IX
et descendions dans la gare.
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Le Caire; l'hôtel Royal; la langue Arabe; les chiens; les enfants sans parents; panorama; la chibouqueet le narguileh. — Les Pyramides, la route qui y conduit ; ascension de Chéops; le Sphinx.; les Pyramides de Sakkara ; les esclaves.
A peine descendus dans la gare, nous nous empressons de nous assurer des voitures de place pour nous rendre aux hôtels, dont le choix n'avait pas été, cette lois, fixé d'avance. Mais pendant que je cherche mon compagnon d'un côté, pour ne pas nous séparer, lui me cherche d'un autre, si bien que nous nous trouvons à la fin seuls pour nous pourvoir d'un logement. Un jeune homme vient s'offrir de nous conduire, tout près de là, à l'hôtel Royal, tenu par un français, et où, assurait-il, nous nous trouverions fort bien. Il s'empare de nos petits sacs, et nous le suivons à pied.
Les rues offrent à peu près le même aspect qu'à Alexandrie, avec cette différence toutefois qu'elles sont beaucoup plus fréquentées ; la foule des voyous sales, déguenillés, criant, hurlant sans cesse, est ici beaucoup plus
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nombreuse. Les rues que nous enfilons sont aussi tortueuses et étroites, et presque toutes les fenêtres des maisons présentent un balcon à trois châssis faisant sallie sur la rue. Cette saillie des balcons couverts permet, au moyen des châssis qu'ils portent, d'intercepter le moindre courant d'air de la rue pour le faire pénétrer à l'intérieur, ou du moins pour rafraîchir les personnes qui viennent s'y reposer, lorsque le soleil ne les couvre plus de ses rayons.
Après environ dix minutes de marche, nous tournons à gauche dans une rue beaucoup plus large et plus propre, d'apparence tout européenne, où nous trouvons l'hôtel que nous cherchions. Le patron, M. Raymond, nous accueille avec une urbanité tonte Parisienne, et nous prête d'autant plus d'attention qu'il se trouvait froissé de ce que les autres membres de la caravane étaient passés devant sa porte, à lui français et catholique, pour aller descendre à quelques pas de là à l'hôtel d'Orient, tenu par un £rec schismatique. Il nous donne des chambres au deuxième, grandes et bien confortables, dont le prix, y compris la pension, serait de 10 francs par jour; ce qui nous parut fort raisonnable.
Nous nous empressons de prendre notre dîner et nous nous mettons de suite à la visite de la ville.
Le Caire, la capitale actuelle de l'Egypte, est une ville d'au moins 300.000 âmes, dont les indigènes mêlés aux Arabes, forment la majeure partie. Elle est située sur la rive droite du Nil, à quelques arpents seulement de sa rive. Sa partie opposée au fleuve est beaucoup plus élevée que le reste, reposant sur un plateau escarpé qui domine toute la ville. C'est là que se trouve la résidence du Khédive ou vice-roi, la citadelle, la fameuse mosquée de Méhémet Ali, si remarquable par ses marbres précieux, etc. Sa latitude est de 30° 3' Nord, et sa longitude de 28° 58' Est du méridien de Paris. Fondée dans le Ville siècle, elle fut la résidence des Califes Fatimites, qui gouvernèrent l'Egypte pendant plus de six siècles, alors que le Grand-Turc de Constantinople n'avait pas encore étendu son bras de 1er sur la côte Sud de la Méditer-
rannée. Elle reçut, comme Alexandrie, en 1798, la visite de Napoléon 1er, qui s'en empara pour les français qui y furent maîtres durant trois ans et demi. E:le n'est qu'a trois lieues de remplacement qu'occupait l'ancienne Memphis, sur la rive gauche du Nil.
La ville, telle qu'elle est aujourd'hui, se compose de deux parties bien distinctes: le Vieux-Caire ou les faubourgs qui sont tout-à-fait Arabes, et la ville nouvelle qui a un aspect tout européen dans ses constructions, moins toutefois ces dattiers qui projettent ça et là leurs stipes élancés au dessus des résidences, pour leur offrir l'ombre de leurs immenses parasols de palmes, et ces autres plantes tropicales qu'on rencontre dans les rues et places publiques : mûriers, sycomores, mélias, tamarins, acacias etc.
