‹ De Québec à Jérusalem [microforme]Chapitre 12 sur 94 · RS SP D · texte numérisé non relu

RS SP D

Le rocher, tout aux alentours de 1: Grotte, est entièrement nu, sauf quelques broussailles qui ont pris racine çà et à dans les crevasses et dans certaines dépressions, À droite de la Grotte, de mêmc qu’en face de la basilique, se trouve aussi un chemin, à pente fort raide, qu'on a pratiqué en ziyzags sur le flanc du rocher et « ui conduit semblablement au chemin public en arrière de la basilique. Des plantations du plus bel effet servent à protéger ce sentier contre les ardeurs du soleil, en mème temps que des paliers à chaque détour cffrent aux voyageurs des sièges pour se reposer.

Poursuivant ce sentier jusqu’au chemin public, nous passämes devant la résidence des Pères, et nous engageâmes dans un chemin, ou plutôt un sentier à l'usage des troupeaux, pour parvenir jusqu'au Calvaire en contournont le mamelon principal. Je voulais tout à la fois jouir du coup d'œil de ce point élevé, et avoir l’occasion de faire provision de fleurs et d'insectes pour mes collections. Deux petits garçons s'offrirent pour nous servir de guides, et nous conduisirent à l'entrée d’un long corridor souterrain, qu'ils nous dirent traverser Ja montagne de part en part, Nous avions bien un certain désir de faire cette excursion d'un nouveau genre, mais la difficulté que nous avions à comprendre ces cicérones, qui ne parlaient à peu près que leur patois, et une afliche que nous trouvâmes à l'entrée avertissant les voyageurs de ne pas tenter eette entreprise sans en avoir obtenu l'autorisation, —d'ailleurs dépourvus de bougies pour nous éclairer dans le trajet, —il nous failut de suite renoncer au projet, et prendre la route de l'as cension extérieure. M. Boldue, ennuyé de me voir à tout instant retourner des pierres pour ÿ capturer des coléoptères, prit bientôt ie devant, et mes deux gamins décou-

ragés de me voir rejeter les nombreux insectes, tous de même espèce, qu'ils m'apportaient, m'abandonnèrent ausei bientôt pour retourner sur leurs pas, de sorte que 4emeuré seul, je pus, tout à mon aise, faire mes observations et collecter fleurs, insectes, pierres que je rencontrai et jugai dignes d'intérêt,

Le premier objet qui attira mou attention fut l’Ajone

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fois que je faisais connaissance avec cet arbrisseau, je pus l’exaeminer tout à mon aise, car il était en telle abondance, qne la montagne en était partout couverte. Cest un petit arbrisseanu de 12 à 20 pouces de longueur, poussant en touffrs, à tiges souvent couchées, à fouilles étroites, lancéolées, raides, entremélées de nombrenses éyines, Il appartient, comme on le sait, à la famille des Léguininenses ; mais ce n’était pas ecore le temps de sa floraison. Ce n'est qu'après bien des recherches que i parvins à en trouver quelques fleurs ouvertes dans des endroits abrités par quelques accidents de terrain, Ces flLurs sont jiunes et d’un fort h:l effit lorsqu'elles sont en parfaite floraison.

Je pris sous des pierres, à l'entrée du souterrain, une foule de carabiques, mais tonus de la même espèce, c'était le Pristonychus Pyranaus, Dufour

Je vis plusieurs papillons au vol, particulièrement

Edes Vanesses, mais ne pns en saisir aucun. Je tenais

peu d'ailleurs à faire la capture d'insectes que je m’auras pu emporter, et j2 n'étais point préparé pour conserver des papillons quicexivent des soins tout particuliers. Je rencontrai aussi quelques bourdons, mais sans pouvoir les capturer, mou lilet étant partout accroché aux nombreuses épines des ajoncs. Je pris encore parmi ls coléoptères : Tnarcha lœvigala, Lin,, Anisodactylus binotalus, Amara lrivialis, À. fumiliaris, Clerus formicarius, Lin, ete, ete.

IL était près de 4 heures, lorsque je revins à notre hôtel; nous primes à peine quelques minutes de repos et reparlimes aussitôt pour visiter }4 vills que nous n'arions encore fit qu'entrevoir. Nous dirigeant vers le sud, nous traversons ie Gave, tout auprès du moulin du père de Bernadette, et continuons jusqu'à l’église paroissiale, qui est ancienne et fort petite; inais tout à côté s'en trouve lie nouvelle de fort belle apparence, qu'a fait construire Mgr Peyramale, le curé de Bernadette an moment des apparitions, et dont la cave recèle les rustes, Nous péné: ‘ons daus la erypte pour adinirer Le superbe tombeau qu'on

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a érigé sur le corps de ce vertueux prélat, Rejoignant la route que nousavions suivie à notre arrivée la veille, nonuscomplétons le circuit en nous rendant de nouveau à la Grotte pour y réciter notre office, tout en y faisant une nouvelle visite: Nous visitons en passant une très grande construction, tout nouvelle, que l’on a érigée pour héberger les pèlerins, lorsqu'ils se présentent en trop grand nombre.

