‹ De Québec à Jérusalem [microforme]Chapitre 29 sur 94 · PT TELL ART ARTISAN · texte numérisé non relu

PT TELL ART ARTISAN

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de Mahomet, et en 15 5 elle passe sous la dénomination Turque, cù elle est encore aujourd’hui,

Mais les Français aussi, eux dont le nom se rencontre partout où passa la gloire, possédèrent à leur tour la Ville Sainte. Godefroi de Bouillon en 1099, à la tête des Croisés, livre l'assaut à la ville et s’en rend maître. Il est couronné roi et fonde le nouveau royanme de Jérusalem. Des rois français régnèrent à Jérusalem pendant 88 ans. Mais il ne suffit pas de conquérir, il faut aussi savoir conserver, et c'est ce que ne comprirent pas les conquérants des Croi. sades. Ni ont eut connu alors importance de la colonisae tion, les conquérants eussent changé l'épée pour la char. rue, laissé le camp pour le champ, et peut-être qu’aujour. d’hui encore, la race latine serait en possession de la Terre- Sainte, cette terre où coulait le lait et le miel, promise ccmme récompense aux enfants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, et, au lieu du croissant qui couronne ses édifices, on verrait étinceler la Croix, ce signe de vie, de salut, ce gage de résurrection, 4x quo est salus, vila et resurrectio nostra. Mais l'Europe se découragea bientôt de fournir sans cesse pour soutenir un royaume qui ne pouvait pour ainsi dire rien par lui-même, et en 1187, Saladin vint replacer le croissant à la place @e la Croix, soumettre plus de 100,000 enxropéens à une forte rançon pour se soustraire à l'esclavage, et mettre fin au royatune des Bouillon et des Beaudoin.

Après la conqriête des Arabes, la ville eut encore plus d’une fois à subir des assauts et des pillages, passant de la domination des Sultans d'Egypte à ceux de Constantinople, etréproquement, jusqu’à ce qu'enfin en 1517 elle passa avec toute la Syrie à ia domination du Sultan ottoman Sélim IT, pour subir toutes les vicissitudes de l'empire Turc, Après avoir fait partie pendant quelque temps du pachalik de Damas, elle forme aujourd’hui, avec toute la Palestine, une Province relevant directement de Constantinople,

La population de Jérusalem ne dépasse pas aujourd’hui 25,000 âmes qui se répartissent comme sui entre les différentes croyances religieuses :

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Les catholiques se partagent en trois rits, savoir : les latins qui ont à leur tête le Patriarche avec les religieux franciscains, les Grecs-unis, et les Arméniens-unis. On les dit wnis, c’est-à-dire soumis à l’églis: de Rome, pour les distinguer de ceux du même rit qui sont schismatiques. [l va sans dire que les (Grrecs-unis:tles Arméniensnnis, qui comme nous sont soumis à Rome, ont la même doctrine et les mêmes dogmes que nous ; il n’y a que leur liturgie, les cérémonies du & Îte qui soient différentes des nôtres. Les Maronites du Mont Liban sont aussi des catholiques avec un rit particulier, mais il n’y en a pas de résidents à Jérusalem.

En outre des franciscains, il y a encore pour les

besoins du culte catholiques, des religieux Melchites de rit oriental, des Frères des Ecoles-Chrétiennes, des religienses Carmélites, des Sœurs de S. Joseph de l’Apparition, les Dames de Sion, des Tertiaires de S. François, pour la tenue des écoles, des orphelinats, des hopitaux, etc,

Les sectes chrétiennes dissidentes qu'on rencontre en Orient, peuvent se rapporter à trois chefs principaux, savoir : 1° les disciples d'Eutichès, 2° ceux de Photius, et 8° ceux de Luther, Toutes s'accordent sur un même paint, savoir : la négation de la suprématie du siège de Rome,

Eutichès niait les deux natures en Jésus-Christ, ne voulant voir qu'un Dieu dans la nersonie du Sauveur ; il niait aussi que le Saint-Esprit procédât du Père, Son hérésie date de 451. Ses partisans se partagent aujourd'hui en Arméniens, de beaucoup les plus nombreux, en Abyssins, en Cophtes et en Syriens. Le patriarche chef de l'église Arménienne réside en Arménie, Les patriarches et les évêques sont le produit chez enx du suffrage universel, Ils possèdent des moines nombreux qui gardent le célibat,

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Photius niait que le Saint-Esprit procédât du Fils, et rejetait la croyance de l'Eglise sur le Purgatoire. Cette hérésie date de 857. Ses partisans forment l’église grecque qui domine en Grèce, en Russie, etc. Le chef de l’église grecque réside à Constantinople; leurs patriarches reçoivent l'investiture da Sultan, Tout est vénal dans l'église grecque, les prélatures, les ordinations, etc. Ils possèdent aussi des moines célibataires, très nombreux en Orient.

