionnerai les projets du colonel Schenereh ayant pour but de mettre en communication l'Autriche centrale avec le port de Riéka. Ce plan comporte une communication entre le Danube et ses grands affluents, de la Drava d'abord, puis la Sava et enfin la Kulpa jusqu'à Brod. De Brod à l'Adriatique, il y aurait lieu de construire, à travers le grand massif montagneux du Kras, un énorme tunnel de 30 kilomètres, environ, pour aboutir au golfe •de Quarnero.
Tous ces projets se réaliseront un jour, et les intérêts économiques des Slaves seront appelés à en profiter par le bassin de la Raab et, par conséquent, par le Corridor.
Avant de quitter la question des voies de communication, je veux encore faire une petite remarque qui ne manque pas d'intérêt. Les Romains, qui
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voyaient grand et travaillaient en vue de l'avenir, avaient couvert la Pannonie, comme le reste de leur empire, de nombreuses routes et chemins pour faciliter la circulation des hommes et des choses. Il est curieux de constater que les chemins de fer actuels ne font que suivre le tracé des voies romaines. Dans la région qui nous occupe, les unes étaient parallèles à la Sava, à la Drava et au Danube, d'autres étaient transversales. Une large voie traversait le Corridor du nord au sud. Elle allait de Vienne (Vindobona) à Pettau (Pœtovio) avec embranchement de Sopron (Scarbantia) à Petronell (Carnutum) et de Sopron à Gyôr (Arrabond) et O. Szôny (Brigetio), de Szombathely (S avaria) à Pécs (Sopianœ), à Ossiek (Mursa), etc.
N'est-ce pas là une nouvelle preuve de l'importance et de la localisation des intérêts de cette région?
J'arrive maintenant à l'exposé de la valeur économique propre du Corridor; dans ce but, je vais examiner en détail chacun des quatre Comitats qui le composent.
Chemin faisant, j'ajouterai quelques aperçus géographiques, démographiques et autres, de façon à présenter une sorte de monographie succincte, mais suffisante cependant, de chacun de ces Comitats qu'il
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est naturellement indispensable de bien connaître sous tous les rapports. On pourra suivre les détails de mes observations sur la carte géographique de la région de la marche slave (V. p. 76, carte n° 4).
Une observation préliminaire s'impose. J'ai déjà indiqué (p. 36) que les Magyars ne forment une masse ethnique compacte qu'au centre de la Hongrie. La Slovaquie, ainsi que les territoires du Corridor et d'autres encore, ont été traités par la noblesse magyare comme des terres sans maîtres. Les Magnats s'en sont emparés par le droit du plus fort et se sont taillé des domaines immenses qui ne leur ont pas coûté cher. Ils en tirent, aujourd'hui, d'énormes profits d'argent et une hégémonie politique redoutable. C'est là, certainement, une des causes qui les empêchent de se séparer des peuples allogènes qu'ils ont dépouillés; car ils redoutent d'être obligés de restituer les biens mal acquis. J'ai signalé, aussi souvent que j'ai pu, ces possessions seigneuriales dérobées, pour la plupart: aux Slaves, légitimes possesseurs du sol.
COMITAT DE MOSON.
Aperçus géographique, ethnique, démographique et économique.
Ce Comitat existait, autrefois, sous le nom allemand de Wiesselburg. Les Magyars ont eu beau le débaptiser, ils ne sont pas parvenus à se l'assimiler et à l'absorber, car ils y sont en minorité.
Ce Comitat, limitrophe de la Basse-Autriche, est borné au nord par le Danube et le Comitat de Prespurk, à l'ouest et au sud par le Comitat de Sopron, au sud-est par celui de Gyôr. La partie orientale du lac de Neusiedel (en hongrois Fertô-Tava) est comprise dans le Comitat de Moson ; la partie occidentale appartient au Comitat de Sopron.
Le Comitat de Moson occupe une superficie de 345.613 arpents cadastraux (8). Sa population se compose de 47.913 individus du sexe masculin et 46.566 du sexe féminin, soit, au total, 94.479 habitants. Le dénombrement officiel ne compte que 33.006 Magyars ou magyarisés, c'est-à-dire 35 % seu-
(8) L'arpent vaut 5.755 mètres carrés. La superficie est donc de 198.900 hectares.
lement de la population totale. Les Allemands, au nombre de 52.000, constituent la majorité (9), principalement dans les arrondissements de Nezsider et de Rajka. Les Slaves et autres comptent pour 10.000 environ. Dans certaines régions, les Slaves constituent la presque totalité de la population. Ils sont groupés dans quelques communes disséminées dans les trois arrondissements (10). (V. la carte n° 3, page 71). Ils représentent d'anciennes et importantes agglomérations croates, dont un certain fond a résisté, malgré tout, à la magyarisation à outrance qu'on a exercée sur eux. Sur une population de 13.377 habitants, on compte ainsi 8.275 Slaves contre 2.877 Allemands et 2.225 Magyars.
J'ajoute qu'au point de vue démographique, la population du Comitat comprend les groupes d'âges sui-
(9) Les habitants de langue maternelle allemande sont très disséminés sur toute l'étendue du Royaume de Hongrie; mais ils ne sont en majorité absolue que dans le seul Comitat de Moson. Ils sont encore plus de 30 % dans les Comitats de Sopron, Tolna, Baranya, Ternes et Brasso. Dans les villes où, autrefois, la plus grande partie des habitants étaient allemands, la proportion a considérablement baissé. Ils se sont en effet magyarisés en grand nombre, soit par intérêt, soit pour échapper au mépris des Hongrois qu'exprime le proverbe : « Là où il y a un Allemand, il y a un chien. » (Ebb a német kutya nélkuî).
(10) Arrondissement de Magyarovâr : Commune de Horvâtkimle.
Arrondissement de Nezsider: Communes de Lajtafalu, Mosonûjfalu, Pândorfalu.
Arrondissement de Rajka : Communes de Bezenye, Dunacsûn, Horvâtjarfalu, Kôpcsény, Lajtakâta, Lajtakôrtvélyes.
COMITAT DE MOSON 65
vants : 30 % d'enfants de moins de 12 ans; 16 % de jeunes gens de 12 à 19 ans; 26 % d'adultes de 20 à 39 ans; 19 % de 40 à 59 ans, et 9 % de vieillards audessus de 60 ans. Les célibataires, de tous âges et des deux sexes, sont dans la proportion de 58 % ; les mariés, hommes et femmes, comptent pour 36 %, et les veufs et veuves pour 6 %.
Les catholiques romains sont en très grande majorité: 87 % ; les autres cultes ne comptent donc que pour 13 %. Mais il faut remarquer cependant que, dans l'arrondissement de Rajka, les évangélistes de la confession d'Augsbourg sont dans la proportion de 22 %.
Il est intéressant de constater que 85 % de la population du Comitat sait lire et écrire.
Le Comitat de Moson est un pays de plaine; à peine trouve-t-on vers le nord quelques ramifications des monts de la Leitha. Il est généralement mal arrosé, excepté au nord-est, où il est traversé par la Leitha, qui, après l'avoir en partie séparé de la Basse-Autriche, vient se réunir au bras du Danube en formant l'île de la Petite Schutt.
Le sol est fertile et bien cultivé; on y rencontre tous les genres de céréales et de légumes.
