‹ De Québec à JérusalemChapitre 6 sur 17 · LEGENDE · texte numérisé non relu

LEGENDE

1 Crotte de la Sattrite du Sauneur

2 Lieu de la û'êehe oit fut de] :■■*: l'enfant Jésus après sa naissance-

3 Autel sur le lieu doit, les J/aoe<r. adorèrent le Jlv&tn En/ànt .

V Escalier aonuluisant de la basiliq-ue a la Grotte de lit JVaHuriée

5 Autel sue- le lieu tle la. S~alit?ite de JVatre Seigneur tlrsus-lsïrist .

6 lieu ou faillit une source miraculeuse pendant que la J,ee Famille Aabi • tait la Grotte de la S\ali&zle>.

7 Porte des Cnapelles souternunes .

6 Autel de S'AosepA.

9 Autel sus* le tombeau des S*?

Innocents .

10 Autel sur le tombeau de 9r Eusé&e .

11 Autel site- le- tomàecut de S*f* faute et Bustoehze

12 Autel sur le tombeau de S.t Jérôme

13 Chapelle dans h'anm&nzte osliuZe de S. Jérôme .

1^ Escalier donnant de* Au/pelles souéemune* a' l '/Ta lise , ï* i aMerine .

Grave- par fî llaaseemann et A. Simon

Pane Imp. Eectfue/

dont les travaux étaient tout récemment commencés,

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autrefois marcher uu moulin, aujouidam

étendue considérable de pays où elle répand la fraîcheur et la fertilité.

On voit à quelques arpents de là trois colonnes, restes d'une ancienne église, bâtie en cet endroit pour perpétuer le souvenir du baptême administré par S. Philippe.

En continuant par la même voie, on passe plus loin par Beit-Djalla, qu'on croit être l'ancien Gelmon, patrie d'Achitophel, l'infâme conseiller du rebelle Absolon, qui vint s'y pendre de désespoir. Ce village entouré d'une belle forêt d'oliviers, compte 3,000 habitants, dont 600 catholiques et le reste Grecs schismatiques. C'est là que le patriarche iatin de Jérusalem a son séminaire.

Peu avant d'arriver à Bethléem, la route traverse un cimetière musulman, au milieu duquel se trouve le tombeau de Rachel. C'est une construction d'une trentaine de pieds carrés surmontée d'une coupole, tenue en grande vénération par les musulmans et les Juifs. Les femmes y font des pèlerinages pour obtenir la fécondité.

On lit dans la Genèse que Jacob, revenant de la Mésopotamie, Rachel son épouse mourut à Ephrata, appelée Bethléem, après avoir donné naissance à Benjamin ; et que le patriarche fit ériger un monument sur le tombeau de son épouse. Et c'est ce monument, plusieurs fois restauré, qui aurait renfermé les restes de la mère de Benjamin.

Avant d'entrer à Bethléem, nous nous détournons un peu de la route pour aller visiter la citerne de David. On prétend que le pâtre Isaïe, père du roi prophète, avait sa demeure auprès de cette citerne, qui est entièrement taillée dans le roc. Ce fut aussi de l'eau de cette citerne que trois braves de l'armée de David lui apportèrent près de la grotte d'Odollam, pour répondre à un désir du grand roi, n'ayant pas craint de traverser l'armée des Philistins au péril de leur vie, afin de témoigner de leur dévouement à leur maître. Le roi, étonné de leur empressement, rejeta l'eau en disant : A Dieu ne plaise que je boive le sang de ces hommes, qui au péril de leur vie, m'ont apporté cette eau.

Pi était près de midi, lorsque nous pénétrâmes dans la cour des Pères franciscains, alors tout encombrée des pierres qu'on y accumulait pour la construction de leur nouvelle église, dont les travaux étaient tout récemment commencés.

La majorité de la population de la cité de David est catholique, aussi nous nous accordâmes tous à reconnaître dans la foule qui encombrait les rues, pour être témoin de notre arrivée, une physionomie toute différente de celle que nous avions rencontrée jusque là. Ce n'était plus le débraillement et les bouches voilées des musulmanes avec leurs yeux scrutateurs et effrontés, mais partout des visages découverts et riants, témoignant de la sympathie avec laquelle on nous recevait.

Bethléem a bien l'apparence ordinaire des villes orientales, cependant elle n'a pas ce caractère de deuil qu'on reconnaît à Jérusalem. A l'approche de la cité de David, d'où est sorti le dominateur des nations, c'est plutôt la joie qui s'empare du cœur que la douleur comme à Jérusalem. On se sent pénétré d'une émotion des plus agréables en entrant dans cette petite cilé, qui n'est pas la moindre parmi toutes celles de Juda ; cette cité d'où est sorti le soleil de justice qui a illuminé toutes les nations, Jésus-Christ notre Dieu, qui nous délivrant de la mort, nous a donné la vie éternelle. Il semble que l'atmosphère raisonne encore de ces paroles des esprits célestes qui se firent entendre ici autrefois à de pauvres gens du peuple, à l'âme droite et docile: "Gloire à Dieu, au plus haut des Cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté."

Bethléem est peut-être la seule ville de Terre-Sainte où il n'y a point de mosquée. La Croix ici a repris son ascendant sur le croissant.

Aussitôt que les chambres nous furent distribuées, nous descendîmes au réfectoire pour le dîner. Malheureusement le local se trouve trop petit pour notre nombre, et une douzaine sont obligés de se rendre à une autre chambre où l'on avait dressé une table supplémentaire. Il convenait que les plus jeunes allassent garnir cette nouvelle table ; mais comme le respect et les convenances pour le prêtre ne font plus guère partie du code de politesse française — j'aurai occasion de le noter encore plus tard — on associa à ces jeunes gens trois prêtres, et parmi eux le doyen d'âge de la caravane.

Bethléem était autrefois une ville fortifiée, mais Ibrahim Pacha, en 1834, fit disparaître les restes de ses fortifications en rasant le quartier musulman pour le punir de s'être révolté contre son autorité.

Bethléem (Ephrata) est une des plus anciennes villes de la Judée, puisque nous la trouvons déjà fondée 1740 ans avant

J. C. Une foule de personnages illustres sont sortis de son sein : Elimelech, Noémi, Booz, David, Joseph, l'époux de Marie, Ste Anne, et surtout le Sauveur des hommes. Bethléem le berceau de David et de Jésus ! l'illustre cité ne semble-t-elle pas renfermer les deux testaments ?

Bethléem est à 2538 pieds au dessus de la Méditerranée, par conséquent de 198 p. plus élevée que Jérusalem, qui n'en compte que 2340 au dessus du même niveau.

Elle est située sur une montagne s'étendant de l'E. à 0., presque en demi-cercle, et tout entourée de vallées fertiles et bien cultivées. Sa population est d'environ 5.500 habitants, dont 3000 sont catholiques, 1,700 Grecs, 700 Arméniens, 15 protestants et environ 100 musulmans. Ses habitants sont actifs et laborieux, leur principal commerce consiste surtout en objets de piété qu'ils confectionnent : chapelets, croix, écrins en nacre, etc., etc.

Presque aussitôt après le dîner, nous nous mettons à visiter la ville. Et tout d'abord nous voulons nous rendre à la grotte de la Nativité, que les chrétiens, depuis la naissance du Sauveur, viennent visiter de toutes les parties du monde. Je dis les chrétiens, je pourrais y joindre également les musulmans, car eux aussi tiennent cette grotte en grande vénération et vont y prier.

On peut se rendre à la sainte G: otte par deux voies différentes, l'une par l'église Ste Catherine qui est l'église paroissiale des latins desservie parles franciscains et faisant presque partie de leur couvent, et l'autre par la basilique de la Nativité. C'est par cette dernière que nous nous y rendons.

La construction de la basilique de la Nativité remonte à Ste Hetène. C'est nne vaste construction à 5 nefs, séparées par 4 rangées de colonnes monolithes de pierre rougeâtre imitant, le marbre. Ces colonnes sont surmontées de chapiteaux corinthiens. Ses murs étaient autrefois décorés de fresques et d'or ; on en voit encore des restes en certains endroits.

On est tristement impressionné en entrant dans cette superbe église, parce qu'à part le chœur qu'on a séparé par une cloison, elle sert aujourd'hui de marché, de place publique. Elle n'a pas de voûte, les poutres de la charpente sont à découvert.

Le chœur, qui est ainsi séparé du reste, sert d'église paroissiale aux schismatiques j mais les franciscains y ont droit

de passage. Ce chœur est exhaussé d'environ 2 pieds au dessus des nefs, et c'est sous cet exhaussement que se trouve la sainte Grotte.

Nous traversons donc ce chœur des Grecs, et prenons à droite un escalier qui par 5 marches nous conduit dans la Grotte, (a)

La Grotte (1), qui peut avoir 36 pieds de long sur 13 à 14 de large, ne reçoit de lumière par aucune ouverture, et n'est éclairée que par le grand nombre de lampes qui y brûlent constamment. Les parois sont recouvertes de tapisseries et la plafond est factice. Le pavé est recouvert de plaques de marbre, On voit à droite, en entrant, une abside terminant la Grotte du côté de l'E., et sur le pavé, au-dessous d'une table servant d'autel ( 5 ), une pierre de jaspe portant incrustée une étoile d'argent sur le bord de laquelle on lit :

Hic de Virgine Maria Jésus Christ us natus est;

Ici, Jésus-Christ est né de la Vierge Marie.

Oui ! c'est ici qu'a eu son accomplissement le plus grand événement dont la terre ait été témoin depuis son origine ! Evénement que Dieu lui-même annonça au premier homme qui sortit de ses mains créatrices, que les anciens patriarches ont désiré avec tant d'ardeur, que tous les prophètes ont annoncé, et que le peuple d'Israël a attendu avec tant d'impatience durant de longs siècles. C'est ici, c'est dans cette Grotte que le Créateur de l'Univers, revêtu de notre humanité, devenu notre semblab , s'est montré pour la première fois aux yeux de l'homme ! Abyme d'amour, mystère d'un anéantissement incompréhensible, confondant la sagesse des plus grands génies, condamnant l'orgueil des superbes, exaltant la simplicité et l'abjection des humbles, des pauvres !

C'est d'ici que cet enfant, dont les bras ne sont pas capables de soulever les langes qui les enveloppent, fera trembler Hérode jusque sur son trône. C'est ici qu'en compagnie du bœuf et de l'âne, il recevra les hommages des rois de la terre ses sujets. Aussi avec quelle douce émotion, les uns après les autres, nous nous prosternons pour appliquer nos lèvres sur l'étoile indiquant le lieu précis où le mystère s'est accompli!

Ici, comme au S. Sépulcre, les schismatiques sont parve-

( a) Voir le plan ci- joint.

nus à usurper sur les franciscains, les véritables possesseurs de ces sanctuaires, la plus grande partie de ces lieux que viennent vénérer les chrétiens de toutes les parties du monde.

Les latins peuvent célébrer dans la Grotte, non toutefois â l'autel de la nativité ( 5 ), mais seulement à. celui des mages (3 ) à quelques pieds de là, dans une grotte latérale, dans laquelle on pénètre en descendant deux marches. Cette seconde grotte est taillée dans le roc et revêtue de marbre comme la principale. Au fond se trouve un autel à l'endroit même où fut déposé le divin enfant après sa naissance i 2 |, là où il reçut les premières adorations des bergers qui veillaient dans la plaine.

Cette seconde grotte peut mesurer 7 à 8 pieds sur 4 à 6 de large. Près de son entrée se trouve l'autel des rois mages ( 3), le seul qui appartienne aux latins.

A l'extrémité de la grotte s'ouvre une petite porte ( 7 ) donnant dans an couloir qui conduit à diverses chapelles souterraines appartenant aux Pères franciscains, et à la suite desquelles se trouve l'escalier conduisant à leur église de Ste Catherine ( 14 ).

Avant de les parcourir, examinons d'abord un rond dans le pavé près du fond de la grotte (6j; c'est là que jaillit miracu. leusement une source qui servit aux besoins de la sainte famille tant qu'elle habita la grotte.

Ayant franchi la porte (7), nous trouvons bientôt à droite la chapelle de S. Joseph (8|. L'autel est dédié à la fuite en Egypte, que représente une toile rangée parmi les chefsd'œuvre, et qui fut peinte à Cologne. Ce tableau est recouvert d'un grillage en fil de fer pour empêcher qu'il ne soit détérioré par les schismatiques,qui passent dessus leurs mains pour les baiser ensuite.

De là, en descendant cinq marches, on pénètre dans la chapelle des saints Innocents (9). Cette chapelle est un peu plus grande que la précédente, et quoique taillée dans le roc, son plafond est soutenu au milieu par un énorme fut de colonne. D'après la tradition, bon nombre de mères, pour soustraire leurs enfants à la fureur des émissaires d'Hérode, se seraient réfugiées là, et c'est là qu'en leur présence on aurait massacré ces innocentes victimes. Le tableau de l'autel représente une scène de cet horrible massacre, et sous l'autel se trouve le caveau qui leur aurait servi de sépulture.

Prenant de là une direction au N., on enfile un étroit cou-

loir où l'on rencontre à droite l'autel de S. Eusèbe de Crémone (10), ce disciple de S. Jérôme qui vendit ses biens pour aider son maître à fonder un monastère à Bethléem, et qui, après lui avoir succédé comme supérieur, mourut au bont de deux ans et fut comme lui enseveli près de la crèche du Sauveur, en 492.

A l'extrémité de ce couloir, on pénètre dans une autre chapelle également taillée dans le roc, comme les précédentes. On rencontre d'abord à gauche un autel érigé sur le tombeau de Ste Paule et de sa fille Ste Eustochie (11). Issue de la noble famille des Gracques et des Scipions, Paule, après la mort de son mari, s'en vint à Bethléem avec sa fille où, sous la direction de S. Jérôme, elle fonda un couvent dont elle devint supérieure. Sa fille Eustochie lui succéda comme supérieure, et à sa mort, arrivée 15 ans plus tard, elle fut réunie à sa mère dans le môme tombeau. Un tableau nous montre les deux saintes d'une ressemblance parfaite avec seulement la différence d'âge pour distinguer la vierge de sa mère.

En face de cet autel, de l'autre côté de la grotte, se trouve le tombeau de S. Jérôme ( 12 ) ; et adossé à cette chapelle et lui communiquant par une porte basse, se trouva l'oratoire de S. Jérôme (12). C'est là que pendant 38 ans, cette lumière de l'Eglise se tint renfermé, consumant dans l'étude de l'écriture sainte et la défense du christianisme, les heures et les veilles que la direction de plusieurs monastères d'hommes et de femmes pouvait lui laisser libres. C'est là que le saint reclus croyait entendre continuellement résonner à ses oreilles la trompette de l'ange appelant les hommes au tribunal du souverain juge, et qu'effrayé au souvenir de ses infidélités, il saisissait un caillou et s'en frappait la poitrine jusqu'à en faire jaillir le sang.

S. Jérôme mourut en 420. On sait qu'il est l'auteur de cette traduction des livres saints connue sous le nom de Vuigâte que le saint Concile de Trente a déclarée canonique.

Il reste encore deux autres souvenirs de S. Jérôme à Bethléem, une salle dans le couvent des Arméniens où l'on prétend qu'il expliquait les saintes écritures, et que pour cette raison on appelle l'école de S. Jérôme ; et un oranger dans le jardin des Pères Franciscains, qu'on prétend avoir été planté par le saint. Je ne manquai pas d'en prendre une feuille pour mon herbier.

Pour nous retirer, nous revenons sur nos pas jusqu'à la chapelle des saints innocents, et tournant alors à gauche, nous prenons l'escalier (14) qui nous conduit dans l'église de Ste Catherine.

Un mot avant de quitter la grotte de la tactique qu'em ploient les schismatiques pour parvenir à s'emparer des sanctuaires que possèdent les Pères franciscains.

Sous un prétexte quelconque, ils font semblant de susciter une émeute, à la faveur de laquelle ils détruisent, détériorent ou enlèvent les objets appartenant aux Pères; et comme ces déprédations sont souvent sans ressource auprès des autorités Turques, l'or de la Russie surtout aidant, on remplace les objets soustraits par de nouveaux dont on reclame la propriété, et petit à petit on se rend à la fin maître du tout, d'où souvent même on réuissit à expulser complètement les catholiques.

Pas plus tard qu'en 1873, le 25 Avril, au moment où cinq franciscains étaient à prier dans la sainte Grotte, voilà que tout à coup les Grecs, au nombe de plus de 300, armés de sabres, de fusils et de pistolets, fondent dans le sanctuaire et se mettent à tout briser et à tout détériorer. Les lampes sont enlevées, les tableaux lacérés, les pièces de marbre déplacées, etc. Les franciscains veulent d'abord opposer une énergique résistance à ces actes de vandalisme, mais bientôt blessés et mis hors de combats, ils se retirent, et les enfants de Photius ont le champ libre pour exécuter leurs déprédations sacrilèges. Grâce aux énergiques représentations de l'ambassadeur français à Gonstantinople, on parvint à faire réparer les déprédations commises, mais les objets enlevés ne furent points restitués et aucune indemnité ne vint couvrir les pertes endurées. C'est la doctrine du fait accompli qui prévaut aujourd'hui dans la plupart des gouvernements qui n'admettent plus Dieu, qui ne comptent plus avec Dieu pour le gouvernement des peuples.

Il est facile de voir par l'examen des lieux, que la Grotte pouvait offrir à Joseph et à Marie, au refus des hôtelleries, si non le confortable, du moins un abri sûr pour la nuit, dans cette saison qui est assez rigoureuse à Bethléem, vu sa haute élévation, pour montrer assez souvent de la neige sur ses coteaux. Cette grotte est qualifiée d'étable, et de fait elle servait aussi de retraite aux animaux pour la nuit, comme on en voit encore d'autres dans le voisinage. Bethléem étant en

partie en amphithéâtre sur la montagne qui la porte, bQaucoup de maisons ont ainsi des grottes dans le rocher qui servent de dépenses aux propriétaires. Et qui sait aussi, comme le pensent de graves autorités, si cette grotte n'était pas un caravansérail, comme on n'en rencontre encore plusieurs dans ces contrées, où hommes et bêtes peuvent trouver un refuge dans leurs voyages. Quoiqu'il eu puisse être, s'il faut se garder de prêter à la grotte de Bethléem la forme que nous donnons à nos étables dans nos pays du Nord où le bois est si commun et les hivers si rudes, il n'en est pas moins vrai que le Sauveur des hommes est venu au monde dans un lieu nu, désert et pauvre, et que Marie et Joseph n'y ont trouvé qu'un peu de paille pour y déposer le divin enfant et l'haleine de deux animaux pour le réchauffer.

Les parties mobil-s de la crèche ont été transportées à Rome, à Ste Marie Majeure. C'est là qu'on les vénère en certaines solennités. Le divin enfant est représenté dans un berceau d'argent, couché sur de la paille d'or.

C'est aussi dans la même église que le corps de S. Jérôme, tiré de son tombeau de la grotte, a été transporté pour reposer près de la sainte-crèche.

Après notre visite de l'intérieur, nous nous mettons en marche pour aller visiter la grotte des pasteurs, qui est à environ un mille dans la plaine.

Comme nous voulons visiter en passant la grotte du lait et l'emplacement de la maison de S. Joseph, et que la route par cette voie n'est pas praticable à cheval, les moukres conduiront nos montures par l'autre route, au bas de la colline, pendant que nous ferons ces visites, et nous les prendrons ensuite pour continuer notre course.

La grotte du lait n'est qu'à quelques pas dans la ville du couvent des Pères franciscains. Nous pénétrons d'abord dans une cour, puis dans une autre, et nous nous trouvons en face d'une porte en fer à jour qui clôt la grotte du lait. Cette grotte irrégulière, a bien une trentaine de pieds, son plafond est soutenu par quelques piliers. On y voit un autel au milieu sur lequel les Pères franciscains viennent y dire la messe.

Cette grotte doit son nom à la légende qui suit :

Joseph averti par l'ange des cruels desseins d'Hérode, se retira précipitamment dans cette trotte avec Marie et le divin enfant, pour faire les préparatifs du voyage d'Egypte. Marie en allai-

tant l'enfant Jésus, aurait laissé tomber quelques gouttes de son lait virginal sur la pierre, et lui aurait communiqué par là la vertu de donner du lait aux nourrices qui en manquent, ou de le restreindre à celles qui souffrent de sa surabondance. De temps immémorial les femmes catholiques, schismatiques, turques, bédouines mêmes viennent prendre de la pierre de cette grotte, qui est crayeuse et friable, la'dissolvent dans de Peau pour l'avaler, et disent obtenir le soulagement qu'elles demandent à la Ste Vierge.

Nous prenons ensuite un sentier pour desceddre la hauteur sur laquelle est située la ville. Environ à mi-descente, on nous montre, sur un petit plateau dominant la plaine, l'emplacement de la maison de S. Joseph, où il y avait autrefois une église dont on voit encore une partie de l'abside taillée dans le roc.

Quelques-uns prétendent que S. Joseph n'hérita de la maison de son père qu'après son retour d'Egypte, et d'autres veulent qu'il en fût possesseur avant môme la naissance du Sauveur, mais que louée à cette époque, le locataire n'aurait pas vonlu le recevoir avec son épouse, lors de leur arrivée pour se faire enregistrer.

L'emplacement est aujourd'hui libre et inoccupé.

En soulevant une pierre parmi les décombres, je découvris une Scolopendre d'une taille gigantesque, proportionnellement à toutes celles que j'avais vues jusque là. Elle ne mesurait pas moins de 5 pouces de longueur. Je ne manquai pas de la capturer pour mon musée.

Arrivés au bas de la montagne, nous prenons nos montures qui y étaient déjà rendues, pour continuer notre course dans la plaine.

Nous passons Bientôt devant Beit-Sahour, village assez bien bâti sur une petite colline pierreuse. On croit que c'était là que résidaient les pasteurs auxquels les anges annoncèrent la naissance du Messie. Ce village a une population d'environ 600 âmes, dont 100 catholiques à peu' près, le reste étant des Grecs avec des musulmans. Un prêtre français, du diocèse de Lyon, d'un dévouement peu commun, est parvenu à fonder là, à force de sacrifices et de privations, une petite paroisse catholique qu'il administre avec un zèle des plus édifiants. M. l'abbé Morétain s'estime toujours heureux de recevoir les pèlerins qui veulent bien le visiter en passant.

La citerne de la Ste Vierge est ce qu'il y a de plus intéressant à visiter dans ce village, par ce qu'elle se rapporte à une légende bien édifiante. La Ste Vierge, un jour passant par là, aurait demandé à boire à un homme qui y puisait de l'eau, et l'inhumain, sans lui offrir le vase dont il faisait usage, aurait répondu: bois. Marie se penche alors au dessus du puits, et l'eau, ô prodige ! s'élève aussitôt jusqu'au bord de la margelle, pour reprendre son niveau aussitôt que la mère de Dieu se fut désaltérée.

Plus loin nous passons devant un champ bien cultivé, ce champs est celui de Booz, où RuthlaMoabite venait glaner des épis que les moissonneurs, par ordre de leur maître, laissaient tomber à dessein. On sait que Ruth devint ensuite l'épouse de Booz et la mère d'Obed qui fut l'aïeul du roi David.

A quelques arpents plus loin, nous arrivons à nne espèce de verger entouré d'un mur en pierre sèche et presque tout planté en oliviers. C'est à l'extrémité de cet enclos que se trouve la grotte des pasteurs ; c'est-à-dire que c'est là que les bergers qui veillaient à la garde de leurs troupeaux, entendirent la voix de l'ange leur annonçant la naissance du Messie.

" Or, il y avait auprès, dans la plaine, des bergers veillant à la garde de leurs troupeaux. Tout à coup une grande lumière frappa leurs regards. Ils furent saisis de crainte. Mais un ange se montrant à eux, leur dit : ne craignez point; c'est que je viens vous annoncer une grande nouvelle. A l'heure même, ce Messie que vous attendez depuis si longtemps avec tant d'impatience, vous est né dans la cité de David. Voici la marque à laquelle vous le reconnaîtrez : Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. C'est cet enfant qui est le fils de David, le Messie que vous attendez, celui qui doit vous délivrer de vos ennemis." Puis une foule d'autres anges se joignant à celui qui venait de parler, ils s'enlevèrent dans les airs en chantant: " Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne vo* lonté."