Revenus à notre hôtel pour le souper, nous ne fûmes

pas peu réjouis d’y trouver 4 charmants commensaux qui k

venaient d'y arriver ; c'étaient Les supérieurs de 4 maisons de Frères des Ecoles Chrétiennes qui s'y étaient donné rendez-vous, savoir : de Paris, de Bordeaux, Clermont- Ferrant et de Pau. Nous passämes la plus agréable soirée avec ces dignes enfants du Vénérable de la Salle, Supé. rieurs de maisons importantes, c'étaient aussi des hommes supérieurs par leurs talents, leur érudition, leur connaissance des hommes et Ges choses, et j'ajonterai encore par leur piété. S'ilest des hommes bien méritants de la société, et dont les services sont loin d’être appréciés comme ils le méritent, ce sont bien ces hnmbles enfants du grand instituteur. Remplissant des fonctions aussi ennuyeuses et ingrattes qu'elles sont précieuses et indispensables, ces religieux, à règle sévère et toute de sacrifice, semblent ne connaître pour rémunération de leurs durs labeurs, que l'indifférence et l’abjection, lorque toutefois le mépris et la persécution ne viennent pas en prendre la place, Ce sont les nourrices de l'intelligence, qui lui dispensent le lait de l'enfance, en attendant qu'elle puisse prendre une nourriture plus substantielle ; ce sont des éducateurs de jeunes plantes, dont la faiblesse exige des soins continuels ; ce sont des mentors sû's et expérimentés, pour faire faire sans crainte les premiers pas dans les sentiers de la vie intellectuelle ; ce sont des substituts pour les importantes obligations que la nature impose à tous ceux à qui elle confie une famille, et qui s’acquittent de leur tâche avec un dévouement sans pareil. Mais qui le croirait, nous sommes leurs débiteurs à tant de titres, et cependant nous leur ménageons encore la considération à laquelle ils ont tant de droits. Mais sont-ils donc des parias

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dans notre société, que nous puissions recevoir habituellement leurs services sans nous croire seulement liés à la reconnaissance à leur égard ? I] me fait toujours plaisir de me trouver en société de ces hommes de sacrilice et de si grande ntilité, mais la satisfaction est encore plus grande, lorsqu'avec le mérite commun, je rencontre des esprits aussi éclairés et aussi distingués que les quaires supérieurs qu'un heureux hasard avait mis sur notre route.

Comme tous les ecclésiastiques que nous avions rencontrés jusqu'alors, ces bons religieux nous exprimèrent les mêmes craintes pour lavenir de la France. Ceux qui représentent aujourd'hui l'autorité ne se servent du pouvoir qu'ils ont usurpé que pour faire directement la guerre à Dien. Le prêtre est de trop dans notre état de société, disent les impies, il est trop génant pour nos allures, c'est un obstacle à notre marche dans la voie du progrès; il faut le faire disparaître. La religion est une vieille institution qui à fait son temps, disent les libres-nenseurs, la croyance en Dieu est une superstition surannée qu'il ne faut pas plus longtemps souffrir; il est temps que la raison prenne son libre essor et s’affranchisse de ces mille entraves que nous ont léguées des siècles d’ignorance et de b'œoterie, Lt les impies et les libres-penseurs se donnent la main pour déclarer la guerre à Dieu, pour faire disparaitre des consciences cette foi qui fait seule le bonheur de l'hommeet danscette vie et dans l'autre. Ni Dieu ni maître, tel est le titre d'un journal qui se publie tou. +s matins dans la capitale de cette puissance qui s'intitulait naguère, avec une noble fierté, la fille aînée de l'Eglise !et dans ce journal on prêche ouvertement l’athéisme, Sous le vain nom de liberté, on porte la tyrannie jusqu’à violenter les consiences dans leurs croyances ; il n’y a de liberté que pour faire le mal ; le libre exercice de la religion est entravé de mille manières, Tons les gens sérienx que nous avons rencontrés s'accordent à dire que la France s'en va à l’ahîme, qu'un nouveau cataclisme, une nouvelle commune peut-être, une catastrophe quelconque est inévitable pour purger la France de ces êtres sans loi et sans honnêteté qui se sont emparés de l’antorité pour cn abuser à qui mieux mieux,

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Chose étonnante, partout, à Orléans, à Tours, à Dor. deaux, ete, tous cenx que nous rencontrons nous tiennent le même langage, et cependant le mal continue sa pente, Mais est-ce que la France n’est plus anx français, que tont le monde mangrée contre l'état de choses actuel et que cependant on le souffre, on le tolère, on lautorise ? disais-je à un voisin dans un char, Non, répliquait-il, la France n'est pas entièrement aux Français ; liminense ma: jorité des français est religieuse, conservatrice, légitimiste méine ; mais les bons, dégoités des procédés peu honnêtes qu'emploient les méchants pour dominer, en sont venus à préférer labstention au combat contre de tels gens ; et de là la victoire de ces révolutionnaires.

D'ailleurs, depuis longtemps, Paris, qui est Ja sentine de tonte l'Europe, le réfugium de la canule de tous les pays cheonvoisins, se donne pour la France même ; et cette écume de la société, amentée par des hoinmes sans foi ni loi, sait mettre à profit cette apathie des honnêtes gens, pour s'imposer et proclamer partout Ja révolution, Ne pos: sédant rien, Wayant rien à perdre, ils Wattendent que le trouble pour s'emparer de quelque chose, La chute de la

'ommune a amené la perte d'une portion notable de cette canaille, mais il en est encore trop resté ; la souche a re. verdi et produit de si nombreux rejetons, qu'elle est duvepue aussi menngante que naguère, Non, à moins d'une intervention directe de la Providence, un miracle de sa miséricorde, que sollicitent sans cesse ces milliers de religioux et religieuses voués à la prière et à la pénitence, France ne peut être sauvée que par une nouvelle lessive qui la pargera des chenapans qui la dominent aujourd'hui en lui hnposant leur loi,

Nous ne mimes fin à notre agréable conversation avec nos ahnables religieux, qe pour aller faire une dernière visite à la grotte avant de nous concher,

Comme la veille, et comme fa chose a lieu tous les jours, nous trouvons un bon nombre de personnes au pied de la statue, priant avec un reencilement, une dévotion qui nous édifient grandement, Pinsieurs malades sont unssi là, solicitant de la Reine du Ciel le soulagement à leurs

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