SYRIE MÉRIDIONALE
dressée par le Fr. LIEVIN DE HAMME | francaiscan de Terre - S ainte. |
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la rue que nous devons suivre occupée par une foule compacte, mais deux files de soldats tiennent le milieu libre à travers lequel nous passons jusqu'au couvent des franciscains, qui n’est qu’à quelques pas seulement de l'endroit du débarquement,
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Jaffa.— La maison de Simon-le-Corroyeur. — Les jardins; la chambre des pestiférés.— Le départ: nos montures. —[a fontaine Abou-Nabbont ; la demeute de Tabithe.— La plaine de Saron. — Lydda ; Ranileh.— L'atelier de Nicodème.— La tour des 40 martys. — Latroun; Em moas.— Saris, - Abougosch, — Vue de S. Jean in-Montana ; Torrent du Térébinthe -— Vue de Bethléeni, du mont des Oliviers, de Jérusalem ; entrée dans la ville sainte.
Jaffa ou Japha est l’ancienne Joppé de l'écriture. C'est une ville des plus anciennes du monde; certaines traditions veulent même qu'elle existât avant le déluge. Détruite par le cataclysine, le fils de Noé Japhet l'aurait rebâtie et lui aurait donné son nom, Quelques uns veulent aussi que ce soit là Que Noé aurait construit son arche, Ce qu'il y a de certain, c'est que cette ville est très ancienne. C'était le seul port de mer que possédassent les [sraëlites, C'est à Jaffa que le roi de Tyr, Hiram, faisait transporter les précieux bois de cèdre qu'il tirait du Liban et qu'il livrait à Salomon pour la construction du temple du très-Haut, C’est aussi à Jaffa que Le prophète Jonas s'embirqua sur un vaisseau faisant voile pour Tharsis, pour se soustraire à l'ordre du Seigneur d'aller prêcher la péniterce à Ninive. On sait le naufrag: qui s’en suivit et comment le prophète fut remis sur le rivage par une baleine qui l'avait avalé. Tour à tour possédée par les Machabées, les Romains, les Arabes, les Perses, les Turcs, les Ezyptiens, elle fat autant de fois détruite et rebâtie. NS. Louis l’entoura d'une mnraille flanquée de vingt quatre tours que le sultan Ribars rasa quelques années plus tard,
Mal bâtie, à rues étroites, tortueuses et malpiopres, la ville ne renferme plus aujourd’hui que 6000 habitants, dont an millier à peu près sont cathoiiques, les musulmaus seuls y-comptaut pour plus de 4,000.
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Nous étions à peine rendns avec nos bagages au couvent des PP, franciscains, que le Prince Rodolphe opéra son débarquement, et vint aussi salucr les bons religieux, Nous venions de terminer notre Te Deum, pour remercier Dieu de notre heureuse navigation, qu le Prince se présenta pour y accomplir le même acte de religion, Le P, Gardien le reçut à la porte de l’église et lui présenta l'eau bénite et l’encens.
On se montre généralment avide de voir les grands personnages, ceux que leur naissance, leur génie ou leurs vertus élèvent au dessus du commun des hommes; on se plait à rechercher dans leurs traits quelques rayons de cette autorité émanée de Dieu qui s’est reposé sur eux, quelques signes extérieurs des privilèges dont les a favorisés la Providence ; mais tous ceux qui ont épié dans ces sentiments la rencontie du Prince Rodolphe à son débarquement à Jaffa, ont été grandement déçus dans leur espérance, surtout en examinant sa mise. En simple habit de chasse à petits carreaux gris et noir avec culottes se terminant au dessus du genou, on aurait plutôt reconnu, dans cet accoutrement, un vulgaire coureur de taillis, que l'héritier de la couronne de l’un des plus vastes empires du monde. Son précepteur, son oncle, l’ex-Grand Duc de Toscane, malgré ses cheveux blancs, portait aussi le même costume. Du reste, pour le Prince, bonne figure, teint blond, traits réguliers, front large et découvert, et rien qui dénote la morgue et les sottes prétentions. Sa tenue pendant la cérémonie religieuse fut tout-à-fait digne et respectueuse,
Comme le départ avait été fixé pour les deux heures de l'après midi, on s’'empresse dès le matiu de faire quelques petites excursions dans la ville,
Et tout d’abord nous faisons la connaissance du Frère Liévin, qui doit nous guider dans toutes les pérégrinations que nous aurons à faire dans la Terre-Sainte et la Syrie. Depuis vingt-deux ans, ce bon Frère est presque constamment occupé à conduire ainsi des voyageurs dans tous les endroits mémorables de cette contrée, faisant le trajet de Jérusalem à Beyrouth et Baalbek jusqu à quatre et cinq
fois chaque année. Le Frère, qui n’a encore que la so'xantaine, a la barbe et les cheveux tout blancs, ce qi n’em pêche pas qu'il puisse mettre à bout les plus forts cavaliers quientreprendraient de le suivre. Il est flammand d'origine. Ilest l’auteur du Guide Indicateur de la Terre-Suinte, que tous les pèlerins des Saints-Lieux ont constamment à la main. Ayant fait une étude spéciaie de tous ces lieux, il est lui-même un livre vivant et des mieux renseignés, A chaque endroit rendu mémorable par quelque fait saillant, il nous fait l'historique du lieu, nous rapporte le fait, et sait s'arrêter aux preuves les plus convainquantes, lorsqu'il y a eu dissidence sur quelque point.