Le chef-lieu du Comitat est Moson (Wieselburg en allemand), ville de 6.000 habitants sur le petit Danube. Elle possède des fabriques de drap, de rubans et de passementerie, d'amidon, de machines agricoles,
une distillerie industrielle, etc.. Elle fait, en outre, un grand commerce de vins, de bétail, de grain, de fourrage et de saindoux.
Le commerce et l'industrie ne sont pas uniquement concentrés au chef-lieu du Comitat, quelques communes présentent une activité commerciale et industrielle très importante due, soit à leur situation géographique et économique, soit à leurs ressources agricoles particulières; il est donc utile de les signaler.
Je citerai donc encore, au confluent de la Leitha et du petit Danube, la petite ville de Ungarisch-Altenburg (en hongrois Magyar-Ovâr), avec une école supérieure d'agriculture. L'archiduc Albrecht y possède un immense domaine et quelques exploitations industrielles : brasserie, moulin à vapeur, etc.
Des distilleries agricoles sont installées à Puszta- Somorja (1.Q00 habitants), à Urged-Puszta; à Gâta (Gattendorf) (1.300 habitants).
Grand commerce de paille et de fourrage à Lebeny-Szent Miklos (3.000 habitants), sur un petit plateau entre la Rabnitz et le bras du Danube qui forme l'île de la Petite Schutt.
Fabrique de conserves alimentaires à Bmck-Ujfalu (Hirâlyhida) (1.000 habitants).
Enfin à Zurâny se trouve une très importante fabrique de matières explosives.
On voit ainsi que le Comitat de Moson présente une richesse agricole et industrielle importante.
GOMITAT DE SOPRON.
Aperçus géographique, ethnique, démographique et économique.
Ce Comitat existait, autrefois, sous le nom allemand de Œdenburg. Il est borné, à l'ouest par la Basse-Autriche, au nord par le Comitat de Moson, à l'Est par celui de Gyôr, et au sud par celui de Vas. Ses frontières ne sont naturelles qu'au nord-ouest, où elles sont formées, en minime partie, par la Leitha, et au sud-est où le limitent des sections du Repcze et du Raab.
Le Comitat de Sopron occupe une superficie de 565.831 arpents cadastraux (325.635 hectares). La population se compose de 141.926 individus du sexe masculin et 141.584 du sexe féminin, soit, au total, 283-510 habitants. Comme dans le Comitat de Moson, le dénombrement officiel fait la preuve que les Magyars ou magyarisés sont en minorité : 49 % seulement.
Les Magyars ou magyarisés ne sont en majorité que dans les trois arrondissements de Csepreg, Csor-
na et Kapuvâr; dans les quatre autres arrondissements ils sont dans un état d'infériorité extraordinaire. C'est ainsi que, dans l'arrondissement de Felsôpulya, qui compte 28.424 habitants, il y a 2.840 Magyars; dans l'arrondissement de Kismarton, il n'y a que 2.249 Magyars sur 33.785 habitants; dans l'arrondissement de Nagymarton, il n'y a que 1.309 Magyars sur 26.325 habitants; dans l'arrondissement de Sopron, il y a 10.241 Magyars ou magyarisés sur 44.606 habitants. Dans ces quatre arrondissements, (V. la carte n° 3, page 71), les Magyars et magyarisés n'entrent donc que pour 12 % dans le chiffre total de la population! (16.639 Magyars sur 133.140 habitants.)
Dans les villes de Kismarton, Ruszt et Sopron, les Magyars sont également en minorité.
Le Comitat de Sopron contient 31.000 Croates. Ils sont plus nombreux que les Magyars dans les arrondissements de Felsôpulya et de Kismarton, où ils présentent une masse de 21.000 Croates contre 5.000 Magyars. Dans certaines communes, les Croates forment la presque totalité de la population. Nous signalerons particulièrement cinq groupements : le premier dans l'arrondissement de Csepreg, où un groupe de 2.292 Croates s'est formé contre 361 Magyars seulement (11). Le deuxième groupe est dans l'arrondissement de Nagymarton, où un petit noyau de
(11) Communes de Horvâtzsidany, ôlmod, Peresznye, Und.
COMITAT DE SOPRON
trois communes (12) a 1.944 Croates contre 132 Magyars. Un troisième groupe se trouve dans l'arrondissement de Sopron, où 3.810 Croates n'ont devant eux que 115 Magyars (13). Un quatrième groupe est formé dans l'arrondissement de Felsopulya, où 10.658 Croates n'ont devant eux que 634 Magyars (14). Enfin le cinquième groupe se rencontre dans l'arrondissement de Kismarton; il est formé de 10.188 Croates contre 669 Magyars (15). Donc dans les trente communes dont je viens de parler, il y a 28.902 Croates et seulement 1.911 Magyars ou magyarisés. On comprend que ces groupements dispersés sont incontestablement les restes de la population croate, autrefois en majorité dans la région, et que les Magyars n'ont pu assimiler ou dénationaliser.
J'ajoute qu'au point de vue démographique la population comprend les groupes d'âges suivants : 30 % d'enfants de moins de 12 ans, 15 % de jeunes gens de 12 à 19 ans, 26 % d'adultes de 20 à 39 ans, 19 % de 40 à 59 ans, et 10 % de vieillards au-dessus de 60 ans.
(12) Communes de Darufalva, Selegszântô, Siklôsd.
(13) Communes de Kelepatak, Kôphâza, Sopronkertes*
(14) Communes de Alsôpulya, Borisfalva, Borosd, Csâszârfaiu, Fuies, Gyirot, Ligvând, Malomhâza, Pervâny, Répczesarud, Sopronudvard, Szabadbârând.
(15) Communes de Budôskut, Czinfalva, Darâzsfalu, Oszlop, Szarvko, Volgyfalva, Vulkapordany, Zârâny.
Les célibataires, de tout âge et des deux sexes, sont dans la proportion de 56 % ; les mariés, hommes et femmes, comptent pour 37 %, et les veufs et veuves pour 7 %.
Les catholiques romains sont en très grande majorité: 84 %, les autres cultes comptent donc pour 16 %. Mais il faut remarquer cependant que, dans l'arrondissement de Sopron, les évangélistes de la confession d'Augsbourg comptent pour 22 %.
Il est intéressant de constater que 85.4 % de la population sait lire et écrire.
Le chef-lieu du Comitat est Sopron (Œdenburg en allemand, ce qui veut dire bourg du désert), ville de 35.000 habitants, sur l'Ikva. C'est le centre d'un commerce très considérable de vins, de grains, de bestiaux, de cuir, de cire, etc. Elle possède des fabriques diverses : biscuits et pains d'épices, préparation de fruits confits, sucre, savon, vinaigre, alcool, amidon, caoutchouc. Les importantes mines de charbon de Brennberg, qui appartiennent à la ville de Sopron, alimentent des manufactures de boutons de métal, de briqueterie et tuilerie, fonderie de cloches, pompes à incendie, papiers et tubes à cigarettes, quincaillerie, etc.
Le commerce et l'industrie ne sont pas uniquement concentrés dans la ville de Sopron, quelques communes présentent une activité commerciale et industrielle très importante due soit à leurs ressources
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Carte n° 3
indiquant ta situation géographique des arrondissements
ou les Slaves (Croates et Slovènes) sont en nombre.
agricoles particulières, soit à leur situation géographique et économique; il est utile de les signaler. Je citerai donc encore :
Csorna (7.500 habitants), ateliers de construction de machines, fabrique de spiritueux et de liqueurs, moulins à vapeur, dont quelques-uns appartiennent au prince Eszterhâzy. Grand commerce d'exportation.