Lorsque les anges se furent retirés dans le Ciel, les bergers se dirent l'un à l'autre : allons nous enquérir de ce qui vient de nous être annoncé. Puis traversant la plaine, ils gravissent la montagne, pénètrent dans la grotte, et trouvent le divin Enfant avec Marie sa mère, et se prosternant à ses pieds, ils lui offrent les premiers leurs adorations. Puis s'en

retournent comblés de joie et de consolation et proclamant partout les merveilles dont ils venaient d'être témoins.

Les rois et les grands reposent au sein de la mollesse et de Faisance ; les prêtres et les docteurs de la loi qui scrutent les écritures, sont plongés dans le sommeil ; les sacrificateurs mêmes du temple jouissent du repos de la nuit, 'pendant que s'accomplit l'événement qu'ils appelaient de leurs désirs les plus ardents, et c'est à de pauvres et simples bergers, que la nouvelle en est en premier lieu donnée, c'est eux qui sont appelés avant tous les autres à aller présenter leurs hommages à leur roi et à leur Dieu. 0 douce et belle simplicité de rtiomme des champs, que ton humble vie est précieuse et estimable, puisque le Seigneur prend soin lui-même de te distinguer ainsi ! Qui pourrait ne pas te rechercher et demeurer insensible à tes charmes 1

Ste Hélène axait fait construire une église avec un couvent à cet endroit même, et jusqu'en 1818 que les Grecs s'emparèrent de ce sanctuaire, les franciscains y faisaient des offices. C'est même par eux qu'ont été plantés les oliviers qu'on voit encore dans l'enclos.

La chapelle actuelle des Grecs est une chapelle souterraine dans laquelle on descend par 21 marches. On croit que c'est la crypte même de l'église construite là par Ste Hélène.

Nous reprenons nos montures à la porte de l'enclos et en moins d'une demi-heure, nous sommes à la porte du couvent des franciscains.

Nous n'avons pas été peu surpris, en remontant la montagne, de trouver une bande de gamins, grimpes dans des figuiers qui bordent la route, pour manger les fruits encore tout verts et nous en offrir dans l'espoir d'en retirer quelques paras. Partout en Orient c'est un sans-gêne dont on a peine à se faire une idée dans nos pays, où la propriété est si recherchée et si rigoureusement conservée. On dirait qu'ici chacun est maître partout. Si ces allures extra-libérales peuvent parfois avoir quelques inconvénients, il faut reconnaître que souvent aussi elles sont fort accommodantes. C'est en vertu de cette liberté d'action presque illimitée, dès qu'elle ne devient pas nuisible notablement, qu'on peut faire le chemin de la Croix dans les rues de Jérusalem, même en s'agenouillant, sans qu'on nous moleste en aucune façon, et souvent même sans qu'on nous remarque.

Ceux qui ne se trouvent pas trop tourmentés parla fatigue et qui ne s^ proposent pas de faire le voyage d'Hébron, gardent leurs moutures pour aller visiter de suite la Fontaine scellée (Fons signatus), le jardin fermé [Hortus conclusus) et les vasques de Salomon qui sont à environ quatre milles de Bethléem.

La descente de la colline sur laquelle est bâtie Bethléem est fort raide de ce côté, plusieurs préfèrent l'opérer à pied ; le chemin à la suite est aussi tortueux et difficile.

Nous rencontrons, comme sur la route de Jaffa, une tour ou corps de garde où se tiennent quelques soldats pour garder les eaux et la route d'Hébron.

A quelques arpents plus loin, nous apercevons la construction qui surmonte la fontaine scellée, ainsi nommée par ce qu'étant fermée, tout le monde ne pouvait y pénétrer. Une bougie à la main, on descend par un escalier de 26 marches dans une chambre souterraine, voûtée à plein ceintre ; au milieu de cette chambre est un bassin où l'eau vient se jeter et d'où elle s'échappe par un aqueduc. A cette première chambre en est adossée une seconde dans laquelle les eaux les plus limpides s'échappent du rocher pour se réunir dans le bassin de la première, et ainsi réunies, prendre l'aqueduc pour passer par Bethléem et parvenir jusqu'à Jérusalem, à la mosquée d'Omar, distance d'environ quatre lieues.

On regarde comme des merveilles de l'art les aqueducs actuels de nos villes, qui vont chercher les eaux à quelques milles de distance. Que doit-on donc penser de cet aqueduc dont la construction remonte a plus de 3,000 ans, et qui ne mesure pas moins de quatre lieues, à travers des montagnes et des vallées sans nombre, et par un niveau changeant à chaque instant ? Ici c'est le roc vif qui est creusé pour escalader une hauteur, et là des ouvrages considérables eu maçonnerie pour protéger le conduit contre la pression des eaux dans les vallées et les dépressions. Cette pression, extraordinaire en certains endroits, nécessite de fréquentes réparations, mais le conduit n'a jamais cessé depuis plus de 30 siècles, de fournir son eau à Bethléem et à Jérusalem. Oh! avec ses richesses et la sagesse qu'à sa demande le Seigneur lui avait accordée, c'était encore un homme de génie que le fils de David !

A peu de distance et un peu plus bas, se trouvent les vasques ou étangs de Salomon. Ce sont trois immenses bassins se déversant l'un dans L'autre sur le flanc d'une montagne,

destinés à recueillir les eaux durant les pluies. Dans ces pays du soleil, où les sources sont d'ordinaire peu communes, on se sert, dans les villes, des terrasses des maisons pour recueillir les eaux durant les pluies et les conserver dans des citernes profondes taillées dans 1j roc. Mais dans les campagnes, n'ayant pas cette ressource, on ne peut recueillir les eaux qu'en construisant des bassins ou vasques sur les endroits en pente pour pareillement les conserver dans des citernes.

Les vasques de Salomon devaient être une merveille dans leur temps. Ce sont de vastes bassins de 200 à 300 pieds sur 20 à 30 de profondeur en partie taillés dans le roc et en partie soutenus par des murs d'une solidité à toute épreuve, construits avec des pierres énormes. Ils étaient d'abord destinés à fournir des eaux au jardin du roi {Hortus concluses) et à se réunir aussi à celles de la fontaine scellée pour l'alimentation de l'aqueduc.

Le jardin fermé (Hortus conclusus) qui faisait les délices de Salomon, est à environ un mille et demi plus loin. Ou est tout étonné de rencontrer tout à coup, au milieu de ces montagnes pierreuses, une vallée à végétation luxuriante, avec une culture si soignée. C'est que la chaleur concentrée de l'endroit, jointe à l'humidité qu'entretiennent les eaux, permet de faire jusqu'à cinq récoltes de légumes dans la même année. Aussi arbres fruitiers, légumes, fleurs, tout dénote-t-il une vigueur de végétation tout à fait extraordinaire.

Le jardin fermé est aujourd'hui la propriété d'un M. Meshullam, autrefois juif et maintenant protestant, qui est en frais de se faire une fortune uniquement avec les cultures de son jardin.

Le jardin fermé se trouve au pied d'une colline célèbre dans i'écriture, c'est celle d'Etam.

Après la division entre Roboam et Jéroboam des royaumes d'Israël et de Juda, le roi de Juda fit construire la ville d'Etam sur la colline de même nom. Cette ville est aujourd'hui remplacée par le village d'Eurtase, qu'Ibrahim Pacha fit raser en 1834, par ce que ses habitants se refusaient à payer le tribut.

C'est dans une grotte de cette colline que se réfugia Samson après avoir incendié les blés des Philistins dans la plaine de Saron. Les Philistins ayant menacé les Israélites de saccager leur pays s'ils ne teur livraient Samson, celui-ci consentit à se laisser lier pour être livré. Mais arrivé au milieu des ennemis,

il rompit les cordes neuves avec lesquelles on l'avait garotté, et saissant une mâchoire d'âne qui lui tomba sous la main, il en tua mille Philistins et mit le reste en fuite.

Nos visites terminées, nous reprenons nos montures pour rentrer directement à Bethléem.

Arrivés à la porte du couvent, nous allons de suite visiter l'établissement de Don Belloni, qui n'est qu'à quelques pas plus loin.

Don Belloni est un ancien prêtre, chanoine du S. Sépulcre qui tient à Bethléem un orphelinat et une espèce de collège industriel sur un très bon pied. Il possède aussi dans la campagne une ferme considérable qu'il fait exploiter en partie par ses orphelins, pour les initier à la pratique de l'agriculture et les habituer à une vie régulière de travail et d'économie.

Son collège, d'érection toute récente, et dont il projette des agrandissements tout prochains, présente déjà une construction considérable. Nous ne fûmes pas peu surpris en arrivant d'être reçus par une fanfare formée par les élèves du collège et de l'orphelinat. Leur bonne tenue, leur mise soignée, leurs manières policées, contrastaient étrangement avec les allures de ceux de leur âge que nous voyions partout courir les rues.

Nous trouvâmes aussi réunis là les membres de la Société S. Vincent de Panl que ceux de notre caravane, faisant partie de la même société en France, avaient invités a s'y rencontrer, pour se faire communication de leurs œuvres et opérations réciproques. Oh ! quelles sont admirables les œuvres catholiques, qui nous tont trouver des frères, animés de la même charité, poursuivant le même but, dans tous les pays du monde, jusque parmi les bédouins du désert! Si la langue est souvent impuissante pour se faire comprendre, les yeux parlent en son lieu, et la communauté de sentiments sait se faire comprendre du cœur.

A 5 h., nous assistons dans l'église Ste Catherine à un salut solennel du S. Sacrement qui remplace les vêpres pour le peuple dans ces contrées, puis nous passons au réfectoire pour terminer par le souper une journée de visites qui n'en cédait en rien à celles qui l'avaient précédée en intérêt et en précieux renseignements.

Bethléem, lundi 4 Avril.— Gomme il n'était pas possible que tous les prêtres de la caravane célébrassent à l'autel des mages,

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dans la grotte de la Nativité, je choisis celui de S. Jérôme sur le tombeau même du grand docteur

A 7h., nous reprenons nos montures pour opérer notre retour à Jérusalem.

Nous repassons devant le tombeau de Rachel, et un peu plus loin nous laissons à gauche un établissement considérable couronnant une hauteur, c'est l'Hôpital des Chevaliers de S. Jean, sur la hauteur de Tantoure. Cet hôpital est sous le protectorat de l'empereur d'Autriche.

Presque vis-à-vis, de l'autre côté de la route, se trouve le champ des pois chiches, dont le nom se rapporte à une double légende.

Les uns veulent que ce soit ce champ qui ait produit les pois chiches dont se servit Jacob pour ravir à son frère Esaû son droit d'ainesse.

D'autres prétendent qu'un jour Notre-Seigneur passant par là, vit un homme qui semait des pois.— Que sème-tu là, lui demanda le Sauveur ? — Des pierres, répondit l'homme en se moquant de lui. — Et bien, tu moissonneras des pierres. — Et le temps de la moisson arrivé, l'homme ne trouva dans son champ que des petits cailloux ayant la forme de pois chiches.

Les mômes cailloux en auraient-ils produit d'autres, d'année en année, ou le moissonneur aurait-il négligé de les recueillir avec soin, toujours est-il que le champ en est encore passablement garni.

Un peu plus loin, nous passons devant le couvent des Grecs schismatiques de S. Elie, Mar-Elias, que nous laissons à droite. Ce couvent est bâti sur les ruines de celui qu'Héraclius avait érigé là au Vile siècle.

De l'autre côté du chemin, vis-à-vis le couvent, on voit dans la. roche, presque à fleur de terre, l'empreinte du corps du prophète Elie, qui est encore bien distincte.

Le prophète Elie ayant fait mettre à mort les prêtres de Baal, la reine Jézabel promit de s'en venger. Il prit donc la fuite et vint en ce lieu où il se coucha pour se reposer sous un génévier. Pendant son sommeil, voila qu'un ange du Seigneur l'éveille et lui dit : "Prends et mange." Elie regarde, et voit près de lui un pain cuit sous la cendre et un verre d'eau. Il man tre, boit et s'endort de nouveau. L'ange l'excite une seconde fois et lui dit : ''Lève toi et mange, car il te reste un

grand chemin à faire." Elie se leva, laissant l'empreinte de son corps dans le rocher, mangea et but, et fortifié par cette nourriture, il marcha pendant 40 jours et 40 nuits jusqu'à Horeb, la montagne de Dieu.

De ce point on voit Bethléem et Jérusalem ; la route entre les deux villes est bien meilleure que toutes celles que nous rencontrons ailleurs, aussi est-elle praticable pour les voitures.

Nous passons à gauche devant l'endroit de la rencontre de l'ange avec le prophète Habacuc. Le prophète s'en allait porter à manger à des moissonneurs, lorsqu'il rencontra un ange qui lui dit : "Portez ce que vous avez là à Diniel qui est dans la fosse aux lions, à Babylone. — Seigneur, dit le prophète, je ne connais pas Babylone, et ne sais où est cette fosse." LTange le prenant alors par les cheveux, le transporta à la façon des esprits à travers les airs, à Babylone, au dessus de la fosse où se trouvait Daniel au milieu des lions. Habacuc s'écria : '' Daniel, serviteur de Dieu, voici le dîner que le Seigneur vous envoie." Il laissa tomber son dépôt, et l'ange le ramena aussitôt à l'endroit où il l'avait enlevé.

A quelques arpents plus loin, on voit à droite, sur le bord du chemin, le puit des mages.

Les maires, en entrant à Jérusalem, avait vu disparaître l'étoile qui les avait guidés jusque-là. Mais après leur entrevue avec Hérode, ayant repris leur chemin, ce serait a cet endroit, d'après la tradition, que l'étoile leur aurait apparu de nouveau pour les conduire jusqu'à la crèche.

Ce pnits n'est pas une source proprement dite, mais une citerne qui s'emplit de l'eau des pluies qu'elle retient.

Noue entrons bientôt dans la vallée de Raphaim qui est fertile et assez bien cultivée. C'est la que David battit deux fois les Philistins.

Il y avait autrefois tout près de la route, non loin d'ici, un térébinthe qu'on tenait en grande vénération, parce qu'on prétendait que la Ste Vierge s'était reposée sous cet arbre lorsqu'elle se rendit au Temple avec son divin fils pour la cérémonie de la Purification. Le propriétaire du champ le fit couper, pour empêcher que les pèierins, dans leurs visites, n'endommageassent ses moissons.

Enfin à une vingtaine d'arpents plus loin, laissant à droite ie mont du Mauvais-Conseil, et à gauche la cité ouvrière de Monteûori, nous pénétrons dans la ville par la porte de Jaffa.

Visite plus particulière au S. Sépulcre. — Chapelle d'Abraham.— Chapelle d'Adam, de S. Longin, de Ste Hélène, de S. Jean, de l'Invention de la Ste Croix. — Messe à la Flagellation. — Visite aux tombeaux des rois. — Messe à l'Ecce-Homo. — Départ pour la mer morte.

Jérusalem, mercredi 6 avril. — Arrivés le 4 à midi de Bethléem, nous consacrons l'après-midi à visiter plus en détail les chapelles de la basilique du S. Sépulcre et quelques autres qui lui sont contiguës.

Le parvis de la basilique est entouré sur ses trois faces de chapelles appartenant toutes aux schismatiques, à l'exception de celle de Notre-Dame des Sept-Douleurs. Toutes ces chapelles ont été enlevées aux latins, ou construites sur les débris de celles qu'ils y possédaient auparavant. Mais aucune ne renferme rien de bien remarquable, soit sous le rapport de l'architecture ou de la décoration, soit par les reliques dont elle a la garde.

Les Grecs, les Arméniens et les Cophtes se partagent ces différentes chapelles.

Toutes celles du côté gauche appartiennent aux Grecs (a). Ce sont la chapelle de S. Jacques (2), celle de S. Jean et de Ste Marie-Madeleinp (3), celle des 40 martyrs (4). Gomme aucune ne présente d'intérêt particulier, nous nous dispensons de les visiter.

La construction (5) la plus rapprochée de la basilique, est

(a) Voir le plan.

un reste de l'ancien clocher que les croisés avaient fait ériger là ; on a été obligé plus tard d'en abattre la partie supérieure pour éviter les accidents qu'auraient pu causer les pierres qui s'en détachaient.

Si nous portons maintenant nos pas vers la droite, nous trouvons d'abord le couvent de S. Abraham (6) qui appartient aux Grecs. Nous passons par un couloir peu éclairé et gravissons un escalier pour entrer dans l'église des 12 Apôtres qui se trouve au dessus de ce couvent. Cette église, assez bien entretenue, n'a rien de particulièrement remarquable. On nous montre, à côté, la chapelle du sacrifice d'Abraham ; les Grecs prétendent que ce serait là que le père des croyants se serait disposé à immoler sou fils. De graves autorités cependant s'opposent à cette tradition. Deux fresques sur les murs nous montrent : l'une Loth fuyant de Sodome que consume le feu du ciel, et l'autre les préparatifs du sacrifice d'Isaac. L'endroit précis où aurait, été préparé le sacrifice est indiqué par une mosaïque dans le pavé portant un vase en argent devant lequel on brûle des cierges.

Vient à la suite du couvent Grec, la chapelle Arménienne de S. Jean (8), puis celle de S. Michel (9), qui appartient aux Cophtes.

En avant de cette dernière se trouve la toute petite chapelle de Ste Marie l'Egyptienne, qui appartient aussi aux Grecs. Le miracle opéré sur le lieu môme en faveur de cette grande sainte mériterait bien qu'on en distinguerait davantage l'endroit.

0:i sait que la pécheresse Marie s'était embarquée à Alexandrie avec .les pèlerins qui s'en allaient à Jérusalem vénérer la vraie Croix, qu'Héraclius avait reconquise sur Ghosroès. Ne pensant à rien inoins qu'à poursuivre ses désordres, la curio. site la porta à vouloir pénétrer dans le temple avec les fidèles qui allaient y satisfaire leur dévotion. Mais qu'elle n'est pas sa surprise, lorsqu'arrivée sur le seuil du saint lieu, elle se sent empêchée d'y entrer par une main invisible. Comprenant alors que ses crimes et sa disposition actuelle la rendaient indigne de toucher la Croix sur laquelle Jésus-Christ avait répandu son sang pour le salut des pécheurs, elle se tourne devant une image de la Ste Vierge qu'elle voit peinte sous le portique, et fait vœu que si elle lui permet de vénérer la croix de son divin Fils, elle renoncera à ses désordres et embrassera le genre de pénitence qu'il lui plaira de lui indiquer,

DE QUÉBEC A JÉRUSALUM 375

Elle se présente de nouveau à la porte, et ne rencontre plus d'obstacle. Elle baise le bois sacré en l'arrosant de ses larmes, puis revenant devant l'image de la mère de Dieu : "Que voulez-vous que je fasse, maintenant, dit-elle?" Elle entend alors une voix secrète qui lui dit : "passe le Jourdain, et là tu trouveras la paix." Elle fait donc une confession générale de sa vie criminelle, se nourrit du pain des forts, traverse le Jourdain, et s'enfonce dans le désert qui est au delà.

Il y avait 35 ans qu'elle était dans ce désert, n'ayant de commerce qu'avec le Ciel par sa pénitence et ses prières, lorsque le saint prêtre Zozime en lit la découverte. Sui sa de. mande, il lui apporta la sainte communion, et lui fit la promesse de revenir l'année suivante à la même époque. Zozime y retourna un an après, et trouva le cad ivre de la sainte avec ces mots écrits sur le sable : " Enterrez ici le corps de ta pécheresse Marie." Un lion se présenta aussitôt pour aider le bon religieux dans son pieux office, et dans la fosse creusée par l'animal, il déposa religieusement le corps de la sainte.

En portant nos regards sur le mur même de la basilique, on voit adossée à ce mur une chapelle à laquelle on monte par un escalier découvert partant du parvis même, tout près de la porte. C'est la chapelle franciscaine de Notre-Dame des Sept Douleurs (11).

Cette chapelle était autrefois un porche par lequel on pénétrait sur le Calvaire. Mais depuis qu'on a isolé la basilique, ou du moins fermé toute issue avec l'extérieur on n'a plus laissé à cette chapelle de communication avec l'intérieur, que par la fenêtre grillée qui donne vue sur l'endroit où Jésus a été attaché à la Croix. Cette chapelle possède de superbes vitraux et un autel très ancien. Comme son entrée est à l'extérieur de la basilique, on peut aller y célébrer sana compter avec les bonnes dispositions de messieurs les Turcs.

Avant de pénétrer dans la basilique, examinons encore deux points du parvis qui rappellent le martyrs de deux vénérables franciscains. Le premier de ces martyrs est Marie de Portugal, Tertiaire, qui fut brûlée vive en haine de la foi. Le second est le frère lai Cosimo, franciscain, qui donna aussi sa vie pour confesser la foi. Les pieds de l'une et de l'autre restèrent longtemps imprimés dans les pierres du parvis, à l'endroit où ils souffrirent la mort, du côté de TEst.

Pénétrons maintenant à l'intérieur et examinons plus at-

tentivement certaines chapelles que nous n'avons fait qu'entrevoir en passant.

Laissant à droite le mur et l'escalier du Calvaire, nous passons devant la pierre de l'Onction, et tournant à gauche, nous voyons une pierre circulaire surmontée d'une cage en fer (17), c'est l'endroit où se tinrent les trois Maries pendant que Joseph d'Arimathie et Nicodème embaumaient le corps du Sauveur.

Tout auprès se trouve l'escalier qui monte au couvent in* térieur des Arméniens (36), et à côté, la porte de celui des Cophtes (15), car de même que les franciscains, ces schismatiques sont obligés de se renfermer dans la basilique pour y faire leurs offices de nuit et du matin.

Pénétrant alors sous la Rotonde, nous passons trois chapelles appartenant aux Grecs, puis deux autres, possession des Cophtes (28), et remarquons adroite, adossée au S. Edicule même, la petite chapelle de ces derniers (23). Pas plus au S. Sépulcre qu'à Gethsémani, les Cophtes ne savent montrer de dignité dans leurs offices. Je les ai suivis une fois officiant ici, et c'était le même manque de décorum que j'avais remar que dans la grotte de l'Assomption. Mais je n'attendis pas cette fois l'aspersion des ablutions du célébrant que j'aurais reçue tout de même probablement.

Droit en face ae la chapelle des Cophtes, se trouve celle des Syriens (22), qui est fort mal entretenue et qu'il faut traverser pour pénétrer dans le tombeau de Joseph d'Arimathie (20).

Joseph d'Arimathie à qni appartenait ce jardin auprès du Golgotha, s'y était préparé un tombeau qu'il donna pour Jésus. D'après la tradition, il s'en serait fait creuser un autre un peu plus loin, et c'est celui que possèlent aujourd'hui les Syriens. Le corps de Joseph a-t-il réellement reposé là ? La chose paraît fort douteuce, puisqu'on rapporte qu'en compagnie de Lazare, Madeleine, Marthe et de l'aveuglené, il se serait embarqué pour la France, et aurait même pénétré jusqu'en Angleterre, où très probablement il aurait terminé son existence.

Poursuivant notre marche autour de la Rotonde, nous passons encore plusieurs chapelles et voyons ouvert un passage (29) qui conduit à une citerne commune (20).

Sortant alors de la Rotonde en passant entre deux piliers, nous voyons à gauche l'orgue (41) qui sert aux PP. lïancis-

cains dans leurs solennités, et de l'autre coté, faisant face à cet orgue, l'autel franciscain de l'Apparition de Jésus à Madeleine. Au fond, à gauche, se trouve la porte de la chapelle franciscaine, et à côté, celle de leur sacristie.

Suivant alors le mur de gauche, nous laissons à droite le chœur des Grecs, et passons devant des cabinets (39) communs à tous les occupants de la Basilique.

Passant outre à la Prison de N. S. (47) que j'ai décrite en parlant de la procession des PP., nous trouvons plus loin la chapelle de S. Longin (48) qui appartient aux Grecs, puis celle de la Division des vêtements propriété des Arméniens (49).

J'ai déjà dit que Longin était ce soldat qui perça de sa lance le csrps de Jésus, et qui au contact du sang qui s'en échappa, recouvra l'usage d'un œil qu'il avait perdu. Ce miracle acheva sa conversion. Longin devint ensuite un disciple du Christ. Longin était Syrien de nation. On vénérait autrefois dans cette chapelle la Ste Eponge et la Ste Lance ainsi que le titre de la vraie Croix. Lors de la prise de Jérusalem par Chosroès, le PatriceNicétase rencontra un Persan qui emportait ces précieuses reliques ; il les lui acheta à grand prix pour les empoi ter à Constantinople, et de là elles furent plus tard transportées à Rome où elles sont encore aujourd'hui.