Mais si les constructions peuvent parfois nous reporter en Europe, les costumes et le langage des rues nous ramènent aussitôt en Orient. Bien qu'on nous réponde presque partout en français lorsque nous entrons dans les boutiques, de toute part, dans les rues, ce sont des sons sacca- __dés, o-utturaux, qu'on dirait souvent plutôt tirés des entrailles que de la poitrine, qui nous frappent les oreilles. >!• Singulier langage que cet arabe, qui exige un tel effort des poumons, qu'on croirait toujours les interlocuteurs fâchés lorsqu'ils s'échangent des paroles. On nous a rap- /) porté qu'un certain religieux s'était livré avec tant d'ardeur à l'étude de l'arabe, que par suite des efforts de poitrine qu'il ht constamment pendant plusieurs jours pour rendre exactement les sons de cette langue barbare, il contracta une fluxion de poitrine dont il mourut peu après.' Un peuple qui n'a que des aspérités, des bonds et des chutes dans sa langue, doit nécessairement posséder un caractère âpre, rude et grossier, sinon brutal. Telle était la conclusion à la quelle j'en étais venu, lorsque j'entendis une religieuse, de haute éducation et de fort bonnes manières, maniant la langue de Mahomet avec une délicatesse qui n'excluait pas une certaine élégance. Ces sons hachés, grinçants, qu'on ne croirait pouvoir s'échapper sans grand effort de la poitrine, revêtaient, en passant sur des lèvres féminines et françaises, une élégance qui
ne manquait pas d'un certnin charme. Jusque là j'avais
cru que les doux épancheinents, les tendr s effusions du cœur ne pouvaient se trouver chez ce peuple, vu que ces sentiments me paraissaient incompatibles avec son langage aussi bien qu'avec ses allures extérieures.
•l'avais iu quelque part que les chiens sont très nombreux au Caire, et qu'ils vivent libres dans les rues de ce qu'ils peuvent attraper par-ci, par là, sans connaître aucun maître. Je reconnus de fait que l'espèce canine a ici de nombreux représentants, qui dénotent, même par leur apparence extérieure, qu'ils ne sont guère soumis à la domesticité. Ou ne trouve pas chez eux cette variété infinie de taille, de couleur et de l'orme, que l'éducation a produite dans leur race ch< z les peuples plus civilisés. Ils sont tous de taille moyenne, très peu variés dans la couleur de leur robe, qui est d'un fauve pâle plus ou moins sale; le nez pointu, le poil assez long, les oreilles petites et droites, tout leur extérieur les rapproche beaucoup du renard et encore plus du chacal, qui, d'après les naturalistes, constitue leur souche primitive.
L'extrême liberté, comme il arrive aussi parmi les homme-, produit de même la licence chez ces hordes indicipliuées de la race canine, dont les rues seules constituent la patrie. Habitant un pays sans forêts, ce sont des sauvages que les nécessités de la vie rendent citadins sans pour cela les assnjétir à la civilisation.
~)La paix ne règne pas toujours dans cette république
sans los, on plutôt q i n'en connaît qu'une seule, celle du plus fort. Ce n'est pas chez eux comme chez l'homme, l'ait ri sacra faines qui constitue la pomme de discorde, mais bien le besoin pur et ;imple de l'estomac qui est encore plus impérieux. Les Hélènes sont d'ordinaire assez communes pour répondre à toutes les convoitises, mais il arrive aussi, souvent, qu'une carcasse de lapin ou de pintade qu'une maladie aura l'ait trépasser, devient un casus belli pour ces habitants des pavés. On les voit souvent aiors, r ngés en deux camps ennemis non pas se choi>ir de chaque côte des Horaces et des Curiaces pour livrer le combat, mais se confondre daus une mêlée générale, où