Viennent enfin les protestants, disciples de Luther et de Calvin, qui nient l’invocation des saints, le purgatoire, la présence réelle et tout ce que l’on voudra en fait de religion, chacun étant libre de s'en composer une à sa façon et de son goût. Malgré tout l'or des anglais, les protestants sont encore très peu nombreux en Orient. On comprend sans peine qu'une religion toute d’abstraction, de théorie, sans culte extérieur, ne puisse avoir grand prestige sur les peuplesde l'Orient de tout temps si expansifs, si démonsbratifs, si reluctants aux changements, chez lesquels les traditions ne se perdent jamais.

Cest à ce caractère de conservatisme qu'est dû, je pense,@ette liberté illimitée pour chacun, en Orient, de tradme-son culte par les actes extérieurs qu’il trouve conve. nables, sans que personne n'intervienne pour y mettre obstacle Les enfants d'Abraham étaient tout à la fois des pontifes en même temps que des chefs de famille. Voyez les bénir les mets Gans les festins, offrir les sacrifices à Jéhovah, prier au nom de tous; et cesheurenses traditions se sont transmises parmi tous ses descendants, Juifs, Arabes, etc. Aussi on peut voir souvent à Jérusalem, à côté du catholique agenouwillé sur le pavé de la rue pour faire ses stations du chemin de la Croix, le musniman faisant ses prostrations du côié de [a Mecque, om égrenant son chapelet tout en poursuivant sa course, pendant que le muezzin du haut du minuret voisin invitera à la prière ses freres disciples de Mahomet par son invacation cent fois répétée: “ Il n’y a de Dien qne Dieu et Mihomet est son prophète, La illah il Allah, Mohammed raçoui Allah.”

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Les musnlmans, comme je l’ai déjà noté en parlant de l'Egypte, ne sont pas chrétiens. Ils regardent Jésus comme un grand prophète, mais lui refusent toute participation à la divinité. De même aussi ils v nt Marie comme la mère d'un grand prophète, mais sans rien croire de sa virginité et sans lui attribuer aucune puissance pour pouvoir l'invoquer.

La religion musulmane est un mélange des doctrines juives et chrétiennes et des traditions orientales. Leur code religieux est renfermé äans un livre qu’ils nomment le Coran, et pour lequel ils professent un grand respect. Tout se résume pour eux en trois points principaux : la polygamie, l'intolérance, le fatalisme. Religion de la chair, ils n’aspirent à d'autre félicité qu’à la satisfaction des sens ; de là la polygamie. Le paradis ©: Mahomet qu'ils se promettent dans l’autre vie, n’est même qu'un immense harem, où les femmes, l’eau et l'ombre ne manqueront »ersonne,

Eux seuls poss'dent la vérité; de là ce mépris pour toutes les autres croyances. Tous les chrétiens, de queique dénomination qu’ils soient, sont pour eux des chiens, ne méritant aucune considération ; pas même la protection de loi. Que si, parfois, dans leurs rapports avec les autres nations, ils sont obligés d’en rabaitre sur les exigences de leur croyance, ce n’est qu’en cédant à l’empire de la force, car fussent-ils assez puissants pour ne redouter ni vengeance ni représailles, les chrétiens seraient traités par eux comme les animaux dont ils leur donnent le nom; l’histoire nous en fournit des exemples sans nombre, Voler, maltraiter, ôter même la vie à un chrétien, sont des actes dont leur code judiciaire n’a pas à s'inquiéter,

Mahomet était sans contredit un grand génie. Aspirant à la domination, et connaissant l'esprit superstitieux et le tempérament lascif des orientaux, il ne trouva de moyen plus efficace pour s'attacher des partisans, que d’abuser de leur crédulité pour leur faire ajouter foi à une inspiration surnaturelle, et de motif plus alléchant pour les retenir, que la satisfaction des appétits sensuels, Mais comprenant aussi que la froide raison est impuissante à maintenir un culte

| quelconque, et que d’ailleurs tonte notion de religion im- N plique nécessairement une idée de sacrifice, il voulut as- | treindre ses sectateurs à l'observation de certaines pratiques Ë qui les distinguassent extérieurement des autres peuples, et Jes attachassent davantage à leur croyance. De là le jeûne | du Ramadan, les ablutions fréquentes, etc,