L'autre chapelle, qui est aux Arméniens, est celle où les soldats se seraient partagé les vêtements de Jésus. On croit que N. S., suivant l'usage des Juifs de son temps, portait trois vêtements : la chemise ou tunique sans couture, un second vêtement plus long, puis un troisième, qui des épaules descendait jusqu'à terre. La robe sans couture, sur laquelle on jeta le sort, est aujourd'hui à Trêves, dans la Prusse Rhénane, c'est là qu'on la vénère dans certaines solennités. Celle que l'on conserve à Argenteuil en France, el dont on a d'excellentes preuves d'authenticité, serait le second vêtement que portait Notre-Seigneur.

Ces deux chapelles, en forme d'abside, n'ont rien d'ailleurs de remarquable.

J'ai décrit précédemment la chapelle Abyssinienne de Ste Hélène (50) ainsi que celle de l'Invention de la Ste Croix (51), qui appartient aux franciscains. Nous passerons donc outre. De même aussi pour la chapelle Grecque de l'impropère (54).

Contournant toujours le chœur des Grecs, nous passons

devant une porte conduisant à des chambres sons le Calvaire (65), pour prendre l'escalier (61) que nous gravissons.

Pendant que le Fre Liévin était à donner des explications sur l'autel de la Crucifixion (70), et celui du SLabat Mater (68), je remarquai à côté, dans une espèce de banc en pierre de taille une ouverture allongée dans la pierre, protégée par un petit grillage en cuivre retenu par un cadenas. Ayant porté la main sur le cadenas, je m'apperçus que le tout se déplaçait» je l'enlève alors pour examiner ce qu'il pouvait y avoir là. Mais l'ouverture est obscure et parait très profonde. Un moine Grec, répondant à mon désir, s'avance alors avec une bougie qu'il enfonce dans l'ouverture, et nous permet de reconnaître la fissure du rocher qui se fendit à la mort de Jésus-Christ, Ici il n'y a ni marbre, ni tenture pour nous cacher le rocher, nous pouvons le voir et le toucher tout à notre aise. Avec quelle émotion nous empressons-nous de lui faire toucher nos objets de dévotion!

J'ai parlé plus haut de la chapelle Grecque de la plantation de la Croix. Descendons maintenant le Calvaire par le même escalier qui nous y a conduits, et tournant à gauche en nous dirigeant vers la porte d'entrée, pénétrons dans cette porte (63) que nous voyons dans le mur closant le Calvaire de ce côté; nous nous trouvons alors dans la chapelle d'Adam, qui est une grotte sous le Calvaire môme.

La double chapelle du Calvaire, par suite des agrandissements qu'on lui a fait subir, se trouve à reposer aujourd'hui, partie sur le roc même du Golgolha, et partie sur une voûte eu maçonnerie.

C'est dans la chapelle d'Adam, qui appartient aux Grecs, que se trouvent les tombeaux des deux premiers rois chrétiens de Jérusalem, Godefroid de Bouillon et Baudoin. Melchisédech y aurait eu aussi sa sépulture.

D'après la tradition, Melchisédech serait le même que Sem, le fils aîné de Noé, et ce serait lui qui serait le fondateur de Salem, la Jérusalem actuelle.

Noé, en entrant dans l'arche pour se soustraire au déluge, y aurait apporté le chef du premier homme, comme sa plus précieuse relique. Au sortir de l'arche, il aurait confié cette relique à son fils Sem, lequel, après avoir fondé Salem, l'aurait déposée ici. On voit au fond de la chapelle une excavation grillée qui serait le lieu même où reposerait ce crâne. Le

rocher en se fendant à la mort du Christ aurait permis au sang du Rédempteur de laver le crâne même du premier cou* pable. Aussi retrou ve-ton ici, derrière le grillage, la môme fissure du rocher que nous avons vue plus haut sur le Calvaire, avec facilité de l'examiner encore plus à notre aise.

Le rocher est bien de même pierre que celle que nous voyons dans tout le voisinage ; c'est un calcaire blanchâtre avec quelques nuances de rougeâtre. La fente qui a environ 6 à 7 pouces de large, est une véritable déchirure de la masse même, les angles rentrants d'une lèvre correspondant à des saillies de l'autre. Jusqu'à quelle profondeur se prclonge-telle ? impossible de le dire.

Avant de sortir de la basilique, nous remarquons adossées au chœur des Grecs, 2 marches de marbre, longeant la cloison qui l'entoure. Ce sont des restes des tombeaux des rois chrétiens que les disciples de Photius ont fait disparaître après l'incendie de 1808.

Jérusalem, mardi, 5 avril.— Ce matin, c'est au sanctuaire de la Flagellation que je me rends pour célébrer. Comme je l'ai déjà consigné, ce sanctuaire est situé à main gauche, sur la Voie Douloureuse, et appartient aux PP. Franciscains. La construction actuelle, qui n'a aucun style particulier, date de 1838. Les PP. Franciscains ayant obtenu l'emplacement d'Ibrahim Pacha, purent élever ce sanctuaire, grâce à la générosité de Maximilien, duc de Bavière, sur les ruines de l'ancien qui datait des premiers siècles du christianisme.

Nous allons dans l'avant-midi visiter les tombeaux des rois et des juges au nord de la ville.

Nous nous rendons d'abord, par l'intérieur, à la porte de D..mas, et l'ayant franchie, nous trouvons tout auprès la grotte de Jérémie que nous visitons en passant.

Cette grotte qui est peu profonde n'a rien de bien remarquable par elle-même, si ce n'est son entrée qui n'a pas moins de 80 pieds de longueur sur une quarantaine de hauteur.

C'est là que te poète des lamentations, en face des ruines de sa pairie, devant les décombres des demeures apiès la dispersion de leurs habitants, aurait exhale ses plainLes, tantôt d'une voix douce et atten Irissante, et tantôt d'une voix menaçante. ';t terrible. " Quomodo sedet sola cioitas plena populo .... Comment est elle devenue solitaire, cette ville si peuplée?

Mes ennemis, en me voyant, ont secoué la tête. Est-ce donc là cette ville d'une beauté éclatante, la joie de toute la terre ?" A quelques arpents seulement de la porte de Damas, on voit sur la gauche, dans un champ cultivé, des débris considérables. Ce sont les restes de l'église de S. Etienne, que les RR. Pères Dominicains viennent d'obtenir (1) pour y fonder un hospice pour les pèlerins de langue française, qui voudraient prolonger leur séjour dans la Ville Sainte au delà des quinze jours d'hospitalité que nous offrent les PP. Franciscains.

C'est là que l'Impératrice Eudoxie, épouse de Théodose, avait aussi son tombeau qui était d'une grande beauté, d'après la tradition.

A près d'un mille plus loin, nous rencontrons de vastes souterrains qu'on appelle les tombeaux des Juges. Mais il est fort douteux que ce lieu ait jamais servi à la sépulture de personnages marquants. Ce sont, il est bien plus probable, des carrières d'où l'on a tiré la pierre pour les constructions de la ville, pour le Temple de Salomon peut-être, et que l'on a ensuite converties en grottes sépulcrales.

Plus rapprochés de la ville, nous trouvons d'autres souterrains qu'on appelle les tombeaux des Rois. Ceux-ci ne laissent aucun doute sur leur véritable destination, toutefois, on serait dans l'erreur, si on allait rapporter ces sépultures aux rois de Juda ; David, Salomon et plusieurs de leurs successeurs eurent leurs sépultures sur le Mont Sion, les autres en des endroits déterminés de la terre d'Israël, comme le constate l'écriture. Mais ce qu'il y a d'incontestable, c'est que ces sépultures dont la richesse dénote la haute destination, furent préparées pour des personnages remarquables. L'opinion la plus probable est qu'elles furent construites par Hélène, reine. d'Adiabène.et par son fils Isate, qui s'y firent ensevelir. On croit aussi que plusieurs personnages Romains de distinction, qui moururent durant le siège de Titus, eurent aussi là leur sépulture.

Après nous être munis de bougies, nous descendons un large escalier de 22 marches taillées dans le roc. Nous franchissons alors une porte à plein ceintre pour nous trouver dans une cour ou entrée d'environ 30 pieds carrés et presque autant de hauteur, le tout taillé dans le roc vif. La façade devant laquelle nous nous trouvons est ornée d'une frise portant des

(1) Mai 1883.

sculptures des plus délicates, représentant des fruits, des palmes, etc. Une ouverture d'environ 3 pieds de largeur, qui se fermait autrefois par une porte en pierre, donne accès à l'intérieur.

On pénètre d'abord dans une vaste chambre, puis dans cinq ou six autres plus petites à la suite les unes des autres, dans lesquelles on voit des sarcophages ornés de ciselures remarquables. Ces chambres communiquaient les unes aux autres par des portes de pierre, dont on en voit encore une en place qui roule sur ses pivots.

Nous opérons notre retour en revenant à la porte de Damas pour nous rendre à Casa-Nova.

Tout le terrain que nous avons parcouru se trouve aujourd'hui en pleine campagne, mais du temps de Titus, il faisait partie, presque en entier, de la ville. C'est sur ce même terrain que le comte de Flandes et le Duc de Normandie avaient leurs positions, lois du siège par les croisés.

Nous allons dans l'après midi, faire une visite aux ateliers et magazins des Pères franciscains.

Les bons Pères, non seulement veillent à la garde des sanctuaires, évangélisent le peuple, se livrent à l'éducation de la jeunesse ; mais ils ont encore des ateliers considérables, dans lesquels des Frères, devenus maîtres dans leurs branches respectives, apprennent divers métiers aux Arabes chrétiens : boulangerie, forge, menuiserie, imprimerie, etc. Il ne leur manque, des diverses industries, que celle qui, suivant moi, répondrait le mieux aux besoins actuels du peuple et produirai' les plus heureux résultats, je veux dire des établissements agricoles. Mais peut-être aussi que de tels établissements ne s'accorderaient pas avec les constitutions de ces bons religieux. Conserver la foi orthodoxe, l'enseignement infaillible de l'église du Christ au berceau même du christianisme, donner l'exemple, aux divers peuples qui les environnent, non seulement de l'observation des préceptes de la foi catholique, mais même des conseils évangéiiques pour mener une vie plus parfaite, tel est avant tout le but principal de leur mission. Et les divers ateliers qu'ils entretiennent ne deviennent, on pourrait dire, que par accident, des boutiques d'apprentissage, pour les ouvriers qu'ils sont obligés de s'adjoindre.

Avec un climat aussi avantageux que celui de la Pales, tine, où l'on peut, pour ainsi dire, amener la pierre même à

produire, que ne ferait pas une colonie agricole, de gens à mœurs simples, à habitudes rangées, durs au travail, et habitués à ne compter que sur le sol pour les divers besoins de la vie? Viennent nos rudes laboureurs Canadiens, qu'ils aillent s'implanter là, et nous verrons surgir, sous leurs pas, des villages prospères, riches même, dans ces endroits où règne la misère aujourd'hui, et où cependant la vie est si facile. Et profitant de leur exemple, les élèves surtout des orphelinats, apprendront d'eux à renoicer à leurs habitudes d'oisiveté, et à ne plus escompter la charité des étrangers pour se procurer le* nécessités de la vie, qu'un travail modéré et intelligent leur procurerait si facilement.

Les divers ateliers nous montrent, dans chaque branche, des ouvriers fort habiles. En fait d*ebénisterie surtout, on nous fait voir divers objets qu'il serait difficile de surpasser. Des cadres d'images, des cru- :fi\ eu bois d'olivier, incrustés de plaques de différentes couleurs, forment des pièces réellement remarquables, tant sous le rapport de l'exécution, que sous celui du bon goût et de l'apparence. On nous exhibe aussi des enfants-Jésus en buis, du plus beau modèle et parfaitement exécutés. Mais quoique bénits dans la Grotte de Bethléem, on nous dit que c'était à Naples qu'on les sculptait. Nous voyons encore de superbes couronnes d'épines du Ziziphus spina Christi idu même arbrisseau qui a fourni les épines pour la couronne de Jésus), qu'on dépouille de son écorce et qu'on tresse en couronnes. Mais c'est surtout en fait de chapelets qu'on remarque une variété presque sans fin, depuis les noyaux d'olivier jusqu'à la nacre et aux agates, pour accommoder tous les goûts.

Gomme tous ces objets sont bénits et indulgenciés, et que par conséquent ils ne peuvent pins entrer dans le commerce, on rie nous les fait payer que juste le prix de revient, pour ne pis leur faire perdre leur bénédiction.

Jérusalem, Mercredi 6 Avril, — C'est à l'Ecce Homo que ce matin je porte mes pas pour y célébrer.

Comme je l'ai déjà noté, cette église appartient au couvent des Filles de Sion dont elle fait partie. Les filles de Sion ont leur maison mère en France. Elles doivent leur création au P. Théodore R itishonne, le frère de celui qui dirige actuellement Celles dé Jérusalem. .Les bonnes sœurs ont soiu leurs

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soins un grand nombre de jeunes filles juives converties et autres chrétiennes qu'elles instruisent et forment à la vertu.

Tout se fait à l'Ecce-Homo, comme dans nos couvents les mieux rég es. Les élèves, partie en costume du pays et partie à l'Européenne, savent observer l'ordre et font étalage d'une tenue prop-e et très convenable. La plupart me parurent posséder de fort jolies voix. La prière surtout qu'elles chantent chaque jour après L'élévation, pour demander la conversion des Juifs, est vraiment touchante. ^ Pater* ignosce Mis, quia nesciurU quid faciant. Mon Père, pirdonnezleur, car ils ne savent ce qu'ils font."' Ces paroles, répétées par trois fois avec une mélodie des plus expressives, par des voix pures et douces com ne celles des anges, et à Jérusalem, sur la voie Do ilourense, à deux pas du Calvaire, s'emparent spontanément de l'âme et nous communiquent une émotion des plus attendrissantes.

L'église qui est assez petite est à trois nefs, mais les latérales sont très étroites. Les colonnes divisant ces nefs portent des chapiteaux en bronze de l'ordre Corinthien.

C'est du côté de l'épitre, en arrière de l'autel, que se voit le pie 1 droit de l'arc de l'Ecce E-nno qui enjambait sur la rue, avec l'arc collatéral du côté du nord. Ces deux arcs ont été remplis en maçonnerie pour en assurer la conservation, mais laissent voir distinctement ce qui a été ajouté aux restes anciens conservés.

Départ pour la mer Morte. — S. Sabas ; campement sous la tente. — La mer Morte, — Le Jourdain. — Plaine de Jéricho. — Fontaine d'Elisée. — Auberge du bon Samarttain. — Fontaine des Apôtres. — Béthaniej tombeau de Lazarre. — Le figuier maudit. —Rentrée à Jérusalem.

Jérusalem, Samedi 9 Avril. — C'est mercredi le 6, qu'à 2 h. p. m., nous prîmes de nouveau nos montures pour nous rendre à la mer Morte.

J'ai hésité un moment pour entreprendre le voyage, une assez forte attaque de bronchite qui me tourmentait depuis deux jours me faisant redouter la fatigue d'une telle course. D'un autre côté, comme ces attaques me reviennent assez souvent, et que d'ordinaire je m'en débarrasse sans trop de soins, j'ai cru ne devoir pas laisser échapper la seule occasion que je rencontrerais très probablement de voir la mer Morte, le Jourdain, Jéricho, etc.

Mon compagnon, M. Bolduc, qui avait été obligé de renoncer au voyage de S. Jean et de Bethléem, se crut assez bien pour tenter cette nouvelle course à cheval, pensant qu'elle le fatiguerait peut-être moins que la première.

A 2 heures nous sommes donc tous en selle et nous dirigeons vers la porte de Jaffa. Au sortir de cette porte, nous tournons à gauche, laissant à droite les tentes des bédouins qui campent là avec leurs enfants nus et leurs chameaux à mine si disgracieuse, et un peu plus loin, le superbe hôpital

que fait construire M. le Comte de Piellat (a); puis enfilant la vallée de Gihon, et côtoyant le mont Sion, nous passons à gauche de la fontaine de Salomon, pour descendre dans la vallée de la Géhenne, où nous longeons les jardins de Siloé jusqu'à la rencontre du torrent de Cédron, près du puits de Job. Suivant alors la vallée de ce torrent, nous tenons sa rive droite jusqu'à S. Sabas, où nous devrons changer de direction.

Nous cheminons par une route en assez bon état, suivant toujours le torrent qui se dirige au Sud, vers la mer Morte, presque en ligne droite.

Un petit accident arrivé à notre aumônier, M. l'abbé Baron, nous mit un instant en émoi, dans l'appréhension de conséquences sérieuses. Comme nous descendions une légère déclivité, il était occupé à s'ajuster des lunettes coloriées qu'il faut presque constamment porter dans ces régions du soleil, à montagnes pierreuses nous renvoyant ses rayons de tout côté, lorsque son cheval, par un faux pas, lui fit perdre l'équilibre. Il roula sans connaissance sur le sol, et dans sa chute, le fer de ses lunettes lui fit une écorchure à la tempe d'où le sang jaillit en abondance. On crut, sur le coup, à un accident très grave, d'autant plus que le brave aumônier, quoique de forte stature, était dans un état de santé très précaire. Mais le docteur qui s'empressa aussitôt auprès de lui, constata qu'il n'y avait rien de sérieux. Et en effet, apiès quelques minutes seulement, il put se remettre en selle et continuel' le voyage.

Après environ 3 heures de marche, nous rencontrons une bifurcation de la ronte, près de laquelle, sur un petit plateau, nous voyons les tentes qui doivent nous abriter cette nuit.

De ce point à S. Sabas, c'est environ 20 minutes de marche, mais par un chemin fort difficile, étant presque partout taillé dans le roc et souvent sur des pierres nues, plus ou moins inclinées vers le torrent que nous suivons constamment.

(a M. de Piellat est un noble jeune homme français qui a entrepris de bâtir ici, à ses propres frais, un hôpital considérable, où lss malheureux de toute nation et de toute crayance seraient reçus, Arabes, Juifs, schismatiques, musulmans, etc. Lors mon voyage, les murs de la vaste construction touchaient à leur couronnement. J'ai appris depuis que l'é difice était terminé, et que le généreux fondateur se disposait à entrer dans l'état ecclésiastique. Cet hôpital, m'at-on dit, ne coûte pas moins de $40,000.

Le Fre Lié via avertit les dames qu'elles feraient bien de demeurer de suite au campement, que le voyage à S. Sabas serait une marche inutile pour elles, puisque les moines ne permettent pas aux femmes l'entrée de leur couvent. Mais pour qui connaît les filles d'Eve, ce n'ect pas souvent qu'un simple avis puisse triompher de leur curiosisé ; aussi s'obstinèrent-elles toutes à nous suivre. »

Le torrent de Gédron présente ici l'aspect le plus pittoresquement sauvage qu'on puisse imaginer. Complètement à sec, comme il l'est partout à cette saison, ce n'est à proprement parler qu'une déchirure des masses pierreuses dans Lesquelles il a creusé son lit, tant son enfoncement est profond et ses bords escarpés. Les assises, coupées perpendiculairement, sont le plus souvent en retraite de quelques pieds les unes sur les autres, simulant des corniches dont se servaient les nombreux anachorètes qui vécurent autrefois en ces lieux, pour coramu. niquer à ces grottes sans nombre dont on voit encore les ouvertures au dessus du précipice. Il n'y eut pas moins, au Vie siècle, de 14.000 ermites vivant ici sous la direction de S. Sabas, dans cette fameuse laure. Quatre mille avaient leur logement dans le monastère môme, et le reste dans ces grottes que nous voyons disséminées sur les deux rives. Un petit mur en pierres sèches, dont on voit encore quelques restes en certains endroits, s'élevait sur le bord de ces galeries du côté du précipice, pour protéger les saints reclus contre les faux pas qu'ils auraient pu faire, lorsqu'ils allaient se nourrir au couvent du pain des forts, recevoir la direction de leur saint Abbé, ou faire provision d'eau à l'unique source qui se trouve dans tout le voisinage.

Les grottes paraissent en général fort petites, et sont sans doute l'œuvre de la main de l'homme. L'ouverture est parfois toute large béante, et d'autrefois elle est eu partie fermée par un mur qui ne laisse qu'une très petite porte pour parvenir à l'intérieur. Ou dirait, à la distance où nous sommes, ces nids d'hirondelles que creusent souvent ces oiseaux dans les rives escarpées et sablonneuses des rivages de nos contrées.

Le chemin que nous suivons est le plus souvent sur la pierre nue, ou se poursuit sur une glaise blanche lui faisant suite. Je ne fus pas peu surpris de rencontrer ici, pour la première fois, rampant sur cette glaise ou sur les talus pierreux, une quantité prodigieuse de myriapodes de taille herculéenne, ne mesurant pas moius de 6 à 7 pouces de longueur

sur un diamètre de plus d'un demi ponce. Ils étaient en telle quantité, que souvent nos chevaux les écrasaient de leurs sabots eu marchant. Ils pouvaient faire le pendant de la Scolopendre rencontrée à Bethléem, mais ici c'étaient des Jules an lieu de Scolopendre-.

Après guère plus d'un quart d'heure de marche, le couvent de S. Sabas se présente à nous, comme collé dans une fissure de celte rive escarpée que nous suivons. Ii a toute l'apparence d'une forteresse militaire, mur d'enceinte élevé, tours dominant les environs, etc. C'est qu'isole lans ce lieu désert, il convient que les moines soient à l'abri des coups de main que les barbares bédouins ont parfois La fantaisie je porter, quand un bntin quelconque leur parait de [irise assez, facile.

Arrivés à la porte du mur d'enceinte, un moine vint en faire rouler les battants sur leurs gonds, et avertir en même temps les dames qu'elles ne pouvaient passer outre. Elles avaient vou'u voir la célèbre laure, elles l'avaient vue, leurvisite ne devait pas s'étendre au delà.

Nous laissons nos montures, et, franchissant la porte, nous descendons un large escalier en pierre pour parvenir à une cour in téiieure autour de laquelle se dressent les constructions.

Les moines, sales, peu maniérés, nous accueillent cependant d'assez bonne grâce, en vue sans doute du baccshish qu'ils attendent, et nous conduisent dans les différentes parties de leur couvent. Nous visitons d'abord le tombeau de S. Sabas, puis celui de S. Jean Damascène. Comment ces moines schismatiques, ces enfants égarés de l'Eglise, ne font-ils pas réflexion que ces deux saints, dont ils s'honorent de posséder les restes, ne partageaient pas leurs travers, se nourrissaient du lait de la plus pure doctrine, étaient des enfants soumis de cette église de Rome qu'eux rejettent aujourd'hui ?

Leur église, récemment restaurée par les Russes, est belle et assez bien tenue.

On nous montre dans une chapelle, retenus par un grillage dans une fente du rocher, des milliers de crânes, reliques de ces moines qui, au commencement du Vile siècle, fuient massacrés là même, lors de la conquête de Chosroès.

Gn voit auprès du rocher, un palmier qu'on dit avoir été plante par S. Sabas, et qui donne des dattes sans noyaux.

L'arbre, de fait, paraît très ancien, mais montre qu'il pourrait vivre encore longtemps. Les moines lui donnent des soins tout particuliers. On a scellé dans la pierre des barres de fer pour retenir la motte de terre dans laquelle s'enfoncent ses racines, en surplombant presque l'abymequi s'ouvre au dessous.

On nous fait traverser une cour, puis monter un escalier pour pénétrer dans une grotte sur une pointe de rocher qu'on croirait suspendue sur le Cédron, tant la vue de ce point plonge sans obstacle dans le gouffre creusé sons nos pieds. Cette grotte est la grotte du lion, et la petite chapelle qui lui fait suite, celle de S. Sabas.

Un jour que le saint anachorète était sorti, il trouva, à son retour, un lion installé dans sa grotte. Plein de confiance en Dieu, il entre tout de même, et se met à réciter son office. Mais s'étant endormi, le lion le saisit p;ir son habit et le trahie au dehors. Le saint réveillé, entra de nouveau et reprit son office. M lis s'étant endormi une seconde fois, le lion le traîna encore au dehors. S'adressant alors au lion d'un ton sévère, il lui dit : " n'y a t-il pas place pour deux ici ?" et il lui assigne le coin où il doit se retirer. De ce moment, ils continuèrent à cohabiter en paix tous deux dans la grotte.

