‹ De Prague à l'AdriatiqueChapitre 9 sur 12 · TOTAUX · texte numérisé non relu

TOTAUX

On voit donc que, malgré la rnagyarisation à outrance, malgré les dangers de l'affirmation par les Slaves de leur nationalité, malgré toutes les tricheries de l'administration hongroise, l'augmentation constante et progressive des Slaves n'a pu être méconnue. Voilà ce que les statistiques officielles ont été obligées de déclarer

J'ai dit, tout à l'heure, que 220.000 Slaves ont été recensés dans le territoire des quatre Comitats qui constituent le Corridor. Comment se décomposent-ils et où se trouvent-ils concentrés? La réponse est facile. Il y a peu de Serbes et de Slovaques dans le Corridor, les Slaves sont principalement des Croates et des Slovènes.

Les Slovènes, au nombre de 74.000 environ, sont localisés à la frontière de la Styrie, un peu au nord-

* Les Slovènes n'ayant pas été recensés à part dans le Comitat de Vas en 1850, manquent au total de ce Comitat.

est des arrondissements de Maribor (Marburg) et de Ljutomer (Luttenberg). On les trouve, en effet, dans le Comitat de Vas, au nombre de 51-000. Savoir : 1.000 dans l'arrondissement de Saint-Gothard et 41.000 dans celui de Muraszombat. Dans le Comitat de Zala, ils sont localisés, au nombre de 21.600, dans l'arrondissement d'Alsôlendva. (V. la carte 3, p. 70.)

Les Croates se trouvent un peu partout dans le Couloir, Ils sont au nombre de 8.000 dans le Comitat de Moson. Dans le Comitat de Sopron, ils sont 31.000, savoir : 11.000 dans l'arrondissement de Felsopulya; 10.500 dans celui de Kismarton; 4.200 dans celui de Sopron; 2.400 dans celui de Csepreg, et 2.000 dans celui de Nagymarton. Dans le Comitat de Vas, les Croates sont au nombre de 15.700 environ, savoir : 850 dans l'arrondissement de Felsor; 3.900 dans celui de Szombathely; 4.000 dans celui de Kôzseg; 7.000 dans celui de Némétujvâr. Enfin dans le Comitat de Zala, il y a 91.400 Croates, savoir : 4.100 Croates dans l'arrondissement de Letenye, 4.500 dans celui de Kanizsa; 41.200 dans l'arrondissement de Csâktornya, et 41.600 dans celui de Perlak. Soit, au total, 147.000 Croates, environ, dans le Corridor. Voilà ce que la statistique officielle ne peut pas nous empêcher de constater. Si l'exécution du dénombrement avait été sincère, si elle n'avait pas été faussée par la passion politique que les Magyars apportent dans toutes les questions qui touchent les

nationalités allogènes (7), il n'est pas douteux que le chiffre des Slaves aurait doublé. Car il faut répéter sans cesse que le sol de ce Couloir est celui de leurs ancêtres, et qu'ils y forment la vraie majorité ethnique.

Lorsque les Slaves pourront déclarer leur véritable nationalité sans s'exposer à des vexations quotidiennes, sans mettre en péril le pain, et même la vie de leur famille, on verra la magyarisation fondre et perdre sa clientèle, imposée par la violence, et la majorité slave triompher dans tout le Corridor-

Je crois avoir démontré, sans crainte d'être contredit, que, depuis dix-neuf siècles, la Pannonie existe

(7) Tous les Magyars, quelque soit le parti politique auquel ils appartiennent, aussi bien les démocrates du petit groupe d'Oscard Jaszy que les grands seigneurs, comme les Tisza, les Andrâssy et autres, sont pour les mesures les plus énergiques en vue de magyariser les populations slaves. Le moyen le plus immoral, et naturellement le plus recommandé, consiste à magyariser, avant tout, Técole. Le Budapesti Hirlap, du 31 mars 1918, dit : c< La première forteresse que nous voulons conquérir c'est l'école; car ce sont les écoles qui, jusqu'ici, ont couvert les aspirations des nationalités irrédentes. » Un autre journal, le Vilag, du 27 mars 1918, fait l'aveu suivant: « A peu d'exceptions près, les villes qui se trouvent dans les régions habitées par les nationalités sont magyares, non parce que de véritables Magyars s'y sont installés, mais parce que les habitants non Magyars se sont magyarisés ou, tout au moins, élèvent leurs enfants dans le magyarisme. » Comme il n'y a que les écoles magyares qui sont autorisées, les enfants sont bien forcés de les fréquenter. Et, dès qu'ils y sont allés, ils sont englobés comme Magyars, eux et leurs parents, dans la Statistique officielle.

presque à l'état autonome. Les Magyars ont tout fait pour l'absorber; j'ai prouvé qu'ils n'ont pu y parvenir.

La présence de ces 220.000 Slaves proclamant leur nationalité à la face des Hongrois; la présence des îlots sporadiques magyars et allemands et celle des magyarisés, plus nombreux que les Magyars euxmêmes; la persistance et la prédomination séculaire des Slaves sur certains points importants, toutes ces démonstrations font qu'on peut vraiment, sans arrière-pensée, songer à redonner la nationalité slave à cette terre qui l'a possédée depuis qu'il y a des Slaves en Pannonie, c'est-à-dire depuis au moins dix siècles. C'est là un titre de propriété contre lequel les prétentions magyares sont impuissantes.

J'arrive maintenant à la question économique, et je vais aborder plusieurs points :

A. L'importance du trafic commercial des Tchèques et des Yougoslaves qu'il s'agit de mettre en communication directe.

B. L'importance du Couloir au point de vue des facilités de communication qu'il donnera aux Tchécoslovaques et aux Yougoslaves, puisque c'est l'un des buts qu'il aura à rempir.

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