On comprend sans peine qu’une telle croyance ait pu il facilement prendre racine et se propager chez des peuples | lascifs et nonchalants comme le sont les Orientaux. On ill comprend aussi facilement qu'avec de tels appoints, il était 4} facile d’enrôler des partisans et de faire des conquêtes, || AE Jamais chef de brigands n’offrit plus riche butin et plus | l | de jouissances à ses compagnons, car ce n'était rien moins |

que la satisfaction sans limites de tout ce qui flatte la nature corrompue de l’homme, avec l'assurance de poursuivre | | les mêmes satisfactions dans l’autre vie. Et si l’on consi- | dère maintenant que le musulman a toujours le nom de Dieu sur les lèvres, que tout en se livrant sans contrainte à tous ses mauvais penchants, ii n’a rien à redouter, pourvu qu’il égrenne son chapelet des 99 perfections qu’il attribue à la divinité, fasse ses ablutions, son jeûne du Ramadan et son pèlerinage à la Mecque au moins une fois dans sa vie, on s’expliquera aisément que sa conversion est œuvre des plus difficiles, surtont lorsque les lois, comme chez eux, y mettent un obstacle presque insurmontable,

Le Ramadan est le nom du carême des Mahométans qui dure un mois, pendant lequel il ne leur est pas permis de rien manger ni de mettre quoique ce soit dans leur bouche, tant que le soleil est sur l’horison, mais seuiement après qu'ilest couché et que les lampes qu'on suspend autour des mosquées sont allumées. Ils se livrent alors à Ja bonne chère, Ils font d’ailieurs presque toutes leurs affaires la nuit, et passent le jour à se reposer et à dormir. De sorte que leur jeûne se réduit à faire du jour la nuit et la nuit du jour.

Ils doivent, durant tout le ramadan, non seulement ni manger ni boire durant tout le jour, mais même s'abstenir de mettre quoique ce soit dans leur bouche, comme du tabac, la fumée de la pipe, du narguilé, etc, On dit même qu'il est des scrupuleux qui veille attentivement à

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Et remarquons que comme chez les musulmans l’autorité religieuse se confond avec le pouvoir civil, les infractions au jeûne sont punies sévèrement par la loi. C’est ordinairement une amende ou une vigoureuse bastonnade qui devient la peine de telle infraction.

Les mois musulmans étant des mois lunaires, il sen suit que chaque année le ramadan se présente dix jours plus tôt que l’année précédente, et qu'avec le temps, le carême se trouve à faire le tour de l'année tout entière,

On m'a plus d’une fois répété que les riches de Constantinople, qui ont plus ou moins goûté à la civilisation européenne, savaient fort bien compenser la nuit la gêne à laquelle ils s’astreignaient durant le jour, pour ne pas violer la loi, et que les nuits du ramadan n’étaient rien autre chose que des nuits de fêtes, d’orgies et de désordres en tout genre. D'un autre côté, le Père Frédéric m'a raconté qu'employant en Egypte des musulmans à divers travaux, il a été plus d’une fois édifié du scrupule avec lequel ces pauvres diables observaient leur loi, Une fois entre autres, il employa deux musulmans à des travaux de réparation dans ane citerne, de telle sorte qu'ils travaillèrent toute la journée dans l’eau jusqu'à la ceinture, et malgré l'extrême chaleur qu'il faisait alors et la soif dont ils devaient être tourmentés, ils se donnèrent bien de garde de ne pas même s'appliquer une seule goutte d’eau sur la langue, tant que le soleil ne fut pas couché,

Les riches et les puissants sont sans doute partout les mêmes ; habitués à vivre sans contrainte, la plupart viennent faciiement à s’imaginer qu’il peut y avoir des accommodeinents avec le Ciel, et que leurs écus pourront peutêtre leur permettre d'y pénétrer par quelque lucarne, lorsque la soustraction de tout frein à leurs désirs pervers leur en interdira la porte ordinaire, Mais attendons, La sagesse Incarnée les connaissait bien lorsqu'elle leur a dit: malheur à vous, riches! qu'il vous sera difficile d’entrer

| dans le royaume des Cieux !