Remarquons que les lions, qui ne goûtent guère les douceurs de la civilisation, ont cessé depuis des siècles d'habiter la Palestine, bien qu'ils fussent assez communs autrefois pour que David, lorsqu'il n'était encore qu'un berger, ait eu plus d'une fois à leur disputer des pièces de ses troupeaux.

Les hyènes et les chacals sont à peu près les seules bêtes féroces qui habitent aujourd'hui les déserts de la Terre Sainte. Il ne s'y trouve plus guère aussi de serpents venimeux ; les vipères y sont très rares. Les lézards y sont très communs, mais tous incapables de nuire, ne possédant aucun venin.

Les moines sont au nombre de 25 à 30, Grecs schismatiques. Leur apparence n'a rien qui dénote la piété ou la vie contemplative. On dit qu'ils mènent cependant une vie très austère, pratiquant le jeûne d'un bout de l'année à l'autre, c'est-à-dire ne faisant qu'un seul repas par jour, repas qui consiste le plus souvent en un morceau pain noir avec quelques fèves bouillies dans l'eau.

Serait-tl possible que des gens menant une vie si austère, se trouveraient encore en dehors de la voie, de la seule route qui mène au Ciel ?

Les mystères de la justice de Dieu sont insondables ; qui sait jusqu'à quel point leur aveuglement peut les rendre indignes de sa miséricorde ? Il nous est doux du moins de penser que, profondément ignorants — des auteurs nombreux parlant leur langue, l'ont constaté— l'erreur de Phot.ius est bien au dessus de leur compétence, et qu'ils se tiennent séparés de Rome sans trop savoir pourquoi, sans pouvoir en déterminer les motifs, et sans avoir les lumières nécessaires pour apprécier la voie dans laquelle ils marchent. D'un autre côté. J. G. nous a dit que si un aveugle se laisse conduire par un autre aveugle, ils tomberont tous deux dans le précipice. . . .Laissons à Dieu à les juger, sachons apprécier le bienfait inecamable qu'il nous a fait de la foi, et prions pour que la lumière brille aux yeux de ces pauvres égarés, afin qu'il n'y ait plus bientôt qu'un seul bercail et un seul pasteur.

Les pauvres moines nous offrent, avant de nous retirer, des cannes qu'ils confectionnent avec les arbrisseaux de leurs déserts ; nous leur en achetons quelques unes, autant pour l'occasion que nous avions de leur faire l'aumône, que pour l'utilité que nous pouvions trouver à ces instruments.

Après toutes ces visites, nous revenons sur nos pas au lieu de notre campement. Avant d'y arriver, le Fre Liévin nous avertit que le chemin étant là fortement en pente, et sur la pierre nue, Userait plus prudent de faire cette descente à pied, pour éviter tout accident. Méfiant au pied sûr de mon docile mulet, seul de toute la caravane, je demeurai eu selle ; et de fait, je n'eus rien à appréhender.

Comm,e nos tentes sont toutes tendues, on nous en fait la distribution sans tarder, et nous commençons de ce soir à participer à la vie du bédouin nomade, qui n'a de demeure que sa tente, pour suivre ses troupeaux dans les vallées de ces montagnes. Il y a cependant cette différence, que nos tentes blanches font contraste avec celles des bédouins, qui sont toujours noires, les couvertures étant en laine ou en poil de chameau, et que dans l'intérieur, nous y montrons aussi un peu plus de confortable ; nous n'en sommes pas réduits comme eux au simple terre-à-terre. Trois lits sur couchettes en fer, sont dressés dans chaque tente, avec chacun un petit pliant à côté. Près du poteau du centre, une petite table avec un chandelier, un bassin et un pot en fer blanc, serviettes, etc., sont à notre dispos'tion. Chacun attache à ses couvertures une

carte pour qu'on puisse lui donner les mêmes le lendemain.

Nous sommes ici en plein territoire des bédouins, et il y a à peine une quinzaine d'années, personne ne se serait hasardé à travers ce désert sans être muni d'une bonne escorte. Plus d'un voyageur ont été détroussés par ces brigands du désert, et bon nombre d'antres ont entendu siffler à leurs oreilles des balles lancées de derrière les rochers qui bordent la route. Bien qu'aujourd'hui il n'y ait plus semblables dangers à courir, les caravanes cependant ne font jamais le trajet sans se taire accompagner d'une escorie, non pas toutefois pour défendre notre vie dans l'occasion, mais pour en imposer aux farouches pasteurs et leur ôter toute envie d'exercer la rapine à nos dépens, comme d'intercepter nos bagages ou nous enlever nos bêtes durant la nuit. Notre escorte se composait de deux scheiks mêmes bédouins, armés jusqu'aux dents, et répondant sur leurs têtes de toute perte que nous pourrions subir de la part de leurs nationaux. Avec le fuaâi traditionnel qu'ils ne laissent jamais, ils portaient encore à la ceinture un pistolet et un petit sabre. Ils veillaient tour à tour toute la nuit pour arrêter toute intrusion dans le camp et surtout garder les bêtes.

Nous sommes ici dans une petite plaine entourée de montagnes de tout côté. Pas le moindre air de vent. Attssi la chaleur est-elle accablante. Nos tentes nous font l'effet de fours, lorsque nous y pénétrons.

La veillée fut assez courte, chacun sentant le besoin du repos ; mais comment dormir avec une telle chaleur ? La plus légère couverture nous embarrasse encore. Disposé par la fatigue, et ma bronchite ne se faisant pas trop sentir, je fis d'abord un bon somme. Mais comme l'air se rafraichit toujours vers les premières heures du matin, je me l'éveillai tout à coup saisi par un violent frisson. Je réunis toutjs mes couvertures, y ajoutai encore mes habits, et ne parvins qu'avec peine à me réchauffer. J'allais me rendormir lorsque sonna le réveil, 4i h. La tasse de café qu'on nous servit presque aus-itôt me remit passablement, si bien que je n'hésitai pas un instant à me remettre en selle.

A 5 h. nous étions de nouveau en route, à travers dessen. tiers où parfois nos bêtes sont obligées de gravir ou de descendre des rochers disposés en marches plus ou moins inclinées et toujours sur la pierre nue. Dans ces passages difficiles, nous laissons nos bêtes se diriger elles-mêmes ; habituées à cls sortes

de difficultés, elles savent mieux que nous, par quels mouvements elles pourront les franchir sans danger.

Heureusement que le soleil se tient caché et que le temps se trouve relativement frais.

Partout, de tout côté, c'est le désert; ici des sommets de pierre nue, là de petites vallées où croissent à peine de chétives broussailles.

De temps à autres nous voyons un bédouin à cheval, le fusil sur l'épaule, et non loin de lui, ses chèvres et ses moutons broutant les arbrisseaux qui se montrent dans les Assures de la pierre ou les herbes dans les dépressions des vallées.

Le bédouin, sans avoir l'air féroce, a la démarche fière et altière; cependant la lâcheté fait le fond de son caractère. La rapine à la faveur de la nuit, va mieux à ses dispositions que le brigandage à découvert, l'attaque en pleine face.

Ses habits sont en laine ou de poil de chameau, et celui de dessus, qui est toujours en poil de chameau, d'un tissu raide et grossier, a absolument la forme de nos dalinatiques d'église, avec l'exception toutefois que les côtés sont fermés au dessous des scapul lires qui couvrent les bras. Dans son costume de fête, il porte sur son turban un grand voile de soie, ordinairement à barres jaunes, bleus et rouges, avec frange et glands qui lui descendent jusqu'au milieu du dos.

A un certain endroit, nous découvrons la Mer Morte, qui s'étend bien au dessous de nous, en une nappe de p.omb au pied des montignes de Moab qui la bordent, de l'autre côté. Ces montagnes nous paraissent encore plus désertes que celles que nous traversons. Partout c'est la solitude, la désolation ; nulle trace de vie. Le feu du ciel a passé près d'ici, les vapeurs des flammes qui ont consumé Sodôme et Gomorrhe se sont fait sentir jusqu'ici, dans tous les environs, pour en faire disparaître la vie. C'est à peine si ça et là quelques chétifs arbrisseaux, ou des cigognes égarées, viennent nous faire pressentir que l'expiation des crimes aurait eu son terme, et que la vie pourrait s'y montrer de nouveau.

Nous trouvons sur une certaine hauteur, des pierres superposées les unes sur les antres en forme de pains de sucre dont, sans explication, on serait fort en peine d'assigner la signification. C'est, nous dit le Fre Liévin, pour aveitir les musulmans qu'ils sont ici en vue de Nébi-Moussa, montagne blanche qu'on voit à gauche à une certaine distance, et que les

enfants de Mahomet tiennent en grande vénération, par ce que, prétendent-ils, c'est là que se trouve le tombeau de Moïse.

Cependant nous voyons, par la sainte Ecriture, que Moïse ne put que contempler de loin la Terre-Promise, et qu'il ne traversa pas le Jourdain.

Tous les ans, avec grande solennité, on vient en pèlerinage au prétendu tombeau du grand prophète. J'aurai occasion d'en parler plus loin.

Nous faisons une petite halte au pied d'un certain rocher, dans une petite plaine où se trouve de nombreux fragments d'un calcaire gris-bleuâtre. "Cassez ces pierres, nous dit le Fre Liévin, et vous allez trouver l'intérieur tellement imprégné de bitume, qu'exposées au feu elles donnent de la flamme." En effet, la cassure nous montre une teinte noirâtre foncée, toute différente de la surface qu'a altérée la lumière du soleil en évaporant le bitume. Ces pierres offraient une grande ressemblance avec celles que l'on i encontre sur les bords du lac Huron, tout imprégnées de pétrole, et qui de même aussi donnent de la flamme.

La route que nous suivons traverse, en un certain endroit, une plaine plus étendue que celles que nous avons encore rencontrées jusqu'ici. Elle ne mesure pas inoins d'une quinzaine d'arpents de largeur sur une longueur plus considérable encore. Le sol, tout-à-fait uni, nous montre ou le sable nu, ou des petits arbrisseaux, en touffes plus ou moins éparses. Nos scheiks profitent de l'accasion pour nous montrer leur habileté comme cavaliers. Ils lancent tous deux leurs superbes chevaux au grand galop à travers la plaine, puis tournant brusquement, ils viennent passsr devant nous en allant faire une semblable course de l'autre coté, et répètent ce manège deux ou trois fois. Le coup d'oeil qu'ils offraient alors était vraiment pittoresque. Les allures dégagées des coursiers, l'aspect sauvage des cavaliers, avec leurs longs fusils, leurs sabres, la bigarrure de leur accoutrement, les glands de leurs voiles volants au vent, présentaient une silhouette que plus d'un peintre, j'en suis sûr, se seraient estimés heureux de pouvoir rencontrer, comme pouvant fournir le sujet d'un tableau de genre peu commun et tout-àfait original.

Les touffes d'arbrisseaux sont ici presque entièrement dépouillées de verdure, par une hélice blanchâtre qui se montre en telle quantité, qu'on pourrait en prendre des jointées au

pied de chaque touffe. Souvent les branches se montrent tellement garnies le ces mollusques, qu'elles simulent des grappes symétriques de fruits pétrifiés. Je ne manquai pas d"en faire une ample provision pour mon musée.

Enfin nous voici parvenus au sommet de la dernière cime que nous devons traverser ; la mer Morte se montre à nous à découvert, avec la plaine du Jourdain qui la continue à l'Est; mais à quelle profondeur 1 Nous sommes en face de son extrémité, à l'endroit où le Jourdain verse ses eaux dans son bassin. De 4 à 5 lieues de largeur sur 25 de longueur, elle s'étend du N. au S. C'est à son extrémité S. 0. que se trouvait lapentapole, les cinq villes qui furent consumées par le feu du Ciel en punition de lems impudicités.

Mais avant d'atteindre sa rive, il nous faut encore descendre considérablement, car du point où nous sommes, elle nous parait comme enfoncée au pied de la montagne dont nous occupons la cime.

Après environ 30 minutes de marché, nous foulons le sol de la plaine du Jourdain, qui borde la mer Morte du côté du N. Nous suivons un sentier dans cette plaine, traversons un ruisseau à travers une épaisse végétation de roseaux, dans l'eau duquel ruisseau nous voyons s'agiter une foule de petits poissons, puis tondions enfin la grève, basse, plate, toute couverte de petits cailloux usés, polis, arrondis.

Le soleil qui jusjue là s'était tenu caché, brille alors de tout son éclat. Nous nous sentons écrasés sous le poids de la lourle atmosphère que nous avons à porter.

Jérusalem est à 2610 pieds au-dessus de la Méiiterrannée, et la mer Morte est à 1316 pie 1s au-dessous de la même mer ; c'est donc une différence de niveau de 3926 pieds entre Jérusalem et la mer Morte.

Cependant nous descendons de cheval, et attachant nos montures à des troncs d'arbres que la mer, dans les gros vents, à chassés sur ses rive*, après les avoir reçus du Jourdain, nous allons de plus près examiner ses eaux.

Et tout d'abord je suis étonné de leur trouver une semblable limpidité. A 12, 15 pieds, nous distinguons clairement les cailloux du fond. Je trempe mes doigts dans l'eau et me les porte à la bouche. C'est aussi piquant qu'un fort lessif. L'un de nos jeunes campagiions est déjà dans l'eau et y prend

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ses ébats. Il n'a aucune difficulté à nager, car il ilotte à la surface comme un bouchon de liège.

C'est sans doute en raison de cette extrême salure des eaux que les poissons ne peuvent y vivre. Si parfois les courants en entraînent du Jourdain, ils périssent aussitôt, et le flot les rejette sur les bords.

On a avancé qu'aucun oiseau ne volait au-dessus de ses eaux, m as c'est là une exagération. Nous avons vu des bandes considérables de cigognes la traverser, et de nombreux vautours sur ses rives.

Ce qui forme aujourd'hui la mer Morte ou lac Asphaltite était autrefois une plaine des plus fertiles, connue sous le nom de vallée des Beis. Le Jourdain débordant périodiquement sur ses rives, venait y répandre la fertilité comme le Nil en Egypte, puis se traçât au delà un passage à la mer Rouge, comme on en peut encore retrouver des traces.

Bien que le canal de Snez supprime le détour de la péninsule Africaine, pour la communication de l'Europe avec les Indes, on agite encore la question de renouveler la communication de la mer Morte avec la mer Rouge. On creuserait un canal de Kaïfa au lac de Tibériade, par-la plaine d'Esdrelon ; la différence de niveau amènerait l'eau de la Méditerrannée en telle quantité qu'elle inonderait toute la vallée du Jourdain, remplirait la dépression de la mer Morte, et s'écoulerait ensuite vers la mer Rouge, par le nouveau canal que l'on creuserait â travers l'Arabie. Il est tout probible que si le projet d'un double canal à travers l'isthme de Suez ne se réalise pas, on en viendra à celui de la mer Morte, pour satisfaire aux besoins du commerce.

Disons toutefois que ce s-rait là une entreprise malheureuse et fort regrettable. Ce serait sacrifier les jouissances de l'intelligence, aux besoins matériels de la vie. On eff icerait des pages des plus émouvantes de l'histoire de l'humanité, pour y coter des colis de marchandises ! Le géologue, l'hagiographe, même le simple chrétien pieux seraient forcés de se dire, en passant sur le lac qu'on formerait de la vallée du Jourdain : ici se trouvait autrefois une plaine arrosée d'un fleuve, où se sont déroulés des faits mémorables dans l'histoire des peuples, où le grand acte de la Rédemption de l'humanité a eu plus d'une scène ; mais ces savants en chercheraient en vain des témoins, le théâtre aurait disparu comme les acteurs.

Après environ une demi-heure passée à examiner cette mer unique en son genre, et à nous choisir parmi les petits cailloux roulés du rivage des souvenirs pins ou moins remarquables de notre visite, nous reprenons nos montures pour nous diriger vers le Jourdain, qui longeant les montagnes de Moab, laisse presque toute la plaine de ce côté, et dont nous pouvons distinguer le cours par la ligne de verdure qu'il dessine sur ce sol nu ou que ne recouvrent, par-ci parla, que de chétives broussailles.

C'est toujours le même soleil et la même atmosphère qui nous atterrent, qui nous écrasent. Après environ une heure de maiche, nous apercevons la lente qui doit nous abriter durant le dîner, dressée sur la rive même du Jourdain, au pied de grands arbres au feuillage abondant et du plus beau vert, à l'endroit même où N. S. reçut le baptême de S. Jean.

Le Jourdain, qui a à peine 200 pieds de largeur, roulait à pleins bords son eau blanchâtre, avec une telle vitesse, que chaque saillie de la rive, chaque détour dans la direction, produisait des remous plus ou moins considérables dans son courant.

Quel contraste à quelques arpents seulement de distance ! Ici, la verdure, l'ombrage, la fraîcheur, la vie ; là le sable nu, brûlant, l'aridité, le désert !

Ce courant vigoureux, profond, impétueux, qui se précipite dans sa course, ces remous à chaque pointe des rives, ces eaux qu'on croirait disposées à devoir bientôt déborder, ces broussailles trempant leurs branches dans l'eau, ces peupliers, saules, etc., prodiguant leur ombrage et abritant de gais oiseaux, toute la scène me reporte aux paysages que nous offrent partout nos cours d'eau à travers nos propres forêts. Il n'y a que la pierre blanche et nue que nous montrent les montagnes de l'autre côté, à quelques arpents seulement de distance, et ce soleil tropical que nous avons presque droit audessus de nos têtes, qui m'empêchent d'oublier que je ne suis plus dans les climats du nord, surtout dans ces pays du nouveaux monde, où une surabondance de vie semble déborder de toutes parts. Celte nature aride, vieillie, usée pour ainsi dire, proclame les généiations sans nombre qui ont foulé ce sol de leurs pieds, qui ont enlevé depuis de longs siècles, à cette terre privilégiée, la vigueur de sa pn mière jeunesse.

La plupart de mes compagnons s'empressèrent de se bai-

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gner dans le fleuve, aussitôt notre arrivée au campement ; pour moi, redout ut ma faiblesse ordinaire des poumons, et les effets d'un rafraiehissemtnt trop subit pour la bronchite dont je souffrais, je me contentai de m'y laver la figure et les mains. Mais les b ligueurs devaient user de beaucoup de précautions, surtout ceux qui ne savaient pas nager ; il n'y avait absolument aucune grève, l'eau était partout profonde, et si rapide qu'il leur fallait presque constamment se tenir aux branchages pendants dans l'eau pour n'être pis emportés par le courant.

Le voici donc ce fleuve du Jourdain que j'ai tant de fois vu mentionné, qui a été témoin de tant de merveilles ! Je me l'étais représente tout autre. Je croyais le voir comme une de nos ritîèrea aux rives escarpées, au courant rapide et peu profond, dont les galets et les cailloux font bruire les eaux qu'ombragent des arbres de haute futaye, et lorsque j'examine ce cours précipité, cette rivière pour ainsi dire sans rives au milieu d'une plaine, cette végétation vigoureuse à deux pas du désert, il me faut renoncer à tous mes rêves d'imagination pour embrasser l'exacte réalité que j'ai sous les yeux.

C'est ici, à cet endroit même, que les Israélites, après les quarante années écoulées dans le désert depuis leur départ de l'Egypte, traversèrent le fleuve à pied ^ec, sous la conduite de Josué. C'est avec délices que je me reportais à trente siècles en arrière pour être témoin des merveilles qui sesontopéréesici. Je voyais tout à coup le courant se fixer comme un mur et l'eau laisser en aval le lit à sec ; les nombreux enfants de Jacob, traînant à leur suite le tabernacle avec l'Arche d'Alliance, descendre dans la dépression pour remonter sans difficulté sur l'autre rive. Je voyais Josué, commandant aux lévites de prendre 12 pierres dans le lit du Fleuve, pour les ériger en monument, comme souvenir du miracle que Jéhovah opérait en leur faveur ; puis, la digue miraculeuse disparaître, et l'eau reprendre son cours ordinaire.

En face, de l'autre côté, je voyais le mont Nébo, d'où l'inspiré du Sinaï put jeter un coup d'œil sur cette terre promise où il conduisait le peuple de Dieu, mais qu'il ne devait pas, lui, fouler de ses pieds ; car Moïse mourut sur cette montagne. C'est encore sur le mont de Nébo que le prophète Je ré mie, lors de la captivité de Babylone, cacha l'Arche d'Alliance et l'autel des parfums dans une grotte qu'on ne put retrouver plus tard.

C'est encore ici que le prophète Elie, frappe les eaux de son manteau, et elles lui livrent un passage à sec où il traverse avec son disciple Elisée, pour être plus loin enlevé dans un char de feu. Elie en montant dans les airs, laisse son manteau à son disciple qui *'en sert eu revenant pour frapper de même le fleuve et en avoir aussi un passage à pied sec.

Naaman, chef de l'armée de Bénadad, roi de Syrie, était couvert de lèpre ; par ordre d'Elisée, il vient se baigner sept fois dans le Fleuve, et obtient sa guérison.

Mais les enfants de Jacob ont peuplé de toutes parts la terre de Ghanaan, malgré leurs infidélités sans nombre, ils ont vu le bras de Dieu constamment étendu pour les protéger et les rendre victorieux de leurs ennemis ; ils ont vu l'accomplissement des promesses que les prophètes ont annoncées à Israël, moins toutefois la plus importante. Mais voila que de tout côté le peuple se précipite vers le Jourdain, car le dernier de ces prophètes y fait entendre sa voix. Cette voix qui résonnait dans le désert du Térébinthe, évoque maintenant les échos du Jourdain : " Faites pénitence, car le royaume des Cieux est proche. Rendez droits les sentiers de votre Dieu. " Et des montagnes de Juda à celles de Moab, la plaine est couverte de masses émues qui s'empressent de descendre dans le Fleuve pour recevoir le baptême de Jean. Jean verse l'eau sainte sur le front de tous ceux qui se présentent en confessant leurs péchés. Mais tout-à-coup il s'arrête ; l'esprit de Dieu l'a éclairé.

" Il en est un au milieu de vous dont je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses souliers, s'écrie-t il. '; Le fils de Marie se présente, et Jean se récuse dans son humilité. Il cède à la fin à l'invitation. L'eau coule sur la tête du juste : et aussitôt le Ciel s'ouvre ; le Saint-Esprit sous forme d'une colombe vient se reposer sur le nouveau baptisé, et la voix de l'Eternel retentit dans les airs : " Celui-ci est mon fils bien aimé, écoutez-le." Et c'est ici même que ces merveilles se sont opérées !

Dans les premiers siècles du christianisme, on avait érigé au milieu du Fleuve une grande Croix de bois soutenue par des gradins en marbre, ceux qui venaient y recevoir le baptême ou en renouveler les promesses, se tenaient sur ces degrés durant la cérémonie.

Il ne reste plus rien aujourd'hui en cet endroit pour com. mémorer les faits remarquables qui s'y sont accomplis, sinon la disposition de la rive de chaque côté, et une espèce de coupe dans la chaine des montagnes de Moab, pour montrer que le passage du Fleuve offrait moins de difficultés ici qu'en tout autre endroit des environs.

Nous prenons notre dîner sous le feuillage des arbres de la rive en nous abreuvant de l'eau du Fleuve qui, quoique légèrement blanchâtre, est excellente à boire.

Aussitôt le repas pris, je me mets à la recherche de plantes et d'insectes, parmi les arbustes qui couvrent la rive, et j'en fais une provision assez abondante.

A deux heures et demi nous reprenons nos montures pour aller passer la nuit à la fontaine d'Elisée, lieu de notre campement, c'est-à-dire que nous avons à traverser toute la plaine de Jéricho, quatre Lieues, plaine très fertile, autrefois très florissante, théâtre de nombreux événements consignés dans la Sainte Ecriture, et aujourd'hui presque complètement déserte.

Après environ un quart d'heure de marche à travers un fourré d'arbres et d'arbtïseaux, nous laissons la dépression du bassin du Jourdain, pour entrer dans la plaine proprement dite, où le sol gazon nant est plus ou moins parsemé de taches de sable nu incrustées de matières salines y formant des croûtes blanchâtres plus ou moins consistantes.

Nous marchons encore une heure, puis nous passons le torrent Nahr el-Kelt, qui est le Carith de la Ste Ecriture, où le prophète Elie se cacha par ordre de Lieu et fut nourri par un corbeau. La vallée de ce torrent fut appelée, après Josué, Vallée d'Achor, parce que c'est là que Achan ou Achor fut lapidé, pour avoir désobéi à l'ordre donné de ne rien s'approprier du butin fait à Jéricho. Le Uorrent est bordé d'une belle lisière de verdure.