Kapuvar (7.000 habitants), pays marécageux, où Ton cultive beaucoup de tabac, fabriques de cuirs et de courroies de transmission, distilleries, fonderies de fer et fabrique de machines agricoles, fabrique de vinaigre, moulin à vapeur appartenant au baron Miksa.
Kismarton (3.000 habitants) : deux banques, fabriques de cuir et de pompes à incendie, moulin à vapeur, grand commerce de vins.
Alsô'Kismartonhegy (500 habitants), commerce de cuirs, de vins et de produits du pays.
Lajta-Ujfalu (3.000 habitants), filature et tissage de jute, fabrique de produits chimiques.
Lajta-Szentmiklôs (2.500 habitants) sur la rive gauche de la Leitha, fabriques d'allumettes, de mèches-carton pour explosifs, de perles de verre, de pain d'épices, scierie et commerce de vins.
Il y a d'importantes fabriques de sucre à Czinfalva (2.000 habitants), à Félszerfalva (500 habitants), et à Petôhaz (700 habitants).
COMITAT DE SOPRON 7->
Bôsârkâny (1.600 habitants), fabrique de nattes pour voitures, construction de navires et tonnellerie.
Eszterhaza (500 habitants), fabrique de malt, de nattes et tissus de jonc, de papier.
Nagyczenk (1.800 habitants), fonderie de fer et métaux, importante fabrique de sucre.
Uj-Falu (900 habitants), exploitation de houille, fabrique d'acide tartrique, raffinerie d'alun, fabrique de tissus en jute.
J'ajoute que, parmi les plantes industrielles, le tabac tient le premier rang; les meilleures sortes sont celles de Lettinger, dans le Comitat de Sopron.
On voit que le Comitat de Sopron se distingue par d'importantes exploitations agricoles et industrielles. Le sol est plat, excepté dans la partie occidentale du Comitat, où il touche aux derniers contreforts des Alpes Autrichiennes. Le Gross Sonnenberg, du petit massif des monts de la Leitha, atteint 480 mètres. Au pied de ces collines s'étend le lac de Neusiedel.
Le Comitat de Sopron comprend la partie occidentale du lac de Neusiedel (en hongrois Fertô-Tava), qui se termine, au sud-est, par le grand marais de Wasen-Hanschag (Hansâg en hongrois), ou gazon flottant. C'est, à vrai dire, une continuation du lac, un dépôt terreux plus ou moins épais, reposant sur une nappe d'eau qui communique avec le lac. En 1780, le prince Eszterhâzy a séparé le marécage du lac par
une longue digue. Le Hansâg comprend, d'ailleurs, des parties très différentes les unes des autres; quelquesunes sont des prairies qui nourrissent le bétail, d'autres sont boisées et très giboyeuses. On l'a desséché, en partie, depuis quelques années, et livré à la culture. Le Comitat est arrosé par la Leitha, la Raab et la Râbcza. La plaine est fertile. Il y a des forêts, de grands vergers et des vignes dont certains crûs sont renommés; celui de Ruszt est le plus connu.
GOMITAT DE VAS.
Aperçus géographique, ethnique, démographique et économique.
Ce Comitat existait, autrefois, sous le nom allemand d'Eisenburg. Il est borné, au nord, par le Comitat de Sopron et par des portions des cours de la Gùns et de la Rabnitz, affluents de la rive gauche de la Raab et par la Raab elle-même; à l'ouest, par la frontière de Styrie, constituée, par la plus grande partie de la Lafnitz, tributaire gauche de la Raab ; au sud, par le Comitat de Zala et par quelques kilomètres du cours de la Mur; à Test, par le Comitat de Veszprem et par le cours moyen du Marczal, affluent de la rive droite de la Raab. On voit que la plus grande partie du Comitat appartient au bassin de la Raab. Il occupe une superficie de 951.334 arpents cadastraux (547.492 hectares).
La population se compose de 217.558 individus du sexe masculin et 218.235 du sexe féminin, soit, au total, 453.793 habitants. J'ai montré que les Magyars et magyarisés sont en minorité dans le Comitat de Moson et de Sopron ; dans celui de Vas, ils représen-
76 DE PRAGUE A i/ADRÏATIQUE
tent une légère majorité: 57 % seulement. Un tiers de la population ne comprend pas la langue magyare. On voit combien ce Comitat est peu homogène. Disons tout de suite que les Slaves y sont au nombre de 70.000, dont 54.000 Slovènes et 16.000 Croates.
Les Magyars ne sont en majorité que dans les cinq arrondissements de Czelldomôlk, Kôrmend, Sarvar, Szombathely, Vasvar et dans les villes de Koszeg et de Szombathely. Dans les cinq autres arrondissements, ils sont dans un état d'infériorité extraordinaire. C'est ainsi que : 1° dans l'arrondissement de Felsôôr, qui compte 44.285 habitants, il n'y a que 6.517 Magyars ou magyarisés; 2° dans l'arrondissement de Koszeg, il n'y a que 7.606 Magyars ou magyarisés sur 25.540 habitants; le reste sont des Allemands ou des Croates; 3° dans l'arrondissement de Nemetujvar, il n'y a que 1.754 Magyars ou magyarisés sur 33.829 habitants, le reste se compose d'Allemands ou de Croates; 4° dans l'arrondissement de Szentgotthard (Saint-Gothard), sur 55.348 habitants, il n'y a que 16.350 Magyars ou magyarisés, 29.000 Allemands et 10.000 Croates; 5° enfin, dans l'arrondissement de Muraszombat, les Slovènes constituent 85 % de la population, étant 41.500 sur un total de 48.600 habitants. Cet arrondissement compte 114 communes, sur lesquelles 3 ont une population exclusivement allemande (16); 9 seule-
(16) Communes allemandes: Gedoudvar, Hatârfalva, Kismariahavas.
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Carte géographique de la région de la Marche Slave.
ment une population exclusivement magyare (17); les 102 autres sont en majorité Slovènes. (V. la carte n° 3, page 71).
Dans le Comitat de Vas, nous constatons la présence de cinq groupements de communes où la population slave est en majorité. Voici d'abord quatre petits groupes : l'un, dans l'arrondissement de Felsôôr (18), où 630 Croates sont en présence de 14 Magyars seulement. Le deuxième, dans l'arrondissement de Szombathely (19), où 3.700 Croates s'opposent à 450 Magyars ou magyarisés; le troisième est dans l'arrondissement de Kôszeg (20), avec 3.800 Croates contre 600 Magyars; enfin, un quatrième groupe dans l'arrondissement de Németujvar (21), avec 6.700 Croates contre 300 Magyars seulement. Je signale que, dans ces groupes, plusieurs communes ne présentent aucun individu déclaré magyar !
(17) Communes magyares: Csekefa, Godorhaza, Kisfalu, Kisszerdahely, Magyarszombatfa, Muraszombat, Partosfalva, Râtkjalak, Velemér.
(18) Communes de Mérem, Olâhcziklény.
(19) Communes de Alsôcsatâr, Csém, Felsocsatâr, Horvâtlôvo, Kisnarda, Nagynarda, Pôsaszentkatalin, Szentpéterfa.