Nous allons à sa suite, à quelques pas seulement du couvent des PP., mais à travers des montées, des descentes, des voutes, des couloirs tortueux où le meilleur chien de race pourrait se perdre, visiter la maison de Simon-le-Corroyeur, où logeait l’Apôtre S. Pierre et où il reçut les envoyés du centurion Corneille, de Césarée. Ayant vu en révélation des anges descendre du Ciel une nappe remplie de toutes sortes d’auimaux, purs et impurs, qu’on lui offrait en nourriture, il comprit que la rédemption n'était pas seulement pour les enfants d'Israël, mais qu'elle devait s'étendre à tous les gentils, aussi enrola-t-il avec joie Corneille parmi les enfants du Christ. La maison est aujourd’hui convertie en une petite mosquée, n'ayant rien de remarquable ; son mihrab (1) est sans aucun ornement et son pavé est recouvert d’une shnple natte,
Nous passons dans le marché qui n'a de remarquable qu'une grande variété de costumes de toute description. On y voit force étalages d’oranges et de citrons, principale production de Jaffa. Nous y voyons aussi des femmes avec des paniers d’amendes toutes vertes, qu'on mange en entier avec le brou. J'en goûte une, je lui trouve une saveur acide assez agréable, mais je ne puis me défendre de condamner la vente de fruits encore tout verts, n'étant guère qu'à mi-grosseur, lorsque parvenus à
(1) Le mihrab est une niche plus on moins riche, dans les mosquées
vers laquelle tous les musulmans se tournent en priant, Le mihrab est toujours placé du côté de la Mecque.
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maturité, ils auraient double valeur, C’est l'enfant gourmand qui ne saurait attendre et qui sitisfait son goût de tout ce qu'il rencontre,
En poursuivant vers le N, E,on rencontre de magnifiques jardins ou plutôt vergers, car ce sont bien plus les arbres fruitiers, orangers, citronniers, grenadiers, vignes, bananiers, etc., qui les rendent célèbres, que la cuiture qu'on leur donne, laquelle très souvent est fort négligée, Je vois là des oranges grosses comine je n’en avais encore jamais vu; c'est comme des moyennes citrouilles, Les marins, dit-on, perçoivent jusqu’à deux lieues en mer les efluves de ces arbres fruitiers lorsqu'ils sont en parfaite floraison,
Au delà de ces jardins, tout près de ia mer, se trouve un couvent d’'Arméniens schismatiques, dans lequel on montre aux voyageurs la salle des pestiférés, c'est-à-dire, cette salle où l’on prétend que Napoléon fit empoisonner ses soldats atteints de la peste, pour leur épargner d’être massacrés par les Turcs après son départ,
Nous prenons le dîner dans le réfectoire des Pères et aussitôt après on s’oceupe des préparatifs du départ,
Nous avions retrouvé nos selles européennes parmi les bagages débarqués du Scamandre, et les avions remises aux moukres (1) chargés de nous conduire,
Nos montures occupent presque complètement ‘ine petite rue inégale, tortueuse, pavée en pierres nsal icintes, tout en arrière du couvent; je vais y faire une visite C'est à peine si je puis me frayer un chemin à travers les chevaux, mulets, ânes, pressés les uns contre les üutres. Je parviens à la fin à retronver'ma selle numéro 85, sur un jeune cheval de fort belle apparence, Je retourne au couvent pour prendre mon ombrelle et attendre l'heure du départ,
Il est 2 heures passées et ordre est donné de monter à cheval, Je pasce de nouveau à travers les montures, mais sans pouvoir retrouver la mienne, on les avait changées
(1) Les moukres où muletiers sont de vigoureux jeunes gens chargés du eoin des bêtes dans les caravanes.