A sept ou huit arpents plus loin, nous rencontrons un renflement de terrain qui n'est autre que le tertre qu'ont formé les ruines de l'ancienne ville de Galgala, ou Gilgal de la Ste Ecriture, dont on ne voit plus que les restes d'une ancienne église et des petites pierres régulièrement découpées qui ont servi à des mosaïques.

Galgala est le premier lieu de campement du peuple de Dieu dans la Terre-Promise. C'est là que Josué érigea en monument les douze pierres qu'il avait tirées du lit du Jourdain

en commémoraison du miracle qui leur avait permis de traverser ce fleuve à pied sec.

Ste Paule vit ces douze pierres au IVe siècle, Arculphe au Vile les vit aussi, renfermées dans une église dédiée à S. Michel.

Que d'événements cette ville qui n'existe plus fut autrefois le théâtre ! C'est là que la manne cessa de tomber. C'est là que demeura pendant six ans l'Arche d'Alliance, jusqu'à ce qu'elle fut transportée à Silo. C'est là que Josué circoncit les enfants d'Israël nés depuis leur départ de l'Egypte. C'est là que fut tué Eglon, roi de Moab ; que Samuel venait tous les ans rendre la justice au peuple ; que Saul fut reconnu roi de tout Israël. C'est alors que Samuel obtint du Seigneur de la pluie et du tonnerre, au temps de la moisson, bien qu'à cette époque il ne pleuve jamais en Palestine, pour prouver au peuple qu'il avait mal fait de demander un roi, et que le même Samuel annonça plus tard à Saul sa réprobation pour avoir offert des sacrifices au mépris de sa défense.

C'est encore à Galgala qu' Agar, roi des Amalécites, vaincu et prisonnier, fut amené devant Samuel. Prévoyant le sort qui l'attendait : '■ Est ce donc ainsi, ô mort cruelle, s'écria-t il que tu vas me séparer de tout ce qui m'est cher ?— Comme ton épée a ravi aux femmes leurs enfants, lui répondit Samuel, ainsi ta mère restera sans enfants parmi les femmes." Et saisissant son glaive, il lui trancha la tête.

A environ une demi-lieu plus loin, nous rencontrons Jéricho, non pas la Jéricho ancienne, qui était située près de la fontaine d'Elisée, mais la Jéricho actuelle, ou plutôt la Jéricho d'Hérode, celle que ce prince fit reconstruire, qu'il embellit d'un hyppodrome, d'un amphithéâtre et d'un château auquel il donna le nom de sa mère Cypros. C'est là que ce prince cruel fit périr le Grand Prêtre Aristobule, son beaufrère, âgé de 18 ans ; qu'il fit massacrer son fils Antipater, et les principaux de sou royaume, afin qu'à sa mort il y eut un deuil général. Cette boucherie est un des plus horribles massacres que mentionne l'histoire.

Qu'on me permette d'emprunter ici à l'abbé Rivalland les détails si émouvants de la mort du meurtrier des Saints-Innocents.

Antipater avait levé l'étendard de la révolte contre son père ; vaincu et prisonnier, il est enfermé dans un cachot à

Jéricho, à côté du lit où son père, rongé de la lèpre, se tord sous les étreintes de la douleur en attendant la mort qui ne peut tarder de venir le saisir.

11 Antipater, dit Hérode, est un rébelle, un indomptable ; qu'il disparaisse. C'est une vipère ; qu'il finisse par les vipères." Et sur ce, son esclave Cingus, va appliquer sur les lèvres du prince plongé dans le sommeil, des vipères qu'il tenait renfermées dans une calebasse.

Le prince se réveilla excité par les piqûres, et quelques quarts d'heure après il expirait dans des convulsions de rage et de désespoir.

Hérode en dictant ses dernières volontés, quelques jours auparavant, avait ordonné à tous les principaux membres des familles princières d'Israël, de se réunir à Jéricho.

" Ces enfants de Jacob, dit l'abbé Rivalland, copiant presque textuellement Flavius Josèphe, accoutumés depuis longtemps à tout redouter de la férocité du roi, réunis dans l'hippodrome, se demandaient entre eux à voix basse quel pouvait être le but d'une pareille convocation ; mais c'était le secret d'Hérode et nul autre que lui n'eût pu répondre à cette question.

" Q ae faisait cependant le sombre monarque ? Couché sur son lit de douleur, pâle, les yeux vitrés, la bouche écumante, en proie aux plus horribles souffrances, il venait d'expulser brutalement, dans un moment de fureur, les médecins qui attendaient, dans une chambie voisine, leur arrêt de mort.

" La vue d'Hérole n'inspirait à ceux qui l'approchaient qu'un dégoût mêlé d'horreur. Sa bouche hideuse, déjà contractée par le froid de la mort, ne s'ouvrait que pour vomir l'imprécation et le blasphème. Le tigre pris au piège, le lion acculé au fond de son antre ne lancent pas de plus terribles regards, ne font pis entendre de plus féroces hurlements que le bourreau de Bethléem, au moment de sa cruelle agonie."

Salomée, Archelaùs, Alexas et Achiab entouraient le lit du moribond.

" Je ne veux pas mourir, s'écriait l'Lluméen, en se tordant comme un possédé sur sa couche : non, j ; ne le veux pas !.... Ne suis-je donc plus le roi, le seigneur, le maître d'Israël ? Votre santé m'appartient, il me la faut, entendez-vous ? Vite vite, donnez-la moi, ou je vous fais crucifier au sommet ie la

tour Antonia, pour que vos corps servent de pâture aux corbeaux et aux vautours !

— Calmez-vous, mon frère, répondait Silomée, en essuyant avec un mouchoir de fin lin la sueur visqueuse dont était inondé le front du monarque. La science n'a pas encore perdu l'espoir de vous sauver. Courage et confiance !

— Du courage, alors que l'impuissance de la médecine est plus claire que le jour ! De la confiance quand déjà la mort a saisi sa victime de ses mains froides et décharnées !.... Non, non, plus d'espoir ! Je sais que ma dernière heure est venue ; la vie s'échappe goutte à goutte de ce vase fragile où elle était

renfermée Mais ce qui me désole, ce qui me déchire le

cœur, ce n'est pas la mort, non.... c'est la joie, ce sont les transports d'allégresse avec lesquels elle sera saluée par le peuple Juif. ..."

Puis avec un sourire sinistre et terrifi mt, il commanda à son petit-fils Alexas d'approcher.

" Pi-ends une feuille Je p-ipier revêtue de mon sceau, dit le monarque, et écris :

u Ma volonté est que le peuple Juif, après m'avoir détesté pendant ma vie, me pleure quand je serai mort. Et comme ceci parait invraisemblable, par suite de la haine que ce peuple ingrat m'a vouée m ilgré tous mes bienfaits, j'ordonne qu'on tranche la tète aux treize mille Juifs renfermés dans l'hippodrome de Jéricho, aussitôt que j'aurai rendu le dernier soupir, afin que leurs familles, en pleurant leur mort, pleurent aussi la mienne.

" Que vous semble de mon expédient ?

" Je veux que mes ordres soient accomplis. Je le veux I

— Vous serez obéi, Seigneur, répondit Archélaùs (l) •avec sévérité. #

— Merci, mou fils ; cet empressement à faire exécuter mes ordres annonce que le règne de mon successeur sera digne du mien

" Tout à coup le monarque rejeta bien loin de lui ce qui le recouvrait, et d'un bond nerveux, il s'élança de son lit au

Cl) Hérodc-Archelau^, celui qui après avoir enlevé la femme de son frère Philippe fit trancher la tête à S. Jean-Baptiste, celui qui revêtit le Sauveu' d'nn mautean de dérision pour le renvoyer à Pilate ! Connue on le voit, la suite de son régne n'a été que l'écho de ses débuta.

milieu de l'appartement ; trop faible pour se tenir debout, il chancela an instant et tomba sur le parquet, en poussant un sourd rugissement.

" Archélauûs, Alexas, Achiab et Silomée se précipitèrent pour le relever ; mais il les repoussa d'un geste furieux.

" Son visage ét;iit devenu plus affreux que jamais ; ses paroles n'étaient plus qu'un son rauque et inintelligible ; tout son corps tremblait, comme si un froid intéiieur lui eût glacé le sang; une sueur abondante ruisselait de tous ses membres : il est évident, suivant la remarque de l'historien Josèphe, que la vengeance divine s'étendait sur lui, en punition de ses cruautés inouies.

" Cependant Salomée s'était hâtée d'appeler les médecins ; mais, quand ils arrivèrent, le secours de la science était inutile : l'Iduméeii venait de rendre le dernier soupir. "

Telle fut la fin de cet Hérode, à qui l'histoire décerna le titre de Grand : il fut grand, en effet, autant par les crimes dont il se souilla en foulant aux pieds les lois divines et humaines, les droits sacrés de la nature et du sang, qu'en érigeant des monuments plutôt pour satisfaire son orgueil que pour le bien de son peuple.

Ses funérailles eurent lieu à Herodium, près de Bethléem, avec une pompe inusitée.

Détruite et rebâtie, Jéricho devient un évêché sous les croisés. Les Carmes, les Bénédictins et le Baziliens y avaient leurs couvents respectifs.

Rasée de nouveau en 1840 par Ibrahim Pacha, Jéricho n'est plus aujourd'hui qu'un misérable groupe de cabanes, où 200 à 300 bédouins, à L'aspect le plus sauvage, y trouvent une retraite. Quatre bachibouzouk>, qui occupent un vieux château en ruine, servent à y maintenir (plus ou moins) l'ordre.

Jéricho, aujourd'hui Rihha, a été appelée la ville des Palmiers; on n'y en voit plus un seul aujourd'hui, bien qu'il serait facile de les y faire croître. Sa plaine si fertile, sipioductive autrefois, par les cours d'eau qui la sillonnent, est aujourd'hui déserte. Que lui manque-t-il pour la livrer de nouveau à l'exploitation ? uniquement un gouvernement intelligent et éclairé. Sur les bords d'un désert immense, où vivent des peuplades nombreuses à peu près sans lois, ce serait offrir à ces brigands un appas trop facile, avec le gouvernement actuel, que d'aller mettre à leur portée des cultures abondantes

ou des troupeaux nombreux, aussi se contente-t-on d'y cultiver seulement un peu de blé avec du doura et des pastèques, qu'où n'est pas encore toujours sûr de récolter.

C'est près de Jéricho que se tronviat la maison de Zachée, ce riche publicain, qui, perdu dans la foule qui se pressait sur la route pour voir arriver Jésus de Nazareth dont la renommée et surtout les miracles faisaient tant de bruit dans le pays, monta sur un sycomore, parce qu'il était de petite taille, pour avoir un meilleur point de vue. Jésus l'apercevant, lui dit : " Zachée, descendez, parce que c'est chez vous que je veux loger aujourd'hui." On murmura fort dans la foulp, parce que Jésus choisissait de préférence la maison d'un pécheur.

Mais les cœurs dociles ne peuvent s'approcher de Jésus sans ressentir les doux effets de sa présence ; les rayons du soleil ne peuvent frapper une terre ameublie sans qu'ils ne la réchauffent. Aussi Zachée, sincèrement converti, se présentat-il le lendemain devant le Seigneur en lui disant : "Seigneur, je donne la moitié de mon bien aux pauvres, et si j'ai fait quelque tort, je rends le quadruple." C'était du premier coup s'élever à la perfection de la loi. Aussi le Sauveur répliqua t-il : " Aujourd'hui cette maison a reçu le salut ; voici un véritable enfant d'Abraham, car le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu."

A environ un mille de Jéricho, en se rapprochant toujours de la chaîne des montagnes de la Judée qui bordent la vallée, se trouve la fontaine d'Elisée, à côté de l'emplacement de l'ancienne Jéricho.

La route, en cet endroit, est presque partout à travers une végétation bien fournie de broussailles entremêlées de quelques arbres, les sources qui s échappent du pieds des montagnes et qui sillonnent le sol y entretenant une fraicheur des plus favorables à la végétation.

Nous rencontrons d'abord la fontaine d'Elisée, ruisseau de 15 à 20 pieds de large, que nous voyons sortir du roc au fond d'un bassin en pierre de taille, pour tracer sa route à travers la plaine jusqu'à la mer Morte. L'eau est des plus limpides et peut avoir de 12 à 15 pouces de profondeur dans certains bassins. Tout auprès, sur une beile éminence arrondieT formé-°. par les décombres mêmes de l'ancienne ville, sont tendues nos tentes pour notre compement de cette nuit.

On sait que les eaux de cette fontaine étaient autrefois amères, et qu'elles furent purifiées par Elisée. " Apportez-moi, dit le prophète, un vase neuf et mettez y du sel." Puis s'étant rendu à la fontaine, il jeta le sel dans l'eau en disant : " Voici ce que dit Jéhovah : J'ai purifié cette eau, et la mort et la stérilité n'approcheront plus d'elle."

La Jéricho, dont nous folons du pied actuellement les décombres, est la ville Chananéenne la piemière dont Josué fut obligé de faire le siège. Sur l'ordre du Seigneur, il ordonna aux lévites de faire sept fois le tour de la ville en sonnant de la trompette. Et à la septième fois, les remparts s'écroulèrent d'eux-mêmes. Les Israélites pénétrèrent aussitôt dans la ville et en massacrèrent tous les habitants, à l'exception d'une seule femme, Rahab, qui avait caché les espions que Josué avait envoyés avant d'entrer dans la Terre-Promise. La ville fut détruite de fond en comble, et Josué prononça alors cette terrible malédiction : " Maudit soit devant le Seigneur celui qui entreprendra de la reconstruire ; que les fondements tombent sur son premier-né et les portes sur le dernier de ses enfants."

Pendant le règne d'Achab, Hiel, de Béthel, ressentit les effets de cette malédiction. Ayant entrepris de relever les fortifications de la ville, comme il en jetait les fondements, il perdit le premier-né de ses enfants, Abiram, et le dernier nommé Ségub, comme il en mettait les portes.

En attendant le souper, pendant que quelques uns tentent de se baigner dans la fontaine ; mais que dis-je se baigner ? ce n'est qu'en interceptant le courant de leur corps qu'ils forcent l'eau à les submerger ; tandis que ces hydrophiles jouent ainsi au canard dans ce ruisseau, je m'écarte dans les broussailles à la chasse des insectes et à la reconnaissance de plantes dont la plupart étaient nouvelles pour moi, du moins quant à leur détermination spécifique. Mais que d'obstacles dans ce fourré ? Sans les chemins que des vaches paissant dans ces broussailles y avaient tracés, il m'eut été impossible de pénétrer à travers, tant la végétation était compacte et les épines abondantes. Presque toutes les plantes sont ici épineuses, arbrisseaux, arbustes, lianes et jusqu'à certains arbres môme.

Comme nous sommes ici au pied de la montagne de la Quarantaine, c'est-à-dire de la montagne où N. S. jeûna 40 jours et 40 nuits, après quoi il fut tenté par le démon, on peut, quand on se sent la volonté et la force suffisante, fair<; l'as-

cension de cette montagne. Pour l'entreprendre, il faut non seulement avoir bon pied bon œil, mais encore n'avoir rien à redouter du vertige, car le sentier, en certains endroits, passe sur des pointes de rochers surplombant le vile à une très grande hauteur. Aucun de notre caravane ne parut disposé à tenter cette ascension ; nous nous contentâmes de nous rendre au pied de la montagne, pour l'examiner de plus près.

Le mont de la Quarantaine s'élève à environ 1500 pieds au dessus de la plaine, et sa face, de ce côté, est très escarpée, étant perpendiculaire en plus d'un endroit, de sorte que le sentier, pour parvenir à la cime, doit faire plus d'un détour à travers les pointes les plus saillantes.

Vers les deux tiers de la hauteur se trouve la grotte de la Quarantaine, c'est-à-dire la Grotte même où. d'après la tradition, Notre Seigneur aurait passé les quarante jours de son jeûne. Cette grotte, dès avant les croisades, a été transformée en chapelle et est aujourd'hui occupée par les Grecs schismatiqnes. On trouve dans le voisinage un grand nombre de cellules qu'occupèrent autrefois de saints anachorètes.

De ce point à l'endroit de la tentation, la montée est encore plus difficile, le sentier étant à peine tracé, et si raide qu'il faut parfois s'aider des mains pour -contourner certaines pointes de rocher. La Tentation est l'endroit môme d'où le démon aurait montré tous les royaumes de la terre à N. S. en kii disant : 4; Si vous voulez m'adorer, je vous donnerai tous ces royaumes que vous voyez." Sur quoi N. S. lui répondit : " il est écrit : tu n'adoreras que le Seigneur ton Dieu et ne serviras que lui seul. "

Cet endroit est au sommet d'un mamelon qui se détache du reste de la montagne, et qui porta aussi autrefois une chapelle avec des cellules d'ermites dans son voisinage.

On peut aussi, du pied de la montagne, aller visiter, à une trentaine d'arpents plus loin, une célèbre fontaine, Aïn Dok, qui se répand dans la plaine, et fit marcher autrefois des moulins à sucre pour l'exploitation de la canne que l'on cultivait alors. Il y eut aussi auprès de cette fontaine une forteresse, dont il reste encore des ruines. C'est là que Ptolémée, gouverneur de Jéricho, fit massacrer durant un festin, son beau père Simon Machabée avec ses deux fils Matathias et Judas, dans le dessein de s'emparer du pouvoir.

Après le souper, les bédouins de la plaine, au nombre

d'une trentaine environ, hommes, femmes et enfants, viennent nous donner une soirée de leur façon, en vue sans doute du backhish qui devait s ensuivre.

Ils se rangent en cercle autour d'un chef qui parait commander les mouvements. Ge chef, armé d'un petit sabre, fait de tels mouvements, manie si lestement son arme, qu'à tout instant je pensais qu'il allait se blesser ou blesser quelqu'un de la ligne. Ge sont des sauts et des prostrations sans fin, avec une certaine cadence que des frappements de mains servent à déterminer. Je n'ai jamais vu danse plus insignifiante et exécutée par des êtres moins intéressants. Hommes et femmes ont des figures rebutantes, des yeux de fauves, et semblent faire parade de la saleté des guenilles qui les couvrent à peine^ Aussi n'en eus-je pas besoin longtemps pour me rassasier de leur spectacle, et fus-je un des premiers à aller me mettre au lit, ce que me commandait d'ailleurs l'épuisement où je me trouvais par suite de mon insomnie de la nuit précédente et la marche de la journée.

Je fis d'abord un bon somme, mais voici que, comme la nuit précédente, je me réveille au milieu de la nuit avec le frisson. Je m'enveloppe de mes couvertures et réussis à peine à me ré chauffer, sans toutefois pouvoir me rendormir.

A 4£ h. sonne le réveil. Je me sens de la fièvre et très faible. J'ai espoir que la tasse de café chaud va me remettre ; mais point. J'en avale avec peine une gorgée et me sens porté à vomir si je voulais en prendre davantage. Cependant il nous reste encore six bonnes lieues de montagnes à franchir pour revenir à Jérusalem. Je ne sais trop comment je pourrai supporter cette fatigue.

M. Bolduc se sent aussi fort mal disposé, mais plus heureux que moi, il a pu prendre son café, et s'est^senti réconforté.

A 5 h. nous sommes tous en selle. Contrairement à la veille, le soleil brille de tout son éclat dès son lever; le parasol sur la tête, nous cheminons dans la plaine, au pied des montagnes durant l'espace d'environ une couple de milles.

Nous passons dans la plaine l'endroit où N. S. guérît l'aveugle de Jéricho. Gomme N. S. sortait de la ville, un aveugle qui mendiait sur le bord du chemin, apprenant que Jésus de Nazareth approchait, se mit à crier : " Jésus, fils de David, ayez pitié de moi." Les autres importunés de ses cris, voulaient le faire taire, mais Jésus lui dit : " Que voulez-vous

que je vous fasse ? " Il t'appelle, dirent ceux qui l'entouraient, aie confiance, lève-toi. *' Seigneur, dit l'aveugle, que je voie. — Va, lui dit Jésus, ta foi t'a guéri." Et aussitôt il vit et suivit Jésus dans le chemin.

Nous voyons plusieurs vautours dans la plaine, les jeunes gens de notre caravane leur tirent des balles de revolver, mais sans succès.

Nous traversons de nouveau le torrent Nahr-el-Kelt que nous avions déjà rencontré en laissant le Jourdain, et peu après, nous laissons la plaine pour nous engager dans les montagnes. Nous suivons presque constamment une ancienne voie romaine, qu'il serait encore assez facile de rendre carossable comme elle l'était autrefois, mais qu'on a abandonnée depuis longtemps sans aucun soin d'entretien.

A 7f heures, nous étions à l'hôtel du bon Samaritain. Un Arabe habite ici une grotte avec sa famille et offre aux passants de l'eau et des oranges. La tradition place ici la parabole de l'Evangile.

Un homme attaqué par des brigands avait été laissé à demi-mort près de la route. Un prêtre le vit et passa outre • de même aussi un lévite. Mais un Samaritain le voyant, fut touché de compassion ; il bande ses plaies, y verse de l'huile, et le mettant sur sa monture, il le transporte à l'hôtellerie. Il commande qu'on en ait bien soin, et le lendemain, il paye toutes ses dépenses. Jésus s'adressant alors au docteur de la loi qui l'avait interrogé, lui dit : " lequel, du prêtre, du lévite, ou du Samaritain est le prochain de ce malheureux ? — Celui qui a été compatissant pour lui. — Va, dit Jésus, et fais de même."

Je n'avais rait la rencontre d'aucun voleur pour me maltraiter j a avais aucune plaie à panser, cependant j'avais peine à me tenir sur ma monture, tant j'étais épuisé.

Mais Jésus est encore ici pour soulager ceux qui souffrent. Mettant pied à terre, nous nous agenouillons pour réciter le pater et Vave pour l'indulgence attachée à ce lie u, puis je m'assis un instant à l'ombre, et mangeai une orange. Et voici qu'aussitôt, je me sens tout réconforté, j'enlève à tous mes compagnons la crainte qu'ils avaient conçue que je ne fusse pas capable d'opérer mon retour.

Nous noub remettons en marche, toujours à travers les

montagnes, montant ou descendant, et une heure et demie plus tard, nous étions à la fontaine des Apôtres.

Cette fontaine, qui présente une fort ancienne construction en pierre de taille, livre une eau claire et excellente. On croit que c'est là la fontaine du Soleil, sur les limites des tribus de Juda et de Benjamin. Son nom lui vient sans doute des stations qu'y auraient faites les Apôtres dans leurs nombreux voyages à Jéricho, car c'est la seule fontaine qu'on rencontre sur la route.

Tout auprès se trouve aussi un vendeur d'oranges, où je ne manquai pas d'en prendre encore une, bien que je n'eusse plus rien à appréhender pour mon retour.

Nous gravissons de ce point une montagne à pente fort raide, et arrivés au sommet, nous voyons Jérusalem et Béthanie.

On voit au S. le village d'Abaudise, qu'on croit être le Bahurim de la Ste Ecriture.

Quelques arpents plus loin, nous nous détournons de la route, pour aller voir à gauche la pierre du colloque, c'est-àdire l'endroit où se tenait Marthe, lorsqu'elle eut ce colloque avec Jésus.

— Seigneur, si vous eussiez été ici, notre frère ne serait pas mort.

— Votre frère ressuscitera. — Je sais qu'il ressuscitera au dernier jour.

C'est moi qui suis la résurrection et la vie : celu qui croit en moi, quand môme il serait mort, vivra. Et quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais. Croyez-vous cela ?

— Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Christ, le Fils du Dieu-vivant qui êtes venu en ce monde.

Marie, appelée par sa sœur, vint à son tour aux pieds du Sauveur, lui témoigner le même regret :

— Seigneur, si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort.

Jésus la voyant pleurer, ainsi que ceux qui l'accompagnaient, fut touché de compassion.

— Où l'avez-vous mis, dit Jésus ?

— Seigneur, venez et voyez.

Et Jésus se levant pour les suivre, pleura.

Nous avons récité le pater et Vave pour gagner l'indulgence attachée à ce lieu, allons maintenant à la suite de Jésus de Marthe et de Madeleine au tombeau de Lazare.

Nous tournons à droite, et suivant la rue en arrière des maisons de Béthanie, nous nous arrêtons devant une porte basse donnant sur un mur peu élevé au dessus terre. C'est là qu'a reposé Lazare pendant trois jours, et c'est là qu'à la parole de Jésus, la mort a laissé échapper sa victime.