(20) Communes de Bândol, Barâtmajor, Csajta, Fiisthegysirokâny, Hârmasfalu, ïnczéd, Hulcsarfalu, ôhodâsz, Polânyfalva, Rumpôd, Szabar, Tomord.
(21) Communes de Alsômedves, Horvâtcsencs, Horvâthâsos, Kisvaskût, Lipôcz, Ozgodôr, Pasztorhâza, Pinkôcz, Sôskût/alu, Szénâsgodor, Szentelek, ûjhegy, Vâghegy, Vasnyulfalu, Zsâmând.
En somme, dans les 37 communes dont je viens de parler, il y a 15.000 Croates et seulement 1.300 Magyars.
J'ajoute qu'au point de vue démographique, la population comprend les groupes d'âges suivants : 31 % d'enfants de moins de 12 ans; 16 % de jeunes gens de 12 à 19 ans; 25 % d'adultes de 20 à 39 ans, et 19 % de 40 à 59 ans; 9 % de vieillards au-dessus de 60 ans. Les célibataires, de tous âges et des deux sexes, sont dans la proportion de 57 % ; les mariés, hommes et femmes, comptent pour 37 %, et les veufs et veuves pour 6 % .
Les catholiques romains sont en très grande majorité: 76 %, les autres cultes comptent seulement pour 24 %, sur lesquels 19 % appartiennent au culte évangélique de la Confession d'Augsbourg. Ces derniers sont particulièrement nombreux dans les Comitats de Czelldomôlk, 38 %; de Felsôôr, 32 %, et de Muraszombat, 45 %.
Il est intéressant de constater que 79 % de la population sait lire et écrire.
L'aspect du sol du Comitat de Vas varie suivant les régions : la plaine domine dans la partie orientale, tandis que, dans l'Ouest et le Sud-Ouest, il est très accidenté. Toutefois ces accidents de terrain ne sont pas des montagnes, mais des collines, dont aucune n'atteint 900 mètres d'altitude. La plus haute, le Geschrieben Stein, près de la limite nord, au sud-
ouest de Gùns, s'élève à 882 mètres; une colline, à l'ouest de la partie centrale, a 360 mètres; le Silberberg, au sud, en a 396. Le sol, très fertile dans les plaines et les vallées de rivières, est médiocre dans les régions accidentées. On récolte des grains (froment et orge), du vin et des fruits, d'excellent tabac. On y fait, avec succès, l'élevage du bétail. On y trouve également des houillères, des exploitations de fer, de mercure, de sulfate de cuivre, de magnésie et de soufre. Il y a également des sources d'eau minérale.
Le chef-lieu du Comitat est Szombathely (Steinamanger en allemand), ville de 30.000 habitants, sur le Kôszeg (Giïns), affluent de la rive gauche de la Raab; siège d'un évêché, elle occupe le site de l'antique cité romaine de Sabaria ou Savaria. C'est la ville la plus importante du Corridor; placée au centre de bifurcation de plusieurs lignes de chemins de fer, elle sert l'entrepôt commercial entre la vallée de la Drava et celle du Danube.
Les fabriques y sont nombreuses et soutenues par de puissantes banques. A citer, notamment, les fabriques suivantes : allumettes, ciment, cuir, machines agricoles, scieries, menuiserie et meubles, moulins à vapeur, quincaillerie, savons, un laminoir, etc.. Les négociants en vin, bois, grains et céréales y font d'excellentes affaires, et on y rencontre un syndicat de laiterie qui fait l'exportation du lait et du beurre. Le commerce et l'industrie ne sont pas uniquement con-
centrés à Szombathely. Quelques autres villes et petites communes présentent également une activité commerciale et industrielle très importante due souvent à leur situation géographique et économique ou à leurs ressources agricoles spéciales; il est utile de les signaler. Je citerai donc :
Kôszeg (G uns) (8.000 habitants), brasserie et malterie; fabrique de feutre, de drap et de toile; expédition de fruits; moulins à vapeur, tannerie; tissage mécanique.
Kezthely (7.000 habitants), brasserie, fabrique de savons, construction de machines, fonderie de cloches, ferronnerie, quincaillerie, corroierie.
Sârvâr (10.000 habitants), sur le Gûns, culture de tabac, fabrique de potasse, grand commerce de céréales, grains et fourrages, sucrerie, fabrique d'eaude-vie, fromagerie, et tuilerie de l'important domaine du prince de Bavière, fabrique de ferblanterie, fabrication de la soie de Chardonnet, minoterie municipale, construction de machines, usines électriques, etc..
Kormend (6.000 habitants), brasserie, fabrique de chicorée, de parquets, de serrurerie, tanneries, moulin à vapeur, commerce de laines.
Jânoshaza (4.000 habitants), sur le Marczal, tributaire du Raab, importante fromagerie du comte Erdôdy, commerce de laines et de tabac.
Keléd (400 habitants), distillerie agricole et raffinerie. •
COMITAT DE VAS 8l
Felso-Eor (3.500 habitants), fabrique de coutellerie et outils agricoles.
Pinkafô (3.000 habitants), sur la Pinka, affluent gauche du Raab, importante manufacture de couvertures et de tapis, tissage de lin, tanneries, scierie à vapeur, atelier mécanique de menuiserie, usines électriques, vignoble, source minérale.
Ikervâr (2.000 habitants), sur le Raab, moulin à vapeur du comte Battyâny.
Saint-Gothard et sa grande abbaye de Cirterciens, connue par la victoire remportée, en 1664, par les Français du comte de Coligny, qui rétablirent la bataille contre les Turcs, compromise par les Autrichiens sous les ordres de Monteccuculi, et sauvèrent Léopold de Habsbourg, lequel témoigna sa reconnaissance aux vainqueurs en les laissant mourir de faim.
On vient de voir que le Comitat de Vas est riche en florissantes exploitations agricoles et industrielles.
GOMITAT DE ZALA.
Aperçus géographique, ethnique, démographique et économique.
Je rappelle que ce Comitat se compose administrativement de treize arrondissements territoriaux, plus deux villes à conseil organisé. Pour régulariser le tracé géographique du Corridor, j'ai laissé, en dehors, les quatre arrondissements de Balatonfùred, Keszthely, Siimeg et Tapolcza. Ils représentent une population de 108.717 habitants, répartis sur une superficie de 314.382 arpents cadastraux. J'ajoute que ces arrondissements ont, actuellement, une population magyare ou magyarisée compacte, sans Allemands, ni Slaves. La partie du Comitat de Zala comprise dans le Corridor se compose donc des arrondissements suivants que j'énumère du nord au sud et de l'ouest à l'est : Zalaszentgrôt, Zalaegerszeg, Pacsa, Alsôlendva, Letenye, Nagykanizsa, Csâktornya et Perlak et les deux villes de Nagy Kanizsa et Zalœgerzeg. Tous les chiffres et les explications qui vont suivre se rapportent uniquement à cette région.
Elle est bornée, au Nord et à l'Ouest, par le Co-
mitât de Vas et la Styrie-Slovène ; au Sud par la Drava et le territoire de Murakoz (entre la Drava et la Mura) ; enfin, à l'Est, par le Comitat de Somagy et le Lac Balaton. Elle occupe une superficie de 727.453 arpents cadastraux (418.649 hectares), habités par 357.616 individus, dont 178.993 du sexe masculin et 178.623 du sexe féminin. Cette population est loin d'être homogène, les Magyars comptent pour 67 % de la population totale et les diverses nationalités vivent, chacune dans son arrondissement, comme dans des camps retranchés, absolument séparés.