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de place. Presqne tous les pèlerins étaient déjà en selle et j'étais encore à chercher mon jeune cheval, Il se trouvait bien encore près de moi un cheval sans cavalier, mais il portait une selle arabe, et je tenais à conserver l’européenne que j'avais achetée à Paris Ne voulant pas ainsi faire l'échange, force me fut de faire l'inspection des selles pour retrouver mon numéro 35, Je le retrouve à la fin, occupé par un cavalier qui paraissait s’en accommoder fort bien. Permettez; vous avez sans doute apporté une selle de France.—Pas du tout; j'ai pris la première montare prête que j'ai rencontrée.—Et de cette façon vous vous êtes emparé de ma propriété, car cette selle, numéro 35 a été, par moi, achetée à Paris; je vous prierai de vouloir bien me la céder —C'est bien dommage, car je m'en trouvais fort bien,—Je veux le cruire, mais puisque vous vous êtes résigné aux selles arabes, veuillez aller jouir des agréments qu’elles présentent, en prenant cette monture qui reste encore inoccupée. Et là dessus, mon compagnon laisse la place, que j'occupe aussitôt.
Je me trouve fort bien assis et reconnais ma jeune bête. C'est un étalon arabe de 4 ans, fort élégant, mais qui parait montrer un peu trop de pétulance ; il avance, recuie, frappe le pavé Ge ses fers, mordille ses voisins, et ne peut rester tranquille. — De grâce, dis-je, partons bientôt, car je crains quelque accident,
Voulant je retenir plus tranquille, je saisis les rênes; et le voilà aussitôt à reculer, heurtant de son arrièretrain et chevaux et cavaliers, au grand mécontentement de ceux-ci, qui ont aussi peine à retenir leurs bêtes. N'ayant ni éperons ni conrbache, je le frappe de mon ombrelle: mais mon animal va toujours à reculons, jusqu'à ce que rencontrant un étalage d’oranges qne tenait une bonne femme, il renverse la table au grand effroi de la marchande, et va s'appuyer la croupe sur la maison voisine pour se cabrer. Mais un moukre, en mâchant force gros mots arabes que je ne puis comprendre, a déjà saisi la bride et ramène l'animal à la raison. Allons, dis-je, ça débute assez mal; espérons que ça tournera bientôt autrement.
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Enfin nous voila en marche, et mon animal se tranquilise à mesure que nous avançons.
Nous avons à peine franchi les limites de la ville, que nous nous trouvons dans une allée bordée de chaque côté d'une haie d'énormes nopals, étalant leurs épines en rosettes à travers lesquelles se montrent fréquemment les têtes hideuses de nombreux lézards noirâtres nous regardant passer; ces haies séparent la route de vergers sans fin d'orangers, de citronniers, de grenadiers en fleurs qui embaument l'air de leurs émanations. Les orangers, en même temps qu’ils plient sous le poids de leurs pommes d’or, nous montrent des fleurs tout épanouies, principal foyer de leurs parfums; les citronniers retiennent encore la coujeur verte à leurs fruits ; et les grenadiers étalent leurs fleurs semblables à des roses écarlates du plus vif éclat. Çaet là, au milieu de ces vergers, se montrent des bananiers au feuillage tout tropical. Ces feuilles minces, longues souvent de 6 à 8 pieds sur une largeur de 15 à 18 pouces, à limbe lisse, d'un vert souvent lavé de pourpre, aux bords gracieusement ondulés, me rappellent ces goëmons qu'on rencontre se promenant avec les courants aux bords de la mer. Et comme protecteur de tous ces arbres de médiacre hauteur, les fiers palmiers lancent de ci de là vers le ciel leurs parasols de verdure couronnant leurs tiges gréles et nues,
De temps en temps aussi sur le bord de la route, je renouvelle connaissance avec un arbre que j'ai rencontré la première fois en Géorgie et en Floride, c’est le mélia azédarach. Cet arbre, comme l’oranger, le citronnier, le grenadier, etc., n’est pas indigène ici, mais y a été importé de la Perse depuis longtemps, et s'y est pour ainsi dire naturalisé, Il fournit de superbes sujets pour l'ornementation des rues, sa taille ne dépassant pas la moyenne, son tronc étant toujours droit et uni et sa tête se couvrant au printemps d'une masse compacte de fleurs d’un beau blanchâtre lilacé, Les rues du Caire et d'Alexandrie nous en montrent de nombreux spécimens de la plus belle
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