Munis de bougies, nous descendons par un escalier en pierre dont les marches usées sont assez difficiles, dans une petite chambre d'environ 12 pieds carrés, où les franciscains viennent, à certains jours, célébrer, en payant un backshish au musulman qui se dit propriétaire du lieu. C'est dans cette chambre que se tenait N. S. lorsqu'il a commandé à Lazare de sortir du tombeau.

En descendant encore quelques marches, on se trouve dans une autre petite chambre qui est celle où le corps même de Lazare reposait. Comme la pierre du rocher se décompose ici assez facilement, sous l'action des agents atmosphériques, ces deux chambres sont voûtées et revêtues de maçonnerie.

Il y eut autrefois une église et un couvent sur le tombeau de Lazare ; on en voit encore quelques ruines.

Béthanie, où N. S. est allé tant de fois, car c'était ordinairement dans la demeure de son ami Lazare qu'il allait passer la nuit, lorsqu'il faisait ses prédications dans le temple de Jérusalem, Béthanie n'est plus qu'un petit bourg d'environ 300 habitants, tous musulmans.

A une couple d'arpents environ du tombeau de Lazare, se trouve l'emplacement de la maison de Simon le lépreux. C'est là que Madeleine, c'est-à-dire Marie-Madeleine, la sœur de Lazare, vint répandre sur les. pieds de Jésus, pendant qu'il était à table, un parfum précieux, acte que les assistants voulurent blâmer, mais que Jésus loua fort. " Vous aurez toujours des pauvres parmi vous, mais pour moi vous ne m'aurez pas toujours. Elle a d'avance parfumé mon corps pour la sépulture. Et je vous dit que partout où sera prêché l'évangile, ce que celle-ci vient de faire sera raconté à sa louange."

Il y eut autrefois un oratoire érigé en cet endroit, mais aujourd'hui il n'en reste plus ?.ien, si non les pierres qu'on a utilisées pour lu mur qui clôt l'emplacement qu'on a livré à la culture.

C'est tout près de là que se trouve aussi l'emplacement de la maison de Lazare, qui posséda aussi autrefois un sanctuaire? dont on voit encore quelques débris. Ce lieu appartient aujourd'hui aux PP. franciscains.

On reprend de là la grande route pour rentrer à Jérusalem. On passe à une dizaine d'arpents l'endroit où se trouvait le figuier que N. S. maudit, par ce qu'y ayant cherché des fruits, il n'en avait point trouvé. Une excavation en carré dans la pierre, à gauche du chemin, indique cet endroit.

Puis descendant dans la vallée de Josaphat, en laissant à gauche le Mont du Scandale avec le village de Siloé, et à droite la montagne des Oliviers, nous longeons le Jardin de Gethsémani, traversons le Gédron, et remontant à la ville, nous contournons l'angle N. E. de ses fortifications, pour aller faire notre entrée par la porte de Jaffa^

Il était 11| h. lorsque nous descendîmes à Casa- No va.

DE QTJÉBEO A JÉRUSALEM 411

Un chapitre d'histoire naturelle. — Géologie; âge des terrains de la Palestine.— La Mer Morte ; sa dépression ; ses affluents ; ses eaux. — ■ Plantes de cette région.

Jérusalem, samedi 9 Avril, — De tous les points de la terre, nul n'a davantage attiré l'attention des hommes de tous les siècles, que cette portion de l'Asie où se trouve la Terre-Sainte.

C'est là aussi que l'humanité a consigné les époques les plus remarquables de son existence, comme les faits les plus mémorables de son histoire.

L'Eden de notre premier père, qui nous engendra à la vie naturelle, se trouvait pour ainsi dire à côté du Calvaire, où nous avons reçu la naissance spirituelle. Le champ de notre perte ; en face de celui de notre rédemption. Un crime d'une malice infinie ; expié par un abyme insondable d'amour et de dévouement. Joignons la vallée de Josaphat à l'Eden et au Golgotha, et nous avons les trois termes, qui dans les secrets éternels de Dieu, auront déterminé l'existence de l'humanité sur la terre.

Bien que l'endroit précis où se trouvait l'Eden, où Adam prit possession de Ut terre, de môme que le point où Noé construisit son arche, pour se soustraire au Déluge, ne puissent être rigoureusement déterminés, il n'en est pas moins certain que l'un et l'autre n'étaient p.is éloignés du lieu où s'opéra l'œuvre de la rédemption des hommes. Et sous l'ancienne comme sous la nouvelle loi, cette terre de l'Asie a vu se dé-

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rouler les faits les plus mémorables de l'histoire de l'humanité. Il semble que l'Eternel ait voulu lui même se renfermer dans les limites de cette terre d'Asie, pour faire ses communications les plus importantes aux enfants des hommes.

Moïse est animé de l'esprit de Dieu, il reçoit directement du Ciel l'inspiration; cependant Dieu le fait franchir la limite de la terre d'Afrique pour lui remettre les tables de sa loi. C'est sur les confins de la terre d'Asie, que le Sinaï retentit de la voix de l'Eternel; c'est sur l'Horeb, la montagne de Dieu, que Jéhovah se montrera à son serviteur.

Plusieurs siècles auparavant, Dieu avait tiré son serviteur Abraham du pays de Ur en Chaldée, pour lui faire prendre possession de la terre de Chanaan qu'il voulait donner en héritage à sa postérité. Et constamment depuis, ce peuple chéri de Dieu fut guidé, gouverné, protégé directement par Dieu lui-même. Ses patriarches, ses rois, ses juges et surtout ses prophètes furent en communication directe avec le Ciel, pour apprendre à ce peuple comment marcher devant le Seigneur. Le nom même de la résidence du plus grand parmi les rois et les prophètes de sa race, passa dans la langue du peuple pour déterminer la sainte cité du Ciel où habite l'Eternel. Sion sembla appartenir autant au Ciel qu'à la terre, tant étaient fréquentes les communications qu'elle recevait d'en haut.

Mais ce peuple prévaricateur ne paya que par la plus noire ingratitude la prédilection que l'Eternel avait faite de lui avant tous les autres peuples. Il mit à mort les serviteurs du Très- Haut, tua ses prophètes, persécuta ses amis fidèles, se révolta contre son autorité, le laissa dans l'abandon pour adorer des dieux étrangers, enfin couronna sa malice et son ingratitude par le plus grand de tous les crimes, le déicide dont le Golgotha fut le théâtre.

Fermant volontairement les yeux à la lumière, Dieu cependant ne l'abandonnera pas encore ; la justice ne fera pas disparaître la miséricorde; "aux châtiments se mêleront toujours des appels au repentir ; mais ce sera en vain. Les communications du Ciel arriveront encore pour l'arrêter dans sa funeste voie, pour l'inviter au repentir, pour le l'o:cer à ouvrir les yeux. Mais ce peuple insensé a demandé la malédiction ; et il semble se complaire dans son malheur, ne vouloir autre chose que cette malédiction. Dieu le frappe enfin ; ses rois,

DE QUfcBEO A JÉRUSALEM 413

ses chefs, ses pontifes sont disparus ; ses autels ont été dispersés avec son trône, sa ville a été détruite de fond en comble, ses murs ont été renversés sur ses habitants; les restes de ce peuple qui a pris la malédiction pour partage, sont dispersés dans tous les lieux de la terre, pour être en approbre à tous les autres peuples, sans patrie, sans chefs, sans liens de ralliement, ils sont mêlés à toutes les nationalités sans jamais se confondre avec elles ; il faut qu'ils vivent toujours, pour être à tous les â*es des témoins des justes châtiments du Ciel à l'égard des aveugles volontaires, des peuples qui ont abusé des faveurs du Ciel.

Mais lève-toi, maintenant, église du Christ, véritable héritière des promesses; c'est sur toi que Dieu va se complaire à répandre ses bénédictions ; ce sont tes enfants qui seront son véritable peuple, ce peuple qu'il dirigera en inspirant ses chefs, en faisant briller devant lui une lumière infaillible. Rome va remplacer Jérusalem ; c'est là que sera l'Arche de la nouvelle alliance, c'est là que de tous les points de la terre les peuples convergeront pour recevoir les communications du Ciel, pour y rencontrer, comme autrefois Zicharie, Joseph etc., l'ange du Seigneur au coin de l'autel, et recevoir les ordres infaillibles du Très-Haut. Après l'Eden, Jérusalem ; après Jérusalem, Rome, voila les trois sièges où Dieu s'est particulièrement plu à se communiquer aux hommes, à leur manifester ses volontés. Allons aux deux premiers y chercher des leçons ; allons au dernier pour y trouver la lumière, y recevoir là fortitude. Sachons éviter les infidélités qui ont perdu les deux premiers, pour marcher à la victoire sous la direction du dernier. Allons pleurer à Jérusalem, la ville des douleurs; allons nous réjouira Rome, la ville des consolations. Al ons voir accrochés aux rochers de Sion les restes du pins tenible des naufrages qui fut jamais ; allons ancrer notre barque au 10c inébranlable de Rome, où nous n'aurons jamais rien à redouter des tempêtes.

Dipuis la scène du Calvaire, les disciples du crucifié, par un sentiment bien facile à comprendre, ont et''1 attirés vers la Ville-Sainte. A peine relevée de ses cendi ea où l'avaient réduite les ministres de la colère divine, qu'elle tomba sous la domination de barbares de l'Orient. Quelques siècles s'écoulent, et on voit tont-à-coup, à la parole brûlante d'un Pierre l'Ermite et d'en Saint Bernard, 1 Occident sj lever comme un

seul homme, pour aller reconquérir sur la barbarie le tombeau du Christ. Pendant près de Éenx siècles des rois chrétiens, firent triompher la religion du Christ là môme où elle avait été fondée. Mais les peuples chrétiens des croisades, de même que ceux qui leur ont succédé, imitèrent les Israélites dans leurs infidélités, et Dieu envoya contre eux de nouveaux Amalécites, des Moabites et des Philistins pour exercer contre eux ses ▼engeances ; il permit que l'Arche d'Alliance tombât entre leurs mains, et aujourd'hui encore, le tombeau du Christ, le Calvaire qui fut teint de son sang, la grotte où il fit son entrée dans le monde, sont entre les mains d'infidèles, de peuples qui ne croient pas en lui ; et le pieux pèlerin, pour satisfaire sa dévotion, est forcé de compter avec ces ennemis de sa religion !

Mais, non seulement on s'est senti pressé de voler vers la Terre Sainte pour y retrouver les traces de l'Homme-Dieu et leur rendre toute la vénération qu'on leur doit, mais on a enoore voulu scruter jusqu'au plus petit coin de cette terre bénie ; sa configuration, sa topographie, ses productions naturelles ont été L'objet d'études spéciales de la part des savants. Depuis une cinquantaine d'années surtout des études sérieuses ont été faites de tout ce territoire. Des géologues, des géomètres, des minéralogistes, des naturalistes en tout genre l'ont par* couru dans tous les sens, pour appliquer les règles des sciences modernes aux nombreuses données qu'ils ont pu y recueillir.

Qu'il me soit permis de consigner ici, ce qu'une observation bien trop rapi !e m'a permis de reconnaître comme conforme à ce qu'on en avait déjà écrit.

Un simple coup d'œil, en arrivant à Jaffa, suffit pour nous convaincre que dans les âges géologiques, longtemps avant que la Méditerrannée eût pris S''i limites actuelles, toute la plaine de Saron, de môme que le désert de l'Arauie qui l'avoisine, n'éLait qu'une terre sous-marine ; les éminences sur lesquelles se dressent maintenant Jaffa, Ramleh etc., formant alors des îles peu élevées dans ce vaste estuaire. En remontant encore plus haut, on trouverait toute la chaîne des montagnes de la Judée, de môme que celle de Moab et même le Thabor et THermon, aussi couverts par les eaux, car toutes ces éminences sont formées de roches stratifiées, les basaltes et les roches plutoniques que l'on rencontre en quelques endioits, n'y ayant pris p'ace que par intrusion à la suite de ruptures dans la couche stratifiée, et ue formant nulle part des masses consi-

dérables à découvert, bien que les dér.udations aient été par fois considérables.

Comme toutes les autres parues de la surface du globe, cette terre a eu ses bouleversements et ses révolutions, après avoir dormi longtemps sous les eaux ; et là comme ailleurs, chaque coin de ce territoire a eu à subir des évolutions nombreuses qu'on trouve inscrites dans les couches et les restes de débris qui forment sa masse. Ces immenses plaines de?pable qu'on y rencontre, si désertes aujourd'hui, nourirrent autrefois de vigoureuses végétations, de riches prairies ; soulevées et abaissées tour à tour, elles parvinrent à un niveau où, entourées de toutes parts de cimes élevées, elles reçurent les dénulations et les érosions que des torrents entraînèrent sur leur surface, en les amenant à cette stérilité qui persévère encore aujourd'hui.

Les masses pierreuses en émergeant des eaux semblent s'être rangées presque en lignes parallèles avec les bords de la Méditerrannée; si bien que les fleuves, comme l'Oronte, le Léon tes, le Jourdain, tracent leurs cours du nord ou sui, les deux premiers paraissant attendre au dernier moment avant de changer leur direction pour se jeter dans la mer, tandis que le Jourdain la poursuit presque en droite ligne pour se perdre dans ce vaste puits qu'on nomme la mer Morte, qui, comme une chaudière en ébullition, suffit à réduire en vapeurs les millions de tonnes d'eau qu'il reçoit chaque jour.

G'esl aux terrains secondaires qu'il faut rapporter les roches de ces montagnes. Le calcaire jurassique et plus souvent encore les terrains crétacés servant de base aux dépots tertiaires, lorsqu'ils n'ont pas été entièrement entrâmes dans les dépressions.

En examinant attentivement les montagnes de la Judée, un fait m'a surtout frappé, c'est qu'on ne trouve chez elles aucun indice de ces violents soulèvements qui auraient redressé, plié et quelquefois tordu ou retourné leurs couches, comme on en observe de si fréquents exemples dans nos terrains stratifiés d'Amérique, à Québec, par exemple, Lévis etc. Ce serait là un indice que ces montagnes ne sont pas dues à un soulèvement violent de l'axe de leur chaîne qui les aurait fait émerger subitement de la mer, mais qn'elles formaient plutôt des émiu.mces sous-mari les qui se sont tro ivées exhaussées par le soulèvement général et graduel de toute la

contrée qui, en se soulevant ainsi, aurait forcé les eaux à se retirer dans les dépressions qui forment les bassins actuels qui les retiennent. Sans doute que ces rochers sous-marins devaient aussi leur proéminence sur les parties avoisinantes, à des soulèvements de leur base, mais étant stratifiés, ils furent déposés sur la base plutonique qui les porte, après que cette base eut été plus ou moins brisée et tourmentée par une force inférieure. C'est ce que confirment leurs assises qui s'écartent fort peu de la ligne horizontale, paraissant ne servir que de chemises à la roche plutonique qu'elles recouvrent.

Jérusalem est assise sur les pointes d'un plateau que le torrent de Gédron et celui d^ Gihon ont découpées et isolées du reste de la masse du côté du sud, mais que l'on voit s'étendre encore sur une assez grande distance vers l'ouest. Ce plateau, dans les parties qui ont été quelque peu protégées contre les érosions, est encore couvert d'un calcaire grossier qui abritait partout autrefois ies couches de craie qui lui servaient de base et qui en certains endroits se change en travertin métamorphique. L'examen des couches à peu près parallèles du Mont du Scandale, de celui des Oliviers, de Moriah et de Sion, enlève tout doute à cet égard et ne permet pas de supposer que les éminences qui portent aujourd'hui la Ville-Sainte auraient pu originer de soulèvements inférieurs des terrains secondaires.

Le mont des Oliviers et celui du Scandale ayant été par suite de leur isolement plus exposés aux érosions que le reste, ne nous montrent plus, qu'en certains endroits, les couches de craie qui les recouvraient et qui ont été en pirtie entraînées dans la vallée de Josaphat. Les fossiles qu'ils recèlent ne permettent pas d'ailleurs d^ les séparer de la formatien crétacée. Ces fossiles sont : Nucula crclnVineala, Nucula perdit», Arca parallela, Pecten delumbh, Astarfe undulosa, Opis undata, etc. tous mollusques de la craie.

Une preuve des plus concluantes de la continuité du plateau que formaient les environs de Jérusalem, se trouve dans cette double couche de silex qui se correspond des deux côtés du Cédron à peu près à une vingtaine de verges de distance. Et comme ces couches de silice, de même que celles de la craie, se trouvent en plusieurs endroits recouvertes de calcaire plus récent, nous avons là ! a preuve que l'excavation du plateau remonte à la formation djs terrains secondaires, et pro-

bablement aux premières couches de cette formation ; l'excavation ayant été remplie par les dépots du tertiaire et creusée de nouveau dans la même direction.

Dans les excavations des tombeaux des Rois, on peut fa cilement constater que les couches sont moulées sur les inégalités de la bise qui est an marbre crème avec t ches jaunâtres et brunâtres. Ce marbre parait être une formation intermédiaire séparant le jurassique des premières couches de craie.

On voit au tombeau de S. Jacques un calcaire rougi'âtre appartenant au groupe hippuritique qui est encore plus ancien.

Les grottes de Bethléem, celle de la Nuivité, celle du Lait etc, sont aussi toutes creusées dans le terrain crétacé, supérieur au jurassique. Mais ici la craie est beaucoup moins dure et plus friable qu'à Jérusalem ; elle est aussi de couleur plus claire.

La plaine des pasteurs près de Bethléem, et tous les autres endroits où les dépots tertiaires n'ont pas été entièrement enlevés, suffisent pour démontrer que si les Arabes n'étaient pas punis pour produire des récoltes abondantes, la Palestine pourrait encore devenir "une terre d'huile et de miel, une terre où le pain ne manque pas, une terre de blé, d'orge et de vignes", et qu'elle a pu être donnée en récompense, eu égard à sa fertilité, à un peuple que Dieu voulait favoriser malgré ses infidélités.

A S. Sabas, où les excavations du Cédron permettent nne plus facile observation des couches, nous constatons encore les mêmes formations. La craie est ici beaucoup plus dure, mais stratifiée encore en lits distincts. Aux fossiles de Jérusalem on peut ajouter ici : Crassatella syriaca, Cardium Lellum, Dentallum cretaceum etc.

A un certain endroit, au-delà de S. Sabas, on trouve les couchas un peu plus tourmentées qu'aux environs de Jérusalem. Gomme on se rapproche ici de la Mer Morte, ces bouleversements pourraient être une confirmation de l'opinion qu'un certain nombre de savants entretiennent au sujet de la formation de cette mer, qui serait due à une fissure dans les couches que seraient venu remplir les eaux des hauteurs avoisinantes.

Les calcaires bitumineux -jui avoisinent la mer Morte contiennent vuU-t, autres fossiles: Inoceramus aratus, Peclen obrutus, Gryphœa vesiculaiis etc.

Mais un fait qui saute aux yeux de tous les visiteurs de cette contrée, quelque peu naturalistes qu'ils soient, c'est l'extrême dépression où git la mer Morte.

Comme les figures se saisissent d'ordinaire plus facilement que les descriptions, voyez dans la gravure de la page 419 nue coupe transversale des montagnes de la Judée, depuis Jaffa jusqu'à la rive E. de la mer Morte, avec indication de l'élévation des points les plus saillants.

Jérusalem est à 2610 pieds au de-sus de la Méditerrannée, et la mer Moite à 1316 pieds au dessous du môme niveau, c'est donc une différence de 3926 pieds entre Jérusalem et la mer Moite. C'est la plus forte dépression que mentionne la géographie sur toute la surface du globe. Si à cette somme on ajoute la profondeur même de la mer Morte qui, en certains endroits atteint jusqu'à 1308 pieds, on a une différence de niveau de 5234 pieds dans l'espace de 8 lieues seulement.

Comme on a pu le voir par ce que j'ai exposé plus haut, il y a deux théories au sujet du creusement de la mer Morte. Les uns veulent que le Jourdain communiquât autrefois avec la mer Rouge, ne laissant qu'une belle et fertile vallée à l'endroit de la mer Morte ; et qu'une dépression s'étant alors opérée, le courant aurait été interrompu et aurait inondé la plaine.

Les autres prétendent que la dépression ayant été effectuée par le mouvement des parties adjacentes, les eaux des parties plus élevées se seraient réunies là pour former ie lac Asphaltite, lequel, bien que recevant le tribut de plusieurs affluents, conserverait à peu près son même niveau, eu égard à la puissante évaporation de ses eaux que favorise surtout leur grande salure et la lourde atmosphère qui pèse sur elles. Nul doute que les sources qui alimentent cette salure des eaux, ne contribuent aussi à augmenter par leur déperdition la capacité du bassin principal.

Quelque soit l'hypothèse que l'on adopte, ce qui demeure certain c'est que soit fissure dans le fond de la vallée, ou érosion par des courants des hauteurs voisines, le phénomène a eu lieu longtemps avant l'époiue tertiaire, puisque les vallées sur les bords sont encore toutes remplies des dépots de cette formation. Et cette théorie ne peut en aucune façon affecter le récit de l'Ecriture Sainte au sujet de la destruction de la Peutopole, puisque cette destruction n'a pu être que la suite d'un agran. dissemeut du bassin principal, ou même a pu avoir lieu £aus

Coupe transversale à travers les montagnes de la Judée, depuis Jaffa jusqu'au delà de la mer Morte.

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agir en aucune façon sur la capacité du lac Asphaltite. L'Ecriture Sainte ne dit pas qu'un lac a été creusé à l'endroit de ces villes coupables, mais seulement qu'elles furent détruites par le feu du Ciel. Or une pluie de feu et de soufre a pu détruire ces cinq villes, sans changer en aucune façon les limites du lac sur les bords duquel elles reposaient.

J'ai parlé des affluents de la mer Morte.

Qu'on n'aille pis croire en effet que le Jourdain soit le seul cours d'eau qui se déverse dans ce bassin ; car en outre de plusieurs rivières qui se déchargent dans ce fleuve, on trouve encore, sur la rive est, l'Arnon, le Callirhoë, l'Hamora etc. qui fournissent aussi le tribut de leurs eaux. Cependant, quoiqu'il en puisse être, il n'en est pas moins certain que le volume d'eau que versent ces affluents dans le bassin princ'pal n'est pas très considérable. On estime que le Jourdain, à lui seul, contribue pour 7 millions de tonnes d'eau par jour, les autres affluents réunis ne pourraient fournir la même quantité. Or une eau avec une température de 10° à 20° Réaumur et une telle pression [lie celle de la mer Morte, peut fournir à i'évaooration sans peine 10 à 12 millions de tonnes journelle. ment.

Différentes observations ont permis de constater que l'eau de la mer Morte n'avait pas partout la même densité ni la môme température, i/eau doit sans doute se saturer d'autant plus densément des sels qu'elle contient qu'elle se trouve plus rapprochée des masses minérales qui les fournissent. Or ces masses étant inégalement distribuées, de là le manque d'homogénéité dans les diverses parties de l'eau.

Voici, d'après une analyse qui en a été fait?, la composition de l'eau de la mer Mort", prise à 185 pieds de la surface.

Chlorure de sodium (sel marin) 78 554

Chlorure de potassium (muriate de potasse) G 58S

Chlorure de magnésium (muriate de magnésie) 145,897

Chlorure de calcium (muriate de chaux) 31,075

Sels de brome , 1,374

Sulphate de chaux 701

Eau 735.813

1900,000 Pesanteur spécifique 1,227

DE QUÉBEC A JÉRUSALDM 421

L'hélice que nous rencontrons en grande quantité avant d'arriver à la mer Morte, est YH-lix lithophiga, Char id. Cette hélice se rapproche b3aucoup de la planospira, Mnller, par la forme et les dimensions, cependant elle s'en distingue facilement par ses tours de spire qui sont cirénés près des sntnres et les taches anguleuses qu'elle porte surtout vers son so nm.3t ; sa lèvre est réfléchie et son ombilic assez grand est en partie recouvert par la lèvre. G ette espèce est surtout remarquable en ce qu'elle a pour habitude de se ronger une cavité dans la pierre dans laquelle elle se renferme. C'est le seul exemple d'un mollusque terrestre qui prend ainsi les habitude-, de plusieurs espèces marines, comme les pholaies, les saxifrages etc.