Les Croates représentent plus de 90 % de la population des arrondissements de Perlak et de Csaktornya qui constituent l'îlot compris entre la Mura et la Drava (V. la carte n° 3, page 71). Ils forment environ 12 % de la population totale des arrondissements de Letenye (22) et de Nagykanizsa (23) répartis dans quelques communes où ils constituent presque l'unanimité de la population.
Les Slovènes comptent pour 42 % dans l'arrondissement d'Alsolendva. Ils sont concentrés au nom-
(22) Communes de Molnâri, Semjénhâza, Tôtszentmârton, Tôtszerdahely.
(23) Communes de Bajcsa, Fityehâz, Légrâd, Murakeresztûr.
bre de plus de 20.000 dans 28 communes (24) où ils constituent à peu près Vunanimité de la population, souvent même avec exclusion complète des Magyars. Cette localisation des Slovènes dans l'arrondissement d'Alsolendva n'a rien de surprenant lorsqu'on constate qu'il est limitrophe de la Basse Styrie. Je rappelle dans quelles proportions les Slovènes se trouvent dans les arrondissements styriens voisins (25) :
Maribor (Marbourg), 80,45 %; Windischgrâz 83,18 %; Gonobitz 90,31 %; Ljutomer (Luttenberg) 94,29 % ; Ptuj (Pettau) 96,03 % ; Celje (Cilli) 96,90 % ; Rann, 97,74 %.
En somme, d'après le dénombrement officiel exécuté par la Hongrie, les Croates seraient au nombre de 92.000, au minimum, et les Slovènes au nombre de 21.000, soit 113.600 Slaves dans le Comitat de Zola,
(24) Communes de Adorjânfalva, Alsôbesztercze, Bagonya, Bakônak, Belatincz, Cserfôld, Felsobesztercze, Filôcz, Harsliget, Kislippa, Kispalina, Kôzépbesztercze, Lendvaerdô, Lendvahoss-Zufalu, Lendvangires, Lendvarôzsavôlgy, Lendvaszentjozsef, Murabarâti, Murahély, Muramelencze, Murariv, Murasziget, Nagypalina, ôrszentvid, Tiiskeszer, Zalaivand, Zorkôhâza, Zsizskszer.
(25) Un journal de Ljubljana: Slovenec, 22 mai 1918, montre comment on falsifie la statistique en Autriche : « La statistique officielle autrichienne pour la Carinthie désigne une grande partie des villages Slovènes comme allemands. Pour cette raison, dans les localités d'une certaine importance, les Slovènes ont dénombré eux-mêmes la population et voici les résultats de cette statistique privée. (La suite p. 85.)
soit environ le tiers de la population totale. Il n'est pas douteux, comme je l'ai déjà dit, que ce nombre très important de Slaves n'est que le reliquat irréductible de ceux qui ont su résister à la magyarisation à outrance qu'on a pratiquée, per fas et nefas, sur la population autochtone. Ce qui le prouve, c'est que les Magyars ont subi l'influence slovène en ce qui concerne leur langue. Krek (26) fait remarquer qu' « ils ont en effet, emprunté aux Slovènes pannoniens, dont le niveau de culture était supérieur à celui des Magyars, une foule de mots, et, particulièrement, des mots relatifs à l'agriculture ». Il ne faut pas oublier en effet, qu'au IXe siècle, les Slovènes de Pannonie avaient leur centre principal dans le territoire qui est aujourd'hui le Comitat de Zala.
Slovènes d'après la Statistique
Officielle Privée
Nombres fictifs Nombres exacts
à Celovec (Klagenfurt) . . 1.779 8.185
Spital 66 2.472
Saint Vid 285 5.249
Volsperk 1.902 4.497
Ainsi, rien que dans ces quatre localités, on a fait disparaître plus de 16.000 Slovènes!
La Carinthie fut toujours le centre du peuple slovène, et c'est à Gosposdsveno Poljé près de Celovec (Klagenfurt) que le peuple choisissait ses chefs qui prêtaient serment devant le peuple en langue Slovène. »
(26) Ivan Krek: Les Slovènes (traduction française), p. 9.
Au point de vue démographique, la population comprend les groupes d'âges suivants: 30 % d'enfants de moins de douze ans, 16 % de jeunes gens de 12 à 19 ans et 27 % de 20 à 39 ans, 19 % d'adultes de 40 à 59 ans et 8 % de vieillards au-dessus de 60 ans.
Les célibataires de tous âges et des deux sexes sont dans la proportion de 55 %, les mariés, hommes et femmes, comptent pour 39 % et les veufs et veuves pour 6 %.
Les Catholiques romains sont en très grande majorité: 93 %, les autres cultes comptent seulement pour 7 % sur lesquels les Juifs et les réformés entrent chacun pour 3 % et les évangélistes de la Confession d'Augsbourg pour 1 % seulement. Il y a 13 % de Juifs dans la ville de Nagy Kanizsa et 6 % de réformés dans l'arrondissement d'Alsolendva.
Il est intéressant de constater que le nombre des individus sachant lire et écrire n'est que de 61 %.
Le Comitat de Zala est sillonné par les montagnes de Bakony et du Balaton. Il est arrosé par la Mur et la Zala. Le sol est ondulé et très fertile en grains, vins et fruits; on y élève un nombreux bétail, des chevaux et beaucoup d'abeilles.
Le chef-lieu du Comitat est Zala-Egerszeg; c'est une petite ville de 8.000 habitants, au milieu d'une région très riche en céréales. L'industrie y est peu
COMITAT DE ZALA 87
importante, on y trouve seulement une fabrique de chaussures et une autre de meubles.
On remarque encore la ville de Nagy Kanizsa avec 24.000 habitants. Placée sur la grande ligne de Budapest à Trieste et à Rieka, au croisement de la ligne de Wiener-Neustadt à Funfkirchen, elle est merveilleusement placée pour l'expédition des vins, grains et céréales, des bestiaux et des œufs. Elle est spécialisée dans le commerce du bois et la fabrication des articles de tonnellerie et notamment des douves. Elle possède des fabriques de ciment, machines agricoles, quincaillerie, distillerie, eau-de-vie, vinaigre, moulin à vapeur et une fabrique de touries de paille.
A signaler encore Csatornya (4.300 habitants), grand commerce d'oeufs, de grains, de légumes secs et fabriques de savon et de vinaigre.
Alsô'Domboru (3.500 habitants), grand commerce de bois. Alsô-Lendva (2.400 habitants), importante production de vin et de blé.
On vient de voir que le Comitat de Zala est surtout agricole et forestier; il se présente donc dans des conditions tout à fait favorables.
Après la démonstration que je viens de faire, il me paraît impossible de contester que les 220.000 Serbo-Croates-Slovènes qui peuplent la Marche slave sont l'élément autochtone qui domine la situation.
Je crois en avoir dit assez pour montrer qu'une voie de communication entre les Tchèques et les Yougoslaves constituera, pour les deux peuples, une route facile, sûre, économique et rapide de transactions commerciales et de rapprochements politiques d'un prix inestimable.
La justification de mon Corridor est donc faite définitivement. Son importance, en effet, est démontrée par cette circonstance qu'il satisfait, à la fois, l'idéal politique et l'intérêt pratique immédiat des Slaves du Nord et du Sud. Il est donc solidement basé sur les deux principaux mobiles des actions humaines.
