CROATES
/Croatie^Slavonie... 2.283.309 Divers lieux
en Hongrie 656.324
Dalmatie
Istrie
Divers lieux
en Autriche. . . .
Serbo-Croates w Polonais. .... ,5
Ruthènes . . . . g g Tchèques.... § g
Slovènes §
Autres Slaves K
Total 24.190.918
EXPOSE DE LA QUESTION
Mais mon enquête ne s'est pas bornée à ces constatations statistiques si importantes soient-elles. Je me suis également préoccupé de la manière dont on pourrait assurer une paix durable et équitable pour ces populations slaves.
On sait qu'elles ont réclamé et obtenu leur indépendance et tout montre qu'elles en sont dignes; qu'elles sont en état, tant au point de vue économique qu'au point de vue social et politique, d'assurer l'avenir et la prospérité de leurs nations respectives. Or, cette indépendance ne pouvait pas s'obtenir, à l'intérieur de la monarchie dualiste, par la création d'un trialisme en faveur des Tchèques, suivi bientôt d'un quateralisme en faveur des Yougoslaves et d'un quintilisme avec les Polonais! Ce ménage politique à quatre ou cinq, outre qu'il était impossible, eût été absolument grotesque.
Il existe, au Kunsthistorisches Hofmuseum de Vienne, un vase antique bien connu, qui serait, peutêtre, une des plus belles pièces de la riche collection céramique hellénique, si son authenticité était bien prouvée. Il représente Apollon, la poitrine ornée du Svastika sacré, conduisant le quadrige du soleil. Je n'ai jamais engagé l'empereur Charles à imiter Apollon. Je ne le voyais pas conduisant le char des Nationalités attelé de cinq chevaux fougueux tirant chacun de leur côté. Il avait déjà tant de peine à conduire son bige austro-hongrois, qu'il était à prévoir qu'il mor-
1() DE PRAGUE A i/ADRIATIQUE
drait la poussière avant la fin du premier tour de piste. C'est en effet ce qui lui est arrivé.
L'indépendance des Tchéco-Slovaques et des Yougoslaves ne put donc être obtenu qu'en se détachant de l'Empire des Habsbourgs. Cette opération apparaissait depuis longtemps aux hommes les plus qualifiés comme une chose fatale, non seulement pour la garantie absolue de la liberté des Slaves, mais encore pour la tranquillité de l'Europe.
Il faut avouer, cependant, qu'il existait et qu'il existe encore, de par le monde des alliés, un certain nombre de publicistes et de parlementaires auxquels les événements les plus nets et les plus suggestifs de ces quatre années n'ont rien appris. Ils ont placés, successivement, leur confiance d'abord dans la Turquie, puis dans la Bulgarie, inféodées toutes deux à l'Allemagne, bien avant la guerre. Pareils à des sirènes, ils se faisaient fort, grâce à la douceur de leurs propos, de ramener dans le camp des alliés ces fils prodigues Turcs et Bulgares. Les événements se sont chargés de les détromper. Ils se posèrent alors en fidèles amants des Germano-Magyars et croyaient, dur comme fer, au rôle bienfaisant et tutélaire de la double monarchie. Ils se déclarèrent prêts à sacrifier sans sourciller, nos amis Tchèques et Yougoslaves pour l'amour de l'Empereur Charles; car l'Europe libre, disaient-ils, n'avait pas intérêt à l'affaiblissement de l'Autriche qui ferait, plus tard, contrepoids à l'Allemagne.
EXPOSÉ DE LA QUESTION 11
A l'heure actuelle, ils n'en veulent pas démordre. Ils sont encore obsédés par l'idée de sauver l'Autriche, ou, du moins, ce qu'il en restera après que les Tchèques, les Yougoslaves et les Polonais auront constitué les Etats souverains et indépendants dont la France, l'Angleterre et les Etats-Unis ont officiellement reconnu l'existence. Ce sauvetage des vestiges de l'Autriche se présente sous un masque conciliateur qu'il faut combattre à visage découvert, sans se lasser et avec des arguments péremptoires. Car aujourd'hui, plus que jamais, nous ne devons pas laisser troubler la conscience publique et fausser la mentalité des Alliés. Il s'agit, tout simplement, du projet lancé par l'infatigable propagande pangermanique pour l'union de toutes les parties allemandes de V Autriche à VEtat allemand. Pour impressionner les personnes peu au courant des choses, on déclare que ces Allemands autrichiens sont au nombre de 12 à 15 millions, et on leur dit : « Allez-vous jeter cette masse dans les bras de l'Allemagne? Vous allez nous mettre dans une situation pire que celle d'avantguerre! Mieux vaut garder cette bonne Autriche qui, désabusée maintenant, fera échec et contrepoids à l'Allemagne. »
Examinons les choses à la lumière de la statistique.
J'ai dit (page 6) que le dénombrement officiel de
la population en 1910, accuse la présence de douze
millions environ d'Allemands, savoir :
Autriche 9.950266
Hongrie 2.037.435
Total 11.987.701
On frémit, à la pensée de cette redoutable cohorte de douze millions d'individus se réclamant de l'Etat allemand. Mais on commence à se rassurer lorsqu'on sait qu'ils constituaient, modestement, 35,58 % de la population de l'Autriche, et 10,4 % de celle de la Hongrie. En effet, ces 12 millions d'Allemands étaient répartis dans toute l'étendue de l'Autriche-Hongrie et ne constituaient des groupements compacts et importants que sur certains points très limités. En ce qui concerne l'Autriche, par exemple, voici le pourcentage des Allemands suivant les provinces :
Population §*§ c Provinces. Allemands. Slaves. (a) Autres. totale ^ 1.2
H.-Autriche. 840.604 2.489 9.913 853.006 99.69
B.-Autriche . 3.130.536 132.055 269.223 3.531.814 95.90
Salzbourg . . 208.009 415 6.313 214.737 99.73
Styrie 983.252 411.064 (b) 49.841 1.444.157 70.49
Carinthie... 304.287 82.701 (b) 9.212 396.200 78.61
Vorarlberg .. 126.743 295 18.370 145.408 95.36
Tyrol allem. 295.869 1.177 2.359 299.405 99.93
(a) Tchèques, Polonais, Ruthènes, Serbo-Croates. — (b) Slovènes.
EXPOSÉ DE LA QUESTION l3
J'ai eu soin de distinguer, dans la province autrichienne dénommée Tyrol, la partie allemande arrosée par Tlnn, appartenant, par conséquent, au bassin du Danube, de la partie arrosée par l'Adige et ses affluents, où 62 pour 100 des habitants parlent la langue italienne (96 pour 100 dans le Trentin (3).
Donc, les sept provinces véritablement allemandes que je viens de nommer sont les seules qui puissent constituer un Etat compact et homogène; elles contiennent exactement 5.889.300 individus de langue allemande. Disons 6 millions en chiffres ronds. C'est là, et là seulement, que pourra se former une nouvelle Autriche allemande, comme Ta manifesté l'Assemblée Nationale Constituante allemande tenue à Vienne.
Quant aux 4.060.966 Allemands, reliquat du chiffre global de 9.950.000 Allemands en Cisleithanie, ils représentent des individus dispersés un peu partout dans le reste de l'Autriche, et forment les deux groupes ci-dessous :