Habitant des lieux arid33, elle peut demeurer fort longtemps sans prendre de nourriture. Elle clôt alors son ouverture non seulement d'un simple diaphrag ne commi ses congénères, mais d'une véritable cloison plus ou imins solide, toute incrustée de carbonate de chaux. Ainsi renfermée, ne perdant presque rien par l'évaporation, elle peut persévérer des mois sans prendre de nourriture ni avoir besoin d'humidité.

Les plantes sur les bords du Jourdain et à la fontaine d'Elisée sont assez nombreuses, mais recueillies en passant sans trop de soins, et plusieurs en dehors de l'époque de leur floraison, leur détermination n'est pas des plus faciles.

Voici la liste de celles dont les spécimens m'ont permis

de déterminer l'espèce.

Près de Jérusalem et dans la vallée du Gédron, jusqu'à

S. Sabas.

Hutchinsia brevistyla, Crucifère ; sur le Mont Sion.

Capparis spinosa, Linné ; sur le Gédron. Arbuste de 2 à 3 pieds, à stipules épineuses. Plusieurs prétendent que c'est là la plante mentionnée dans l'écriture sous le nom d'Hyssope. Les Arabes la nomment Aaob ou Esof. Elle croit souvent dans les fentes des rochers.

Mdia. azedarack, Li nu. Il m'a été agréable de renouveler connaissance avec cet arbre que j'avais rencontré la première fois, en Floride. Mais là, comme en Egypte et en Palestine, c'est un importé de Perse. Il forme un joli arbre de 15 à 25 pieds de hauteur, à tronc droit, à feuilles composées, portant au prntemps une profusion de fleurs lilacées d'une

422 DE QUÉCEC A JÉRUSALEM

odeur suave. Son fruit est une drupe tellement dure que les talons des bottes mêmes ne peuvent la briser.

Anagyris fœtida. Lin. C'est un abrisseau de 2 à 3 pieds, à fleurs jaunes papiilionacées, avec une tache de brun sur l'étendard. Les feuilles froissées répandent une odeur désagréable. Près de Jérusalem.

Melilotus officinalis, Willd. C'est celui que nous cultivons dans nos jardins sous le nom de trèfle d'odeur. On le trouve en certains endroits, comme sur les roeheis de Lévis, dans les environs de Montréal, poussant spontanément en dehors des jardins, surtout la variété à fleurs jaunes. Assez commun autour de Jérusalem.

Myrtus communis, Lin. Arbrisseau de 5 à 6 pieds, non encore en fleurs lors de notre visite, mais facile à reconnaître par l'odeur agréables de ses feuilles. Rencontré en plusieurs endroits.

Tamarix tetrandra, Pallas. Arbrisseau de 8 à 10 p., à fleurs en longues grappes, en Juillet et Août. Se rencontre surtout près des eaux. Egypte, Palestine.

Styrax officinale, Lin. Aliboufier officinal, arbrisseau de 10 à 12 p., cà fleurs imitant celles de l'oranger, mais de couleur blanche.

Olea Europœa, Lin. L'Olivier commun, qui est presque partout cultivé en Orient, s'y rencontre aussi à l'état sauvage. C'est un arbre de 18 à 20 pieds, à feuilles opposées, étroites, lancéolées, mucronées, blanchâtres en dessous, à bois très dur, croissant lentement, mais durant des siècles.

Sur les bords de la mer Morte :

Arunda donax, Lin. Le roseau commun se rencontre dans les ruisseaux se déchargeant dans la Mer Morte.

Allium satîvum, Lin. L'ail commun se rencontre sur les bords du Jourdain.

Erica oricntalis. On croit cette espèce de Bruyère différente de la vulgaris, Lin. Dans les vallons des montagnes.

Calatropis procera, R. Brown. Contrairement à nos espèces américaines, cette Asclépiadée est à tige ligneuse, de 6 à 8 p., à fleurs blanc-rosé. Bords du Jourdain.

Scabiosa stellata, Lin. A fleurs blanches. Bords du Jourdain.

Echium arenarium* Gass. Cette Vipérine est bisannuelle, à fleurs petites, violacées. Bords de la mer Morte.

Mandr agora officinarum, Lia. Cette plante contient un poison très-actif. Les Arabes en font usage en médeciue. Jourdain.

Molucella spinosa, Lin. Labiée annuelle, à fleurs violacées, à calice à dents épineuses. Jourdain.

Avena fatva, Lin. Sur les bords du Jourdain et dans la plaine de Jéricho.

Populus alba, Lin. Tràs vigoureux sur les bords du Jourdain.

Salix sifsaf. L^s Arabes donnent à ce saule le nom de Sifsaf ; je ne saurais en déterminer l'espèce. Jourdain.

Vitex agnus-castus,Lin. Gattilier, Arbre au poivre. C'est une Verbénacée à tige ligneuse, de 8 à 10 pieds. Les Arabes lui donnent le nom de Rishrash, et emploient ses graines en guise de poivre. Jéricho.

Malva rotundifolia, Lin. Bords du Jourdain.

Ziziphus spi)ia-Christi: Willd. Le même que celui du mont des

Olives.

Eleagnus angustifolius, Lin. Olivier de Bohème, Kakkum des

Arabes.

Ce Chalef répand une une odeur des plus agréables lorsqu'il est en fleur. Jéricho.

Solarium Sodomeum, Lin. C'est la fameuse pomme de Sodome sut laquelle tant de voyageurs nous ont fait des récits fabuleux. C'est un fruit rempli de cendres, disent les uns, une galle pleine de déjections d'insectes, prônent les autres. La Morelle de Sodome est un petit arbrisseau de 3 pieds, à rameaux tortueux garnis d'épines droites, dilatées à leur base. Le fruit, d'environ un pouce de diamètre, est jaunâtre puis passe au noirâtre, il est comme la tomate sa voisine, rempli de graines fines qui, desséchées, ressemblent à une poussière grossière. Fontaine d'Elisée. Il est un autre fruit sur les bords de la mer Morte que je n'ai point vu et que je serais assez embarrassé pour ramener à son genre et à son espace, d'après ce qu'on m'en a rapporté. On lui donne aussi le nom de pomme de Sodome. De la grosseur d'une moyenne figue, il est rempli de graines portant chacune une longue barbe soyeuse, aussi douce que la soie, qui peut aussi se filer, mais qui est peu consistante. Ce doit être probablement une Asclépiadée.

L'Oscar que j'ai failli aussi à déterminer, est, je pense, une Solanée, ligneuse et épineuse, de 8 a 12 pieds. Son fruit est jaune taché de rouge, à suc acre et caustique, l'intérieur en esf spongieux.

Enfin reste la fameuse rose de Jéricho que tous les voyageurs mentionnent, mais qui ne se rencontre pas à Jéricho. La Jérose hygromètre, Anastatica hierochuntina, Lin., ou rose de Jéricho, est une Crucifère annuelle, qui croît dans les déserts de l'Arabie, au sud de la mer Morte. Après la floraison, la plante se dessèche, et les rameaux se repliant en dedans, elle forme une houle presque parfaite. Si le vent vient alors à la détacher du sol, elle roule souvent à de très grandes distances pour aller|y répandre ses graines. La plante étant très hygrométrique,du moment qu'elle sent l'humidité, ses rameaux s'amollissent, s'étalent, ses capsules se gonflent et laissent échapper leurs graines. C'est bien là une disposition des plus admirables de la Providence pour la diffusion des plantes. Mais il ne faut pas croire, comme l'ont avancé maints auteurs, que la plante à l'humidité reprend sa végétation. Etant an. nuelle, sa révolution est terminée lorsqu'elle a donné ses graines, bien que ses rameaux demeurent toujours hygrométriques.

Telles sont les plantes que j'ai ainsi pu recueillir en passant; il y en a une foule d'autres qu'un séjour un peu plus long et des recherches plus suivies m'auraient permis de ren. contrer, mais il ne m'était pas possible de le faire alors.

La Semaine- Sainte, à Jérusalem. — Entrée du Patriarche au S* Sépulcre j le Diuiauche des Rameaux ; les Ténèbres ; le Jeudi-Saint ; le Vendredi-Saint ; le Sauiedi.Saint; Pâques — Emmaus.

Jérusalem, samedi 9 Avril. — J'étais tellement épuisé à mon retour de la mer Morte hier, que je dus rester au lit tout l'après midi. Le docteur que je vis vers le soir voulait môme que je le gardasse pendant quelques jours; mais je me contentai de garder à peu près ma chambre, ne me permettant qu'une courte visite à quelque sanctuaire chaque jour. Une dose de quinine que me prescrivit le médecin le soir me soulagea passablement de ma fièvre, mais je restai toujours avec une grande irritation des bronches; une toux des plus fatigantes me tourmentant presque constamment.

Malheureusement je n'étais pas le seul à souffrir. Mon compagnon, M. Bolduc, se sentit repris d'une attaque de diabète dont il avait déjà souffert, mais dont il croyait s'être débarrassé sans retour, si bien que le médecin crut devoir lui interdire l'exercice du cheval et qu'il dût de suite renoncer au voyage de Galilée qui ne peut se faire qu'à cheval. On me sollicita vivement de prendre la même détermination, mais je m'y opposai fermement, espérant que dans la dizaine de jours qui nous séparait encore du moment du départ, je pourrais me débarrasser de ma bronchite qui n'était guère plus grave que

celles auxquelles je suis sujet de temps à autres, même en restant tranquille chez moi. Malheureusement nous avions de la pluie presque tous les jours, et l'humidité constante qui régnait dans ma chambre, toute en pierre, plancher, murs, plafond, comme le serait une cellule taillée dans le roc, ne contribuait pas peu à entretenir cette irritation de poitrine dont je souffrais.

Je garde donc la chambre ce matin et ne puis célébrer.

Le Patriarche devant faire son entrée solennelle dans la basilique du S. Sépulcre dans l'après midi, nous nous disposons à v assister. ''Messieurs, nous dit notre commandant, nous allons accompagner Mgr le Patriarche dans son entrée solennelle au S. Sépulcre, et voici l'ordre qu'il faudra suivre : immédiatement après le Patriarche viendra le Bureau, puis MM. les ecclésiastiques, à leur suite les hommes, et enfin les dames de notre caravane ". Mais depuis quand, dis-je à mes confrères ecclésiastiques, un instructeur de cavalerie doit-il avoir le pas sur les prêtres dans une cérémonie religieuse ? Comme votre doyen je vous tracerai la route, et nous prendrons notre rang, sans égard à la proclamation qu'on vient de nous faire.

Le parapluie sur la tête — car il tombait quelques grains de pluie — nous nous tenons prêts, et du moment que nous entendons les hallebardes des quatre cavas qui dans ces circonstances précédent le Patriarche retentir sur les pierres du pavé, nous nous rendons à l'angle de la rue que Sa Grandeur doit suivre et enfilons derrière le prélat aussitôt qu'il est passé. Arrivés dans le vestibule de la Basilique, Mgr se revêt des habits pontificaux, les chanoines prennent de même les leurs, et on nous distribue, à nous les ecclésiastiques, des surplis, pour former le chœur, à la suite des chanoines, laissant notre commandant avec ses autres collègues du Bureau, libres de jouer des coudes pour se frayer un passage dans la foule compacte du commun des mortels qui obstruait tous les espaces libres.

Nous nous rendons d'abord dans la chapelle des Pères franciscains, où nous sommes admis au baise-main, puis aussitôt après se fait la procession aux sanctuaires, telle que je l'ai déjà décrite.

Dimanche des Rameaux, 10 Avril. — Quoique encore bien faible, je veux célébrer ce matin et assister à la cérémonie des Rameaux. Je prends donc place au chœur, en surplis, pour

assister à la Bénédiction qui se fait très solennellement par Mgr le Patriarche lui-même devant la façade du S. Tombeau.

Une foule compacte, composée en grande partie de schismatiques que la curiosité attire, remplit presque tout l'espace sons la vaste coupole. Une ligne de soldats Turcs, sous les armes, entoure le saint Edicule, tant pour maintenir l'ordre dans cette multitude, que pour laisser l'espace libre à la procession qui fait trois fois le tour du saint Tombeau.

Mgr distribue d'abord les palmes, palmes gigantesques, de cinq à six pieds de longueur, aux chanoines, puis au chœur, et ensuite à tous les fidèles catholiques, hommes et femmes. Immédiatement après le chœur se présente le Consul français, en grande tenue, avec son épouse, et à leur suite le reste des fidèles. Malgré tout le disparate qu'offrait la cérémonie, il était vraiment touchant le pêle-mêle que présentait le défilé de cette fouie aux pieds du Patriarche, pour recevoir de la main du pontife une branche bénie, une palme, signe de la victoire que la charité chrétienne seule sait assurer sur les mauvais penchants de la nature, pour faire de toutes les nationalités un peuple de frères. A la mise élégante et recherchée des dames et messieurs de notre caravane et autres européens, s'entremêlaient les haillons déchiquetés de l'Arabe aux pieds nus avec les voiles blancs dont se couvrent de la tète aux pieds les filles de la Ville-Sainte lorsqu'elles se montrent à l'église,

Du moment que j'eus reçu ma palme, j'avisai le moyen de pénétrer à travers la foule pour parvenir à la sacristie afin de célébrer. Je croyais ia retraite presque impossible, mais les soldats turcs devinant mon dessein, me frayèrent sans aucune peine une issue à travers la masse du peupla.

Le sacristain m'ayant offert l'autel du Stabat-Maler sur le Calvaire, je l'acceptai avec d'autant plus de satisfaction que je n'avais pu encore y célébrer.

Revenu à Gisa-Nova, je crus devoir borner là mes excursions de la journée ; mon état de faiblesse ne me permettant pas d'en faire davantage.

M. Bobine, qui, par suite des prescriptions du médecin n'avait pu faire avec nous le voyage de S. Jean dans le désert, est parti seul, après midi, pour s'y rendre à pied (- lieues). Il doit revenir demain.

Lundi, 11 Avril.— Je me trouve un peu mieux ce matin et

je vais dire la messe à S. Sauveur, à l'autel du Saiut-Esprit où il y a indulgence plénière. Ce sont les in lulgences du Cénacle que Rome a rapportées aux autels de S. Sauveur, depuis que les musulmans ont dépossédé les catholiques du précieux sanctuaire où N. S. institua la divine eucharistie et où le Saint. Esprit descendit sur les Apôtres au jour de la Pentecôte.

J'étais à me reposer sur mon lit, lorsqu'on m'apporta trois lettres qui venaient de m'arriver par la malle. Je reconnus de suite aux timbres qu'elles me venaient du Canada. C'étaient les premières que je recevais depuis mon départ de Q îébec, le 17 février. Elles étaient toutes couvertes de corrections d'adresses ; c'est qu'arrivées à Paris le lendemain de notre départ, elles avaient été expédiées à Marseille, où elles étaient parvenues aussi le lendemain du départ du bateau.

S'il est quelque chose d'agréable pour le voyageur en dehors de son pays, lorsqu'il se voit séparé de tout ce qu'il a de cher, c'est bien les nouvelles directes qu'il en peut recevoir. Aussi me crus-je, après la lecture de ces lettres, tout-à-fait remis de mon indisposition et débarrassé complètement de ma bronchite.

Mardi, 12 Avril. — Malgré ma faib'es^e, je ne renonce pas à l'engagement pris la veille d'aller célébrer dans la grotte de Gethsémani. Vers les 5h., accompagné de M. Dagès qui s'était offert pour servant, je parcours la Voie Douloureuse, sort par la porte St Etienne, coupe la vallée de Josaphat en traversant au fond le torrent de Cédron sur le petit pont qui le couvre, et pénètre à quelques pas au delà sur le flanc du mont des Oliviers, à la sainte Grotte de Gethsémani, où N. S. souffrit cette agonie qui lui arracha une sueur de sang, pendant que les trois Apôtres Pierre, Jacques et Jean qu'il avait amenés avec lui, se laissaient aller au sommeil, à un jet de pierre de là, sous les arbres du jardin, dont il reste encore huit témoins de cette scène de près de vingt siècles.

La grotte de Gethsémani est un des sanctuaires où les pèlerins se plaisent davantage à célébrer, par ce que là nous sommes chez nous à l'exclusion de tous les schismatiques, et nous retrouvons la grotte telle qu'elle était au temps de N. S. Nul marbre pour en dérober les parois et aucun travail non plus n'en a altéré la forme. Oui ! c'est ce rocher môme que je touche de la main qui a répercuté la voix de mon Dieu lorsqu'il adressait sa prière à son père : " Mon Père, que ce talice

passe loin de moi ; cependant que votre volonté soit faite et nou la mienne ! " C'est sur cette pierre, ce roc sur lequel je me prosterne aujourd'hui, qu'a coulé cette sueur de sang que les angoisses de l'âme de Jésus arrachèrent à son corps ! Qu'il fait bon se recueillir et prier ici ! Mais je suis prêtre, prêtre de Jésus-Christ, et dans un instant je vais faire couler de nouveau rur ce roc le sang précieux qui l'a déjà arrosé autrefois. Puisse la vertu de ce sang sans prix toucher les cœurs de cette foule d'indifférents et d'égarés qui en méconnaissent encore la valeur; qu'une piété sincère fasse place dans leurs cœurs à cette simple curiosité qui les porte parfois à visiter ce saint lieu !

La grotte est irrégulière et mesure une trentaine de pieds de diamètre. Une ouverture à jour dans le plafond avec la porte qui s'ouvre sur 1 escalier extérieur lui fournissent la lumière nécessaire pour la célébration des saints mystères. Sept à huit personnes, toutes fort recueillies dans leur dévotion, assistèrent à la sainte messe. Je donnai la communion àqnatre ou cinq parmi lesquelles se trouvait une religieuse. C'était une fille de S. Joseph de l'Apparition. Arabe de nation, elle avait reçu son éducation à Beyrouth où elle avait fait profession, d'après les détails qu'elle me donna elle-même lors de notre retour à la ville. Elle parlait très bien le français. Les enfants du désert admis à la profession de la pratique des conseils évangéliques, n'est-ce pus Agar devenant l'égale de Sara ? Esaù recouvrant sou droit d'ainesse '. Qu'il est beau ce spectacle de la charité chrétienne qui fait de tous les enfants d'Adam de véritable frères, quelque soit leur couleur, leur nationalité, leur degré de civilisation, leurs habitudes de* vie l L'exergue : Liberté, Fraternité, Egalité, se lit sur tous les édifices publics en France, mais l'église catholique seule nous offre le spectacle de son réel accomplissement. Dieu, sans doute, ne fait acception de personne, sous la loi de charité ; cependant, lorsque des habitudes séculaires de barbarie et d'une licence sans frein ont moulé le caractère d'un peuple, ce n'est qu'avec une extrême prudence que l'Eglise se décide à conférer le commandement et les honneurs à ces races dégénérées. Les évê jues, en Chine, ont été les témoins de telles déceptions sous ce rapport, qu'ils en sont venus à n'admettre au sacerdoce les enfants indigènes qu'après la quatrième ou la cinquième génération depuis la conversion de leurs familles. Les différentes supérieures de communautés reli-

gienses que j'ai pu consulter sur le sujet, m'ont toutes affirmé qu'en Orient il fallait de même ne procéder qu'avec une extrême prudence à cet égard avec les indigènes. Et n'est-ce pas ce que l'on peut observer chez tous les peuples en dehors de la civilisation ? La nature corrompue de l'homme, en vivant longtemps sans contrainte, prend un tel ascendant, qu'elle devient pour ainsi dire incontrôlable. Nos sauvages du Canada, tout bons chrétiens qu'ils soient, malgré leur civilisation apparente, n'ont pu encore fournir de sujets pour le sacerdoce. Ces peuples demeurent toujours enfants dans la pratique de la vie chrétienne, et ne peuvent en remplir les devoirs que sous le commandement et la surveillance habituelle de chefs sortis de la véritable civilisation.

Mercredi, 13 Avril.— Repletus nxultis miseiiis ; l'homme né de la femme, a dit le saint homme Job, vit peu de temps, et est sujet à une foule d'infirmités. Il ne faut pas avoir vécu longtemps pour reconnaître cette vérité, et j'en trouve en moimême aujourd'hui une nouvelle confirmation. Ranimé hier par les bonnes nouvelles que je recevais du pays, je me croyais parfaitement rétabli ; et voici que ce matin, je me trouve plus mal que jamais. Une toux continuelle m'a privé du sommeil de la nuit et je me sens sur la poitrine un poids qui m'écrase. Je me vois forcé de renoncer à la consolation de célébrer aujourd'hui.

J'ai déjà noté plus haut que la colonne de la flagellation est conservée sur un autel de la chapelle des Pères franciscains, dans la basilique du S. Sépulcre, et qu'on ne la sort du grillage qui la renferme que le mercredi-saint. Malgré mon état de faiblesse, je ne voulais pas manquer l'occasion de vénérer une si précieuse relique. Je me rendis donc à la basilique, dans l'après-midi, avec M. Bolduc ; mais qu'elle foule compacte remplit toute la capacité de la chapelle franciscaine ! C'est avec grande peine que ceux qui ont pu baiser la sainte colonne, qui se trouve sur le bord de la table même de l'autel, peuvent se frayer un chemin pour sortir, et aussitôt de nouveaux arrivés se pressent pour remplir le vide qu'on vient de faire. Je laissai à M. Bolduc, fort et vigoureux, le soin d'ouvrir le passage en jouant des coudes à travers cette foule, pour n'avoir qu'à me glisser à sa suite. Après avoir subi maintes ondulations occasionnées par la marche en sens contraire de ceux qui opèrent leur retraite, nous parvenons enfin au marchepied de l'autel. Mais la marche est haute, la pression plus

forte et les mouvements plus prononcés encore là qu'ailleurs. M. Bolduc a pu avoir son tour et je me vois sur le bord de la marche prêt à passer, lorsque survient un courant en sens contraire qui me recule de 7 à 8 pieds en arrière. M. Bolduc vient à ma rescousse pour m'ouvrir de nouveau le passage, me grimper et me maintenir sur la matche jusqu'à ce que je puisse toucher de mes lèvres la sainte relique. "Il faut tenir sa dévotion à deux mains, me disait un pèlerin, pour ne pass'impa-' tien ter des bousculements sans fin dans ce tohu-bohu." Et je suis assez de son opinion. Il faut remarquer qu'il n'y a pas que les catholiques qui viennent vénérer la sainte relique, mais que les schismatiques s'y portent aussi avec peut-être un plus grand empressement et en nombre probablement plus considérable.

A 3 h. P. M. commence l'office des Ténèbres que les PP. franciscains chantent au S. Sépulcre. Je n'ai pu y faire qu'une courte apparition, et j'ai remarqué que l'office s'y faisait de la manière la plus touchante; les voix graves des bons religieux, articulant très distinctement la récitation des psaumes et accentuant le chant des lamentations d'une manière tout-à-fait saisissante !

Mais prêtons l'oreille aux paroles de Jérémie, et voyons si après plus de vingt-cinq siècles elles n'ont pas encore toute leur actualité.

" Oh 1 comment cette ville, autrefois si animée de peuple est-elle maintenant si déserte et si morne ?

" Gomment la Beine des nations, celle que les peuples venaient voir de loin a-t-elle été rendue semblable à une veuve désolée ? Gomment la maîtresse de tant de Provinces a-t-elle été faite tributaire de l'étranger ?

" Pour se sauver de l'affliction de la servitude, pour échapper à l'esclavage, Juda a quitté sa patrie. Mais le repos qu'il avait perdu, il l'a vainement cherché chez les nations étrangères ; elles n'ont fait que se lier ensemble pour le persécuter.

" Les rues de Sion pleurent leur solitude ; personne n'y vient plus, personne n'accourt plus aux solennités du temple 1 Ses portes sont brisées, ses parvis déserts, ses prêtres dans la douleur ; et ses vierges vêtues de deuil, gémissent dans l'amertume.

" Ses ennemis l'ont terrassée, et se sont gorgés de ses richesses, parce que le Seigneur, irrité de ses iniquités, dans sa justice et sa colère l'avait condamnée.... Ses enfants encore tout petits ont été emmenés captifs, frappés et rudoyés par l'ennemi.

" Jérusalem ! Jérusalem ! convertis-toi au Seigneur ton Dieu ! ""

0 Jérémie, de la poussière de tes chairs écartelées par la scie au pied de Sion, porte tes regards sur le mont du Mauvais Conseil et de là sur le Golgotha, et tu trouveras une réponse à toutes tes interrogations. Au plus criminel des forfaits, il fallait une expiation sans pareille !