Reste à examiner les objections qu'on a soulevées contre mon projet.
On a dit, tout d'abord, qu'il n'y a pas de Slaves dans le territoire interslave. J'ai montré qu'ils y sont, au contraire, très nombreux et qu'ils sont parfaitement
compacts : 75.000 Slovènes dans les arrondissements frontières de la Styrie-Slovène et 145.000 Croates répandus par groupes serrés, du sud au nord, savoir: 91.000 dans le Comitat de Zala, 15-000 dans le Comitat de Vas, 31.000 dans le Comitat de Sopron et 8.000 dans celui de Moson.
C'est déjà un argument probant; mais il en est un plus décisif encore et que je considère comme absolument péremptoire. C'est l'absence totale de Magyars et magyarisés et même d'individus connaissant la langue magyare, dans un très grand nombre de communes. Cela seul prouve, jusqu'à l'évidence, que la région n'est pas foncièrement magyare et ne fait pas partie du territoire national magyar.
Ils sont germanisés ou magyarisés, dit-on; donc, ils sont perdus pour la nationalité de leurs ancêtres...
C'est là un argument qui n'a pas cours en France et, particulièrement, dans les pays d'Alsace et de Lorraine. Pendant cinquante ans, la Germanie s'est appliquée, par les moyens les plus cyniques, à les dénationaliser et à leur démontrer que la force prime le droit. Rien ne put changer les sentiments de l'Alsace-Lorraine pour la France, qui est restée la Patrie de son cœur. L'Allemagne sentait bien qu'elle n'était pas aimée, il lui suffisait d'être crainte. Elle était persuadée qu'elle avait enfoncé si profondément son emprise dans la masse de la population, qu'elle pouvait être assurée d'être, pour jamais, maîtresse incontestée de sa victime.
Mais, un beau jour, l'Alsace-Lorraine fut enfin délivrée. Nous avons eu alors la joie et l'orgueil de constater que, pendant les cinquante années d'occupation allemande, jamais l'Alsace n'a oublié, un seul instant, la patrie française.
L'inébranlable fidélité de l'Alsace-Lorraine a éclaté à tous les yeux dans des manifestations spontanées et générales d'ardeur et de foi patriotique. Les Allemands, eux-mêmes, ont été obligés de reconnaître à quel point ils étaient méprisés et haïs.
Il en sera de même lorsque les populations du Corridor seront émancipées du joug magyar, au moins aussi odieux que celui des Germains. Nous verrons, également, éclater leur allégresse et se manifester la religion du souvenir et de l'amour de la patrie slave entretenue, comme une flamme sacrée, dans le sanctuaire du foyer familial. Nous assisterons à la faillite et à la condamnation du système politique d'oppression, de mensonge, de persécution de toutes les heures, imposé par les Magyars. Nous verrons, comme en Alsace, les enfants s'exprimer dans la langue des aïeux, en dépit de l'interdiction farouche de la parler dans les écoles.. Là encore, le Droit primera la force brutale.
Lorsque la liberté complète sera rendue aux populations d'affirmer, sans danger, leur véritable nationalité d'origine ethnique et de sentiment, les Slaves
y constitueront, certainement, partout une forte majorité.
Comme j'ai déclaré que la Marche interslave devait être prise entièrement sur le territoire actuel hongrois, quelques vigilants gardiens de la pure tradition internationaliste ont crié au scandale et ont traité mon projet de manœuvre impérialiste. Enlever, quoi que ce soit, à ces Anges de douceur, de droiture et de loyauté, même ce qui ne leur appartient pas, pour le restituer à ses légitimes propriétaires, n'est-ce pas, en effet, un crime sans nom?
Je ne m'émotionne pas pour si peu. Je dirai simplement que j'ai un tel respect du Droit des Nationalités de s'administrer elles-mêmes, que j'ai exclu de mon projet de voie de communication quatre arrondissements du Comitat de Zala où la majorité magyare m'est apparue certaine et compacte.
Je ne suis donc pas suspect d'impérialisme. Au surplus, je crois avoir suffisamment démontré que les Magyars ne sont point en majorité dans le Couloir et que le territoire qu'il occupera ne fait pas partie du domaine ethnique national hongrois (v. p. 35), un chiffre achèvera la démonstration.
Le Corridor était habité, en 1910, par 1.171.598 individus, sur lesquels on comptait 662489 personnes
déclarées Magyares, par le dénombrement officiel, soit une proportion de 56,5 % .
Les Magyars s'attribuent donc une majorité de 6,5 % ; ce n'est pas beaucoup, assurément, et cependant c'est encore trop !
Personne, en effet, ne fera de difficulté d'estimer à moins de 15 ou 20 % la proportion des non-Magyars enrégimentés, sur le papier, comme Magyars. Donc, les Magyars sont en minorité dans le Corridor.
C'est pour cela que, au cours de mes démonstrations, j'ai eu soin de faire une réserve sur le terme Magyar employé par la statistique officielle hongroise et que je me suis servi de la formule: Magyars et Magyarisés. Cette réserve est justifiée par les agissements bien connus des Magyars — dont il se font gloire du reste — pour assimiler, de gré ou de force, toutes les populations non-magyares, au moins sur le papier (v. p. 44). Par conséquent, la majorité de 6,5 % accusée par les chiffres gouvernementaux cache, à n'en pas douter, une minorité effective certaine.
Quant aux Allemands qui sont dans le Corridor, ils continueront à suivre la destinée politique des Comitats faisant partie de ce Corridor, comme ils feront en Bohême et ailleurs. Il suffit, en effet, de constater que les Magyars qui représentent l'Etat souverain dominateur, ne sont pas en majorité; ils perdent donc tout droit de se plaindre et de protester.
Il y a, enfin, un argument de bonne humeur et de bonne psychologie que je me permets de donner pour finir.
Il y a quelques jours, les agences télégraphiques mandaient de Vienne que le Conseil d'Etat de la nouvelle Autriche allemande avait voté une résolution affirmant sa ferme intention de réclamer au Congrès de la Paix l'annexion des Comitats de Presbourg, de Wiesselburg (Moson) et de Eisenburg (Vas). Ces Comitats lui appartenant, disait-il, géographiquement et économiquement et lui étant indispensables, notamment à Vienne, pour le ravitaillement.
Or, on sait que le Comitat de Presbourg dont la population est slovaque, en majorité, était jusqu'à l'écroulement de l'empire dualiste sous la griffe de la Hongrie. Quant aux Comitats de Moson et de Vas, ce sont de vieilles connaissances, car ils font précisément partie de notre Marche interslave et nous savons qu'ils étaient également sous la dépendance de la Hongrie.
Voilà donc les Magyars en compétition avec les Allemands au sujet du territoire de notre Corridor... Cela est bien fait pour nous mettre en gaieté !
La politique a souvent son troisième larron (tertius gaudens). Cette fois, ce sont nos bons amis slaves qui joueront le rôle et en auront le profit. Ils ne feront du reste que reprendre leur bien et je me
réjouis, à plein cœur, de la mine déconfite des deux pèlerins. Qui aurait la naïveté de les plaindre !
Voilà donc la pseudo-manœuvre impérialiste réglée sur le dos des Impériaux eux-mêmes.