Mais ce qui me surprend encore plus 4 e la conquête des Arabes, c’est qu'ils aient pu imposer leur langue, à peu d’exceptions près, à tous leurs coréligionnaires, partout où ils ont dominé. La Turquie presque seule fait exception à cette règle. L'Algérie, l'Egypte, la Palestine, l'Arabie, et jusqu'aux catholiques mêmes des montagnes du Liban, parlent la langue de Mahomet, l'arabe, Comment, par exemple, l'Egypte, quoique soumise aux Arabes, a-t-vlle pu perdre sa langue ? Et les Maronites du Liban ?..….. Aujourd’hui, Egyptiens, Arabes, Juifs, Maronites, Druses, tous parlent l’arabe, et ce dialecte constitue leur langue propre,

Cette langue araméenne même, que parla le Sauveur avec les apôtres et tout le peuple de son temps, a disparu pour faire place à l'arabe,

Mais revenons à Jérusalem que nous voulons plus particulièrement connaître en ce moment.

Otez à la ville sainte le prestige des événements à jamais mémorables dont elle a été le théâtre, et vous en faites la ville la plus maussade qu'on puisse voir. A part les émotions saintes qu'y viennent chercher les chrétiens, rien d’agréable, de plaisant, de réjou'ssant ici. Ses rues sont sales, étroites, tortucuses, sombres; dépourvues de trottoirs, impropres au roulage des voitures, ce sont des carrefours qui n’ont que les pluies de l'hiver pour les débarrasser des ordures qui sy accnmulent; et ce n’est pas seulement le passage des visiteurs qui contribue à les souiller, le résident ne se gêne en aucune fsçon pour en faire le champ de son industrie où de ses travaux domestiques. Dans notre visite au Patriarche, il fallut en un certain endroit enjamber par dessus les débris d’un bœuf qu'on venait d’éventrer dans la rue; aussi tout en se sacrifiant l’odorat en marchant par la ville, faut-il constamment avoir l'œil au guet pour éviter à chaque instant de se souiller.

Les maisons en pierre brute, sont ordinairement à deux étages terminés par une terrasse ou toit plat, sur laquelle on dort souvent la nuit durant l'été. Nulle construction architecturale régulière capable de trancher sur la mono-

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Et les passants? Les passants, ceux que l’on coudoie d'ordinaire dans les rues, sont peut-être plus capables encore d’inspirer le dégoût que les inertes constructions sans symétrie ni régularité qui les bordent. Un peuple à moitié vêtu, sale, inculte; des ,s:mmes aux pieds nus, couvertes de haïllons leur cachant à peine les jambes, au teint hâve que l’eau débarasse rarement de la poussière dont ils’'imprègne! [ci des lépreux, dont la hideuse maladie a fait disparaitre le nez, une lèvre, des phalanges de doigts, ete, qui vous présentent une tasse au long manche pour recevoir quelque paras sans vous souiller. Là de faux épileptiques, au buste nu, qui se roulent dans la poussière en simulant des tremblements involontaires, pour exciter la compassion et vous soutirer une aumône! Tel est le spectacle que les rues de la ville sainte vous offre tous les jours !

Le commerce de Jérusalem, à part une certaine quantité de savon qu’on exporte surtont en Egypte, et la fabrication de certains objets de piété, comme croix, chapelets, médaillons, etc., est à peu près nul. Aussi n'était la sobriété extrême qui distingue ces orientaux, les visites et voyages des pèlerins seraient certainement insuffisants pour la subsistance d’une telle ville,

Jérusalem est avant tout la ville de la tristesse, la ville de la douleur, la ville des pleurs, la ville de la désolation, Ce n’est pas le grand livre de la nature que l'étranger tient admirer ici; mais bien le livre du cœur humain. La doctrine du Calvaire a opéré sur les sociétés humaines les changements les plus profonds que mentionnent les annales du monde, et le philosophe chrétien ne peut voir sans satisfaction le miracle perpétuel qui donne depuis bientôt dix-neuf siècles la confirmation aux oracles sortis de la bouche de la sagesse incarnée.

Tout est désolé, tout respire le deuil dans Jérusalem, et autour de Jérusalem. Pénétrez sur son point le plus élevé, laissez tomber vos regards tout autour, quel spec-

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