Bon nombre de pèlerins nouveaux nous arrivent aujourd'hui, pour assister comme nous aux cérémonies de la semaine sainte. Ce sont entre autres : qintre trappistes que nous avions déjà vus en Egypte. Leur supérieur est un abbé mitre, portant anneau et croix pectorale ; il a droit aussi à la mitre en officiant. C'est un homme de fort bonne mine et des plus aimables. Je renouvelle connaissance avec un de ses Frères que j'avais, par hasard, rencontré à Québec quelques années aupai avant. Puis c'est un M. Acton . anglais, avec sa dame et un jeune comte Russe du nom de Boutourliue ; un M. Lodge, Irlandais catholique, avec sa tfemrae qui est protestante. Cette dame qui est encore protestante, avait épousé en premières noces un veuf de sa religion ayant quatre enfants, et tout en persévérant dans son erreur, elle avait fait en sorte que son mari et l'un de ses fils, ministre protestant, se fissent catholiques avant de mourir. Quant à elle, elle était encore là, convaincue de l'exactitude de nos dogmes, et différant toujours de les embrasser. C'est un mystère dont elle seule avec Dieu, je pense, a le secret. Elle fait avec nous la visite des sanctuaires avec beaucoup de dévotion, prend part à nos prières, distribue de larges aumônes aux pauvres, et se pourvoit d'objets de dévotion, mais ne paraît pas encore disposée à ouvrir les yeux à la lumière qui brille à ses yeux et qu'elle reconnaît être la véritable.

Parmi ces nouveaux arrivés se trouvait encore un M. Asgian, prêtre Arménien uni, qui avait été secrétaire du cardinal Assouu lorsqu'il était patriarche de Constantinople. Parlant bien le français, il me donna des détails qui m intéressèrent beaucoup sur les différents rites orientaux dont il avait fait une étude spéciale. Ce monsieur regrettait beaucoup de ne pouvoir

célébrer dans le S. Sépulcre, Rome n'autorisant là que le rite latin.

Un autre personnage dont je fus aussi très heureux de faire la connaissance, fut M. de Lévis-Mirepoix, un petit cousin de notre baron de Lévis, le vainqueur des Buttes à Neveu, celui qui tira le dernier coup de canon pour conserver le Canada à la France. Mais par sa mère il nous intéresse encore davantage, puisqu'il descend des Laval-Montmorency, famille de notre premier évoque que l'Eglise, nous en avons l'espoir, placera bientôt sur nos autels. Ce monsieur, jeune encore^ nous parut homme de fort bon commerce, et quoique avec des manières distinguées, rien ne dénote en lui la prétention ni cette morgue qu'affichent si souvent les nobles pour pallier les défauts de leur cuirasse sous le rapport de l'éducation et des connaissances. Il me dit qu'il entretenait l'espoir de visiter le Canaia prochainement, et qu'il soupirait après le moment où il pourrait mettre ce projet à exécution.

Jeudi saint, 14 avril. — Bien que je ne remarquasse aucun mieux sensible da.is mon état, j'ai pu, ce matin, aller communier avec les autres, sans toutefois assister à l'office entier, car commencé à 5£ h. il ne s'est terminé qu'après 10 h. C'est en face du S. Sépulcre qu'a officié Mgr le Patriarche. La consécration des saintes huiles avec une nombreuse communion du peuple ajoutaient encore à la longueur de l'office.

Un nombreux clergé revêtu de riches habits sacerdotaux, le splendide tabernacle d'argent ciselé que l'on érige devant la porte du Saint-Edicule, les sons majestueux de l'orgue des Franciscains qui remplissent toute la capacité du vaste édifice, ajoutés à la dignité qu'apporte les Patriarche en s'acquittant des fonctions sacrées, tout contribuait pour ajouter à l'office une solennité exceptionnelle des plus touchantes. La foule qui se presse toujours autour du Saint-Edicule me parut aussi plus paisible que d'ordinaire.

Rien de plus édifiant de voir presque la totalité de cette foule s'approcher de la sainte table au moment de la communion ; et comme elle était bien propre à nous donner une idée de cette aulre foule que vit l'apôtre S. Jean au pied du trônede Dieu, ex omni tribu, lingua et natione ! Ici aussi toutes les nationalités se confondaient. C'étaient des français, des anglais des is italiens, des arabes, des grecs, des polonais etc. et quant au.\ costumes c'était une bigarrure & défier toute description. Ici ce sont les filles arabes aux pieds nus, avec leur

voile blanc sur la tête, coudoyant des élégantes d'Europe à la mine la plus recherchée ; là ce sont des Syriens, des Maronites, des Gophtes aux costumes aussi variés dans leurs couleurs qu'originaux dans leur forme. Ce sont encore : des Frères des Ecoles Chrétiennes avec leurs rabats blancs sur leurs robes de bure noire, des Sœurs au costume semi religieux à couleurs sombres contrastant avec le blanc que portent les filles du pays, etc. Il serait difficile, je pense, de trouver ailleurs une foule présentant semblable mosaïque.

Dans l'après-midi, à 1| h. aussi a lieu le lavement d^s pieds au S. Sépulcre, et à 3 h. l'office des ténèbres comme la veille.

Vendredi- Saint, 15 Avril.— S'il nous était permis de choisir le temps et le lieu où il nous plairait de recevoir la maladie, je conseillerais aux pèlerins de ne s'y laisser aller qu'après avoir fait leurs adieux aux arabes, car ce sont bien les plus maussades serviteurs qu'on puisse rencontrer. Le médecin m'ayant hier prescrit un bouillon Liébig (essence de bœuf), je descendis au réfectoire pour demander de l'eau chaude et du sel. Ayant retardé quelques minutes pour retourner à ma chambre, je trouvai sur ma table, en y arrivant, une théière pleine d'eau bouillante avec une salière. Le garçon, me dis-je, va revenir sans doute apporter une tasse, un bol, un vase quelconque avec une petite cuiller. J'attends donc ; mais rien ne vient. Je retourne au réfectoire après une dizaine de minutes, et j'en trouve la porte fermée. Je me vois forcé de renoncer à mon bouillon, car avec quel instrument retirer la gelée de la boite et dans quel vase la délayer ensuite dans l'eau ? Je n'avais absolument rien.

Lorsque je vis, après une couple d'heures, qu'on devait commencer à faire les préparatifs du souper, je retournai au réfectoire où je trouvai mon arabe. — Mais comment ? vous m'avez apporté une théière d'eau bouillante avec du sel et sans vase ni ustensile quelconque pour faire le bouillon ?— Mais, vous n'avez demandé que cela. — Imbécile, vous est-il venu à l'idée que je pouvais boire de l'eau bouillante à môme un bec de théière ?

Vous ne sauriez croire, me dit le directeur de Casa-Nova, quel trouble nous avons avec ces serviteurs inintelligents ! Aussi les bons Pères, malgré leur bonne volonté, se voient-ils le plus souvent dans l'impossibilité d'apporter auprès des malades les soins que requerraient leur état.

Comme à chaque nuit le frisson me revenait, le médecin me donna hier soir une petite dose de laudanum, ce qui me fit passer une nuit plus tranquille ; et quoique un peu plus faible ce matin, je me sentais l'estomac beaucoup plus libre, et croyais voir que mon malaise allait s'en aller décroissant graduellement.

L'office ce matin commence à 7 h. et se célèbre sur le Calvaire. Si partout cet office est touchant et expressif, il a bien davantage ce double caractère lorsqu'il est célébré sur le Calvaire, à l'endroit môme où s'est opéré le mystère dont l'Eglise évoque le souvenir.

" Ecce lignum crucis, voici le bois de la croix auquel a été attaché celui qui fut le salut du monde." Et c'est ici même que s'est opéré ce mystère! "Venez; prosternez- vous et adorez !"

Peu après midi, les pèlerins, toujours guidés par le Frère Liévin, et accomoagnés du Père Frédéric, se rendirent au Prétoire pour faire Chemin de la Croix dans les rues mômes que Jésus parcourut chargé de son fardeau. A chaque station le P. Frédéric, dont on a pu admirer l'éloquence en Canada, fit une exhortation des plus touchantes, si bien que des larmes d'attendrissement et de repentir coulèrent à plus d'une reprise. Arrivés au S. Sépulcre, l'office patriarcal des ténèbres était déjà commencé, et ce fut dans la chapelle franciscaine que se termina le Saint exercice.

Suivre Jésus portant sa Croix, le vendredi-saint, dans les rues mêmes de Jérusalem, est un bonheur qu'il n'est pas donné à tous les chrétiens de pouvoir jouir, aussi tous les pèlerins s'einpressèrent-ils d'en profiter et ne comptèrent-ils pour rien la fatigue éprouvée, en comparaison des douces émotions qu'ils y avaient reneoncontrées.

A 7 h. du soir nous nous rendons de nouveau au S. Sépulcre pour la procession aux sanctuaires qui prend aujourd'hui un caractère tout particulier.

La procession, pour ce jour, se borne à sept sanctuaires, à chacun desquels se lait un sermon dans une langue différente. Nous nous réuni -mus d'abord à la chapelle franciscaine où l'on nous distribue des cierges, puis nous passons à l'autel de

laritiou de Jésus à Madeleine, où se fait un sermon en italien. De la nous passons à la chapelle de S. Longin, où

nous entendons un autre sermon en grec molerne ; vient ensuite l'autel de la Flagellation avec un sermon en polonais.

La procession monte de là au G ilvaire et se rend à la cha* pelle de la crucifixion. Ici, on apporte un mannequin de grandeur naturelle, qu'on attache à une croix, à l'endroit même où N. Sauveur se laissa clouer par les bourreaux. En face de Jésus ainsi étendu sur la croix, un religieux fit, en allemand un discours avec une très vive déclamation, et qui parut fortement impressionner ceux qui pouvaient le comprendre.

On passe ensuite à l'autel de la Croix, et là, le Christ est élevé en Croix à l'endroit même, dans le trou même où reposa autrefois le bois sacré. Le P. Léon, directeur de Casa-Nova, s'adressa alors à la foule en français, et fit couler des larmes de tous les yeux.

Après ce discours, Joseph d'Arimathie et Nicodème se présentent. Des échelles sont appliquées à la croix. Avec des tenailles on arrache le clou de la main gauche, et le bras se rabat aussitôt contre le corps. On arrache de même le clou de la main droite et celui des pieds, et le corps du Christ, retenu par des linceuls, est religieusement descendu et étendu sur le pavé.

La procession se rend ensuite à la pierre de l'onction, qui est richement illuminée, et sur laquelle le Christ est étendu. Alors un religieux s'adresse à la foule en arabe, et parait vivement impressionner la masse qui l'écoute. De là ou transporte la sainte effigie au S. Sépulcre et là, c'est un Père espagnol qui s'adresse à ses compatriotes.

Commencée à 7 h., il pissait 10 h. lorsque la cérémonie fut terminée, et tout le temps, il fallut se tenir debout, ni chaises, ni bines ne se trouvant dans ces sanctuaires.

Cette cérémonie, malgré tout l'intérêt qu'elle parait offrir à la fouie, nous parut à nous, gens du nord, d'un à propos un peu douteux. Sans vouloir la condamner, parce que nous ne savons pas jusqu'à quel point elle peut être avantageuse aux orientaux, nous pensons qu'elle ne conviendrait pas à nos populations. Nous préférons, nous, soumettre notre foi mx mystères qu'elle nous propose tout couverts de leurs voiles, sans vouloir en donner ainsi des représentations sensibles. Sans nul doute quai n'eu est pas ainsi avec les peuples

d'Orient, et que chez eux, ces démonstrations extérieures peuvent produire de très précieuses impressions.

Samedi-Saint, 16 Avril. — L'office patriarchal se fait ce matin devant le S. Sépulcre ; il commence à 6 h. Quoique un peu mieux, je ne crois pas pouvoir y assister.

Je vais, dans l'après-midi, faire quelques stations dans la basilique. Je suis tout surpris de la trouver remplie de monde. Mais quel triste spectacle ! le temple saint est converti en véritable place publique.

Comme les schismatiques se trouvent cette année de huit jours en retard pour la célébration de leur pâque, c'est aujourd'hui la veille de leur dimanche des rameaux, et de toute part l'on est à faire les préparatifs de la solennité. Des femmes en grand nombre tressent des palmes qu'elles offrent en vente aux passants; ou va et vient, parlant tout haut, comme on le ferait dans la rue. Je vois des enfants qui se livrent à leurs jeux ordinaires, se poursuivant, criant, comme s'ils étaient chez eux ; j'en aperçois même qui sont grimpés jusque sur les corniches des galeries, défiant leurs compagnons d'aller les y rejoindre. Il faut que la dévotion ici soit chacun pour soi, et on attendrait en vain l'édification de ses voisins. Ce recueillement, ce silence, cette absence de mouvements qui nous plaisent tant dans nos temples, sont choses inconnues aux orientaux. Pour eux, les démonstrations extérieures, souvent assez bizarres dans leur expression, s'allient avec les émotions intérieures, si toutefois ils en éprouvent, ce que ne dénotent nullement leurs allures et leurs gestes.

Mais voici qu'au millieu de ce tapage se présente le patriarche grec avec son clergé, pour faire son entrée solennelle. Ils entourent la pierre de l'onction, multipliant les aspersions et les encensements. Leurs ministres sont revêtus d'habits très riches, mais je cherche en vain le solennel, la majesté qu'étalent nos cérémonies religieuses ; je m'efforce de découvrir quelque part des indices de piété et de dévotion, et n'en trouve point, pas plus dans les officiants que dans les assistants. Mais comment pourraient-ils montrer extérieurement ce qu'ils ne possèdent pas à l'intérieur ? Ces rameaux desséchés de l'Eglise catholique, seule véritable épouse du Christ, tiennent encore, il est vrai, au tronc principal, mais sans en recevoir cette sève qui vivifie, anime et fait produire des fruits Déposant leur orgueil, qu'ils viennent faire leur soumission au

vicaire de Jésus-Christ, et aussitôt le courant de sève ne rencontrant plus d'obstacles, ravivra ces rameaux desséchés qui pourront encore donner leurs fleurs et leurs fruits. Le Christ qu'ils ont encore le pouvoir de faire naître, ne se trouvera plus parmi ses ennemis, mais au milieu de ses enfants, avec toutes ses grâces et ses bénédictions pour les soutenir, les animer, les sauver.

Rendus dans leur chœur, je m'avançai un peu dans la porte pour suivre encore quelque temps leurs cérémonies. Mais voici qu'on veut presque m'entrainer de force pour me faire prendre une place dans les stalles. Je crus donc dès lors devoir me retirer et ne pas pousser plus loin mes investigations.

Jémisalem, Pdque, 17 Avril. — Il fait, ce matin, une pluie des mieux conditionnées. Mgr le Patriarche officie pontiflcalement devant le S. Sépulcre, comme au Jeudi-Saint. Les cérémonies se font aussi solennellement que peut le permettre l'exiguité du local, c'est à-dire de la marche en face du Saint- Tombeau qui forme le chœur des latins. Comme au dimanche des rameaux, on fait encore la procession trois fois autour du S. Sépulcre. Je ne m'arrête qu'un instant à suivre les cérémonies, et je vais me disposer de suite à célébrer.

Arrivé à la sacristie, je trouvai là une quinzaine de prêtres qui tous comme moi, attendaient leur tour pour célébrer. M'adressant au sacristain, je lui représentai qu'étant malade et très faible, il ne m'était guère possible d'attendre. — Et que voulez-vous, me dit-il, les autels sont tous occupés ? — Mais voici un ornement, et l'autel le plus voisin d'ici, celui de l'apparition de Jésus à Madeleine est libre, pourquoi ne m'en servirais-je pas? — Peu convenable, me repiiqua-t-il, vous vous trouveriez au milieu de la foule. — Mais non, la foule ne vient pas jusque là, et tous les regards sont fixés sur les cérémonies qui se font au S. Sépulcre.— A la bonne heure, me dit-il ; alors habillez-vous de suite.

Heureusement que j'avais avec moi mon servant ; un capitaine d'infanterie de notre caravane, qui, fatigué comme moi, voulait communier sans attendre la grand'messe, s'était offert à me servir. Je revêtis donc les habits sacrés, et précédé de mon capitaine, j'allai célébrer, avec grande consolation, à l'autel érigé à l'endroit même où Madeleine, le jour de Pâque au matin, prenant le Sauveur ressuscité pour le jardinier, lai de-

manda tout en larmes s'il savait ce qu'était devenu le corps de son maître qu ou avait enlevé. — Madeleine ! lui dit Jésus. — Mon Seigneur et mon Dieu ! repliqua-t-elle en le reconnaissant à sa voix. Et c'est à l'endroit même où eut lieu ce colloque, que je pus célébrer !

Je donnai la sainte communion à mon capitaine, et notre messe finie, nous allâmes un moment suivre la procession qui n'en était encore qu'à son deuxième passage autour du saint- Edicule.

La pluie continue par intervalles durant toute la journée.

Lundi, 18 Avril.— Le départ avait été fixé au lendemain de Pâque, mais il fait encore ce matin une pluie qui ne permet guères de se mettre en route. La partie est donc remise au lendemain.

Sept à huit pèlerins, voulant utiliser le temps qui nous reste à passer dans la ville sainte, tentent, dans l'après-midi, de se rendre à Emmaùs. Mais ils avaient à peine fait quelques milles, qu'ils sont forcés par la pluie de rebrousser chemin.

Mardi, 19 Avril. — Encore de la pluie ce matin, si bien qu'après délibération, le départ est encore ajourné au lendemain. Gomme on peut facilement se rendre en trois jours de Jérusalem à Nazareth, au lieu de quatre tel que le porte notre programme, nous pouvons encore subir ce retard sans déranger le plan général de nos courses.

M. Bolduc, quoique en apparence parfaitement rétabli, persiste toujours, malgré mes sollicitations, à renoncer au voyage de Galilée. En vain aussi me presse-t-il d'y renoncer moi-même pour le suivre, en effectuant de suite le retour. Mais comme je me trouve à peu près complètement remis de mon indisposition, et que je n'entrevois aucune probabilité de faire plus tard cette visite du pays de Galilée, si intéressant à tant de titres, puisque c'est là que N. S. a passé la plus grande partie de sa vie, nous nous faisons aujourd'hui nos adieux, pour nous retrouver à Rome, lui, devant partir aujourd'hui même pour Jaffa en s'y rendant directement, et moi devant l'y aller rejoindre après notre excursion dans la Samarie, la Galilée, la Syrie jusqu'à Beyrouth, où je reprendrai le vaisseau.

Nos excursionistes d'Emmaùs, bien que le temps ne fût encore rien moins qu'assuré, reprennent leur tentative de la veille, et réussissent à s'y rendre aujourd'hui. La distance est d'environ 10 milles.

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On sait que N. S., le jour même de sa résurrection, apparut à Cléophas et à un autre disciple se rendant à Emmaùs. Ces deux disciples s'en allaient fort tristes, s'entretenant de ce qui venait de se passer à Jérusalem, lorsque N. S. les rejoignant, leur demanda le sujet de leur entretien, et pourquoi ils étaient ainsi tristes ? — Etes-vous si étranger à Jérusalem, dit Cléophas, que vous ne sachiez ce qui s'y passa ces jours-ci au sujet de Jésus de Nazareth, qui a été grand devant Dieu et devant les hommes, et que nos sénateurs avec les princes des prêtres ont condamné à mort et ont fait crucifier? Nous atten dions de lui le salut d'Israël, mais voila déjà le troisième jour que ces choses sont passées. Il est vrai que des saintes femmes ont rapporté qu'étant allées au tombeau, elles ne l'ont point trouvé, et que des anges les ont averties qu'il était ressuscité et était vivant. Mais quelques uns des nôtres y étant allés aussi, ne l'y ont point trouvé. — Insensés, leur dit Jésus, ne savez-vous pas qu'il fallait que le Christ souffrît ces choses pour entrer dans sa gloire ? Et, commençant par Moïse et les autres prophètes, il se mit à leur expliquer les écritures sur ce qui avait été dit de lui.

Comme ils approchaient du bourg en s'entretenant ainsi, Jésus feignit d'aller plus loin, mais eux, voulant le retenir, lui disent : — Demeurez avec nous, car il est déjà tard, et le jour est sur son déclin. Et Jésus entra avec eux.

Comme ils étaient à table, Jésus prit le pain, le bénit et l'ayant rompu, il le leur donna. Et aussitôt leurs yeux furent ouverts, et ils le reconnurent. Mais Jésus disparut aussitôt de devant eux.

Alors ils se dirent l'un à l'autre : n'est-il pas vrai que notre cœur était tout brûlant en nous, lorsqu'il nous parlait durant le chemin et qu'il nous expliquait les écritures ?

Et se levant à l'heure même, ils retournèrent à Jérusalem, et trouvèrent les onze apôtres et ceux qui demeuraient avec eux, qui étaient assemblés, auxquels ils firent part de ce qui venait de leur arriver.

Emmaùs n'est qu'un petit bourg d'une vingtaine de maisons avec une église et un couvent des Pères franciscains. Sa situation est magnifique, étant sur une élévation que borde une vallée de chaque côté. Les indigènes lui donnent le nom de Kobèbeh, et pendant longtemps la route conduisant de Jaffa à Jérusalem passa par là.

Comme les souvenirs ne se perdent pas en Orient, dès les premiers siècles du christianisme le bourg d'Emmaùs provoqua l'attention des fidèles, eu égard à l'apparition du Sauveur aux deux disciples. La maison de Cléophas fut changée en Eglise, et devint dès lors un lieu de pèlerinage, pour tous ceux qui voulaient vénérer les lieux témoins de quelque acte de la vie du Sauveur.

La chapelle et le couvent des Pères franciscains remontent même au delà des Croisades. Dans ces dernières années, une dame pieuse, Mademoiselle Nicolay, a fait restaurer la chapelle et construire un nouveau couvent. Cette dernière construction n'était pas encore achevée, lorsque la mort est venue enlever cette généreuse bienfaitrice à ses œuvres de piété. Mais la famille n'a pas voulu que l'entreprise demeurât inachevée et a libéralement terminé la construction.

A peu de distance du couvent franciscain, on voit les ruines de l'ancien bourg d'Emmaùs.

Il convient de noter ici que les auteurs sont partagés au sujet du site de l'Emmaùs de l'évangile, où eut lieu l'apparition du Sauveur, le jour même de sa résurrection; car il y a deux endroits qui portent ce nom. Le premier, Kobèbeh, qu> est celui que nous venons de décrire ; et le second, Amoas- Nicopolis, qui est situé de l'autre côté des montagnes de la Judée, à environ huit lieues de Jérusalem.

La divergence d'opinion parait venir de ce que S. Luc dans son texte évangélique, dit qu'Emmaùs est à 60 stades de Jérusalem (environ 3 lieues) et que certains manuscrits du même saint portent 160 stades au lieu de 60. Mais S. Jérôme dont la traduction des saintes écritures a été déclarée canonique, met 60 stades au lieu de 160. Il serait un peu difficile d'admettre que les deux disciples arrivant de Jérusalem le jour de la Résurrection au soir, en admettant que leur résidence eut été à Emmaùs-Nicopolis, distance de 8 lieues, auraient pu y retourner de suite pour y retrouver les apôtres encore rassemblés. Nous voyons aussi que les Croisés, après s'être emparés de Lydda et de Ramleh, s'arrêtèrent à Emmaùs et que recevant là une députation des habitants de Bethléem de venir les délivrer des musulmans, le vaillant Tancrède partit vers minuit avec ses troupes, et au soleil levant le drapeau des Croisés flottait sur le lieu de la naissance du Sauveur. On aurait peine à concilier un transport si rapide avec une dis-

tance de plus de dix lieues, s'il fallait prendre Emmaùs- Nicopolis. Pour ces raisons, et pour un grand nombre d'autres qu'énumère le Fre Liévin, l'opinion qui fait de Kobèbeh l'Emma us de l'évangile, me parait de beaucoup la plus probable. Je n'ai pas, sans doute, la prétention de trancner la question, et avoue aussi n'avoir pas de documents suffisants pour le faire, mais en attendant que de plus fortes autorités viennent apporter de nouvelles lumières sur le sujet, je crois devoir adopter la manière de voir du Fre Liévin, qui me parait la plus probable.

Après délibération, il est décidé que le départ de la Ville Sainte s'effectuera le lendemain, quelque soit le temps. Toutes les malles sont donc bouclées dès le soir, et cbacun songe à faire ses derniers préparatifs du départ.

D'ordinaire il ne tombe pas un grain de pluie à Jérusalem du 15 avril au commencement d'octobre, et cette année, les 17, 18 et 19 avril nous eu donnèrent en abondance.

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