On m'a objecté encore qu'un Couloir de 100 kilomètres de large était une bien faible barrière stratégique, difficile à défendre contre les Allemands et les Hongrois coalisés, si ceux-ci avaient, quelque jour, la tentation de le franchir et de s'en emparer par la force militaire. Il me sera facile de répondre qu'avec l'artillerie moderne, il est évident qu'il n'y a pas de frontière de toute sûreté, quelle que soit sa largeur. Je suppose, cependant, connaissant les Tchèques et les Yougoslaves, qu'ils ne laisseront tout de même pas sans défense ce Corridor qui leur sera si utile. Au surplus, il n'y a qu'à s'en rapporter aux relations que les Slaves ne manqueront pas d'entretenir avec la France et l'Angleterre pour se concerter sur les moyens de protection mutuelle, tant au point de vue économique qu'au point de vue militaire et autre.
On m'a demandé encore à qui appartiendrait les territoires du Couloir. Deux éventualités peuvent se présenter:
1° Le Corridor peut rester indivis entre les Tchèques et les Yougoslaves. Dans ce cas, il serait administré, après entente mutuelle entre les deux nations, et jouirait d'une autonomie relative sur des bases concertées;
2° Une attribution territoriale pourrait être faite à l'amiable. Les deux Comitats du Nord, c'est-àdire ceux de Moson et de Sopron, pourraient être attribués aux Tchécoslovaques et les deux Comitats du Sud, c'est-à-dire ceux de Vas et de Zala, aux Yougoslaves. De toutes façons, des conventions devraient régler l'utilisation de cette voie commune de communication et liberté pleine et entière de passage et de transaction devraient être assurée.
Je crois avoir répondu à toutes les objections soulevées par la création et l'utilisation de cette Marche slave qui apparaîtra, certainement, à mes lecteurs, comme facile à réaliser et d'une nécessité indiscutable.
Je suis bien tranquille sur la réussite de mon projet. Il est tellement naturel, tellement nécessaire, tellement équitable, qu'il ne peut moins faire que d'aboutir, un jour ou l'autre, pour le plus grand bien de tous.
Toute chose gagne à être faite en son temps. Il ne faut pas remettre au lendemain ce qu'on peut faire le jour même, a dit Franklin. Ce doit être la règle fon-
damentale de conduite des hommes d'Etat que de saisir le moment psychologique où une résolution doit être prise et mise en pratique.
Le Couloir devra être établi, normalement, au règlement de la Paix. Rien ne sera plus facile à cette échéance, alors que les Magyars devront payer les crimes nés de leur incommensurable orgueil. Ce serait un grand malheur si les Plénipotentiaires étaient des esprits faibles et à courte vue, des velléitaires, ne sachant jamais se décider, oscillant à tous les vents, fuyant les responsabilités et croyant avoir supprimé une difficulté parce qu'ils l'auront momentanément écartée. Si, enfin, tout en reconnaissant la nécessité du Couloir, ils en ajournaient, à plus tard, la réalisation, il faut bien savoir que cet ajournement serait une très lourde faute qui coûterait cher un jour. Il ne faut pas se dissimuler qu'elle pèserait sur la tranquillité de l'Europe entière, jusqu'à ce qu'elle ait reçu la solution indispensable qu'elle exige. Le Président Wilson disait, récemment, dans une admirable formule : « La guerre a des buts positifs et bien définis qui n'ont été créés par aucun homme d'Etat ou aucune Assemblée ou qui ne pourraient être changés par eux. Ces buts trouvent leur origine dans la nature même des conditions de la guerre, et tout ce que les hommes d'Etat et les Assemblées peuvent faire est de les atteindre ou de les trahir. » Le moment favorable aux traîtres est passé !
Souhaitons donc que les futurs Plénipotentiaires de la Paix soient des hommes avertis, à l'esprit viril, regardant bien en face et sans trembler, toutes les difficultés qui se présenteront à leur jugement. Il faut qu'ils aient la ferme résolution de résoudre complètement toutes les questions qui pourraient obscurcir l'avenir et le débarrasser de tous les dangers qui pourraient menacer la paix future.
Avec de tels hommes, la voie de communication entre les Tchèques et les Yougoslaves sera immédiatement constituée et l'avenir en montrera les bienfaits.
La voie de communication que je propose d'établir pour que la Tchécoslovaquie et la Yougoslavie deviennent deux Etats voisins ne se présente pas comme une question secondaire intéressant seulement ces deux Etats. Ce n'est pas un chemin de grande vicinalité que je demande de créer entre deux pays. Ce n'est pas seulement la route habituelle suivie par les invasions séculaires de peuples divers depuis l'époque romaine et préromaine jusqu'à celle des migrations bien connues des Slaves du Nord vers le Sud et réciproquement. Mon projet dépasse les questions locales; il vise plus haut et plus loin !
Il vise, au premier chef, les intérêts politiques et économiques européens, les intérêts des Alliés surtout. C'est une question d'orientation nouvelle de la politique commerciale de l'Europe dont il s'agit. Comme je le disais, déjà, en 1915 : « le Danube a été, de tous temps, la grande artère commerciale de l'Ouest vers l'Est; à un commerce latéral, on substituera un
commerce dans le sens longitudinal, du Nord au Sud » (27).
C'est la politique des Alliés opposée à celle des Allemands et des Hongrois. C'est le fléchissement de Tinfluence allemande dans le système des transports fluviaux et maritimes de l'Europe; c'est Hambourg diminué; c'est Dantzig relié à l'Adriatique. C'est un débouché maritime par Trieste et Riéka, et ferroviaire par la ligne du 45e parallèle et celle reliant Paris à Belgrade par la vallée du Pô et celle de la Sava, pour l'écoulement des charbons et des minerais des bassins de la Slovaquie, de Moravska-Ostrava, et des bassins polonais de Galicie, de Katovice et de Dombrova. C'est — comme le dit, très justement, M. François Hlavâcek, le très expérimenté directeur de la Section du Commerce extérieur à la Chambre de Commerce et d'Industrie de Prague — « la disparition de l'influence économique de l'Allemagne dans les Balkans et dans l'Europe centrale au profit des Alliés. C'est la ruine irrémédiable de la Mitteleuropa germano-magyare par le triomphe de la nouvelle Europe centrale slavo-latine » (28).
Que dirai-je encore? c'est l'abaissement obligatoire des tarifs des chemins de fer germano-touraniens
(27) L'Autriche et la Hongrie de demain, p. 1 17.
(28) Le réseau des chemins de fer interalliés et la ligne transversale de Pologne, Bohême et Yougoslavie. (Numéro d'octobre 1918 de la Revue : La France et le marché italien.)
par l'augmentation du fret à bon marché dans les ports de l'Adriatique.
Il s'agit donc bien d'une question européenne et même internationale de premier ordre qu'il faut trancher contre nos ennemis en vue d'augmenter nos garanties de paix.
Je ne connais pas et personne ne sait quels seront les Plénipotentiaires de la Paix. Mais je suis certain que les choses ne se passeront pas, comme il y a cent ans, au Congrès de Vienne, en 1815. Le temps est fini où Karl Hardenberg, Talleyrand et Metternich se conduisaient comme de vulgaires marchands de bestiaux, comptaient les têtes, puis, au gré de leur fantaisie, découpaient les territoires sans se préoccuper de la volonté des peuples. Cette fois, les peuples auront voix au chapitre et ne se laisseront pas faire. Les erreurs des diplomates peuvent avoir des conséquences aussi terribles que les plus grandes défaites militaires. Il faut donc veiller que les compétences soient entendues avec bienveillance pour qu'il n'y ait plus de nations subordonnées à d'autres. Si le malheur voulait que les espérances les plus légitimes des peuples opprimés fussent trahies, ils trouveraient bien le moyen de crier leurs volontés et de les faire respecter.
Le monde entier a le plus urgent besoin que toutes les questions posées par la guerre soient résolues par des solutions nettes et précises et non par des solu-
tions équivoques qui remettraient tout en question à bref délai. Au premier rang se place la création de la voie de communication interslave dont je viens de parler. La privation, pour la Serbie, d'un accès large et facile à la mer n'a-t-elle pas causé une gêne qui a lourdement pesé sur les événements.
Nous ne pouvons pas donner un port sur l'Adriatique aux Tchécoslovaques. Mais nous pouvons et nous devons leur faciliter un accès facile et indépendant à Trieste, à Riéka et à Split par un Couloir de communication dont ils organiseront l'utilisation, de concert avec leurs frères yougoslaves et au mieux de leurs intérêts communs.
Je n'ai ni dissimulé, ni esquivé les difficultés du problème; mais j'en ai montré la possibilité et l'utilité. C'est aux plénipotentiaires à en faire une réalité.
J'espère donc avoir démontré que le territoire de la Pannonie a toujours servi de voie de communication entre les populations slaves du Nord, c'est-à-dire les Tchécoslovaques et celles du Sud, c'est-à-dire les Yougoslaves.
Il n'y a donc pas d'objection fondamentale à ce projet, car, si ce territoire a été plus ou moins magyarisé, c'est l'œuvre d'une propagande méthodique à outrance relativement récente. Depuis une cinquantaine d'années à peine, on a changé les noms allemands ou slaves que ces régions ont portés pendant des siècles, pour faire croire qu'elles ont tou-
jours appartenu à la Hongrie. L'existence de nombreuses communes où le magyar est absolument inconnu et le nombre plus grand encore où il n'est pas en majorité, montre que c'est une langue de domination qui n'a pas de racines profondes dans le pays. Enfin la présence, sur ce territoire, de plus de 220.000 survivants slaves — de véritables rescapés — ayant résisté à toutes les tentatives d'absorption, de dénationalisation, conduites tantôt par la douceur, tantôt par la violence, donne la mesure de la force de résistance d'une population énergique, solidement attachée à la glèbe que lui ont laissée ses aïeux et qu'elle ne veut pas abandonner.
De même qu'il y avait un intérêt politique et ethnique de premier ordre à libérer les nations jadis opprimées par l'Autriche et la Hongrie, il y a un intérêt politique et économique absolument primordial à séparer les Allemands d'Autriche des Magyars à l'aide d'une barrière territoriale importante et solidement organisée.
Du moment que nos ennemis renient leur signature lorsqu'elle devient gênante et que, pour eux, nécessité n'a point de loi, il n'y a plus rien de stable dans les contrats des nations. Comment négocier avec des peuples pour qui les traités internationaux et le Droit des gens ne sont que de simples chiffons de papier? Il ne suffit pas de montrer à l'Allemagne par notre Victoire complète et absolue que « la guerre
fraîche et joyeuse », eût-on mis quarante ans à la préparer, ne réussit pas toujours. Il faut encore faire entrer cette persuasion dans sa chair même que la guerre ne peut plus être une industrie nationale fructueuse, qu'elle a cessé de rapporter et, de plus, qu'elle est une cause de ruine et de déchéance politique. Nous réclamons donc des garanties sérieuses. Y en a-t-il de meilleure que celle qui consiste à mettre nos ennemis dans l'impossibilité matérielle de troubler à nouveau la paix du monde? Il faut bien reconnaître que les garanties territoriales comptent parmi les plus efficaces. Il faut tâcher d'en trouver d'équitables pour qu'elles soient susceptibles de durer, et je répète que le Corridor présente cette qualité d'être juste et équitable au point de vue ethnique, d'être désirable au point de vue économique, d'être indispensable au point de vue de la sécurité européenne.
La Victoire n'est que fumée si elle n'assure pas après le succès dans la guerre, le succès dans la Paix.
Il ne faut pas se faire d'illusion. L'Allemagne, bien qu'amputée d'une vingtaine de millions d'habitants, présentera encore un élément de force redoutable. Et quand bien même il serait établi une pseudorépublique sur les ruines de la monarchie, on n'aurait pas entamé l'unité allemande plus solide que jamais, après les épreuves qu'elle a traversées. La force de l'Allemagne réside, comme on sait, dans l'énergie farouche, tenace, que rien ne rebute ni ne
lasse, de sa classe dirigeante. Elle tiendra toujours, dans sa main brutale, le troupeau populaire qu'elle ne laisse pas s'écarter du chemin qu'elle continuera à lui tracer. Depuis deux cents ans, ce peuple est habitué à être mené à la cravache; c'est un régime dont il ne peut se passer. Hobereaux ou Sozialdemokrates s'en serviront, à tour de rôle, pour leurs vues personnelles.
Si nous n'y prenons garde, la Hongrie, conduite, elle aussi, par ses magnats, taillés sur le patron des Junkers prussiens, continuera, malgré sa défaite, à essayer, sous le couvert de n'importe quelle forme gouvernementale, de faire cause commune avec l'Allemagne. Il importe donc de la couper de ses communications directes avec elle. Il n'y a qu'un moyen d'y parvenir, c'est de l'isoler à l'aide de mon Corridor.
L'éminent linguiste qu'est M. A. Meillet a compris, lui aussi, l'importance qu'il y a de faire communiquer les Slaves du Nord avec ceux du Sud. Dans un très remarquable article paru dans Scientia (29), le savant professeur du Collège de France s'exprime ainsi : « Les Tchéco-Slovaques, Polonais et Ruthènes, forment une série continue de l'ouest à l'est; les Slovènes et Serbo-Croates occupent la partie méridionale. Entre ces deux groupes s'étend, tout le long de la vallée du Danube, un domaine allemand à l'ouest,
(29) La situation linguistique en Russie et en Autriche- Hongrie par A. Meillet dans Scientia, 1918, p. 215.
magyar à Test, qui les sépare. C'est à peine si, sur un point, le Slovaque s'approche d'un chapelet de villages serbo-croates. Cette séparation a beaucoup favorisé la tentative d'hégémonie allemande que favorisait, plus encore, la division des populations slaves en plusieurs groupes, en partie mal unifiés. »
L'union des Serbo-Croates-Slovènes d'une part, leur communication avec les Tchéco - Slovaques et par eux avec les Polonais et les Ruthènes d'autre part, fortifient la digue slave qui s'opposera à la reconstitution de la ligne germano-touranienne.
Il faut bien comprendre, en effet, que l'alliance de la Tchécoslovaquie, de la Pologne et de la Yougoslavie sera pour nous un bloc ami et allié comptant 47 millions d'habitants, c'est-à-dire 6 millions de soldats contre nos ennemis. Les Tchécoslovaques et les Yougoslaves, notamment, seront des facteurs sérieux de tranquillité pour l'Europe. En poussant à leur développement économique, nous augmenterons leur puissance. Le Couloir nous permettra de dire au flot pangermanique : « Tu n'iras pas plus loin ! » Et les Slaves de répondre, comme nos glorieux poilus : « On ne passe pas! »